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LES PÊCHERIES D'ÉPONGES DES ILES BAHAMA

Haïti; il se compose d’environ 630 îles, îlots ou récifs; il appartient à l’Angleterre. Nous empruntons à notre confrère américain, Scienti/ic American, les renseignements qui suivent, ainsi que les figures qui les accompagnent, sur les pêcheries d’Eponges de Bahama.

Ces pêcheries couvrent une grande étendue de territoire; elles donnent de l’emploi après de 6,000 hommes et enfants et sont pour la colonie une source de revenus plus abondants qu’aucune autre industrie; il n’v a aucune saison dans l’année où les Éponges ne puissent

Il y a environ 330 bateaux de 3 à 20 tonnes et à peu près 2,300 barques non pontées s’occupantde ces pêches; la plupart des travailleurs sont des indigènes de l’ile, qui commencent le métier dès l’enfance et le continuent tant qu’ils peuvent en supporter les fatigues. La manière d’obtenir l’Éponge du fond de la mer est de l’arracher de son lieu d’attache avec un long bâton armé au bout d’un crochet, si la profondeur est trop grande pour ledit instrument, le pêcheur plonge, mais rarement. Le miroir d’eau est indispensable pour déter-

miner l’endroit exact où se trouve l’Éponge : c’est un cône de bois terminé par un verre à une extrémité; en mettant le verre juste sous l’eau et en regardant à l'autre bout, l’opérateur distingue parfaitement le fond et avec la main qui n’est pas occupée à tenir le miroir, il manie le harpon et saisit les éponges choisies.

Quand on la retire de l’eau, l’Éponge n’a pas l’apparence que Ton connaît, les trous sont pleins d’une sorte de gélatine foncée et le tout recouvert d’une pellicule épaisse. On se débarrasse de la gélatine par les lavages et la macération.

Une foispêohées, les Éponges doivent être lavées, épluchées, rognées, séchées, mises en ballots, pressées et embarquées après un choix préalable des différentes qualités. Les pêcheries des Bahamas valent bien une visite, ajoute notre confrère américain, il ÿ a peu d’aussi jolies vues que ces îles marines par un jour chaud, l’eau est transparente et claire et on distingue à une petite profondeur la riche flore marine et les diverses formes de coraux qui se surpassent en beauté et on n’oublie jamais le spectacle de ce merveilleux paysage marin. Le prix local des Éponges varie de 1 fr. 2 h à G fr. 20 la livre; l’Éponge laine est la plus chère.

LE DADI-fiOGrO OU BALAUCOUNFA

(Cerat liant liera Beaumetzi. Heckel) de la Côte occidentale et le

ZERÜIBET AUTRANI Heckel du Gabon-Congo.

( Suite et fin.)

Tel que je l'ai décrit dans le précédent numéro du journal, le Balancounfa se révèle comme appartenant au genre Gerathanthera de Lestiboudois (1), démembrement du genre Globba de Roxburgh. Il est bon. cependant, de faire remarquer que Lestiboudois a établi son genre sur l’existence, à la base de l’anthère, d’appendices en forme d’éperons : ici, les appendices calcari formes existent tout à la fois à la base et au sommet de l’anthère, caractère qui eût pu paraître suffisant à certains botanistes pour créer un genre Dicekathanthera. Mais, opérer un pareil morcellement serait méconnaître toute la valeur de l’adage : Caracter non faeit genus; et il me semble suffisant de créer pour cette forme une section spécifique, ainsi que je me crois largement autorisé à le faire, en me basant tout à la fois sur la structure florale (staminale) et sur Taire géographique de l’espèce. Celle-ci qui présente l’apparence extérieure des Globba, et dont la fleur rappelle à la fois celle des Mantisia et celle des Globba, enfin dont l’habitat et la structure florale se différencient nettement des autres Cerathantiiera connues, n’a jamais été décrite jusqu’ici.

Telles sont les déductions qui s’imposent après l’examen de la plante venue en France, en serre chaude, d’un bourgeon né sur un rhizome arrivé à l’état frais de la côte d’Afrique. Les échantillons secs ou conservés dans l’alcool, de la même plante, que j’ai reçus de Sedhiou, de Boké, de Thiès, etc., ne diffèrent pas sensiblement, dans leur portion essentiellement végétative, de ceux qui vivent encore dans les serres du jardin botanique de Marseille.

La plante marseillaise venue enserre chaude a donné, comme nous l’avons vu, une inflorescence et des fleurs parfaites, quoique infécondes, qui m’ont permis de la déterminer; dans sa patrie, la même plante n’a donné jusqu’ici que des fruits (portés sur un rameau spécial, écourté, à entre-nœuds courts, e, f), faisant suite à des fleurs cleistogames dont j’ai pu trouver et examiner, à

(1) Elude sur les Scitaminées : Annales des sciences naturelles, deuxième série, t. XV, p. 341.

table

avoi

l’état sec, quelques échantillons attenant encore au rameau floral né sur le rhizome (fig. 10).

Fleur cleistogame. — Ces

série de bractées vertes, scaricuses, courtes rappelant un bourgeon foliaire comme aspect général. Une bractée extérieure plus grande les entoure toutes, c’est, celle qui subsiste finalement et enveloppe la base, du fruit. Toutes les autres bractées qui représentent les différentes parties du calice, devenues libres et scarieuses, s’embrassent complètement les unes les autres, en allant de l’extérieur à l’intérieur : elles sont au nombre de six, plus la bractée extérieure, véri- C’est la même bractée que nous

u/cune étamine unique(fig.ll) très court filet au sommet d’un ovaire intere qui se termine lui-même par un long style (sty) et un stigmate en entonnoir qui s’insinue entre les loges de l’anthère et épanouit son infundibulum immédiatement au-dessus de ces loges (sIg). Cette étamine diffère essentiellement par sa forme de celle que nous avons vue dans la ficur normale zygomorphe.

En elfet, si le filet en est court, elle est très développée et. comme étirée dans le sens de la longueur. Les sacs anthériques sont très longs et séparés, comme dans la fleur zygomorphe, par un sillon dans lequel se loge le style terminé par un stigmate bordé de papilles visibles à l’œil nu (stg). Ce stigmate est beaucoup plus grand et plus évasé que celui de la fleur

' Slais ce qui est caractéristique dans l’étamine, c’est la terminaison supérieure et inférieure du connectif qui se prolonge en haut et en bas (et non pas aux quatre coins au quadrilatère comme dans la fleur normale) en deux cornes raides, assez courtes, très pointues (eps, épi), qui ne ressemblent pas du tout et flexibles de la fleur zygomorphe.

, des stylodes propres à de la

rois cloisons et d’ovules

:ède le fruit, ovoïde, allongé, long de .3 à état de maturité complète. A ce mopéricarpe est de couleur rougeâtre (iig. 10), entouré d’une bractée demi-envefpppante à la base (e). Supérieurement, il se prolonge en une portion cylindrique couronnée par des lambeaux de style. Il renferme trois loges séparées par des cloisons blanches, grêles, supportant à leur point de convergence un gros placenta succulent, à saveur fortement camphrée (fig. 8), remplissant les loges et dans lequel sont noyées des graines noires ou brunâtres à testa crustacé. Cos graines sont ovales, de saveur poivrée et réunies en deux rangées dans chaque loge de l’ovaire, de haut en bas. Fendues longitudinalement, elles présentent un albumen amylacé avec un embryon droit. Ce fruit ressemble beaucoup à celui de Amomum. Mcleguetla Rosooè, de la cote d’Afrique; mais les graines en sont un peu moins poivrées et chaudes au goût. Toutefois, on sait que le fruit de TA. Melêguetta succède aune fleur normale bien connue, tandis que dans Cerathanthera Beaumetzi, né en Afrique, les bourgeons floraux et les bourgeons foliaires, quoique très rapprochés les uns des autres sur lé mi • ' ’ ’ indépendants.

En somme, le phénomène de dimorphisme floral que nous venons de décrire se rattache nettement à un état cleistogame qui se complique ici de la transformation des fleurs normales en bulbilles, alors que les fleurs clandestines sont seules fécondes. Mais les unes et les autres travaillent, par des procédés différents, à la propagation de l’espèce, et, comme il est probable que ces mêmes fleurs normales (bien que je ne les y aie pas vues encore) existent sur les représentants de l’espèce nés en Afrique tropicale, il n’y a rien de surprenant à voir une plante pourvue de ces deux modes de reproduction (sexuée d’une part, et apogamique de l’autre) occuper une aire géographique aussi considérable. Il est admissible, d’après ce que nous a appris Ch. Darwin sur l’état cleistogame. que les fleurs normales et les fleurs clandestines ne se produisent pas en même temps sur le même pied et que ces deux états exigent, pour se manifester, des conditions telluriques et climatériques spéciales.

L’intérêt que présentent tous ces phénomènes capables de jeter du jour sur nos connaissances encore très réduites, concernant l’état cleistogame, se double de ce fait que, jusqu’ici, à ma connaissance, aucune espèce de la famille des Scitaminées n’a été indiquée comme pourvue de lleurs clandestines. C’est donc une nouvelle plante à ajouter à la liste encore fort courte des Monocotylédones portées au catalogue des espèces cleistogames.

Je ne puis terminer cetle étude botanique du Balancounfa sans montrer combien cette espèce cleistogame et distopique diffère d’une espèce voisine nouvelle et africaine comme elle, originaire des environs de Libreville (Gabon-Congo), et que j’ai nommée Z erumbet Autrani. Comme au’ Gabon, où elle est indigène, et emoyée à titre de purgatif (ainsi que le Balancounfa, dans Sénégambie) sous le nom pahouin à'Essoun et de Abèrê en M’pongué, j’ai pu croire un instant, sur le simple examen de ses fruits et de ses organes végétatifs, qu’elle se confondait avec le Balancounfa, mais la constitution florale a rectifié mon jugement sur ce point.

Le Z erumbet Autrani est une plante de 1 mètre environ de haut, à feuilles acuminées, très lisses, mesurant

froissé et plissé longitudinalement dans le bouton, est d’un développement, énorme et d’une remarquable beauté, par sa forme et son coloris tendre. Ce synème présente quatre lobes peu accusés el deux bosses supérieurement au point de son intersection : il est rabattu en tablier et finement strié longitudinalement.

L’étamine dans le bouton se présente sous l’aspect indiqué figure 11, A et B vue de face et de dos. On voudra bien remarquer que cette apparence rappelle beaucoup celle de l’étamine cleislogameduCerat/ianfAera Beaumetzi ; ce qui semblerait indiquer que l’état cleistogame dans une espèce peut bien être la reproduction d’une condition importante (état de bouton) dans une espèce voisine moins évoluée. On trouve, en effet, dans

Fig. h, — Coupe transversale de l’ovaire velu dans la fleur zvgomorphe ; cl, cloisons avortées ; ffr, faisceaux flbro-vascu- Jaires. 40/1.

Fig. 7. — Fruit mûr de la fleur cleistogame, ouvert supérieurement et un peu. desséché : a, graines fixées à plat sur le placenta pulpeux ; b, cloisons; G. N.

Fig. 8. — Coupc transversale de l’ovaire représenté figure 7. mais plus frais : cl, cloisons îles loges; gr, noyées dans un arille pulpeux; pi, placenta. G. N.

Fig. 9. — A, Graine entière. B, graine fendue longitudina-

b, bourgeon né sur le gaines de feuilles ; f, ai hase du fruit e. G. N.

Fig 1 1 — Etamine do la fleur cleistogame fertile : eps,

éperon supérieur ; épi, éperon inférieur; a, logos do l’anthère ; s tu, style; sIg, stigmate en entonnoir. 10/t.

u Etamine pnnrvne de deux api'endiees verticaux dans° le . . ton floral du Zemmbet Autrani Heckel, el rappe¬

lant ceux de la fleur cleistogame de Cerathanl/iera Beaumetzi Heckel. A : vue de face antérieure, B, vue de face poste-

0"V10 de long sur 3 de large, un peu épaisses et non velues ; la nervure médiane est très accusée à la face inférieure, limbe inégal, gaine auriculée.

Un rameau secondaire (né sur le rameau principal tonours stérile) porte les organes reproducteurs réunis à 'extrémité de l’axe et liés ramassés. L’axe foliaire porte à la base des feuilles réduites à leur portion engainante : à la partie .supérieure, il porte des feuilles normales. L'axe floral est revêtu d’écailles engainantes (/'.,fig. t’-j et se termine par une ou plusieurs (leurs groupées à son sommet et enveloppées chacune dans une large bractée. Le calice extérieur est mince, transparent, el fendu du côté extérieur, mais non dans toute sa longueur. Les sépales internes sont très minces et de couleur bleutée. Le supérieur répond à l’étamine, il est plus large que l’autre, qui répond au synème. Ge dernier,

l’étamine du bouton, deux appendices cornus, raides et verticaux au cuntieclif.sidgca.it à lu par tic Mip.-i icmv de l’organe : les appendices inférieurs manquent, et il est remarquable de voir qu’ici, comme dans Ccrathanthera Beaumetzi les appendices qui demeurent toujours verticaux dans la fleur fermée, se déjettent latéralement et se contournent (ici en corne de bélier cl, pour Balancounfa en éperons) dans la fleur épanouie. Cet exemple montré bien, dans toute leur évidence, les rapports morphologiques de la fleur cleistogamr et de la fleur en bouton non épanouie : l’une ne serait que l'etat devenu fixe d’un état transitoire.

Cetle étamine a son anthère appendue par le dos a un filet élargi : sa partie inférieure est donc libre. Le style, long el grêle naît du sommet de 1 ovaire entre deuxstyloïdes épais et accolés à sa base, et s’épanouit en un

stigmate en entonnoir cilié, qui siège au sommet même des anthères (a).

L’ovaire est à trois loges et donne un fruit ovale, de coloration rouge foncé à maturité. Chaque loge renferme un nombre considérable de graines à arille pulpeux, d’odeur camphrée : ces graines sont polyédriques et à testa crustacé.

11 n’est pas douteux que cette plante appartient au genre Z erumbet de Lestiboudois, par la conformation du synème à quatre lobes obscurs, par le calice extérieur fendu, par le filet s’insérant à la base du dos de l’anthère, enfin par la présence de deux stylodes. Un seul caractère générique fait défaut, c’est la présence d’un appendice staminal tubulé et enveloppant le style : mais ici, cette condition est remplacée par les appendices en cornes de bélier, déjà indiqués, et qui établissent un rapport intéressant entre les genres Z erumbet et Cerathanthera.

Cette espèce nouvelle, que j’appelle Z erumbet Autrani, outre qu'elle jette un certain jour sur la constitution de la fleur cleistogame de Cerathanthera Beaumetzi, apporte donc un chaînon de plus, et très intéressant, dans la sériation des Zingibéracées.

Ed. Hkçkel.

BIBLIOGRAPHIE

BOTANIQUE

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