JDE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
BORRÀGÏNÉES Juss.
Echinospernum defiexum Lehmann Planta familia 4 sperifoliarum nuciferæ, p. 120; Stunn Deutschl. fl ., XI, t. 43; Hornem. FL IJan., t. 1568; Koch Synopsis tl. Germ. etHelv., éd. 2, p. 571; A. DG. in DC. Prodr.,X, p. 135; Reichenb. Icon.fl. Germ., XVIII, t, 1329; Ces. Pass. e Gib. Comp.Jl. Ital., p. 382 ; Cariot et Saint-Lager Etude desjl., éd. 8, p. 606. — Plante bisannuelle, de 2-6 décim., poilue, à racine grêle, pivotante. Tige rameuse vers le milieu oa souvent dès le tiers inférieur; f rameaux paniculés, jlexueux , étalés-ascendants. Feuilles velues, à la fin un peu rudes et
couvertes de petits tubercules blancs, oblongues, uninervées, les inférieures longuement atténuées en pétiole. Fleurs bleues, solitaires, disposées en grappes lâches alternes ou géminées ; pêdicelles grêles , réfléchis, 1-2 fois plus longs que le calice velu à divisions oblongues d’abord étalées puis réfractées. Corolle à limbe concave. Nucules fauves, comprimées, un peu convexes extérieurement, finement pubeseentes-chagrinées sur les faces, à marge ailéepectinée par la confluence à' aiguillons glochidiés disposés sur un seul rang. — Juin-août.
Hab. — Hautes-Alpes : Combe noire de Menteyer,au mont Seiize près Gap (herb. R., Reverchon). — Savoie : Lans-le-Bourg dans les bois de sapins de Fontagnou ; Bessans (Saint-Lager) ; Bonneval entre 1800 et 2000 m. dé ait. (A. Chaberi) (1). j — Plante à chercher dans les Pyrénées, notamment I dans les Pyrénées orientales et P Ariège.
Aire géographique. — Norvège (et Laponie) ; Suède septentrionale et méridionale', Allemagne:
| Silésie, Wetsphalie (et çà et là mais probablement introduit) ; Suisse : Berne, Glaris. Grisons, Valais ; Autriche : Bohême, Basse- Autriche, Tyrol, Styrie, Hongrie, Transylvanie-, Italie; Lombardie, Apennins de Modène ; Espagne : Catalogne (2); Russie : Finlande boréale et méridionale, Volhynie', Sibérie altaïque.
Se sépare de VE. Lappula par sa tige rameuse vers le milieu, les pédoncules longs, réfléchis (et non courts, dressés), les nucules comprimées, bordées, à un seul rang d’aiguillons (et non trigones. non ailées, à deux rangs d’aiguillons sur chaque angle latéral).
SGROFULARIACÉES Benih.
Linaria petræa Jordan Pugillus plantarum no- I varum prœsertim Gallicarum, p. 130; Grenier Fl.
Jurassique, p. 561 ; Gentyin Revue de botanique,
J IV, p. 202; L. alpina var. erecta Car. et Saint-La- | ger Etude des fl., éd. 8. p. 623, — Plante glabre, presque verte. Racine aùbuelle (ou bisannüéÜé ?)•' Tigê divisée dès la base en nombreux rameaux épais , allongés (1-2 décim.), simples ou rameux vers le sommet. Feuilles étroitement linéaires, vertes ou à
(t) L 'E. dedexum avait déjà été signalé en Savoie par Balbis et par Hooker.
(2) Var. Pyrenaicum Rouy = E. Pyrenaicum Villk. et Vayr. (ap Vayreda A'aeroj A]>untee para la dora Catalana, p. 77, tab. 4; herb. R., leg. Vayreda). — Les caractères signalés par MM. Willkomm et Vayreda pour différencier leur E. Pyrenaicum de E. defiexum sont les suivants : Port différent (??), pêdicelles plus longs et plus fins, aiguillons des nucules beaucoup (?) plus longs et plus grêles; feuilles radicales plus étroitement oblongues (?), les supérieures et les bractées acuminées, taille plus courte; rameaux floraux plus ouverts cl divergents. — Or, tous ces caractères sont essentiellement variables et nous possédons des exemplaires d’E. dedexum de Bohème ( Teplitz , leg. Eggert) qui sont presque identiques à VE. Pyrenaicum, à l’exception des aiguillons des nucules qui sont un peu plus longs et plus grêles et les rameaux un peu moins flexueux. L 'E. Pyrenaicum est donc, tout au plue, une variété locale de VE . defiexum.
peine glaucescentes, la plupart verticillées par 3-5, souvent étalées ou rétléchies; verticilles relativement écartés. Fleurs en grappes terminales d’abord presque capitées puis devenant très lâches. Bractées linéaires-ténues, un peu plus courtes que le pédicelle. Divisions calicinales linéaires, obtusiuscules, inégales, à peu près aussi longues que le tube de la corolle, mais plus courtes que le pédicelle. Corolle de 2 centim. (y compris l’éperon), d'un violet foncé ; lèvre supérieure dressée, bilobée, à lobes étroits, allongés, presque rapprochés ; lèvre inférieure à trois lobes ovales, subarrondis, étalés, le moyen un peu réfléchi, deux fois plus longs que le palais à bosses acutiuscules, non épaissies, non striées, séparées par un sillon très étroit-, éperon droit ou à peine incurvé, grêle, arrondi, insensiblement atténué de la base au sommet, égalant le reste de la corolle ou un peu plus court. Capsule subglobuleuse, glabre, dépassant le calice . Graines brunâtres, suborbiculaires, marginées. — Juillet-septembre.
Hab. — Yonne : coteaux calcaires de Cry (Genly). — Côte-d'Or : cirque de la Coquille d’Etalanteprès Aignay-le-Duc (Royer). — Doubs et J ura : éboulis sous les cimes de la chaîne du Jura (Grenier, Genty). — Ain: montagnes du Jura: Reculet [herb. R., Guinet), Colombier, etc.; montagnes du Bugey (Jordan). — Haute-Savoie : montagnes du Chablais (Saint-Lager); rochers de la cascade d' Arpennaz, entre Magian et Sallanches. (V. Payot).
Aire géographique. — Suisse : Jura.
Ce Linaria se sépare du L. apina, dont il n’est qu’une sous-espèce, par ses tiges ou rameaux cauliformes ascendants, les feuilles vertes en verticilles plus écartés, plus longues ainsi que les grappes fructifères plus lâches, la corolle d'un violet pourpre plus foncé, à lobes plus étroits et plus allongés, à bosses safranées non striées séparées par un sinus plus étroit, par l’éperon plus mince, plus atténué, non comprimé, les graines plus petites et moins largement marginées.
L’HIBERNATION
(Mammifères)
( Suite et fin.)
Les exemples de beaucoup les plus intéressants nous sont fournis par les Rongeurs : le cas de la Marmotte est classique, et le mécanisme de l’hibernation et du réveil sont maintenant assez bien connus, grâce surtout à plusieurs travaux récents; c’est donc celui que nous prendrons comme type; il est assez probable que les autres animaux non étudiés présentent des phénomènes semblables.
La Marmotte ( Arctomys marmotta), pendant toute la belle saison (cinq mois environ), se nourrit avec avi¬
dité : elle mange énorméirténl d'herlles succulentes et arrive ainsi au poids respectable d’une dizaine de kilogrammes, tous ses tissus étant infiltrés de graisse. C’est à ce moment que les Savoisiens la chassent pour la manger; elle constitue pour eux un mets des plus appréciés, opinion que pour ma part je partage. complètement.
Arrivée, si je puis m’exprimer ainsi, à l’optimum d’en-
Fig, 4. — La Marmotte (Arctomys marmotta).
graissement, la Marmotte se creuse un profond terrier qu’elle tapisse avec du foin, et dont elle bouche soigneusement l’entrée avec des mottes de terre. Elle tombe alors dans un sommeil léthargique qui durera pendant près de sept mois, coupé de courts et fréquents réveils dont nous étudierons le mécanisme tout à l’heure.
On sait que pendant cette période, la température de l’animal baisse considérablement, parfois de trente degrés; les mouvements du cœur sont presque imperceptibles; les mouvements respiratoires ont presque entièrement disparu. D’après les résultats expérimentaux, la Marmotte endormie produit environ trente fois moins d’acide carbonique qu’à l’état de veille. En cet état, une quantité d’air extrêmement faible suffit à ses besoins, comme le prouve la célèbre expérience de Régnault : une Marmotte engourdie fut placée sous une cloche de verre de petite dimension, dont les bords furent scellés à la table par du ciment, de manière à empêcher tout renouvellement d’air; pendant plusieurs jours, l’animal resta dans le même état, se contentant de la quantité infinitésimale d’oxygène contenue dans cette atmosphère confinée. Un jour, on réveilla la Marmotte par un coup brusque frappé sur la cloclie : elle manifesta aussitôt une grande agitation; ses mouvements respiratoires se multiplièrent, et elle mourut en quelques ins.tants, asphyxiée, la dose d’air ne lui suffisant plus une fois réveillée.
En effet, au moment où la Marmotte sort du sommeil hibernal, les battements du cœur s’activent et les mouvements respiratoires deviennent plus fréquents; la température s’élève en un court espace de temps de + 8° à -f 37°. L’animal a sensiblement maigri, la perte de poids ne dépasse cèpendant pas 200 à 300 grammes. Il se met aussitôt à la recherche de nourriture et commence à refaire ses réserves pour l’hiver prochain.
Pendant ces sept mois, le sommeil n’est pas continu ;
la Marmotte se réveille à peu près de quinze jours en quinze jours pour uriner; elle se lève, encore toute endormie,, va déposer ses excréments dans un coin de son terrier, regagne sa place et retombe aussitôt dans le sommeil le plus profond. Ces courts réveils ont uniquement pour but l’émission de l’urine (Sace) ; divers auteurs, et tout dernièrement M. Raphaël Dubois,, ont constaté que les Marmottes restaient parfaitement indifférentes aux changements de pression de température (pourvu que celle-ci reste suffisamment basse), aussi bien qu'aux perturbations magnétiques. C’est l’excitation produite parla réplétion de la vessie, qui provoque par voie réflexe des mouvements respiratoires plus nombreux, et finalement réveille l’animal, qui retombe dans son état de torpeur, aussitôt après avoir évacué son urine, renfermant probablement des ptomaïnes convulsivantes, telles que M. Bouchard en a décrites ; le réflexe vésical, ainsi qu’il arrive souvent chez l’homme, joue donc pour la Marmotte le rôle dé réveille-matin, suivant l'expression pittoresque de M. U. Dubois. Le savant physiologiste a eu l’idée de supprimer ce réflexe : pour cela il a pratiqué sur des Marmottes réveillées une fistule vésicale, de façon à ce que l'urine s’écoulant continuellement au dehors, ne puisse plus s’accumuler dans la vessie; il les a gardées jusqu’à guérison complète de l’opération, puis il les a laissée® s’engourdir du sommeil hibernal. L’absence d’excitant réflexe faisant défaut, ces Marmottes ne se sont pas réveillées, et ont passé sans transition brusque du sommeil à la mort.
Le Loir vulgaire (Myoxus'glis) présente des phénomènes analogues à ceux de la Marmotte ; il dort d’un sommeil extrêmement profond (« dormir comme un Loir » dit le proverbe), qui ne dure pas moins de sept mois, roulé en boule dans le creux des arbres. Tous les mois ou tous les deux mois, il se réveille pour uriner.
Le Rat d’eau ( Arvicola amphibius) s’engourdit dans son terrier pendant toute la saison froide, ainsi qu’un grand nombre de Muridse.
Les Ecureuils de nos bois, pendant tout l’été, amassent des provisions de glands, de noisettes, de faînes qu’ils cachent dans des creux d’arbres, et qui constituent des réserves pour l’époque où se fera sentir la disette. Pendant l’hiver, ils restent engourdis dans quelque trou d’arbre ; à leur réveil qui est assez précoce, ils savent fort bien retrouver leurs cachettes, même lorsqu’elles sont recouvertes par la neige. Les Spermophiles présentent un instinct analogue.
Le Hamster commun (Cricetns frumentarius) que l’on
Fig. 5. — Le Hamster (Cricetus frumentarius). trouve depuis l’Europe centrale jusqu’en Sibérie, creuse des galeries et des chambres souterraines profondes où
il entasse pour l’hiver des quantités très considérables de grains; on a trouvé dans ces caches jusqu'à deux et quatre hectolitres de blé. Son sommeil hibernal est assez court; à son réveil il utilise les provisions qu’il a accumulées et qui lui servent probablement jusqu’à la prochaine récolte.
Les Lagomys, assez voisins de nos Lièvres, qui habitent les plateaux glacés du Nord-Ouest de l’Asie, présentent un instinct encore plus compliqué ; ils font littéralement du foin pour l’hiver. A cet effet ils coupent des herbes fraîches qu’ils étalent et font sécher; puis ils les rassemblent en petits tas qu’ils abritent le long des rochers. Pendant l’hiver le Lagomys se retire dans son terrier, mais ne s’engourdit pas; il creuse des galeries souterraines qui vont rejoindre ses différents tas de foin, dont il se nourrit pendant toute la mauvaise saison.
Les Castors amassent aussi des provisions pour Phiver; mais même lorsque leurs étangs sont gelés, ils conservent tonte leur activité.
Enfin il faut très probablement rattacher à la crainte du froid (peut-être encore plus au manque de nourri-
Fig. 6. — Le Lemming de Nerwège (Myodes lemmus). ture) les migrations si curieuses du Campagnol des prés, et surtout du Lemming de Norwège ( Myodes lemmus ) ; ces animaux se rassëmblent par troupes innombrables et parcourent souvent des centaines de lieues, suivis naturellement par une escorte de carnassiers qui font bombance à leurs dépens. Toutefois la cause de ces migrations, assez irrégulières, n’est pas complètement, élucidée.
En général les Insectivores, au moins la Taupe et les Musaraignes, ne s’endorment pas pendant les froids ; les Hérissons s’engourdissent pendant quelque temps. En tous cas les phénomènes qu’ils présentent n’ont pas la généralité de ceux que nous avons constatés pour les Rongeurs.
!.. Cuékot.
LE COTOXMER SOYEIA
Un de nos confrères américains, le identifie amcrican, publie une note intéressante sur l’Eriodendron anfractuosum, ou Cotonnier soyeux, mieux connu paD les Américains sous le nom de Silk l'otton tire. Nous reproduisons ci-après cette note et les figures qui l’accompagnent.
Le Sebae ou cotonnier soyeux (Eriodendron anfractuosum) est natif des Indes occidentales; celui que nous représentons ici est un superbe exemplaire et même un merveilleux spécimen qui se trouve à Nassau, chef-lieu
de l’ile de la Nouvelle-Providence. Ses branches couvrent un espace de cent soixante-dix pieds et s’étendraient encore plus loin, si on ne les rognait fréquemment à cause de leur empiètement sur une caserne de police ;
protégé des vents de la mer et des bourrasques; à cela peut être attribuée, sans doute, une partie de ces particularités.
Aux approches du printemps, une fois par an, il pro-
Fig. 1 . — Le Cotonnier soyeux (Eriodendron an/rvctvoium) de Nassau, chef-lieu de l’ile de la Nouvelle-Providence (d'après Scientlfîc american ).
Fig. 2. — Tronc et racines du Cotonnier soyeux de Nassau (d’après Scientific american ).
les racines, tel qu’on le voit sur le dessin, s’étendent à environ 40 pieds au-dessus du sol.
Quand on considère que, eu égard au roc sur lequel pousse cet arbre, ses racines ne peuvent pénétrer dans le sol pour supporter ce colosse, nous devons admirer la prévoyance de la nature pour les immenses assises en forme de racines qui supportent la masse; un cheval serait complètement caché à la vue dans plusieurs des espaces entre les racines. Le feuillage tombe vers le printemps et repousse à nouveau avec une rapidité merveilleuse, j’ai vu cet arbre, dit l’auteur de la note, dénudé complètement le samedi soir et couvert de feuilles vertes et épaisses le lundi matin. Les immenses racines et l’extrême étendue des branches sont dues pour une bonne part à la situation de l’arbre, qui se trouve en avant de bâtiments publics importants et qui est ainsi
duit des fibres soyeuses comme le coton, mais beaucoup plus fines, qui couvrent le sol à une grande distance de l’arbre, selon que le vent les pousse ; de là le nom sous lequel l’arbre est connu populairement.
Sur la classification et les affinités des Mollusques
La classe des Lamellibranches est assurément une des plus homogènes du règne animal; l’absence de caractères bien tranchés n’est pas faite pour faciliter la tâche de classificateurs ; aussi les subdivisions proposées sont-elles pour la plupart artificielles. M. Ménégaux, dans une thèse de doctorat récemment soutenue à la Sorbonne, et ayant pour objet des « Recherches sur la circulation des Lamellibranches marins » s’est aussi préoccupé de cette 'question importante, et le résultat de scs recherches l’a amené à prendre pour point do départ la structure de l’appareil branchial .
Lorsque l’on écarte les deux valves do la coquille d’un Lamcl-
libranche, on voit de chaque côté du pied deux lames parallèles qui sont les organes respiratoires ; chez quelques-uns, il n’y en a qu’une ; M. Fischer considérant chacune de ces lames comme une branchie part de là pour proposer, dans son manuel de Conchyliologie, les deux groupes des Dibranches et des Tétrabranches. Mais M. Ménégaux fait observer que d’une part les deux lames d’un même côté sont insérées sur un même support, et d’autre part qu’il n’existe qu’un seul vaisseaii efférent dans ce support ; il en conclut que les deux lames constituent non pas deux, mais une seule branchie ; et quand il existe une seule lame d’un côté, c’est que l’autre a avorté ; les termes Monobranches et Hémibranches seraient donc plus exacts.
Même ainsi modifiée, cette classification est loin d’être satisfaisante ; il n’en est pas de même de celle qui serait basée non plus sur le nombre des lames, mais sur la structure de ces lames branchiales. On sait en effet que chaque lame est composée de deux feuillets, le feuillet direct attaché au support branchial, et le feuillet réfléchi parallèle au premier dont il est la continuation, et que chaque feuillet est formé de nombreux filaments parallèles dans lesquels circule le sang qui vient respirer.
Dans un premier ordre, celui des Foliobranches, comprenant les Nuculidés et les Solémyidês, M. Ménégaux place les Lamellibranches dont les lames branchiales présentent seulement le feuillet direct : les filaments branchiaux sont très aplatis et constituent des sortes de feuilles qui sc regardent par leur face antérieure et postérieure.
Le deuxième ordre réunit les Lamellibranches dont les lames branchiales sont formées de filaments reliés entre eux soit par des bouquets de cils vibratils intriqués, soit par des tubérosités d’attache, de sorte que dans tous les pas leur union est lâche, et que les branchies sont facilement résolubles en filaments simples. Ce groupe est celui des Filibranches subdivisé en deux autres, suivant que les filaments sont tous semblables ou de deux sortes, les uns plus gros que les autres.
Le troisième ordre est celui qui renferme le plus grand nombre d’espèces ; les filaments se réunissent, pendant le cours du développement par des canalicules d’anastomose ; de sorte que les lames ne sont plus résolubles en filaments, mais sont, de vraies lamelles plus ou moins compactes, perforées par des fenêtres. Cet ordre, où les coupures secondaires sont à peine possibles, malgré le grand nombre des genres et des espèces est celui des Eulamcllibranches. Il comprend, avec les Naïades, tous les Mollusques de l’ancien ordre des Siphonés, moins les Poromyidés et les Cuspidariidés.
Ces derniers constituent l’ordre des Septibranchcs, chez lesquelles les lames branchiales ayant perdu leur structure sont devenues une cloison musculaire qui partage la cavité palléale en deux chambres.
Cette classification, qui a d'ailleurs beaucoup de points communs avec celle de Pelsener, a le mérite de répartir les Lamellibranches d’après leurs réelles affinités. Elle repose sur une base très solide, étant donné le très grand nombre des genres et des espèces étudiés au point de vue de la circulation branchiale.
Elle a en outre l’avantage de grouper les animaux d’après leur ordre d’apparition à la surface de la terre ; car aujourd’hui les zoologistes ne so bornent pas à réunir dans un même groupe les animaux voisins ; ils cherchent encore à établir leur filiation en s’aidant des documents fournis par l’anatomie comparée, l’embryologie, et la paléontologie.
C’est ainsi que l’on a été conduit à considérer les Nuculidés comme la souche des autres Lamellibranches ; en effet, leurs branchies sont réduites au feuillet direct, composé de filaments foliacés isolables ; cette structure si peu compliquée n’est évidemment pas le résultat d’une rétrogradation, car les Nuculidés se rencontrent déjà dans les couches supérieures du cambrien, avant tous les autres Lamellibranches ; la branchie originelle pouvait être représentée par de simples tubercules vasculaires qui en s’allongeant ont donné les touilles branchiales des Nuculidés.
Supposons que ces filaments s’allongent encore et se réfléchissent sur eux-mêmes; il se formera ainsi une branchie de Foliobranchc ; c’est ainsi que l’on passe des Nuculidés aux Aviculidés et aux Arcadés; tenant compte de la différence de la circulation branchiale, et aussi des époques d’apparition, on peut considérer ces deux familles comme deux rameaux distincts du tronc originel.
Une complication de plus, l'apparition des canalicules d’anas • tômosc entre les filaments, nous amène aux Eulamellibranchcs. qui sont aussi les derniers apparus sur le globe. Leurs bran- !
chies lamelleuses sont plus complexes que les branchies filamenteuses, et évidemment plus perfectionnées, car l’eau est en contact avec uno surface respiratoire beaucoup plus considérable. En général, il y a coexistence de cette branchie avec les siphons qui sont évidemment un appareil de perfectionnement pour faciliter les échanges respiratoires.
Les Filibranches, plus anciens, sont au contraire dépourvus de siphon. De plus, l’embryologie nous montre les branchies des Lamellibranches débutant toutes par l’apparition successive de bourgeons qui s’allongent en filaments, lesquels se réunissent plus tard en lames.
La concordance remarquable des résufftits fournis par ces divers moyens d’investigation mérite, ce semble, d’être prise en très sérieuse considération ; c’est pour avoir négligé tous les éléments d’information que Possner, par exemple, considère les Naïadés, dont les plus anciens ne datent cependant que du purbeckien, comme les ancêtres dés Pectinidés qui ont apparu dès l’époque silurienne ; c’est d’ailleurs le cas de tous les animaux d’eau douce, presque toujours issus d'animaux marins, l’inverse étant tout à fait exceptionnel.
Nous pouvons donc dire que la classification dont il est question plus haut résume fidèlement l’histoire des Lamellibranches ; il nous reste un dernier point à examiner ; cette classe homo- . gène est-elle nettement séparée des autres classes de Mollusques, ou au contraire existe-t-il des formes présentant des particularités communes d’organisation ?
Or les Gastéropodes Scutibranches ou Distocardes ont comme les Lamellibranches deux oreillettes au cœur ; du ventricule, traversé par le rectum, part une aorte antérieure et une postérieure, tandis qu’il existe un seul tronc aortique chez les autres Gastéropodes ; ils ont aussi leurs reins, et présentent d’autres caractères communs tirés des organes génitaux et de l’appareil digestif; de plus, ce sont des animaux aussi anciens que les Lamellibranches ; on voit donc que ces deux groupes présentent une similitude d’organisation tout à fait surprenante malgré les différences de la coquille. A ces caractères communs, il faut ajouter les profondes ressemblances dos organes respiratoires, comme l’a montré M. Ménégaux ; chez les Foliobranches, l’appareil branchial se compose de chaque côté d’une branchie bipectinée tout à fait comparable à celle de l’Haliolidc; il en est de même chez les autres Lamellibranches comme on s'en convaincra en supposant le feuillet réfléchi rabattu dans le même plan que le feuillet direct dont il est la continuation.
De sorte qu’on peut généraliser et dire : les deux lames branchiales de chaque côté, qu’on regardait jadis comme deux branchies, forment au contraire un organe bipectiné, homologue d’une branchie de Scutibranche ; ces considérations nous portent à abandonner la division en Dibranches et Tétrabranches. La division des Lamellibranches en Asiphonés et Siphonés, actuellement classique et moins exposée aux objections, car elle concorde avec d’autres caractères anatomiques importants, et associe dans le groupe inférieur des Asiphonés, la plupart des types les plus anciens, c’est-à-dire à branchies foliacées ou filamenteuses, Mardis que les Siphonés ont des branchies lamelleuses.
En résumé, les Lamellibranches et les Gastéropodes ont une origine commune ; ceux-ci ont évolué dans diverses directions, variables avec les genres de vio auxquels ils s’adaptaient, tandis que les premiers, sédentaires, souvent même fixés, n’ont pas subi d’importantes transformations.
A. Goux.