SUR UNE CRISTALLISATION REMARQUABLE DU GYPSE
Au cours d’une excursion géologique que j’ai faite cet été avec les auditeurs du Muséum dans les tranchées du nouveau chemin de fer de Mantes à Argenteuil, auxquelles M. Ramond et M. Dollfus ont consacré des études si intéressantes je fus prévenu en passant à la station de Triel qu’on avait récemment trouvé des plantes fossiles dans la roche.
En réalité il s’agissait du très bel échantillon que représente la figure ci-jointe et que très aimablement on s’empressa de me donner pour la collection géologique du Muséum où il est actuellement déposé.
L’axe de chacun des amas cristallins simulant un rameau est déterminé par une très fine fissure de la marne qui paraît avoir déterminé le groupement des individus gypseux. En divers points cette fissure est incrustée de gypse compacte.
La production d’un semblable accident ne semble pas très facile à expliquer, au moins à première vue. Il faut cependant noter que le milieu marneux semble avoir procuré aux molécules cristallins une facilité spéciale pour se grouper symétriquement. On sait en effet que tous les beaux cristaux de chaux sulfatée proviennent, non point des couches de pierre à plâtre, mais des assises marneuses imprégnées d’eaux séléniteuses. C’est ainsi que les belles macles si connues à cause des éclats
Bloc de marne renfermant de petits cristaux de gypse ordonnés suivant une disposition qui rappelle une apparence végétale. Des couches de l’éocène supérieur des environs de Triel Seine- u-Oise . — Echantillon du Muséum de paris, 1/2 de la dimension naturelle.
C’est un bloc de marne blanchâtre, un peu magnésienne et dans laquelle se sont constitués de très nombreux cristaux de gypse, de très faible dimension, et ordonnés, comme on le voit, suivant une disposition qui rappelle en effet à première vue des branchages gracieux couverts de petites feuilles.
Chacune de ces soi-disant feuilles est un petit cristal de gypse parfaitement complet rentrant dans la variété cristallographique que Haüy désignait sous le nom de trapézienne et où l’on reconnaît, comme très prépondérantes, les faces g1, m et i. Il faut ajouter que, pour l’ordinaire, les faces m et i sont très sensiblement courtes; il en résulte que le contour général perdant ses angles se rapproche d’autant plus de la forme ovale ordinaire des limbes de feuilles. La dimension des cristaux d’ailleurs est fort réduite et ne dépasse pas quelques millimètres.
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
en fer de lance qu’elles donnent par leur clivage, se rencontrent exclusivement dans l’épaisse assise de marne verdâtre qui règne entre la %base de la haute masse et le sommet de la seconde masse de pierre à plâtre. C’est ainsi également que l’argile plastique, à Vaugirard comme â Auteuil et ailleurs, fournit depuis longtemps aux collections les élégantes cristallisations de gypse « en roses » que l’on chercherait en vain dans les couches entièrement constituées par du sulfate de chaux.
A l’intérieur des « masses » on remarque la même chose ; et il y a bien longtemps déjà que j’ai signalé à Annet, près de Thorigny, à Argenteuil, à Soisy et dans d’autres localités encore, des couches subordonnées à la seconde masse, relativement riches en éléments marneux et où le gypse, au lieu d’être simplement saccharoïde, prend une texture qu’on peut qualifier de porphyroïde. On y remarque en effet, parmi des éléments cris-
talüns extrêmement fins et mal formés, d’innombrables petites lentilles gypseuses dont les faces un peu courbes peuvent être déterminées avec précision.
Du reste l’influence d’un milieu marneux ou argileux se fait sentir pour d’autres minéraux que le gypse. Le sel gemme cristallise fréquemment en dehors des lentilles compactes et au sein des argiles encaissantes, et tout le monde connaît, à la base du terrain de gypse comme à d’autres niveaux argileux, des empreintes de trémies provenant d’un minéral soluble qui ne peut être que le sel gemme et qui témoigne du même fait.
Aussi est-ce ici la place de noter qu’on peut artificiellement bénéficier des conditions favorables à la cristallisation qui appartiennent si nettement aux pâtes argileuses. Il y a bien des années que Séguin aîné (1) a écrit le passage que voici : « Si l’on délaye de l’argile avec une dissolution de sel, que Ton en fasse un mélange aussi épais que Ton voudra et qu’on l’abandonne à luimême, au bout d’un certain temps et lorsque le mélange sera durci, on trouvera dans l’intérieur de la masse des parties de sel cristallisées qui ont déplacé l’argile, tandis que les parties salines ont traversé la masse déjà à l’état solide pour venir se réunir sur certains points et y former des cristaux réguliers. » J’ai de mon côté répété des expériences analogues en gâchant de l’argile avec la solution de gypse dans l’acide chlorhydrique et aussi avec le mélange des solutions aqueuses du sulfate de soude et du chlorure de calcium dans des conditions où, sous l’influence de sursaturation, le sulfate de chaux ne se dépose pas encore. Dans les deux cas j’ai obtenu des petits cristaux de gypse parfaitement reconnaissables.
Ces faits, qui dépendent du grand chapitre des mouvements moléculaires dans les masses solides et auquel se rattachent par exemple les exemples de constitution des rognons pyriteux dans la craie, s’appliquent évidemment aussi à la production des cristaux de gypse dans la marne de Triel. Leur étude réserve sans doute encore des découvertes intéressantes.
Stanislas Meunier.
ÉLEYAGE DE PYROPÏÏORES
( Coléoptère de la famille des Elatérides.)
M. J. -B. Pichl, de Prague, est arrivé à obtenir sur des brins de canne à sucre secs et en les nourrissant de raisins, de ligues et de biscuits sucrés, des sujets de Tyrophorus ( elater ) noctilucus. C’est un coléoptère de 30 à 50 millimètres de long, remarquable par la lumière intense qu'il dégage de son thorax et fortement apprécié pour cette qualité par les femmes du Mexique, qui s’en parent. D’ailleurs, il n’y a pas que les Indiennes qui sachent s’en servir : les grandes dames de New- York paient volontiers ces petites bêtes vivantes à raison de
10 à 20 dollars la pièce aux matelots, qui les apportent de Cienfuegos, de Havana ou de Vera-Cruz, où elles sont l’objet d’un véritable commerce sous la dénomination de cucuyos. Le transport des précieux coléoptères à l’état vivant n’est pas bien difficile. En 1766, un certain nombre de pyrophores avaient été emportés par hasard à Paris, dans un morceau de vieux bois, et s’étaient envolés au milieu de la nuit, causant une vive émotion dans le îaubourg Saint- Antoine ; le fait est consigné dans les mémoires de l’Académie des sciences do 1766. Le cycle de développement du pyrophorc dure deux ans. Le coléoptère adulte vit environ quatre mois. Son activité commence au coucher du soleil ; et, pendant trois heures de suite,
11 luit avec une intensité telle qu’on peut lire à la lumière qu’il dégage ; puis il se met à manger, et alors la lumière, qui d’ail-
(1) Corrélation des forces physiques par Grovo, p. 309, in- 8°, 1856. Paris.
leurs est réglée à volonté par l’animal, devient plus faible. L’élevage du cucuyo se vulgariserait certainement bien vile dans le monde des amateurs. La science saura tirer profit également de l’élevage du cucuyo pour approfondir les causes de cette phosphorescence animale, dont l’étude au laboratoire n’était pas jusqu’ici précisément commode.
Doit-on conseruer le nom de TIPHOBIA appliqué à un genre de Mollusque ?
Dans un des derniers numéros du Journal de Conchyliologie, M. Edgar A. Smith, l’auteur du genre Tiphobia, remarquable forme de mollusque découverte dans les eaux du Tanganika, se refuse à reconnaître l’utilité du changement opéré par moi dans la nomenclature par l’application du vocable générique Hilacantha à cette même forme, à cause de l’existence antérieure d’un genre de Coléoptères désigné par M. Pascoe sous le nom de Tiphobia. Tout en reconnaissant avec M. Smith que les étymologies diffèrent, il me paraît bon, dans l’espèce, de suivre la règle proposée par la Société zoologique de France, en 1881.
Or, l’assemblée de savants qui se sont réunis à cette époque a émis l’avis que « lorsque des noms de genre « ou d’espèce auront en latin une prononciation si peu « différente qu’il en résulterait une confusion, le premier « seul devra être conservé ».
En cette circonstance, les vocables Tiphobia e t Typhobia n’ont pas seulement une prononciation à peu près semblable, mais encore identique ou peu s’en faut. M. Smith, dans son article, cite quelques exemples de noms simultanément employés en zoologie et qui ont une prononciation analogue sans que Ton songe à modifier celui qui a été le plus nouvellement proposé. Je dois dire que, d’abord, dans les exemples qu’il cite, la différence de prononciation est plus appréciable et que, d’ailleurs, on ne peut ériger en principe un fait existant. En d’autres termes, et si Ton veut suivre rigoureusement le principe admis plus haut par des hommes d’une haute valeur, ces noms devront peut-être eux-mêmes être changés si de leur emploi peut résulter une confusion.
Comme corollaire de ce qui précède, je maintiens la substitution du vocable Hilacantha à celui de Tiphobia, E. A. Smith, laissant aux naturalistes, qui ont maintenant sous les yeux toutes les données de la discùssion, le soin de décider.