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SEPTEMBRE

LE BALÆNICEPS Rex.

De tous les Echassiers qui habitent le vaste continent africain, le plus singulier est sans contreditle Balæniceps, Whale-headed Stork des Anglais, c’est-à-dire la Cigogne à tête de Baleine. Sa découverte est relativement récente, et c’est au commencement

de 18b l que Gould le premier en donnala description. Aujourd’hui, il est.

encore d’une rareté extrême; le Muséum de Paris en possède trois exemplaires et en France la ville de Boulogne sur - Mer en compte un dans son Musée. Ces oiseaux exci tent toujours la curiosité du public par leur aspectétrange.

« A première vue, dit W. F.

Parker dans ses notes sur l'Ostéologie du Balæniceps, cet oiseau rappelle leSq,vacou, le Héron et le Marabout .

D’autres pi seaux se présentent aussi à l’esprit :

ce sont le Pélican, le Toucan, les Calaos et les Podarges. » La forme bizarre du bec explique en effet cette comparaison avec des oiseaux appartenant à des groupes si divers, et le Balæniceps mériterait aussi bien que le Savacou le nom de Boat-bill ou bec en bateau, car. son bec rappelle aussi bien les petites barques de pêche que l’on voit re tirées à sec la quille en l’air sur nos plages.

Ce bec mesure 0 ni. 23 cent, de longueur, et à sa base Om. 10 cent de hauteur et 0 m.085 de largeur. La mandibule supérieure, fortement bombée, présente sur la

ligne médiane, une arête légèrement surélevée, qui, assez large à son origine, va en se rétrécissant, et en se déprimant sensiblement jusque vers la moitié de sa longueur pour se relever ensuite en approchant de l’extrémité antérieure, où elle se termine par un crochet puissant, qui paraît surajouté comme chez les Albatros. Sur tout sou pourtour , jusqu’à la naissance du crochet, cette mandibu le présente une forte convexité, qui forme comme un bourrelet audessus de son tranchant dirigé un peu vers l’intérieur.

La mandibuleinférieure, robuste, échancréeàsa pointe pour

cliet, présente un tranchant des plus acérés qui constitue avec n lui de la mandibule supérieure une paire de ci:

sailles redoutables .

La couleur du bec est d’un jaune pâle passant

leur de corne

supérieure, et parsemée sur toute ^sa surface de taches d’un brun sombre.

Les narines

i sont à peine visibles, et placées dans une fente étroite à la base du bec, contre l’arête. La langue est très petite et | tout à fait hors de proportion avec la vaste capacité I buccale ; c’est, là un caractère qui pourrait, rapprocher le Balæniceps du Pélican. La tête robuste, le cou et la gorge sont garnis déplumés d’un gris d'ardoise plus ou moins foncé tirant sur le vert, et ne présentent pas l’asj pect repoussant des peaux nues du Marabout. Comme

chez ce dernier, la peau de la gorge est susceptible de se dilater en une poche volumineuse. Sur l’occiput les

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.

plumes s’allongent et forment une petite crête. Le corps est puissant, couvert sur le dos de plumes gris d'ardoise bordées de gris cendré. Sur la poitrine, elles sont lancéolées et marquées d’une strie médiane sombre. Enfin les parties inférieurës, abdomen, flancs et cuisses sont gris pâle, les rémiges et les rectrices noires. Suivant Verreaux, les plumes du dessous de la queue seraient molles et décomposées, mais, elles ne rappellent que de loin les plumes duveteuses si recherchées du Marabout. Les ailes bien développées indiquent un oiseau de haut vol, cependant, de tous les os des membres aussi bien antérieurs que postérieurs, l’humérus seul est pneumatisé. Les pattes vigoureuses se terminent par quatre doigts excessivement longs, dépourvus de la membrane interdigitàle qu’on voit chez la plupart des ciconiidés. Les ongles sont puissants, à peine courbés, et celui du doigt médian n’est pas pectiné comme chez les Hérons.

On ne rencontre le Balæniceps que dans l’eau ou près de l’eau, mais il préfère les marais aux rivières. Aussi n’est-il abondant sur les bancs du Nil que pendant la saison brûlante qui précède les pluies et quand tout l’intérieur est desséché. Pendant le reste de l’année, il habite les étangs et les marécages naturels, où les eaux peu profondes recouvrent de vastes étendues, et présentent de nombreux îlots, d’un abord plus facile que les bancs du Nil qui toujours s’inclinent d’une façon plus ou moins abrupte dans une eau profonde. Dans ces parages, on les rencontre par paires ou par troupes de cent et plus, cherchant leur nourriture avec une patience à toute épreuve, ouhien immobiles sur une patte, le cou rentré, la tête sur les épaules. Vient-on aies déranger, ils s’envolent en rasant la surface de l’eau pour s’arrêter à quelque distance. Mais lorsqu’un coup de feu vient à les effrayer, ils s’élèvent à une grande hauteur, volent .en cercle et planent quelque temps, puis vont s’abattre sur les arbres les plus élevés où ils demeurent jusqu’à ce que les importuns se soient éloignés.

Les tortues d’eau des plaines marécageuses, les poissons, et à leur défaut les grenouilles et les lézards, forment la base de leur nourriture. D’après Pétherick, ils ne dédaigneraient pas les animaux morts, dont ils éventrent les carcasses avec leur, puissant crochet. Ils passent la nuit à terre sur des arbres ou des rochers élevés. Pour ce qui est de la nidification et de la ponte, les opinions sont des plus contradictoires. D’après Verreaux, le Balæniceps construit son nid sur de grands arbres avec de la terre, et des débris de végétaux, roseaux, graminées. — C’est plutôt une aire qui peut atteindre 12 pieds de circonférence et rappelle celle des grands Rapaces. La femelle y pond deux œufs semblables à ceux des Marabouts. Il est assez difficile de concilier cette opinion avec celle de Pétherick, qui s’exprime ainsi qu’il suit. « Les Balæniceps pondent en juillet et août, et choisissent pour cela les roseaux ou les herbes hautes qui bordent l’eau, ou quelque îlot sec et un peu élevé. Ils creusent un trou en terre, et la femelle y dépose ses œufs. J'ai trouvé jusqu’à 12 œufs dans le même nid. »

Le Balæniceps est encore si peu connu, que ces contradictionsn’ont rien qui doive nous surprendre. Les auteurs ne s’accordent pas davantage au sujet des affinités de cet oiseau étrange. Gould prétend que c’est avec le Pélican qu’il présente les affinités les plus étroites, et ce serait le type échassier des Pélicanidés. Pour Yerreaux, son plus proche parent serait le Marabout dont il a les allures, et

il représenterait dans ce groupe ce que représente le Savacou d’Amérique dans le genre Héron. Pour Ch. Bonaparte, il est intermédiaire entre le Pélican et le Savacou. Si nous écoutions Reinhurdt, il faudrait placer le Balæniceps, non pas à côté du Savacou, mais à côté du genre africain Scopus ou Ombrette. Le Savacou, dit-il, n’est qu’un Héron affublé d’un bec singulier qui a une faible analogie avec celui du Balæniceps, et non une véritable ressemblance ; les narines diffèrent de forme et de position chez ces deux ciseaux et chez le Savacou il existe sous la mandibule inférieure une poche dilatable qu’on ne trouve pas chez le Balæniceps. Renflez au contraire le bec de l’Ombrette et vous aurez le bec du Balæniceps. Même position des narines, une arête supérieure, un crochet. L’examen ostéologique conduit Parker à rapprocher le Balæniceps du Savacou et la classification actuelle s’est rangée à cet avis. Lafamilledes Ardéidés se trouve donc subdivisée en cinq sous-familles, dont les trois dernières ne comprennent chacune qu’un seul genre.

: Ardeinés (Hérons proprement dits).

I Botaurinés. Butors.

Ardéidés.... ' Scopinés. Ombrette.

! Cancrominés. Savacou.

\ Balænicepinés. Balæniceps .

Tous les Balæniceps qu’on a reçus jusqu’à ce jour, soit à l’état de dépouilles, soit vivants, provenaient de la région du Nil Blanc. Mais en 1882 M. H. Johnston, voyageant dans le Congo, affirme avoir rencontré le Balæni- .ceps sur la rivière de Cunene entre Benguela et Angola, où il serait même très commun. Cette régiona cependant été visitée scrupuleusement par un célèbre explorateur portugais d’Anchieta, qui s’occupait de rassembler des collections pour le Musée de Lisbonne. Les assertions de M. Johnston sont pourtant très explicites.

« J’ai, dit-il, aperçu distinctement sur l’herbe courte, éparpillée entre les mares, et sur les bancs de sable, au milieu des crocodiles endormis, des Pélicans, des Marabouts, des Grues couronnées, des Balæniceps et des Oies à ailes éperonnées ou oies de Gambie. » Ses assertions ont été confirmées par d’autres voyageurs dignes de foi ; malheureusement il manque la meilleure de toutes les confirmations, c’est-à-dire une dépouille de ces magnifiques échassiers. On ne peut donc que prendre note de l’avis de M. Johnston, et espérer que quelque voyageur enrichira un jour nos musées de Balæniceps de ces régions. La présence du Balæniceps dans le Sud-Ouest de l’Afrique n’est, après tout, pas impossible. Un singe, le Colobe guéréza y a été trouvé, il n’y a pas bien longtemps, lors de l’expédition de M. de Brazza au Congo ; on croyait cependant cette espèce localisée dans l’Abyssinie et les pays circonvoisins. Une question se pose également; le Balæniceps aperçu par M. Johnston est-il le même que celui du Nil Blanc? Ne serait-ce pas un nouveau type qui viendrait accroître cette famille qui ne comprend encore qu’un genre et qu’une espèce, le Balæniceps rex, et faire cesser toute contestation sur ses affinités ?

E. DE POUSARGUES.

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