AVRIL
LES RACES DE L INDE
Si jamais un pays a présenté et présente encore, à ceux qui s’occupent d’ethnographie, de nombreuses races à étudier et d’intéressants problèmes à résoudre, c’est bien l’Inde. Dans une série d’articles, nous nous proposons de faire passer un bon nombre de ces races sous les yeux du lecteur. Il ne sera pas inutile, pour mieux faire comprendre ce qui va suivre, de résumer brièvement l’histoire de la succession des races dans l’Inde. Le peuple indien se compose d’une infinité de tribus et de races venues dans l’Inde à des époques variées. La fusion entre ces tribus et ces races n’a pas eu lieu. C’est là la principale source des castes.
L’Inde était originairement peuplée par des tribus de race cliamique. Ces tribus furent subjuguées quand eut lieu l’invasion touranienne qui les réduisit en esclavage. Plus tard nous trouvons les Arvas qui s'emparent de l’Inde et s’assimilent les tribus qui les ont précédés dans l’Inde. La presque totalité des peuples habitant la péninsule entre dans le vaste système brahmanique. A partir de ce moment jusqu’à la lutte qu’amène l’apparition de Boudha et la diffusion de sa doctrine, l’Inde est tranquille. Plus tard viendra l’invasion mongole et la fondation de l’empire de ce nom qui tombera définitivement sous les coups des Anglais en 1857 et fera place enfin à l’empire Indo- Britannique, résultat de la victoire des Anglais sur leurs compétiteurs européens et sur les derniers, mais souvent glorieux, partisans de l’indépendance.
Les races chamites de l’Inde tirent leur origine de Chus, fils de Cham. La race la plus directeissuedeChus est celle des Durds qui habitent les rives de l’Indus au sommet des monts Himalaya. Une autre race chamite était mêlée jadis à l’agglomération de peuple connue sous le nom général de Scythes ; plus tard une famille de cette race celle des Visvamitras futmême admise au nombre des Bralimes ou Aryas.
Voici quelles sont actuellement dans l'Inde les tribus et castes encore existantes qui tirent leur origine de Chus fils de Cham :
Ce sont : les Parias du pays tamoul, les Malas du Télingana, les Holias du Canara, les Polyars et les Chemars du Maleyalam et de l’Hindoustan, les Dhéras du Guzarate, les Battaduras du Tuluva, les Doms de l’Hindoustan, les Dombarus du Maïssour, les Khush du Bengale, les Pasis et en général toutes les peuplades
LE NATURALISTE, Paris, 46, rae du Bac.
auxquelles les livres sanscrits donnent le nom de Chandalas ou de Mlecchas.
Les Races touraniennes qui, selon l’opinion la plus probable, tirent leur origine de Japhetpar Magog, ou chez lesquelles du moins l’élément japhétique dominait, emploient les idiomes suivants : le Tamoul qui se parle dans l’immense plaine du Carnatic, le Telinga usité depuis Palicate au sud jusqu’à Chicacole au Nord et dans une partie des royaumes de Maïssour et du Nizan, le Canara qui domine dans le royaume de Maïssour, le Maleyalam que l’on parle sur la côte malabare, le Tulu employé aux environs de Mangalore, le Toda ou idiome des Todas ou Toders des Nilgiris, le Kola parlé par les Kotars des mêmes montagnes, le Gond dialecte qui a cours dans le Gondwana (Inde centrale), le Kôle qu’emploient les anciens aborigènes du même nom. le Khu, idiome d’un peuple ainsi nommé, enfin le Brahni dans lequel s’expriment les montagnards de Kélat dans le Béloutchistan.
L’ensemble de ces diverses langues forme le groupe des dialectes Dravidiens.
Les historiens anciens reconnaissaient comme peuplades d'origine scythique ou touranienne, les Sakyos, les Jats, les Cachemiriens, les Tagores et les habitants du grand et du petit Tiiibet. Certaines tribus aryennes appartenaient même à la grande confédération des Scythes.
C’est ce qui explique, en y ajoutant les mélanges qui se sont produits dans l’Inde même, les différences de couleur, de physionomie <[ue l’on trouve entre les tribus comprises sous le nom générique de Sudras. Il faut encore y joindre les influences de climat et de milieu.
Plusieurs tribus se sont assimilées entièrement à la race des Aryas en particulier les anciens Sudras contre lesquels durent combattre les Aryas dans les plaines de l’indus. Il en est d’autres qui no se sont pas encore entièrement soumises aux mœurs et coutumes brahmaniques. Il nous reste à les énumérer. Ces tribus touraniennes peuvent se subdiviser en tribus d’origine mongole ou thibétaine, en Pulindas, en tribus civilisées et sauvages du Dékan, en Tribus du Guzarate et en populations du Concau et de la côte malabare. Les tribus d’origine mongole ou thibétaine sont : les aborigènes du Sirmour, les aborigènes du Konawar, les Népalais, les Bhutaniens, les Garrows, les Kêrats, les Abors, les Mishmis, les Nagas, les Paharias, les Khassyas, les Cacharis, les Khukis, etc. Toutes ces peuplades habitent le versant méridional de l’Himalaya et des montagnes qui séparent l’Inde de la Chine et de la Birmanie.
Les Pulindas renferment les Rôles, les Gonds, les Bhills.
Fig. 1. — Brahme du !Sud de l’Inde (reproduction directe, d’après une photographie).
Les tribus civilisées et sauvages du Dékan comprennent les Pallis, les Védars, les Irulars, les Kurumbars, les Maley-Arasars, les Ivodars, les Todas, les Kuragars, les Badagas, les Lambadis, les Pakkanatis, les Kurumarus, etc.
Les tribus du Guzarate sont : les Grassyas, les Kumbys, les Danjas, les Kattyas, les Charous, les Bhatts, les Dliéras, les Parsis.
Enfin voici les populations du Concau et de la côte nialabare : Tuluvas, Parsis, Nairs, Tayars, Polyars. Nayadis.
A ces tribus il faut ajouter les Musulmans connus sous le nom de Maplays qui habitent le littoral sur la côte malabare et des populations d’origine sémitique, je veux parler des Juifs blancs et des Juifs noirs.
Quant à la race aryenne ou brahmanique qui a donné à l’Inde son « faciès » actuel, elle descend de Japhet par Madaï. Sa langue est le sanscrit qu’elle a abandonné peu à peu pour le langage des peuples conquis.
Les Aryas se divisaient naguère en trois grandes branches ou divisions sociales : les Brahmes, les Ksatryas et les Vaissyas.
Ces trois. classes ne subsistent plus dans leur reté originaire.
Ceux qui en font partie ont le droit de porterie cordon sacré. Les brahmes qui forment la classe la mieux conservée ne sont pas cependant absolument purs.
A certaines époques il se sont unis par des alliances à d’autres castes et même à des races étrangères.
Les Brahmes sont les prêtres nés de la religion brahmanique. C’est la caste privilégiée et noble par excellence. La distinction des castes ne fut admise chez les Aryas qu’à l’époque où les lois de Manu furent publiées. Les Ksatryas ou guerriers comprennent aujourd’hui des peuples qui ont été élevés à ce rang après coup. Les Rajputés furent reconnus comme Ksatryas par les Brahmes à l’époque où le boudhisme victorieux força une colonie de ceux-ci à chercher un refuge au mont ’ Abou. Presque de nos jours les Marattes sont venus augmenter le nombre des Ksatryas.
Après la seconde classe des Ksatryas, venait la troisième celle des Vaissyas, laboureurs, pasteurs ou marchands. 11 est fort douteux qu’il en existe encore aujourd’hui.
Au-dessous de ces trois grandes classes que compre. naitlarace aryane se trouvaient les Sudras. C’étaient les
esclaves, les serviteurs, en d’autres termes les peuples subjugués dans la guerre. Ils pouvaient espérer d’entrer par la conversion dans l’organisation brahmanique. Enfin au-dessous de toutes ces castes et hors de toute caste se trouvaient et se trouvent encore les parias.
Actuellement les Brahmes comprennent deux grandes divisions : les Gaüras du Nord et les Bravidas du Sud. Chacune de ces divisions se divise à son tour en cinq branches dont chacune se subdivise encore. On divise encore les brahmes en neuf familles principales qui se partagent à leur tour en quarante-cinq branches qui offrent encore d’autres subdivisions.
Nous parlerons plus tard des Védas dans lesquels le nom de Brahma ne se rencontre pas encore, puis des Brahmanas, des Sutras ou Traditions sacrées, de la Trinité indienne : Brahma, Vishnu et Siva, Irinité dont le premier dieu a disparu dans le culte actuel pour faire place à Vishnu et à Siva. Puis nous traiterons des poèmes épiques : le Mahabharatla et le Ramayana, du Sakuntala drame de Kalidasa et des Puanciens écrits philosophiques et religieux écrits en vers.
Nous commencerons par étudier une à une les diverpeuplades de l’Inde sans suivre d’ordre bien précis. Le lecteur n’aura qu’à se reporter à la division des races données plus haut. Nous commençons cependant par les premiers rejetons de Chain que nous ayons signalé, c’est-à-dire par les Parias. Nous avons figuré ici un Paria des environ de Tindivanam. Cet individu nommé Aroulandou habiteNalliancoulom.il est âgé de cent quatre ans. Or, nul ne l’ignore, les centenaires sont extrêmement rares dans l’Inde où l’homme atteint au plus de 70 à 80 ans.
D’ailleurs, comme la plupart des indigènes ignorent leur âge, plusieurs se font faussement passer pour centenaires. On doit donc ne se fier au dire des gens du pays qu’autant qu’ils peuvent citer un événement qui permette de fixer d’une façon certaine la date de leur naissance. Or, il en est ainsi pour notre centenaire. C’est un contemporain de Tippoo-Sahib le grand adversaire des Anglais dans l’Inde.
Il a vu le grand sultan et se souvient encore du chant de guerre de ses soldats. Appartenant à une famille de « coudre- carren >• palefreniers, il a suivi l’armée de Tippoo à travers l’Inde, et il raconte volontiers qu’il plantait encore enfant les piquets des tentes pour éta-
blir le campement. Il a assité à une grande partie des batailles du dernier tenant de l’indépendance, notamment à celle de Seringapatam,dans laquelle la prise du fort de ce nom coûta à Tippoo-Sahib la couronne et la vie.
Hector Léveillé.