DE FEU L’ABBÉ DE MARSEUL
M. le professeur Emile Blanchard a adressé récemment au directeur du Muséum de Paris un rapport sur le don fait au Muséum d’Histoire Naturelle de la collection entomologique de M. l’abbé de Marscul.
C’est ce rapport que nous reproduisons ci- après presque en totalité :
« En 1887, mon ami le Dr Sichel, qui avait formé une très remarquable collection de l’ordre de- hyménoptères, me remettait çette collection pour l’installer dans mon laboratoire. Dix ans plus tard, M. Joseph Girardel qui longtemps avait vécu à Vienne (Autriche) était venu sc fixer à Paris. 11 possédait une collection très intéressante et très particulière d’insectes parasites, de producteurs de galles, dont il avait fait une étude approfondie. Des relations très amicales s’étant nouées entre M. Giraud et moi, M. Giraud estima qu’il ne pourrait avoir pour sa collection un conservateur plus vigilant que moi, et le Muséum entra en possession de la collection.
« Aujourd’hui, c’est une collection considérable d'un tout autre genre qui nous est offerte. M. l’abbé de Marseul, vivant à Paris dans une entière indépendance, sc livrait d’une manière suivie à des études sur les insectes de l’ordre des Coléoptères. Je n’avais jamais entretenu avec lui des relations particulières, mais, s’étant loué de l’accueil qu'il recevait dans mon laboratoire, lorsqu’il venait chercher des consultations, il décida qu’à sa mort, son neveu, M. de Marseul, percepteur à Tergnier (Aisne), ferait don de sa collection au Muséum.
« Au jour de la réception, la collection de Marseul était attaquée en certaines parties par les insectes destructeurs (les Anthrènes). Le premier soin a dû être de bien expurger la collection des bêtes nuisibles afin de la préserver et d’empêcher ainsi toute contamination. D’après le dénombrement qui a été fait tout d’abord, la collection de Marseul renferme environ 24,000 espèces représentées par 92,000 individus. M. l’abbé de Marseul est l’auteur de la monographie d’une famille, les Histérides, or, les représentants de cette famille. 1,181 espèces (4,899 individus) sont les sujets mêmes qui ont servi aux descriptions de l’auteur. Ce sont donc, suivant l’expression consacrée, les types. L’intérêt de posséder des types est immense pour un établissement tel que le Muséum d’Histoire Naturelle. On sait, en effet, que dans la plupart des circonstances il est à peu près impossible d’assurer l’exacte détermination des espèces d’après la simple lecture des descriptions Nous avons encore eu la satisfaction de rencontrer dans la collection de Marscul nombre de types d’une famille de Coléoptères (les Mélasomes) étudiée par un entomologiste de Marseille M Solier.
« On verra par ce court aperçu que si mes constantes préoccupations ont été de faire de la collection entomologique-du Muséum de Paris une collection incomparable, le succès a bien répondu à mes efforts. J’ajouterai que la bibliothèque spéciale de M. l’abbé de Marseul jointe à la collection a été, selon les vues du donateur, installée dans le même local. »