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FORMATION DES RADICELLES

Sur une jeune tige de Màcre nous apercevons aux nœuds des racines dont la longueur ne dépasse guère une dizaine de centimètres et qui, au lieu de s’allonger

indéfiniment pour atteindre le fond de l’eau et s’implanter dans le sol, restent courtes au contraire et se ramifient abondamment. Ces racines sont vertes comme des feuilles, leurs cellules contiennent des grains de chlorophylle. Elles n’ont donc pas les fonctions de digestion et d’absorption qui sont généralement dévolues à leurs congénères ; ce sont, au contraire, des organes assimilateurs du carbone, capables de décomposer l’acide carbonique, d’émettre de l’oxygène sous l’influence des rayons du soleil et de fixer le carbone à l’état d’hydrate de carbone dans l’intérieur de la plante ; ces racines, en un mot, ont la fonction chlorophyllienne. Leur rôle physiologique, leur couleur surtout les a fait prendre longtemps pour des feuilles submergées, on les cite même dans les ouvrages anciens comme un exemple des modifications qu’une feuille aquatique peut subir dans sa forme en faisant remarquer que les feuilles aériennes ont un limbe largement étalé, tandis que les, feuilles aquatiques semblent ici réduites àleurs nervures. Sans doute beaucoup de feuilles submergées sont très ramifiées, très découpées, les exemples n’en sont pas rares, mais tel n’est point le cas dans la Màcre nageante comme l’a montré déjà M. Barnéoud en 1848. Les feuilles aquatiques de la Màcre existent aux nœuds d’où sortent les racines vertes; elles sont sessiles, transparentes, extrêmement minces et dentelées sur les bords. Les nœuds plus âgés en semblent dépourvus ; c’est que la feuille est tombée, l’on en voit d’ailleurs la cicatrice.

Considérons donc ces jeunes racines qui se couvrent rapidement de radicelles. Celles-ci sont disposées en quatre séries longitudinales. On peut voir à de petites bosses que présente la partie jeune de la racine que des radicelles très courtes sont encore logées dans son écorce . C’est en ces points qu’il faut couper soit transversalement, soit longitudinalement, jusqu’à ce qu’on soit assez heureux pour pratiquer une section bien parallèle à l’axe de la jeune radicelle. En faisant les coupes au voisinage du sommet on coupe des radicelles de plus en plus jeunes. La figure ci-jointe montre les divers états

d’une radicelle de Màcre en voie de développement . C’est en face d’un vaisseau du bois, dans le péricycle, aux dépens de la cellule qui est entre le vaisseau et l’endoderme, que la radicelle prend naissance. Cette cellule, ainsi que les voisines, s’accroît radialement et soulève d’abord légèrement l’endoderme, qui aplatit un peu les cellules d’écorce qui le recouvrent ; mais négligeons pour le moment les phénomènes qui se passent dans

Coupe longitudinale d’une jeune radicelle de Trapa

l’écorce quand une radicelle la traverse, nous y reviendrons plus tard ; occupons-nous (les cellules du péricycle qui grandissent toujours revêtues par l’endoderme qui grandit en même temps qu’elles et enveloppe comme le ferait un doigt de gant la jeune radicelle. L’endoderme ici forme une poche dont nous verrons le rôle. La cellule du péricycle qui est en face du bois s’allonge, s’étale latéralement en éventail, puis se cloisonne perpendiculairement à la direction de son allongement. Tout ce qui se formera en dedans de cette première cloison appartient au cylindre centra) ; la cellule qui touche actuellement le bois est la cellule initiale, la cellule primordiale, la cellule terminale du cylindre central. Une deuxième cloison se forme dans la cellule qui touche l’endoderme et la découpe en deux initiales, une pour l’écorce et une pour la coiffe (qui sert également à l’assise pilifère).

Des deux cellules du péricycle situées entre le vaisseau du bois et l’endoderme, il en est une qui prend une importance prépondérante, et qui s’accroît non seulement en longueur, mais encore en largeur à la façon d’un cône dont le sommet toucherait le vaisseau du bois et dont la base, surmontée d’une surface bombée, irait en s’élargissant : c’est dans ce cône que se découpent progressivement toutes les cellules de là racine, comme nous venons de le voir. Bientôt le sommet de la radicelle prend exactement le même aspect que celui d’une racine adulte. Les cellules terminales seules continuent à s’accroître, tandis que les cellules internes, qui ont bientôt acquis leur dimension définitive, restent stationnaires et se différencient sur place. Les cellules corticales les plus voisines du cylindre central prennent les plissements caractéristiques de l’endoderme et certaines cellules du cylindre central se différencient en vaisseaux ou en tubes criblés, les autres formant du péricycle, de la moelle, ou des rayons médullaires.

La radicelle qui grandit s’allonge généralement tout d’abord perpendiculairement à l’axe de la racine qui la porte ; rarement oblique dès le début, elle ne tarde pas à s’incliner un peu vers le sol, et notamment dans la M:\cre elle traverse l’écorce obliquement. Cette traversée de l’écorce offre un intérêt tout spécial. La radicelle

naissante est emprisonnée dans un tissu plus ou moins dense formé par les cellules corticales qui la séparent de l'extérieur. L’endoderme, nous l’avons vu, s’accroît d’abord autour de la radicelle et lui forme une poche qui se rompt plus tard à la base de sorte que la racine grandit ayant sa coiffe surmontée d’un bonnet constitué par cette poche endodermique. Quant aux autres cellules corticales, elles disparaissent sans laisser de trace : au fur et

à mesure que la radicelle qui grandit les touche, elles sont dissoutes par elle. La radicelle grandit dans le corps de la plante exactement comme elle grandit plus tard dans le sol en digérant et en absorbant les aliments qui se trouvent sur sa route. Cette action digestive est opérée par la poche dans le cas présent., mais serait tout aussi

bien effectuée par la radicelle seule si elle n’avait pas de poche autour de son sommet. Les cellules de l’écorce perdent d’abord leur contenu, s’aplatissent; leurs parois de cellulose arrivent au contact, mais la paroi elle-même est dissoute et la cellule disparaît entièrement ; la radicelle en passant a creusé un trou dans l’écorce ; il lui est parfois difficile de digérer l'assise subéreuse : dans ce cas elle la brise suivant une fente longitudinale. Tels sont les points les plus intéressants de la formation des radi-

celles. La radicelle est un organe endogène (c’est-à-dire d’origine profonde), formé aux dépens d’une cellule du péricycle situé en face d’un vaisseau du bois. Cette cellule se divise en trois, la radicelle possède trois initiales et traverse, en la digérant, l’écorce de la racine.

H. Douliot.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 2 février. — M. A. Giard, en réponse à la note de M. Pizon sur la blastogénèse chez les larves à’Astellium spongiforme , fait observer qu’il peut rester quelque doute sur l’identité de l’espèce observée par M. Pizon à Saint-Yaast-la- Hougue et celle qu’il a lui-mème étudiée et figurée. D'ailleurs, M. Giard pense que les différences entre ses propres observations et celles de M. Pizon sont ducs à des phénomènes de Pœcilogonie. M. A. Giard donne le nom de Pœcilogonie à cette particularité que possèdent certains animaux d’offrir des processus embryologiques plus ou moins condenses, suivant les conditions étiologiques où vivent les parents et les réserves nutritives accumulées dans l’œuf. Aurélia aurita (L.); Ophiothrix fragilis (Muller); Palæmonetes varions (Leach) ; Masco corvina sont de bons exemples d’espèces pœcilogoncs.

— M. U. Fischer a étudié, au point de vue anatomique, le mollusque qu’il a récemment décrit sous le nom de Corambe testudinaria. L'auteur décrit successivement l’extérieur de l’animal, son appareil digestif, son système nerveux, ses organes génitaux et son appareil circulatoire ; il donne quelques détails sur la structure histologique de plusieurs de ces organes. Suivant M. H. Fischer, le Corambe doit être placé dans une famille spéciale qui a beaucoup d’affinités avec les Authobranches et se rapproche aussi des Phyllididæ. Ce résultat que Bergls avait soupçonné par l’étude des caractères extérieurs, se trouve bien établi par les faits anatomiques. — M. J. Kunclcel d’Herculais signale à l’Académie de nombreux vols de criquets nomades ou pèlerins [Acridium peregrinum Oliv.) dans l’Extrême-Sud algérien. Il est intéressant de constater que, de nos jours, il existe encore dans le même pays dos populations acridophages. Les sauterelles séchées deviennent ainsi un article important de négoce sur les marchés de Tougourtet de Témacin. — .1/. 11. Devaux communique à l’Académie le résultat de ses recherches sur la respiration des cellules à l’intérieur des tissus massifs.

— M. Eugène Bastit communique le résultat de recherches qu’il a entreprises sur l’influence de l’état hygrométrique de l’air sur la position et les fonctions des feuilles chez les Mousses. — M. A. de Lapparent explique la formation des argiles à silex du bassin de Paris par l’action d’émanations d’acide carbonique, de moflfettes, par exemple, cherchant à se faire jour à travers le substratum crayeux du bassin de Paris. L’argile plastique les a arrêtées dans leur action, alors elles ont employé leur activité à dissoudre la craie au contact, en suivant de préférence les lignes de fissures. Les silex seuls subsistent, les argiles, tantôt bariolées, tantôt grises ou noires qui les recouvrent, descendent peu à peu dans les poches en s’y modifiant plus ou moins et forment alors la gangue des silex. Cette formation des argiles à silex serait donc ainsi postérieure à la formation de l’argile plastique.

Séance du 9 février. — M. A. Chobault ayant étudié les mœurs et les métamorphoses de 1 ’Emenardia flabellata F., se croit autorisé à poser les deux conclusions suivantes : Par leur dimorphisme larvaire et leur endoparasitisme transitoire ou persistant, les Rhipiphoridcs font le passage des vésicants aux Strepsitères ou Stylopides. Les Emenardia sont parasites des guêpes solitaires (Odynerus, Eumenes), àpeu près de la manière que le Rhipiphorus paradoxus à l’égard de certaines guêpes sociales (Vespa germa niât et 1. viilgaris). — W. Fr. Hui tel adresse à l'Académie le résultat d’observations qu’il a faites sur le développement des nageoires paires du Cyclopterus lumpus.

M. Stanislas Meunier signale la présence d’une nouvelle

Cycadée fossile ( Cycadospadix Virez n. sp.) dans le corallien supérieur de Verdun (Meuse). — En réponse à la note de M. Olry, qui considère le bassin houiller du Boulonnais comme pouvant appartenir au bassin de Dinant et qui pense qu’il faudrait chercher au nord et au nord-est le prolongement du grand bassin houiller du nord de la France, M. Gosselet répond qu’il est convaincu que les sondages que l’on forait dans l’intention de trouver la houille au nord du bassin’ du Boulonnais

n’aboutiraient qu’à un échec. Il paraît absolument certain que le bassin du Boulonnais, est le prolongement du bassin.de Namur. M. Gosselet. l’a prouvé dès 1860; et les études qu’il a faites depuis cette époque. ntont fait que le confirmer dans cette opinion. — M. J. Sennes signale la présence du dévonien supérieur dans la vallée d’Ossau (Basscs-Pyrénces). •

Séance du 16 février. — M. Sirodot présente à l’Académie le résultat de ses études sur les éléphants du Mont Dol (Ille-et- Vilaine). Le nombre des éléphants dont les débris ont été extraits de ce gisement quaternaire si riche n’est pas inférieur à cent. Comme forme typique, c’est 1 ’Elephas primigenius qui domine, mais avec de telles variations, que bon nombre d’échantillons auraient été classés comme Elejdtas antiquus et même Elephas indicus, s’ils avaient été trouvés isolément. — .1/. Pizon, en réponse à la note de M. Giard, fait observer que les Astellium et les Pseudodidemnum ont des embryons qui, à l’éclosion, ne diffèrent pas de ceux du Diplosoma Rayneri (Mac Donald), et que les phénomènes de Pœcilogonie sont encore à trouver chez le Ascidies composées.

A.-Eug. Malard.

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