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AUX ENVIRONS DE LAON

La ville de Laon et ses environs sont assez bien partagés au point de vue des nappes d’eau. D’Archiac, dans sa description géologique de l’Aisne (1), signalait dans ce département onze niveaux d'eau qu’il avait numérotés en commençant par le haut. Les cinq premiers, rencontrés dans les couches supérieures au calcaire grossier, n’intéressent pas les environs immédiats de Laon; c’est en effet à la basé du calcaire nummulitique que l’on voit, au sommet de la colline, la sixième nappe. La septième et la huitième, retenues par les couches imperméables de l’argile plastique et de la glauconie inférieure, existent vers le milieu et à la base du coteau.

, Ces diverses nappes ont un faible débit, et n’alimen tent que quelques sources et puits très peu-importants. La ville de Laon, construite au sommet et sur les

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témoin tertiaire isolé par érosion, n’a eu pendant longtemps que ces eaux pour tous les usages domestiques. On voit immédiatement les déplorables conditions hygiéniques d’une pareille situation. La nappe supérieure, existant à quelques mètres seulement du sommet de la colline, est alimentée par les eaux pluviales qui n’y arrivent qu’après avoir filtré dans le sol des habitations où elles peuvent facilement dissoudre une forte proportion de matières organiques. Les happes inférieures ne reçoivent que le trop-plein des sources supérieures ainsi qu’une partie des eaux résiduaires de la ville.

La neuvième nappe de d’Archiac est celle de la craie ; son étude est particulièrement intéressante, non seulement pour sa grande importance industrielle, mais aussi à cause de certaines particularités qu’elle présente au point de vue de l’origine et de la composition chimique de l’eau.

Quand on examine la carte géologique de cette région (feuilles de Laon et de Rethel au g-g—g) on est frappé de la régularité relative des affleurements tertiaires qui sont limités par une ligne moyenne N.-E., S.-O., sensiblement parallèle au tracé du chemin de fer de La Fère à Reims par Laon.

(1) Paris, 1843.

LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.

Craie à Belemnitclla i avec lits de silex.

Cette limite est nettement visible sur le terrain, et l’ascension de la montagne de Laon si intéressante et si recommandable pour l’étude des étages éocènes inférieurs, doit être faite pour examiner le contraste qui existe entre le côté tertiaire et le côté crétacé. Au sud de la ville, l’horizon est un peu limité, mais les nombreuses collines boisées et verdoyantes qui se projettent les unes sur les autres, avec leurs pentes d’érosion assez rapides constituent un des plus beaux panoramas du nord de la France. Au nord et au nord-est, au contraire, le paysage est tout autre ; il n’y a plus de coteaux à proximité. Une large plaine crétacée qui commence dès la base de la ville, s’étend au loin à plus de vingt kilomètres, jusqu’à une ligne continue de hauteurs allant de Marie à H e t h e 1 .

Seuls, quelques ouitiers tertiaires comme la b utte d’Aulnois et le mont Fendu émergent à faible dis tance.

Le contact dés couches tertiaires et de la craie est visible à Vaux dans une ma lanière près de la gare.

La figure cijointe montre cette

coupe. Le limon superficiel est roux, argilo-sableux, un peu calcaire à la base et repose sur un lit ondulé d’argile grise ; celui-ci, replié sur lui-même, emprisonne quelquefois des fragments calcaires qui grâce à la protection de cette enveloppe imperméable ont échappé à la dissolution des eaux météoriques. On voit ensuite la base de la glauconie inférieure constituée ici par un sable argileux très glauconieux contenant quelques petits nodules de phosphate de chaux; puis vient enfin un lit d’argile verdâtre qui repose directement sur la craie.

Le sable et l’argile renferment des lits de petits silex ovoïdes à patine verte ou noire; la cassure est généralement brune.

La craie de Laon appartient à l’étage de la craie à Belemnitella quadrata, elle est blanche, sonore, assez fendillée vers le sommet et ne contient pas de silex. Les fossiles y sont très rares, on peut cependant trouver quelques dents, mais la beiemnitelle caractéristique est presque inconnue à Vaux.

Cet étage, dont l’épaisseur est à Laon d’environ 20 mètres, repose sur la craie blanche à Micraster coranguinum, qui affleure à quelques kilomètres de la ville dans toute la plaine, où elle est recouverte soit par le

limon des plateaux argilo-calcaire, très recherché pour la culture de la betterave; soit par les alluvions anciennes, calcaires et un peu sableuses, qui constituent le sol de la petite forêt de Samoussy et de quelques bouquets d’arbres dispersés ; soit enfin par les alluvions tourbeuses exploitées à Ardon et à Chivres.

La craie blanche inférieure à Micraster breviporm et la craie marneuse à Terebratulina gracilis ne sont visibles qu’à 25 ou 30 kilomètres vers l’est.

Les divers étages de la craie blanche sont plus ou moins fendillés et forment un ensemble perméable facilement traversé par les eaux qui imbibent toute la masse jusqu’aux premières assises de la craie marneuse; celles-ci sont absolument imperméables et servent ainsi de support à une puissante nappe d’eau. Cette nappe était depuis longtemps utilisée pour les petites consommations ménagères, mais c’est seulement depuis une vingtaine d’années que l’industrie a commencé à l’exploiter d’une façon importante.

Les usines qui se sont groupées dans les faubourgs au pied de la ville ont en effet besoin d’une grande quantité d’eau ; tel est le cas de nombreuses sucreries qui traitent sur place les betteraves dont la culture est particulièrement florissante dans le limon argilo-calcaire dont il a été question plus haut.

Un très ancien forage avait cependant été entrepris et creusé jusqu’à 304 mètres à la Neuville-sous-Laon, dans le but d’utiliser non seulement cette nappe, mais aussi celles qui existent dans les couches sableuses du crétacé inférieur. A cette époque, on voulait surtout avoir de l’eau jaillissante; ce résultat n’ayant pas été atteint, on a abandonné complètement l’entreprise. Aujourd’hui, on va facilement chercher l’eau à de grandes 'profondeurs, le niveau mort d’une nappe n’a plus qu’une importance secondaire, on s’attache surtout à avoir en abondance une; eau de qualité convenable. Dans la région qui nous occupe, les puits ont d’ailleurs rarement plus de 1 5 à 20 mètres de profondeur.

Le niveau de la nappe de la craie est naturellement variable suivant les saisons, mais en moyenne son altitude est de 70 mètres. Le sol est à Vaux, près de la gare, à la cote 85 mètres.

La plaine du nord-est est à une altitude moyenne de 72 mètres. La partie supérieure de la nappe est donc très près du sol ; elle affleure même en certains points et forme, outre les sources de plusieurs petites rivières, de vastes marais tourbeux dont les principaux sont situés entre Sissonne, Liesse et Vesles.

La ville de Laon s’alimente depuis quelques années aux sources de ce niveau vers le faubourg d’Ardon.

Les rivières de la région provenant de cette nappe sont : La Souche qui vient de Sissonne, traverse les marais et rejoint la Serre en amont de Crécy ; le ruisseau des Barentons qui sort des marais d’Athies et rejoint la Souche un peu avant la Serre; enfin l’Ardon qui commence au pied même de la butte de Laon, se dirige vers le sud et va rejoindre la Lette vers Anizy-le-Chàteau.

Ces cours d’eau et principalement la Souche, sont, sur une grande partie de leur cours, de simples affleurements de la nappe générale, mais ils reçoivent en outre le trop-plein des nappes tertiaires des coteaux dont les eaux charrient des éléments argileux qui rendent le lit partiellement imperméable. Les eaux souterraines sont donc ainsi séparées des eâux superficielles. Cela explique la différence que l’on trouve fréquemment entre la com¬

position chimique des eaux de rivières et celles des puits voisins.

En effet, les eaux météoriques qui pénètrent directement dans la craie ne dissolvent que du carbonate de chaux, tandis que celles qui n’arrivent à la nappe qu’après avoir traversé les divers étages tertiaires inférieurs riches en lignites apportent avec elles une notable proportion de sulfates. Il est facile de voir par l’analyse que ce mélange est surtout appréciable dans le voisinage des affleurements tertiaires et ne s’étend pas très loin, grâce au courant assez rapide de la nappe souterraine, i Une autre cause de variation dans la composition chimique de l’eau de la craie de l’Aisne vient de l’autre côté de la plaine, c’est à-dire de l’est, où la craie est fréquemment dolomitisée; les eaux pluviales dissolvent, avec une grande quantité de carbonate de chaux, un peu de carbonate de magnésie.

Ces variations dans la composition chimique des eaux ont souvent dans l’industrie une grande importance. Lorsqu'il est nécessaire d’avoir des eaux douces , on élimine aisément les carbonates, mais les sulfates ne peuvent être combattus que par des procédés coûteux. Il y a donc des cas où il est indispensable d’éloigner plus ou moins une prise d’eau du lieu d’utilisation pour échapper à l’influence mauvaise des eaux tertiaires.

J’ai eu précisément à examiner dans ce but les eaux d’un grand nombre de puits des environs de Laon. Je me contenterai de citer quelques exemples parmi les plus caractéristiques.

A la gare, un puits d’une vingtaine de mètres de profondeur qui traverse toute l’épaisseur de la craie à belemnitella quadrata donne une eau contenant par litre : 0Br 300 de carbonate de chaux et 0er 160 de sulfate de chaux. Il suffit de s’éloigner d’un kilomètre à l’est, vers la limite des affleurements tertiaires pour que l’eau d’un puits de 3 mètres de profondeur ne contienne plus par litre que 0'°r075 de sulfate de chaux, la teneur en carbonate de chaux restant sensiblement la même; mais ici, on a en outre 0gt 068 de carbonate de magnésie.

Comme exemple d’eau de rivière n’ayant pas la même composition que celle des puits voisins, je citerai le ruisseau des Barentons qui contient des sulfates d’origine tertiaire à une assez grande distance de la limite de ces terrains. L’eau prise près de Chambry contient par litre : 0sr240 de carbonate de chaux et 0?r 110 de sulfate de chaux. L’eau du puits d’une sucrerie voisine contient à peu près la même quantité de carbonate de chaux ; 0gr290 par litre, mais il n’y a plus ici que 0sr033 de sulfate de chaux.

Il serait facile de donner un plus grand nombre d’analyses, mais j’ai seulement voulu, en citant ces quelques exemples caractéristiques, montrer l’importance qu’il y a à se rendre compte de l’origine géologique des nappes d’eau.

Je n’ai examiné, dans cette note, que le côté industriel du problème, mais dans les cas de recherches d’eaux potables, cette question d’origine est capitale. L’étude géologique peut, dans le plus grand nombre de cas, faire soupçonner les dangers d’une épidémie bien avant 1 analyse chimique ou bactériologique.

Henri Boursault.

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