OISEAUX CHANTEURS
Sur plus de dix mille espèces d’oiseaux il ne s’en trouve pas une seule qui ne possède une voix, mais il n’en est pas moins vrai qu’il n’en est que doO environ qui méritent le nom d 'oiseaux chanteurs, dans l’acception véritable du mot, en d’autres termes, qui sont capables de rendre des sons caressant notre oreille et nous paraissant agréables, harmonieux. Brehm (1), dans son livre sur les oiseaux chanteurs, n’en compte guère que 140 espèces. D’autre part, Cari Russ (2) dans le « Règne des Emplumés » montre que les oiseaux qui chantent n’occupent qu’une place restreinte parmi tous les oiseaux existant en ce sens que le nombre de ceux-là est de 1,3 0/0, ce qui tendrait à démontrer d'ailleurs que les oiseaux, en tant que chanteurs esthétiques, sont relativement très peu nombreux, presque rares.
Maintenant que nous connaissons le nombre total des espèces d’oiseaux en général et celui des chanteurs en particulier, la question qui se pose est celle de savoir quel est le point du globe terrestre où il existe le plus d’oiseaux chanteurs.
Il est à remarquer que les zones tempérées sont de beaucoup plus riches en oiseaux qui nous occupent que les tropiques et les régions polaires. C’est qu’en effet tandis qu’en Afrique et Amérique tropicales le nombre des oiseaux qui rendent des sons musicaux n’atteint guère que des dixièmes pour cent, dans le climat tempéré, au contraire, sur dix espèces d’oiseaux il y en a une de chanteurs. C’est ainsi que Lequë en énumérant les oiseaux de notre pays désigne le nombre total des espèces par le chiffre 287 et celui des oiseaux chanteurs par 30, de sorte que le nombre de ces derniers en France est de 10,3 0/0. D’un autre côté, d’après les indications données par M. Zograpli, il est à constater qu’en Russie et plus particulièrement dans la zone moyenne les oiseaux artistes se trouvent dans un nombre qui se rapproche sensiblement de celui de la France.
D’une manière générale, presque tous les oiseaux jouissant d’une voix musicale, harmonieuse, appartiennent à l’ordre des passereaux, notamment au sous-ordre
(1) Aristotelcs. Historiée animalium, liber IV, 9. Avium gémis vocale est. Potissimumque loquuntur cæ quibus aut inediocris linguæ latitudo aut ipsa lingua tenuis est.
(2) Cari Russ. Vie gefiederte XVelt. Dresdcn und Leipzig, 1887-88.
des Oscines que l’on nomme oiseaux chantears pour les distinguer des Clamatores ou oiseaux criards. Ceux-ci. en raison du moindre développement de leur appareil vocal, rendent des sons, des cris uniques, incohérents, saccadés. Pour ce qui concerne les oiseaux ne faisant par partie du groupe des Passereaux et qui n’en sont pas moins capables de chanter plus ou moins agréablement, il convient de mentionner quelques Échassiers, notamment plusieurs représentants de la famille des bécasses (Scolopacides). Ces derniers rendent un sifflement qui rappelle sensiblement celui de la flûte piccola. L’Agamy de Guinée que nos savants français ont baptisé, à juste titre, du nom d’oiseau-trompette ( Psophia crépitons) donne des sons hauts et traînants dans le genre de ceux que produit le trombone de basse; lui aussi doit être rangé parmi les oiseaux chanteurs. Il est toutefois à relater que dans les deux derniers cas, bien que les sons se prêtent aisément à être saisis par notre oreille et à la notation ou reproduction musicale, ils n’en demeurent pas moins uniques, saccadés, en un mot, sont loin d’être une de ces mélodies de longue durée aussi délicieuses que variées que nous fournit de temps à autre le rossignol ou l’alouette.
Ainsi que nous l’avons insinué plus haut, la faculté des oiseaux chanteurs de varier leur voix et de fredonner des airs plus ou moins musicaux est étroitement liée à la constitution de leur appareil vocal. Cette dernière considération a échappe aux anciens naturalistes pour avoir admis à tort, avec Aristote, le père des sciences naturelles, que la voix des oiseaux relevait directement de la forme, de la longueur et de l’épaisseur de leur langue. On comprendra facilement l'erreur des partisans d’Aristote lorsqu’on aura tenu compte de ce fait que les oiseaux produisent leurs sons non pas dans cette partie de la trachée qui, chez l’homme et les mammifères, porte le nom de larynx, mais au niveau du point ou celle-là se divise en deux branches (bronches) s’enga¬
geant réciproquement dans les poumons droit et gauche. C’est ce point de la trachée qui joue un rôle capital en l’espèce. Il ne serait peut-être pas inutile à l’effet de mieux comprendre le mécanisme de la production des sons chez les oiseaux, de dire un mot' sur ce que l’on appelle larynx inférieur.
On sait que chez les animaux en question il existe deux larynx dont l’un porte le nom de supérieur et l’autre inférieur. Le premier, tout à fait rudimentaire, est situé comme de coutume derrière la langue sur le plancher de la cavité buccale ; il est homologue aux larynx des autres vertébrés sans toutefois être capable de produire dessons et ne sert, somme toute, qu’à livrer passage à l’air nécessaire à la respiration. En ce qui concerne le larynx inférieur ou syrinx on lui reconnaît le rôle d’appareil vocal et il doit être considéré comme une acquisition secondaire particulière aux oiseaux. Il est généralement situé au point de jonction de la trachée avec les bronches, comme on peut le voir sur la figure ci-dessous, rarement à l’extrémité postérieure de la trachée ou sur les bronches mêmes. Dans le premier cas, qui est le plus fréquent, c’est-à-dire lorsque le larynx est broncho-trachéen, l’union des anneaux supérieurs des bronches avec la trachée est mobile et il existe un système de muscles très compliqué, qui détermine la tension ou le relâchement de membranes vibrantes (membranes tympaniformes internes et externes). Un point qui est aussi à relever, c’est que l’extrémité inferieure de la trachée présente une modification toute spéciale ; elle constitue ce qu’on appelle le tambour. Celui-ci est très développé chez les oiseaux aquatiques, par exemple les canards mâles, et présente des dilatations asymétriques fonctionnant comme appareil résonnateur et que l’on désigne sous le nom de tympan ou de labyrinthe. En outre, l’orifice inférieur du tambour qui conduit dans les bronches est divisé dans l’immense majorité des cas par une languette osseuse qui présente à ses deux extrémités antérieure et postérieure deux appendices recourbés vers le bas et constitue de la sorte un double cadre sur lequel se trouve tendu de chaque côté un repli de la membrane tympaniforme interne (membrane vibrante interne). Chez les oiseaux chanteurs il s’ajoute encore au-dessus de la languette un pli semi-lunaire qui n’est autre chose qu’un prolongement de la membrane vibrante. Pour compléter la description de 'l’appareil vocal, disons que, dans de nombreux cas, il se développe aussi sur le côté interne du tambour, entre les deux derniers anneaux trachéens le plus souvent, ou entre les deux premiers demi-anneaux bronchiques, ce qui est rare, un autre repli membraneux qui est connu sous le nom de membrane tympaniforme externe (membrane vibrante externe).
Voyons maintenant, cela étant établi, quels sont les éléments de l’appareil vocal que les oiseaux mettent en jeu à l’effet de produire des sons, ceux-ci étant des mélodies ou bien des cris aigus, saccadés.
La majorité des physiologistes s'accordent à reconnaître que la voix des oiseaux est produite principalement par les membranes résonnantes internes qui vacillent en même temps que le pli semi-lunaire, grâce à l’ai r expiré, et en partie par les vibrations des bords des membranes tympaniformes externes. La participation à la vibration de tel système de membranes ou de tel autre, la résonance du son dans la trachée, dans les os du creux et de la poitrine (chez la grue et le cygne),
Fig. 1. — Larynx inférieur ou Syrinx de Xenorhynclius seneyalemis (d’après G. von Hayek).
voilà de nombreuses causes ayant pour résultat la variété «le timbres et de nuances que nous admirons dans le chant des oiseaux.
Depuis une haute antiquité, à commencer par le nègre fétichiste jusqu’aux artistes les plus éminents du monde moderne, Ton s’inclinait devant l'art de ces petites créatures et on leur rendait hommage. Que de merveilleuses œuvres d’art, dans le sens rigoureux du mot, a inspirées ce délicieux concert de la nature ! Rappelonsnous les cris sauvages de nuit entrecoupés par des lamentations des esprits de forêts ou de déserts dans les « Troyens » de Berlioz, notamment le passage où Énée et üidon courant cherchent à se mettre à l’abri des éléments irrités. Rappelons-nous aussi le fameux Adagio dans la sixième symphonie pastorale de Beethoven, avec le coucou, le rossignol et la caille. Et le « Saint-François » de Lizt, qui comprend si bien le langage des •oiseaux ou le « Vogel als Prophet » (oiseau en tant que prophète) de Schumann, de leur côté, ne sont pas dénués d’intérêt non plus. Ce sont là des œuvres où les auteurs se sont évertués à imiter non pas le chant de tel oiseau ou de tel autre, mais la musique de la nature dans son •ensemble. A côté de ces œuvres d’art il en est d’autres où l’artiste imite d’une manière plus ou moins exacte, d’autres fois avec quelques menus détails, le chant de plusieurs oiseaux. C’est encore le rossignol qui a eu sous ce rapport le plus de chances; ses trilles sont imitées par Beethoven, comme nous l’avons mentionné plus haut, dans sa symphonie pastorale, de même que dans le « Méphisto-Walzer » de Lizt. D’après M. Zograph, le claquement du rossignol est très bien saisi dans la fameuse romance de Davidoff « Et la nuit, et la lune, et l’amour ».
Il en résulte donc qu’on ne manque pas de reproductions musicales de différents chants d’oiseaux, mais il est à constater qu’en raison de l’impossibilité de reproduire exactement le timbre et certaines nuances, la plupart de ces notations laissent à désirer.
Fig. 2. — Le chant de l’alouette, d’après Lequë.
Le plus heureux à c» point de vue se trouve être « Lequë », et c’est pourquoi nous croyons à propos de donner la musicue de 'alouette et du loriot, d’après ce savant auteur.
(Les doubles lignes, séparant différents motifs de chant de l’alouette et du loriot , indiquent que ces mélodies sont chantées par les oiseaux en question, à divers moments et en différentes circonstances.)
Que les oiseaux rendent des sons et des cris divers suivant les circonstances où ils se trouvent, cela est connu dès le début de l’existence de l’homme. Tout le monde connaît que n’importe quel oiseau lorsqu’il prévient ses camarades du danger commun qu’ils courent, crie d’une voix tout à fait différente de celle dont il les convoque à partager sa proie abondante. Sa voix prend un tout autre timbre lorsqu’il se met à tranquilliser la femelle qui protège à son tour les petits en les recouvrant de ses ailes. Prenons, par exemple, la grive. Comme le pense M. Zograph, celle-ci dispose de sept ou huit voix. C’est ainsi qne le mâle de la grive réserve son aille plus agréable pour le moment où il est en train de faire son nid en compagnie de sa femelle. Dès que celle-ci s’est installée dans le nid Ton remarque un chan-
Fig. 3. — Le chant du loriot, d’après Lequë.
gefnent de timbre dans les voix du couple, en ce sens qu’elles deviennent à la fois plus rudes, plus aiguës, plus saccadées. Quelque temps après avoir mis au monde les petits, la femelle s’amuse à gazouiller un air doux, protecteur, en donnant à sa progéniture certaines instructions en ce qui touche l’art du vol, la façon dont il faut chercher une bonne nourriture et un abri commode, etc. Si, par malheur, un chasseur apparaît soudainement, la femelle se met immédiatement à sonner l’alarme d’un claquement caractéristique, afin de prévenir ses petits du danger menaçant ; au cas où l’un des jeunes s’oublie et ne fait pas autrement attention aux signaux de la mère, celle-ci commence à craquer d’une voix haute et non moins caractéristique. Enfin, la grive blessée rend des sons et des cris hauts et glapissants, quelquefois plaintifs, surtout lorsque l’oiseau est poursuivi par le chasseur. Ce sont là des variations du chant des oiseaux que les amateurs appellent la langue des oiseaux. Cette particularité était déjà connue d’Aristote qui, dans son Historia animalium, fait mention de plusieurs cas de la vie des oiseaux où ils chantent et crient très fortement et énergiquement (1).
Pour ce qui est des amateurs du chant des oiseaux, certains d’entre eux, afin de provoquer des mélodies de
(1) Liber IV, cap. ix. Quædem quoque inter pugnandum voeem edunt ut coturnix; alùc, cum pugnam incunt, provocantes (ut perdrix ) : nonnullæ ctiam victoriam canunl, ut gallus. Maris femimeque cantus in quibusdam idem est, ut lucineæ ; sillet tamen femina. quam diu incubât pullosque cducat. Sunt in quibus potius canal mas, quam femina, ut in gcncre gallinacco cl coturnicum : feminæ cnim non canunl.
plus on plus musicales et harmonieuses, s’évertuent à varier de diverses façons les conditions d’existence de leurs petites idoles. C’est ainsi que d’aucuns et principalement ceux qui cherchent à obtenir le chant du rossignol font des crépuscules artificiels dans la cage du petit chanteur, ce qui simule une lumière précédant le soleil levant. Les amateurs du Harz, d’après M. Lenz de Schnepf entai, distinguent pour les serins dix-neuf manières de chanter dont chacune porte un nom spécial. Le chant le plus recherché en Thuringe s’appelle Schmalkader Doppelschlag (le double coup de Schmalkader); en outre, il est des airs de serins qui portent respectivement les noms de Scharfer Weingesang (le chant aigu de vin), de Reiter (écuyer), etc. M. Lenz, dont l’autorité en cette matière ne saurait être contestée, prétend avoir constaté, à plusieurs reprises, que les oiseaux d’une contrée déterminée sont capables d’apprendre les airs d’autres oiseaux de passage, si bien qu’il n’est pas rare de voir les oiseaux dont il s’agit oublier le chant qui leur est propre et chanter sur celui de leurs voisins passagers. Voici un fait qui semblerait corroborer la manière de voir de M. Lenz : En 1832, les serins du Harz ont reçu la visite des oiseaux de Thuringe dont le chant, très réputé d’ailleurs, est connu sous le nom de « Thuringer Weida ». Au bout d’un certain temps relativement très court, on n’entendait guère le chant caractéristique des sei'ins du Harz. C’est que ces derniers ont commencé par imiter certaines notes de leurs hôtes et ont fini par adopter tout à fait l’air de « Thuringer Weida » et oublier le leur.
Ou sait que la faculté des oiseaux de s’approprier le langage de leurs confrères s’explique par ce fait que certaines espèces jouissent de la propriété d’imiter des sons musicaux, des cris et des chants d’autres espèces d’oiseaux ou animaux, voire môme le langage de rkomme, comme nous l’avons fait remarquer dans notre première étude sur la musique de la nature (1). Nous n’avons pas l’intention de conter certaines histoires et anecdotes sur les perroquets et les étourneaux parlant; nous nous bornerons seulement à faire observer que le nombre des oiseaux capables d’imiter des sons musicaux et le langage n’est pas si considérable qu’on le croit d’ordinaire, A part la fameuse grive persifleuse ( Mimis polyglottus ) habitant la moitié méridionale des États-Unis et le Mexique, qui se distingue, elle, par ses facultés d’imitalionles plus prononcées, et l’oiseau flûte d’Australie ( Gymnorhina tibicen), qui est à même d’apprendre à imiter non seulement des sons uniques, des cris, mais aussi des chansons tout entières en leurs menus détails, M. Lequë ne compte guère que sept oiseaux bons imitateurs, en ce qui concerne la France.
A en croire plusieurs amateurs, très réputés du reste, il y aurait moyen de développer considérablement les facultés musicales et artistiques des oiseaux : l’on n’aurait. qu’à élever ceux-ci en compagnie de bons chanteurs pour arriver à transformer de fond en comble leur chant ordinaire. C’est ainsi que le fameux menuisier de Paris M. Chrétien est parvenu à modifier considérablement la voix des alouettes qu’il élevait à partir de 1832. Au bout de vingt-six ans, car c'est en 1878 qu’ont, été publiées les observations de Chrétien, il apu constater que chaque nouvelle génération de ses alouetl esavait acquis une nuance particulière dans son chant, et cela crescendo d’une géné¬
ration à l’autre, si bien que la voix des dernières alouettes, en tant que mélodie et timbre, ne rappelait en rien celle de leurs ancêtres.
J. Gutman.
LA TISCHERIA COMPLANELLA, Hubn.
Microh’pidoptèrc , section des Tinéinêes.
Le chêne, ce roi des forêts,, comme on se plaît à l’appeler, nourrit une multitude d’insectes de toutes sortes, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de ses organes. Parmi ces hôtes intéressés, il en est un dont la petitesse n’attirerait guère nos regards, s’il ne décelait sa présence à l’état de chenille, par les taches dont il souille les feuilles du géant majestueux. C’est l’infime petit papillon qui a reçu le nom de Tischeria complanella Hubn.
En parcourant aux mois de septembre et d’octobre les bois où le chêne croît abondamment, on sera certainement frappé de s’apercevoir qu’un grand nombre de feuilles ont leur surface maculées de taches blanchâtres ou de couleur feuille morte. Ces taches sont déterminées par la disparition de la substance verte ou parenchyme de la feuille, dont l’épiderme est conservé sur les deux faces. La même feuille porte souvent plusieurs de ces taches, vers le centre desquelles se trouve une plus petite tache ronde très nettement accusée, plus blanche que le reste de la surface jaunie. En regardant par transparence une feuille ainsi souillée, c’est-à-dire en l’exposant entre l'œil et un endroit du ciel bien éclairé, on apercevra, ordinairement dans la petite tache ronde, une toute petite chenille courbée en cercle : c’est la chenille de la Tischeria complanella (Hubn.), qui vit en mineuse dans l’intérieur de la feuille, qui l’a réduite à cet état misérable et l’a fait se dessécher ainsi, longtemps avant l’époque où les feuilles jaunissent.
Ouvrons la mine creusée par la petite chenille et examinons avec soin l’auteur du dégât que nous mettons ainsi en lumière. C’est un petit ver jaune clair de a à 6 millimètres de longueur, dont les segments sont très nettement séparés par un étranglement. La tête est brune et triangulaire : elle s’enchàsse en quelque sorte dans le premier segment très large, coupé carrément en avant, dans lequel elle peut s’enfoncer presque entièrement : les autres segments vont ensuite en décroissant du troisième au dernier dont l’extrémité est ordinairement brune : ce dernier segment est bien plus étroit que les autres. La tête affecte quelquefois l’apparence cordiforme : les mandibules sont fortes, assez saillantes et très distinctes : le milieu du premier segment est brun clair : le Canal alimentaire se détache en brun sur les derniers segments. La chenille est apode, un peu aplatie, composée de douze segments non compris la tête: le dessous est semblable au-dessus : les deux derniers segments se distinguent peu l’un de l’autre : lu troisième est le plus large de tous.
Cette chenille vit ainsi dans la feuille ; on la trouve très fréquemment à l’automne dans sa mine où elle passe l’hiver, que la feuille reste attachée à l'arbre ou qu’elle soit emportée par le vent d’automne. Quelquefois on voit sur la même feuille plusieurs mines ayant toutes leur cellule blanche et ronde ; d’autres fois on voit une seule mine occupant la plus grande partie de la feuille, mais avec deux, trois, quelquefois quatre cellules, dans chacune desquelles une chenille.
(1) Voir le Naturaliste du 1" janvier.
Ces cellules n’existent pas toujours au commencement de la vie de la chenille ; au mois d’août on voit souvent la mine occupée par la chenille sans qu’il ait de cellule ronde. Pendant le mois d’octobre la chenille a atteint tout son développement et elle se tient immobile dans la mine : mais au mois d’août on peut la voir manger, en regardant la feuille par transparence. Lorsque les feuilles jaunissent et tombent, la mine est moins visible, mais la tache blanche ronde est toujours bien distincte. Dans certains bois un très grand nombre de feuilles sont habitées par les Tischerias ; dans d’autres au contraire, on en trouve très peu. La chenille passe l’hiver dans sa cellule ronde où elle demeure engourdie, ne faisant de mouvement que si on la touche, et courbée en cercle. On peut ramasser des feuilles tombées où la chenille se conserve tout aussi bien que dans celles qui persistent et demeurent attachées à l’arbre. Ce n’est que pendant le mois de mai que la chenille se métamorphose en chrysalide. Pourtant on trouve encore des chenilles non chrysalidées et vivantes, à la fin de juin, dans les feuilles recueillies en novembre ; mais probablement, ce sont des chenilles peu vigoureuses, qui n’ont pu subir la métamorphose et qui finissent par mourir sans se chrysalider.
Lanymphose dure environ quinze jours etl’insecte éclôt dans le milieudejuin, laissant l’enveloppe de la chrysalide engagée dans l’épiderme qui constitue la cellule ronde. Cette chrysalide est d’un brun fauve et longue d’environ trois millimètres à quatre. Quelques chenilles plus pré-
Fig. 1. Feuille de chêne minée par la chenille de Tischcria complanclla. — Fig. 2. Chenille de Tischeria complanella très grossie. — Fig. 3. Tischeria complanclla (très grossie).
coces se chrysalident dès le mois d’avril, mais généralement pour celles-là la nymphose dure un peu plus longtemps. 11 y a du reste bien certainement deux générations par an de ce petit papillon. J’a. en effet recueilli dès les premiers jours d’août des feuilles minées renfermant dans leur cellule ronde des chrysalides, qui quelques jours après m’ont donné le papillon. Dans le mois de juillet même j’ai pris des papillons, mais il n’est pas certain, que ce ne fussent pas des insectes de l’année précédente éclos un peu tard au mois de juin. Quoi qu’il en soit, la génération qui éclôt en juillet ou août, paraît être bien moins abondante que celle qui passe l’hiver à l’état de chenille et qui n’éclôt qu’au printemps. Au mois d’août, on aperçoit peu de feuilles minées par les Tischeria. bien que beaucoup de feuilles de chêne soient alors minées par des chenilles de Lithocollet is, de Gracilaires et d’autres espèces mineuses. On trouve du reste pendant les mois de juin, juillet, août, un grand nombre de feuilles minées qui sont déjà abandonnées par les hôtes qui les ont habitées. Mais c'est au mois d’août seulement qu’on commence à trouver dans les mines faites par les Tischeria complanclla, des chrysalides vides, le papillon étant éclos. Puis peu de temps après on voit de nouvelles mines qui se forment et dans lesquelles on peut observer les chenilles pendant les mois de septembre, octobre et novembre. Ces chenilles ont quelquefois autour d’elles de petits grains noirs, qui ne sont autres que leurs excréments et qui serviront avec quelques fils de soie à confectionner le petit cocon léger qui enveloppera la chrysalide.
Le papillon a de huit à neuf millimètres d'envergure. Les palpes sont grêles et très petites ; la trompe est longue et très élargie à la base : la face est nue ainsi que le front, mais la tête porte des poils ou écailles : les antennes sont assez longues et annelées. La tète, le corselet et les ailes supérieures, sont d’un jaune d’ocre doré uni, sans taches ni dessins, seulement un peu plus clair au bord interne des ailes. La frange très longue est de la | même couleur, un peu grisâtre : le dessous des ailes supérieures est d’un gris noirâtre, passant au jaune vers le bord externe : les secondes ailes très étroites cultril'ormes, à frange très longue, sont d’un gris noirâtre en dessus et en dessous : l’abdomen est de la couleur des ailes inférieures : les pattes sont à. peu près de la couleur des ailes : les tibias postérieurs portent de longs poils argentés.
Bien qu’enfermées dans leur mine, les chenilles de Tischeria ne sont pas à l'abri de leurs ennemis; elles sont souvent dévorées par des parasites qui vivent dans leur intérieur et de leur substance, sans cependant arrêter leur développement. On trouve souvent, à côté de la Tischeria en chrysalide, la nymphe d’un très petit h yménoptère Chalcidite, qui donne un très petit insecte à quatre ailes hyalines sans nervures, les ailes supérieures munies seulement d’un très court rameau partant de la côte. Ce parasite est d’un vert doré brillant et métallique ; la tête noire, les antennes noires aussi, coudées et composées d’articles assez gros ; les pattes noires à genoux et quelques autres parties blanchâtres. Lorsqu’on trouve dans la mine la chrysalide de ce parasite à côté de celle de la Tischeria, il est inutile d’attendre l’éclosion de celle-ci, sa substance a été dévorée par la larve du Chalcidite.
La Tischeria est encore souvent victime d’un autre parasite, un Braconide, dont on trouve aussi le cocon desoie
blanche dans la mine, où la larve a dévoré la chenille de laTischeria,
La chenille de' Tischeria complanella paraît vivre aussi dans la feuille du charme.
E. Pissot,
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 31 août 1891. — M. Ad. Chalin présente à l’Académie le dernier fascicule de la partie de son Anatomie comparée des végétaux, partie relative aux Phanérogames parasites. Il en prend occasion pour indiquer quelques-uns des résultats de ses recherches. Dés 1840, dans sa Thèse inaugurale à l’École de pharmacie, il faisait déjà ressortir l’utilité de l'application de l’Anatomie végétale à la diagnose des familles, des genres et des espèces. L’auteur le prouve en empruntant des citations à son dernier travail sur les Parasitos„ll passe en revue un certain nombre de familles, qu’il serait trop long d’énumérer et dans lesquelles on a pu établir des divisions bien fondées sur des caractères anatomiques intéressant les différents tissus. L’auteur termine en faisant remarquer les immenses services qu’a rendus l’étude de l’anatomie des végétaux appliquée à la classification et qu’elle est appelée à rendre encore malgré l’opinion émise autrefois par les maîtres do la science, qui, après les tentatives infructueuses de Mirbel, déclaraient qu’ori ne pouvait pas suivre les zoologistes dans cette voie.
Séance du 7 septembre. — Note de M. A. Chauveau sur la fusion des sensations chromatiques perçues isolément par chacun des deux, yeux. Cette fusion répond à un fait réel comme l’avaient pensé Foucault et Régnault. L’auteur décrit longuement les expériences qu’il a faites avec un appareil stéréoscopique, en prenant toutes les précautions nécessaires pour empêcher l’antagonisme des champs visuels qui fait prédominer alternativement la sensation de l’un des deux yeux. C’est pour n’avoir pas tenu compte de cet antagonisme que Helmholtz concluait que la fusion des couleurs n’était qu’une apparence, un acte de jugement se produisant à un moment donné de la lutte des deux champs visuels. — M. Duchartre présente une note de M. Pierre Lesage sur la quantité d’amidon contenue dans les tubercules du radis. Le radis pris au moment où on le consomme d’ordinaire contient peu ou point d’amidon. Il en est tout autrement lorsque la plante est soumise à des arrosages salés ; l’amidon so développe alors dans le tubercule et le maximum se rencontre dans les cultures aiTOsées avec de l’eau contenant 5 grammes pour 1000 de chlorure de sodium. Les radis arrosés à 20 grammes pour 1000 étaient tués par le sel.
A. E. Malard.
BIBLIOGRAPHIE
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