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UNE TORTUE BICÉPHALE

On ne saurait affirmer que les monstruosités soient peu communes dans la classe des reptiles. Car, si nous n’en connaissons qu’un nombre relativement restreint, cela peut tenir à ce que ces animaux n'ont pas été l’objet d’observations assez suivies dans les milieux qu’ils habitent, et d’autre part à la brièveté de leur existence, qui ne s’étend guère, pour la plupart d’entre eux, au delà de la période embryonnaire.

Le Naturaliste, dans son numéro du 1er juillet (p. 138), mentionne une jeune vipère à deux tètes, rencontrée dans le parc de Windsor. Un médecin de régiment qui en lit l’acquisition nous dit, sans autres détails, que les serpents bicéphales ne sont pas rares, mais qu’ils ne vivent pas longtemps. La vipère dont il s’agit n’aurait vécu, selon lui, que quelques semaines. Pour notre part nous n’avons rencontré, dans le cours de nos recherches erpétologiques en Amérique qu’une seule couleuvre à deux têtes, portées sur un col relativement 'court, pareillement très jeune. Elle appartenait au genre Ophibolus, dont les espèces sont très communes aux Etats-Unis.

Nous recevons de l’un de nos amis d’outre-mer l’esquisse d’une tortue fluviatile, dont le hasard le mit en possession et présentant le même phénomène. Elle appartient à l’espèce que la plupart des auteurs ont mentionnée sous le nom de Emys picta, dont John

Une Tortue bicéphale.

Edward Gray a fait un sous-genre appelé Chrysemys et que Agassir a érigé en genre. C’est ainsi que ce dernier auteur en parle sous le nom de Chrysemys picta. Elle est très commune dans les eaux douces des États du nord et du centre des États-Unis. On la rencontre jusqu’à la frontière septentrionale de la Caroline du Sud, d’où elle s’étend vers la région Nord-Ouest de la Géorgie. Du côté du nord, on la retrouve jusqu’au Nouveau-Brunswick de la domination anglaise.

A l’état normal, la carapace de Chrysemys picta adulte est régulièrement elliptique, notablement plus longue que large. Chez le sujet tératologique dont nous reproduisons l’esquisse, grandeur nature, la largeur l’emporte de quelques millimètres sur la longueur, comme s’il s’agissait en cette circonstance de loger plus commodément deux individus juxtaposés.

Nous ne connaissons pas le plastron, que notre ami n’a pas figuré; ce qui donnerait à penser qu’il n’offrait rien de bien particulier. Les écailles du pourtour de la carapace sont assez régulières ; celles des rangées latérales sont plus grandes et moins nombreuses à droite

qu’à gauche ; tandis que celles de la rangée médiane, ou dorsale, présentent quelques irrégularités : c’est une sorte d’enchevêtrement qui semble indiquer un état analogue dans les colonnes vertébrales des deux fœtus.

Les deux têtes paraissent bien conformées, mais l’on dirait que l’œil droit du fœtus de gauche est moins parfait que celui du côté droit. Il n’y a que quatre membres et une seule queue, visibles à l’extérieur, toutes d’apparence normale. Les membres du côté gauche appartiennent à l’un des fœtus, et ceux du côté droit à l’autre; les quatre membres manquant, deux droits et deux gauches sont sans doute à l’état atrophique à l’intérieur.

Le sujet n’ayant pas été conservé, l’autopsie n’en a pas été faite. Il eût été intéressant d’en faire la dissection. Nous ignorons si chaque tête avait une bouche bien conformée et si l’animal prenait sa nourriture par l’une des bouches ou par les deux à la fois. C’est ce que ne dit pas notre correspondant, lequel, ne s’occupant pas de sciences, n’a pas compris l’importance de toutes ces questions. Il n’a pas dû vivre longtemps, sa taille ne dépassant que de quatre millimètres celle d’un embryon au moment de l’éclosion.

Dr C. Girard

( De Washington ) .

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