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LES TIMBRES-POSTE ZOOLOGIQUES

On sait combien le goût de collections des timbres- i poste a pris d’extension depuis une trentaine d’années, j Si la timbromanie est une passion peu dangereuse pour les gens qui en sont épris, il faut reconnaître qu’elle est instructive pour les enfants auxquels elle apprend l’histoire et la géographie : les timbres-poste, en effet, leur enseignent, par les effigies qu’ils représentent, la succession des règnes dans l’histoire contemporaine et, par J les divers timbres en usage dans les colonies, on peut facilement apprendre à quelle puissance ces colonies appartiennent. Mais certains timbres-poste peuvent encore fournir des notions de zoologie : Ce sont ceux qui représentent des animaux spéciaux à certaines contrées. Nous avons fait, à ce sujet, quelques recherches J que nous résumons dans cette notice.

Nous ne parlerons pas des timbres sur lesquels sont figurés des animaux qui ne sont que les armes d’un paÿs : tels que ceux du Mexique émis en 1864 et représentant un aigle dévorant un serpent sur un nopal.

Le Canada a eu, le premier, l’idée de figurer sur ses |

Fig. I. — Timbre du Canada représentant un castor i,l .

timbres le Castor, dont la peau constitue pour ce pays une branche importante de commerce. C’est en 1861 que fut émis un timbre de la valeur de 3 pence représentant un Castor (fig. 1.)

En 1854 une colonie anglaise, l’australie occidentale, adopta comme type de sa première émission de timbresposte le Cygne noir ( Chenopsis atralus ). On sait que cet

Fig. 2. — Cygne noir d Australie Chenopsis airains . oiseau, commun sur tous les lacs et rivières d’Océanie, était si abondant dans cette partie de l’Australie que les Anglais nommèrent cette colonie Black s wan Hiver (Rivière des Cygnes noirs). Malheureusement on fail à ces oiseaux une guerre sans pitié : « on enlève leurs œufs, on les poursuit pendant la mue, époque à laquelle

(1) Les clichés de timbres-poste, que nous figurons cicontre, nous ont été obligeamment prêtés par M. Arthur Maury, le négociant en timbres-poste bien connu des collectionneurs.

LE XATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.

ils sont incapables de voler, on les tue pour le plaisir de les tuer. Gould raconte que les canots d’un baleinier remontèrent un fleuve et revinrent remplis jusqu’au bord des cadavres de Cygnes noirs. L’arrivée des Euro-

Fig. 3. — Timbre d'Australie occidentale avec le Cygne noir.

péens a été la perte de ces oiseaux; partout où fisse sont établis, ceux-ci ont dû disparaître. Aujourd’hui déjà les Cygnes noirs sont complètement détruits dans des endroits où on les trouvait autrefois par milliers et nous ne pouvons espérer malheureusement de voir la fin de cette destruction. » (Brehm.) Depuis 1854, tous les différents timbres-poste de l’Australie Occidentale représentent le Cygne noir (fig. 2, 3).

Une autre colonie anglaise , celle de Terre-Neuve (Neiofoundland), suivit en 1866 l’exemple des deux précédentes en émettant ; 1° un timbre de la valeur de 2 cents

Fig. 1. — Timbre de Terre-Neuve, montrant une morue. Fig. 5. — Timbre de Terre-Neuve avec un phoque.

représentant la Morue (fig. 4), dont la pêche constitue une source de richesse pour ce pays ; 2° un timbre de

Fig. 6. — Tête du chien do Terre-Neuve représentée sur le timbre-poste de Terre-Neuve.

5 cents figurant un Phoque (fig. 5), ce malheureux carnassier, objet d’une chasse sans merci qui amènera dans ces contrées sa disparition, comme celle du Cygne

noir en Australie; 3° en 1887 un timbre de 1/2 cent représentant le Chien de Terre-Neuve (fig. G. 7).

Fig. 7. — Timbre de Terre-Neuve.

En 1866,1e gouvernement du Pérou créait des timbres figurant le Lama ( Lama Peruviana) (fig. 6) ; c’était un hommage bien mérité rendu à ce Ruminant/si pré¬

cieux à plus d’un titre. Le Lama était la seule bête employée par les habitants de Pérou lors de la découverte de l’Amérique et cet animal n’y existait déjà plus à l’état sauvage; de Humboldt pense que ceux qu’on rencontre à l’état de liberté dansles gorges des Cordillières ne sont que des descendants d’individus soumis. Les timbres-poste de 1866 lurent remplacés en 1874 par un timbre-taxe plus élégant, sur lequel figure également ' le Lama (fig. 8, 9).

La République de Guatemala adopta en 1879 des timbres représentant le Quelzal ou Trogon resplendissant Phavomacrus resplendens. Nous avons publié une note relative à cet oiseau dans le Naturaliste (n° 104, 1er juillet 1891).

En 1883 la colonie anglaise dei Vân-diemen ou. Tasmanie émettait des timbres fiscaux, employés également pour la poste, et qui représentaient YOrnithorhynquc paradoxal (fig. 10). Cet animal si bizarre ne se rencontre, en effet, que dans cette contrée et restera un des types les plus curieux à étudier pour le naturaliste. Jules

Fig. 9. — Timbre du Pérou représentant le Lama.

Yerreaux, qui a observé ce Monotrème en Tasmanie, a dit à son sujet : « Son organisation extérieure le rapprocherait en quelque sorte delà Taupe parle corps, du Castor par la queue et du Canard parle bec; par son organisation intérieure, il ressemble à certains reptiles et paraîtrait former un chaînon entre les Mammifères et les Sauriens. »

Enfin une autre colonie anglaise d’Australie, la Nouvelle-Galles du Sud, a imité l’exemple de la Tasmanie et, pour célébrer en 1888 le centenaire de sa fondation, a émis les trois timbres suivants :

l°Un timbre de 2 pence (flg. U; 12) représentant l’Emou, cet oiseau gigantesque qui remplace l’Autruche en Aus¬

tralie, et qui, sans cesse persécuté par les Européens, disparaîtra dans un avenir prochain de cette colonie où il n’en restera d’autre souvenir que son image sur un timbre-poste !

2° Un timbre de 8 pence (fig. 13, 14) montrant 1a. Lyre

Fig. 13. — L’oiseau Lyre.

Fig. 10. — Timbre de Tasmanie , montrant l’Ornithorhynque.

(Menura lyra), encore un oiseau qui devient très rare et qui sera prochainement éteint, vu la chasse dont il est toujours l’objet.

3° Un timbre d’un shilling (flg. 13), représentant le Kanguroo géant ( Macropus giganteus), qui habite, avec l’Emou, les plaines de la Nouvelle-Galles du Sud; la chair de ces animaux, qui est excellente, et leur peau qui

Fig. 12, 14, 13. — Timbres de la Nouvelle-Galles du Sud représentant l’Emou, la Lyre, le Kanguroo géant.

fournit une fourrure recherchée les exposent à une guerre continuelle : les habitants les chassent avec fureur et dressent des chiens pour les combattre, et bientôt peutêtre ces malheureux Mammifères subiront le sort de l’Emou, du Cygne noir et de la Lyre.

Albert Changer.

SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE PARIS

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