LE TÉMOIGNAGE DE SEP
(Observations sur des chenilles .)
J’ai déjà fait allusion plusieurs fois, dans mes differents petits travaux sur les chenilles, à une Note sur les pattes membraneuses des chenilles parue dans les Annales de la Société entomologique de France en 1808.
J’ai tout lieu de croire que son auteur ne peut me savoir aucun mauvais gré de cette insistance, puisque d’après les appels fréquents faits à scs lecteurs, notamment: Soc. Ent. Fr., 1872, p. Lvi ; 1881, p. 141 et 1817, p. 387, il les invite à étudier de près cette Note et à se bien pénétrer de son importance. Je suis donc persuadé d’avoir répondu à son intention, sinon à son
En deux mots, voici ce dont il s'agit :
Dans le courant de l’année 1865, un lépidoptériste parisien, élevant une ponte de Noctuelles, observa qu’au sortir de l'œuf les petites chenilles marchaient en arpentant delà même façon que les géomètres; mais ces chenilles avaient douze pattes et plus tard en eurent seize, c’ctaient des Xylomyges conspicillaris. En 1868, même remarque fut faite sur des chenilles do Mamestra brassions : elles avaient douze pattes au sortir de l’œuf et en eurent seize dans la suite.
C’est alors que, dans une note spéciale, ce lépidoptériste fit part de sa découverte à la Société entomologique de France. A ses yeux, le « fait nouveau » avait une importance capitale, sa découverte devait intéresser les « physiologistes et ouvrir une nouvelle route d’observation ».
J’avoue que, dés que j’ai eu connaissance de ce « fait nouveau », je suis resté quelque peu indifférent, quelque peu incrédule ; non que j’aie mis un seul instant en doute la véracité du fait, mais je ne pouvais me persuader que sa constatation n’ait pas été faite beaucoup plus tôt.
Si les éducations de chenilles faites ab ovo avaient pris naissance dans certain quartier de Paris et avaient été poursuivies pour la première fois en 1865, nul doute que l’observation précitée n’eût encore tout le mérite d’une découverte, tout l’attrait d’une nouveauté ; mais personne n’ignore que ces sortes d’éducation datent de loin et que nombre d’entomologistes les ont pratiquées afin d’obtenir par ce moyen soit des sujets de toute fraîcheur, soit même des variétés fort recherchées. Il est certain que les anciens lépidoptéristes, dont l’esprit d’observation nous est attesté par les travaux qu’ils nous ont laissés, ont dû avoir connaissance de ce fait. 11 est certain que l’un d’eux, voulant clever des œufs de Noctuelle et en voyant sortir des chenilles arpcnleuses, ne laissa pas d’en être très étonné ; son premier soin fut de prendre un verre grossissant, d’exa-
miner ces petites chenilles et do noter aussitôt les anomalies qu’elles semblaient présenter.
Telles étaient les réflexions qui m’étaient venues à l’esprit tout en faisant la part de l’exagération, fort excusable d’ailleurs, quand on croit avoir le premier observé et relaté ce qui jusqu’alors avait passé inaperçu.
Mais était-ce bien le lieu d’accorder tant d’importance à des pattes membraneuses que Ton voit à peine ? Fallait-il donner d’aussi vastes proportions à cette observation faite sur deux espèces de chenilles ? Convenait-il de convier les physiologistes et les observateurs à une nouvelle méthode d’investigation? Pour un peu, l’auteur, pénétré de son rôle d’initiateur, eût entonné le Novus rerum renasçitur ordo..., si c’eut été dans ses moyens. Et quand, plus lard, un arbitre fut choisi pour prononcer entre des contestations par trop vives et des contradictions bien amères suscitées par cette question, croit-on que le sujet méritât et cet excès d’honneur et Gette indignité?
Mais cette voie, si tant est qu’il en fallût une nouvelle, était ouverte depuis longtemps.
J’ai déjà dit, je crois, l’effet que produisaient sur moi les anciens ouvrages d’histoire naturelle ou do lépidoptérologie : Une série d’in-octavo à consulter m’inquiète, des in-quarto m’épouvantent, des in-folio me font fuir. Aussi je ne m’explique pas comment j'ai pu me résoudre à parcourir les sept volumes in-quarto que Sopp nous a légués. C’est un mystère pour moi. Cela ne veut pas dire que je ne reconnaisse aucun mérite à cet ouvrage, bien loin de là. Je suis prêt à me ranger à l’avis de ceux qui le connaissent et à voir en lui, surtout dans ses deux premiers volumes, un véritable chef-d’œuvre d’exécution et d’exactitude. Toutefois, chez Sepp, c’est moins le dessinateur habile qui m’intéresse, que l'observateur minutieux, l’entomologiste consciencieux qui me plaît. L’insecte parfait dans toute sa splendeur, dans sa rayonnante beauté, n’a pas eu seul le don de tenter le pinceau de notre auteur, d’entrer en lutte pour ainsi dire, de rivaliser par l’éclat, le brillant de son coloris, avec la variété et la richesse d’une admirable palette. Non, d’autres objets moins voyants, moins glorieux, ont été jugés dignes d’occuper son attention et Sepp n’a pas cru au-dessous de son talent de reproduire avec la même exactitude, avec le même fini, les chenilles (chose horrible pour le vulgaire), les chrysalides, jusqu’aux œufs qu’il place à côté des papillons dont il fait connaître ainsi les premiers états. Je sais bien que scs derniers volumes, où Ton reconnaît facilement la hâte, la précipitation avec lesquelles ils ont été faits, laissent parfois à désirer, mais je parle des deux premiers, où l’artiste habile comme l’entomologiste scrupuleux se révèlent à nos yeux émerveillés.
Mais, pour en revenir spécialement à la question qui nous occupe, j’ai été charmé de trouver dans cet ouvrage d’utiles indications qui avaient nécessairement dû échapper à d’autres entomologistes.
Sepp, s’appliquant à reproduire les différents états des lépidoptères, ayant fait, autant qu’il lui a été possible, l’éducation complète de beaucoup d’espèces de lépidoptères, ayant examiné avec soin les diverses particularités qui s’offraient à lui, et ayant consigné dans des notes ses observations nombreuses, ayant notamment étudié les petites chenilles au sortir de l’œuf qu’il a même figurées à cet âge, était particulièrement à même de nous prouver si, comme je le disais plus haut, l’anomalie supposée que nous présentent des chenilles de noctuelles, n’ayant que douze pattes au sortir de l’œuf, alors qu’adultes elles peuvent en avoir jusqu’à seize, avait été réellement connue des anciens entomologistes et si surtout elle avait été constatée et mentionnée par eux.
Eh bien, cette découverte, qui nous était annoncée en 1868, était connue et divulguée depuis fort longtemps déjà. Cette propriété de certaines noctuelles, dont on citait bien deux exemples, avait été reconnue chez d’assez nombreuses espèces. Enfin, ce Tait que Ton apportait comme nouveau aux entomologistes était déjà vieux de 106 ans au moins.
Comparez les dates : C’est le 14 octobre 1868, que la note sur les pattes membraneuses des chenilles a été lue, et voici ce que dit Sepp, tome 1er, Nacht-Vlinders, II, 3, à propos de la Gortyna flavayo; je traduis littéralement :
« Le 18 avril 1762, les chenilles sortirent des œufs... pour marcher, elles emploient seulement douze pattes, mais on peut cependant avec une forte loupe découvrir qu’elles ont déjà seize pattes. »
Nous dirions aujourd’hui que la G. flavayo a douze pattes bien conformées et que les deux premières paires de pattes ventrales sont rudimentaires.
Je fais remarquer en outre le mot déjà ( reeds ) qui indique bien que Ton savait alors que des noctuelles ne sortent pas de l’œuf avec toutes leurs pattes, mais les acquièrent dans la suite.
Quatre planches plus loin (pl. 7), il est question de la CatO‘ cala elocata, et voici ce que je lis dans le texte :
« En mai dernier, sont écloses les chenilles... proportionnellement aux œufs, elles sont d’une longueur extraordinaire, de plus très fluettes, elles ont l’apparence de chenilles arpenteuses, de celles que Ton nomme arpenteuses en bâton (Takjes — bouts de bois), comme elles aussi, en effet, elles marchent avec douze pattes, quoique Ton sache qu’elles en acquièrent seize dans la suite. »
Pour ne pas allonger outre mesure cet article, je me borne à ces deux citations qui suffisent amplement à ma démonstration. Je donnerai simplement le nom des espèces de noctuelles que Sepp a observées et dont il a noté cette particularité dan9 des termes presque identiques et qu’il est inutile de répéter.
A la planche 15 de cette même partie, il est question de la Gonoptera libatrix; planche 1*8, c’est la Catocala fraxini ; planche 21, la Brot . mctîculosa ; planche 24, Y Abrostola urticœ.
Voilà pour le premier volume.
Dans le deuxième volume, je trouve, à la cinquième planche la Mamestra brassicœ, une des deux noctuelles citées dans. la Note de 1868 : « Comme les chenilles arpenteuses, dit Sepp, elle marche avec douze pattes » ; plus loin, c’est la Mam. persicariœ ; c’est VAplecta nebulnsa dont un de ses amis, M. de Cocq, lui avait envoyé des œufs. Sepp est reconnaissant envers ses amis et correspondants, il ne manque jamais à ce devoir.
Dans les volumes suivants, les observations de Sepp offrent moins d’exactitude, elles sont moins détaillées, le temps lui a peut-être fait défaut pour prendre des notes aussi complètes qu’auparavant.
Citons cependant encore Cucullia umbratica et Noctu plecta.
Voilà mes lecteurs entièrement édifiés, je suppose, sur la découverte et le fait nouveau rapportés en 1868; peut-être me demanderont-ils comment il se fait qu’on ne se soit pas aperçu qu’un vieil auteur avait en termes formels relaté ce même fait et, bien plus, laissait supposer une constatation bien antérieure (1)? Je n’en sais rien au juste, mais je crois bien que toute la faute, si faute il y a, retombe sur Sepp lui-même.
— Comment! Sepp serait cause qu’on a ignoré...?
— Eh ! oui. Sepp était Hollandais, il a composé un ouvrage en langue hollandaise, c’était logique, c’était naturel. Tant pis pour ceux qui ne sont pas Hollandais.
Eh quoi! faire un travail qui s’adresse aux naturalistes de tous les pays, amasser une foule de remarques, d’observations capables d’intéresser les lépidoptèristes de quelque nationqu’ils soient, et écrire en hollandais ! Comprend-on cela ?
Il vous revient invinciblement à la mémoire le cas de ces Persans que Montesquieu fait promener dans Paris, vêtus de leur costume national et qui font la joie et l’étonnement des Parisiens de son temps : « Comment peut-on être Persan? » se demandent-ils. « Comment peut-on écrire en hollandais? » demandons-nous. Pourquoi Sepp n’a-t-il pas employé une langue plus connue ? Que ne s’est-il servi d’un idiome courant, intelligible, à la portée do tous, par exemple, de celui en usage au faubourg Saint-. . . Martin! A la bonne heure, voilà qui se comprend, voilà qui est admissible, voilà qui est raisonnable. Mais durant sept volumes in-quarto entiers n’user que du jargon néerlandais? On n’a pas idée de ça !
Hé ! hé ! 11 n’a peut-être pas été tout à' fait inutile à Sepp de se servir de sa langue maternelle. Si Ton a pu mettre à profit les belles images, les dessins admirables de ses deux premiers volumes surtout, si Ton a pu calquer les chenilles et reproduire les œufs, il est de nombreux détails, il est de précieux renseignements, fruits de scs observations, de scs études particulières, qui ont échappé au pillage, grâce aux hiéroglyphes indéchiffrables de son écriture. Ce langage verrouillé, cadenassé, a été, si Ton peut parler ainsi, la sauvegarde do sa propriété. Accessible pourtant aux chercheurs infatigables, c’est de l’hébreu ou du sanscrit, c’est lettre close pour ceux que le poète Horace a nommés d’un mot qu’il est inutile de rappeler.
(1) Il ne faudrait pas se figurer que chez nous seulement les observations de Sepp ont échappé aux lépidoptèristes. Il en a été de même ailleurs, et on en trouvera la preuve dans une curieuse question adressée par M. Stainton à V . Buckler au sujet de jeunos chenilles de Tryph. pronuba. — V. Entomologist Monthly Magazine, 1881, p. 135.
En somme, si dans la question qui fait le sujet de cet article, on ne s’est pas aperçu que Sepp avait devancé de beaucoup certains Observateurs, c’est qu’il était plus facile de copier ses figures que de comprendre son texte.
P. CjlP.ÉTIEN.
Brosse métallique pour le nettoyage des Fossiles
J’emploie, depuis longtemps, pour nettoyer mes fossiles des brosses métalliques que je recommande aux amateurs. Ces brosses ne suppriment pas celles en crin, ni les burins, ni les marteaux, etc., mais elles suppléent dans beaucoup de cas à tous ces instruments, les remplacent souvent avec avantage et donnent des résultats des plus satisfaisants.
Les brosses dont il s’agit sont de deux sortes : les unes en fil
d’acier employées pour brosser à sec les fossiles ; les autres en fil de cuivre pour nettoyer à l’eau.
Ces dernières laissent quelquefois un certain briilant métallique sur le test des fossiles quand il est rugueux, mais il suffit de frotter ensuite avec une brosse en crin pour faire disparaître | les traces du cuivre.
11 faut avoir soin de ne pas brosser continuellement dans le même sens, mais au contraire en tous sens. De la sorte on ne risque pas d'entamer ou de rayer le test des fossiles.
L’emploi de ces brosses fera reconnaître tous leurs avantages et en apprendra bien plus qu’une longue notice.
Que ceux qui veulent avoir des fossiles proprement et promptement nettoyés essaient des brosses métalliques et ils n’auront qu’à s’en féliciter.
Un amateur de géologie.
Kf. B. Ces brosses métalliques pour le nettoyage dos fossiles •sont construites, d'après les documents du signataire de cette note, par la maison Emile Dcyrolle, 46, rue du Bac, Paris. Le prix très peu élevé de ces petits instruments (0 fr. 50 pièce) •concourra certainement à répandre parmi les amateurs ces appareils qu’on pourrait presque qualifier d’indispensables,
Suites à la Flore de France