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DÉCOUVERTE, HISTORIQUE, EMPLOI

Les Eucalyptus sont des grands arbres dont quelques espèces atteignent des proportions colossales semblables aux gigantesques Séquoia qui croissent en Californie. Ces végétaux appartiennent à la famille des Myrtacées ; ils sont presque tous indigènes de l’Australie ; cependant la plupart de ces mêmes espèces se rencontrent dans les immenses forêts de la Tasmanie, où elles constituent presque entièrement la gigantesque végétation arborescente de cette île.

Une seule espèce (E. alba) a été trouvée à l’ile de Timor, située au Nord de l’Australie ; on suppose qu’il en existe d’autres dans la Papouasie ou Nouvelle-Guinée, placée au N.-E. de la Nouvelle-Hollande ainsi que dans les forêts des archipels voisins.

Pendant bien longtemps, on ne connaissait pas d’Eucalyptus indigène en dehors de l’Océanie, quand il y a quelques années on en découvrit une autre espèce dans le Tonkin, où elle est connue sous le nom de Ydisi ; ce serait, paraît-il, un arbuste qui n’atteindrait que quelques mètres de hauteur ; il passe dans ce pays pour avoir la réputation d’assainir les terrains marécageux, c’est pourquoi les agriculteurs tonkinois le cultivent spécialement pour l’employer à cet usage ; cet Eucalyptus se développe rapidement et produit une grande quantité de fleurs et de graines, c’est donc une espèce nouvelle, la seule qui soit originaire de notre hémisphère.

Toutes les parties de ces Myrtacées sont odorantes et glanduleuses ponctuées. Leurs feuilles sont opposées ou alternes, ce qui a lieu souvent sur une même plante, fréquemment dimorphes, entières, coriaces; leur plan dirigé horizontalement ou se rapprochant plus ou moins de la direction verticale. Leurs fleurs blanches, jaunâtres ou parfois rougeâtres, sont axillaires, solitaires ou plus souvent disposées en cymes pédonculées, ombelliformes ou capituliformes.

Ce fut un botaniste français, L’Héritier, qui découvrit le premier, en 1788, dans la Tasmanie, une espèce d’Eucalyptus qu’il a décrit sous le nom tTObliqua. Quelques années plus tard, en 1792, La Billardière botaniste qui faisait partie de l’expédition envoyée à la recherche de l'infortuné La Pérouse, fut frappé de l’aspect étrange des forêts de la côte de laTerrede Van Diemen, connue aujourd’hui sous le nom de Tasmanie ; s’étant fait débarquer, il se trouva au milieu d’arbres géants dont les premières branches apparaissaient à GO mètres du sol. A l’aide d’une longue vue, il aperçut que ces arbres étaient en fleurs, et ce fut à coups de carabine que l’on put en

détacher quelques branches fleuries. Après avoir examiné ces rameaux et ces inflorescences, il reconnut que ces

A. Bouton d’Eucalyptus. — B. Fleur d’Eucalyplus. — G. Fruit

Grands Eucalyptus d’Australie

végétaux nouveaux pour lui étaient desE. globulus, ainsi nommés à cause du bouton auquel sont attachées les fleurs.

Après La Billardière, plusieurs botanistes voyageurs parlèrent de ces plantes. Antoine Guichenot, jardinier botaniste du Jardin des Plantes rapporta d’un voyage en Australie (1800-1804) divers échantillons qu’il signalait comme des essences forestières d’une acquisition pré-

On suppose que c’est dans les serres de la Malmaison, près Paris, que l’Eucalyptus aurait été cultivé pour la

première fois en France. Les botanistes, qui avaient découvert jusque-là plusieurs espèces de cet arbre, avaient apporté des échantillons d’herbier avec fleurs et fruits, mais n’avaient sans doute pas songé encore à en semer les graines; toujours est-il que Bompland, en 1813, décrivait sous le nom d’E. diversifolia un arbre à la Malmaison, ou il était cultivé depuis un certain nombre d’années ; jusqu’à ce jour, on ne possède aucun renseignement qui puisse faire supposer que cette Myrtacée fût cultivée à une époque antérieure ; on peut donc considérer que la plante décrite par Bompland serait le premier Eucalyptus dont les graines aient été introduites en France et même en Europe. Il parait que, vers la même époque, lejardin botaniquede la marine à Saint-Mandrier avait reçu de la Malmaison quelques Eucalyptus, ainsi que le constate une note de M. Tobert, alors directeur de ce jardin. Ces arbres ne durent pas prospérer ou bien ne furent pas conservés, car ils n’existaient déjà plus avant que des constructions eussent chassé la plupart des végétaux très remarquables dont ce jardin était rempli.

Pendant plus d’un demi-siècle, cet arbre n’était qu’une plante de collection dont on trouvait quelques rares sujets dans les serres des jardins botaniques et que l’on n’osait, pas aventurer en plein air; cette espèce était l’E. globulus, la seule connue à cette époque. Plus tard, d’autres introductions furent faites sur divers points, mais elles n’amenèrent aucun iltat, et ces arbres ne encore aujourd’hui qu’une curiosité botanique, si un apôtre zélé n’était venu élever la voix en leur faveur et commencer une véritable croisade contre l’indifférence injuste avec laquelle on avait accueilli les premiers essais de naturalisation ; cet apôtre est M.

P. Ramel, mort il y a environ une dizaine d’années.

« Vers 1854, dit M. Ramel dans un de ses écrits, me trouvant en Australie, je visitais le jardin botanique de Melbourne, quand le directeur des travaux de cet établissement appela mon attention sur un jeune arbre qui croissait à vue d’œil dans une allée écartée. C’était une blue-gum, ou gommierbleu delà Tasmanie, nom vulgaire sous lequel on désigne en Australie l’Eucalyptus globulus. Je ne connaissais ni le nom, ni le végétal, mais je fus tellement frappé de la vigueur phénoménale de cet arbre, qu’elle devint pour moi un sujet d’admiration et d’étude. »

Mais M. Ramel ne se contenta pas d’étudier, et dès 1856, il envoyait en France des graines d’Eucalyptus et rentré plus tard en Europe avec la ferme volonté de doter l'ancien monde d’une essence d’arbre dont il avait constaté les qualités exceptionnelles, il se mit

sement à l’œuvre. Poursuivant son idée philanthropique avec une ardeur, un dévouement, une ténacité sans égales, il parvint à faire connaître, apprécier et cultiver l’Eucalyptus dans les contrées où le climat permetàcette

Eucalyptus globulus jeune.

traverses de chemins de fer et de poteaux télégraphiques.

Le hoisde la plupart de ces arbres a la réputation d’être incorruptible, surtout quand il reste plongé sous l’eau et on assure que l’huile qu’il contienten éloigne lestarets; des planches d’Eucalyptus marginata ont été retrouvées parfaitement intactes après un séjour de dix-sept ans dans la mer, tandis que sur le même point les bois d’un navire échoué étaient perforés en tout sens par des myriades de tarets. Ailleurs, des piles de ce même bois (E. marginata) resté vingt-cinq ans sous l’eau ont été retrouvées dans un état parfait de conservation.

Henri Joret,

LIVRES NOUVEAUX

Les Virus, par le Dr Arloing; Membre correspondant de l’Ins-

litut, Directeur de l’Ecole vétérinaire cl Professeur à la

Faculté de Médecine de Lyon.

La théorie des microbes est en train de renouveler la médecine tout entière en mémo temps que la-physiologie, sous l’impulsion donnée par M. Pasteur et M. Chauveau. La Bibliothèque internationale , dirigée par M. Em. Alglavc, a donné, dans le livre de. M. TROUEsiSART sur les Microbes, un résumé des travaux de l’école de M. Pasteur, qui a mérité les éloges de l’illustre savant. L'ouvrage de M. Arloing, le collaborateur de M. Chauveau, qui parait aujourd’hui, prend ces questions à un point de vue plus intéressant encore. M. Arloing étudie l’organisme dans sa lutte avec les microbes, éléments actifs des virus ; il montre le malade succombant ou résistant et acquérant alors, d’ordinaire, une immunité spéciale contrôle retour du mal qui l’a touché une première fois. 11 étudie ensuite les différents moyens de produire chez l'homme cette immunité contre les terribles maladies qui sont le fléau de notre espèce, depuis la variole jusqu’à la rage et à la phtisie. Il est ainsi amené à développer et critiquer, dans un chapitre spécial, les travaux de Koch sur la fameuse lymphe préservatrice de la tuberculose, lymphe qui a tant passionné le monde savant depuis quelques mois. (1 vol. in-8° avec 41 figures, faisant partie de la Bibliothèque scientifique internationale. — Librairie Félix Alcan. Prix, cartonné à l’anglaise, 6 fr. et aux bureaux dujournal.

Nous signalons b nos lecteurs la publication d’un nouveau journal scientifique chez l’éditeur Félix Alcan, c’est la Revue île l'école tP Anthropologie, dirigée par h-s professeurs île cette école, parmi lesquels nous remarquons MM. Mathias Duval, Ah. Hovelacque, de Mortii-let, Laborde, Letourneau, Ma-

Myrtacée de se développer à l’air libre. Avant d’entrer tlans la tombe, M. Hamel a eu la satisfaction de voir ses généreux efforts couronnés de succès malgré les obstacles qui se dressèrent devant lui pour accomplir la noble mission qu’il avait entreprise. Aujourd’hui la France, l’Algérie et d’autres contrées se trouvent en possession d’une véritable fortune.

Par ses proportions gigantesques, par sa croissance rapide, par la résistance de son bois, par ses propriétés d’assainissement et médicales, cet arbre répond à une foule d’objets de premier ordre. Grâce à ces avantages précieux les Eucalyptus ont été de toutes parts plantés sur une très vaste échelle dans toutes les régions chaudes et tempérées du globe, et c’est par dizaine de millions qu’il faudrait compter si on devait en faire le recensement.

On a beaucoup contesté à l’Eucalyptus la propriété d’assainir, mais comme il s’agit d’arbres à croissance rapide on ne peut nierque les feuilles ne peuvent servir à assainir l’air, comme les pins etles sapins. Malgré la rapidité qu’ils mettent pour se développer, ces arbres n’en fournissent pas moins un bois d’une solidité remarquable; ce sont eux qui produisent presque la totalité des bois de charbonnage, de charpente et de menuiserie ; ils rendent encore des services comme pilotis de pont, comme

clu Cri à la Parole, et Laborde : les ï intellectuelles et instinctives ; une chronique préhistorique de M. de Mortillcl et une revue complète de tous les faits scientifiques pouvant intéresser les anthropologistes.

Celte publication est faite par livraisons mensuelles de 32 pages ornées de gravures. Son prix modique de 10 fr. par an, permettra de répandre e.t de populariser celte science nouvelle qui, en si peu de temps, a pris place au premier rang.

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