COLONIES HIBERNANTES DE CHAUVES-SOURIS
Chacun sait que l’on trouve quelquefois des Chauves- Souris hivernant en colonies plus ou moins nombreuses dans des grottes, des carrières souterraines, des souterrains, etc., fait observé chez différentes espèces de ces animaux si curieux. Mais c’est particulièrement dans les légions méridionales de la France, pour ne parler que de ce pays, qu’on voit de telles colonies, parfois composées de plusieurs milliers d individus dormant les uns plus ou moins près des autres.
Dans la Normandie, où j’habite, je n’ai observé l’hivernage des Chauves-Souris en colonie, malgré denombreuses recherches chiropte'rologiques, que dans deux carrières souterraines calcaires, situées dans le département de l’Eure : à Pont-Audemer, et à Saint-Samson-de-la-Rocque, commune située dans les environs de cette ville. En oùtre, ces colonies n’étaient composées que d’une seule espèce : le Rhinolophe grand-fer- à cheval ( Rhi-, nolophui-ferrum-equinum Schreb.), qui est, avec le Vespérien pipistrelle ( Vesperugo pipistrellus Schreb.) , plus com
mun des Chi- Colonie de chauves-souris (Rhinolophe gr. roptères uormands ; et le
nombre des individus formant chacune de ces ne dépassait point 180.
Comme simple curiosité d’Histoire naturelle, j’ai eu, cette année, la fantaisie de photographier quelques-unes de ces colonies. Cela peut-être a déjà été fait, mais, à ma connaissance, on n’a pas encore publié une telle photographie.
Si, dans certaines conditions, photographier une colonie de Chauves-Souris plongées dans le sommeil hibernal ne jprésente pas de difficulté, je puis dire qu’il n’en a pas été de même pour moi. Il m’a fallu gravir, avec d’encombrants appareils, une côte très rapide, puis les introduire un à un dans la carrière souterraine, en rampant et à reculons, pendant une petite distance, avant d’arriver dans les différentes chambres. Quant à la mise au point, — rendue fort difficile par suite de la presque impossibilité d’approcher une lumière tout près de ces animaux, qui alors se réveillent et ne tardent pas à s’envoler, — et aux autres manipulations, je puis affirmer qu’elles ne s’effectuent pas avec la même aisance que dans un atelier de photographe. J’ajouterai que les colonies en question étaient, sauf celle représentée par la figure,
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
sur un fond quelque peu sombre, parsemé de silex noirs, de telle sorte que les Chauves-Souris ne s’y détachaient pas d’une façon nette.
La ligure 1, obtenue directement sur une de mes photographies, représente une colonie du Rhinolophe grandfer-à-cheval composée d’environ 80 individus. J’ai photographié, le 12 mars 1891, cette colonie, qui passait la saison froide suspendue au plafond d’une chambre basse, dans une carrière souterraine calcaire, à Saint- Samson-de-la-Rocque (Eure) ; j’ai pris mes photographies avec un objectif grand angulaire de Steinheil, et par un éclair magnésique puissant, produit avec de la poudre de magnésium pure brûlant subitement dans la flamme d’une lampe à alcool spéciale.
Pour ainsi dire le seul intérêt de la ligure 1 réside dans son originalité. Je voudrais qu’elle engageât plusieurs personnes compétentes, placées dans des conditions bien
que celles où je me suis trouvé, à prendre des photogra pliies de ces animaux bizarres, dormant en colonies. Il y a là un intéressant sujetd’études photographiques.
J’ai constaté que le Rhinolophe grand-fer- à cheval hiverne parfois , dans une même carrière carrière calcaire, souterraine , à l’état isolé et à l’état co.
lonial; les colonies étant composées de mâles et de femelles. Pourquoi? Est-ce parce que tel et tel endroits leur plaisent d’une façon toute particulière, bien que ces endroits ne m’aient paru offrir absolument rien de spécial ; mais alors pourquoi ne s’y réunissent-ils pas tous?Est-ce uniquement une question de caractère, les uns étant très sociables et les autres aimant la solitude ? Est-ce le résultat de disputes ? Je ne sais.
Au cours de la saison froide, les Rhinolophes grandfer-à-cheval dormant en colonie se réveillent à certains moments, — il en est de même, évidemment, des individus isolés, — et se transportent dans un autre endroit de la carrière souterraine ; mais j’ignore si tous les individus, isolés et groupés, se déplacent, et si la colonie, reformée sur un autre point, se compose de la totalité des individus qui la formaient précédemment ou même d’un nombre plus élevé. Je suis porté à croire, sans toutefois le prétendre, que les colonies reformées sont moins nombreuses en individus qu’elles ne l’étaient auparavant.
Mon excellent ami M. A. Duquesne, savant botaniste à Pont-Audemer (Eure), a bien voulu m’accompagner
dans cette fatigante excursion, "en m’aidant avec une grande obligeance. Qu’il reçoive, à cet égard, mes très vifs remerciements.
Henri Cadeau de Kf.r ville.