MÉTAMORPHOSES. — RÉPARTITION: — RÉCOLTE
Les animaux dont j’ai donné la description sommaire dans un précédent article sont considérés par les auteurs allemands comme des adultes parvenus à cet état après un série de mues successives. Au sortir de l’œuf, où il est replié sur lui-même, l’animal a presque tous les caractères de l’adulte, excepté la striation transversale qui le divise en anneaux. Par plusieurs mues au sein de la galle, ces êtres grossissent peu à peu en abandonnant les fourreaux avec toutes les soies, car les nouvelles sont appliquées contre le corps de l’animal avec leur grandeur normale et elles se relèvent lorsqu’il sort. On ne sait pas combien l’animal doit, subir de miiés avant d’atteindre la maturité sexuelle, car on trouve des exemplaires très petits avec des œufs murs.
Les Galles abritent ces animaux pendant toute l'année; mais ce n’est qu’à partir du mois de mai qu’on y rencontre des animaux de taille différente, tandis que les Acares cylindriques courent à la face inférieure des feuilles.
L’accouplement et la ponte se font pendant tout le printemps et tout l’été. L’organe mâle n’est pas connu.
Les jeunes animaux restent dans la Galle et vivent du contenu des cellules à parois minces. Quand le parenchyme est mort, ils quittent l’intérieur par l’orifice de la Galle (fig. 1).
Pour certains naturalistes français, les phénomèmes de développement des Phytoptes sont beaucoup plus com-
ig. 1. — Coupe d’une excroissance de la feuille du poirier (d’après Sorauer); face supérieure; face inférieure ; o, œuf ; p, orifice de la galle dû à la piqûre.
pliqués et plus curieux que dans les autres genres. Tous les Tétranyques subissent des métamorphoses ; chez les Tétranyques vrais, de l’œuf sort une larve hexapode ne .se multipliant pas et qui se transforme en un adulte à 8 pieds, grâce à deux bourgeons qui s’allongent.
Dans les Phytoptes, lorsque le développement de l'embryon est terminé et que l’œuf est prêt à éclore (Donnadieu), il se produit sur la première enveloppe un sillon circulaire suivant lequel l’enveloppe s’ouvre en se desséchant, à la manière des pyxides (fig. 2).
L’embryon sort à reculons ; allongé il ne possède que quatre pieds. Il a été décrit comme adulte sous plusieurs noms. Cette larve se tient au milieu des poils de la galle et s’y nourrit des sucs végétaux. Il est intéressant de remarquer qu’elle n’est pas sexuée et qu’elle produit par parthénogénèse des œufs d’où sortent des larves semblables. Cette reproduction ovipare agame est très
intéressante à signaler dans le groupe des Acariens et peut être comparée à celle des larves de la Cécidomie Miastor. A la fin de l’été les larves tétrapodes s’enkystent à l’aisselle des feuilles et des bourgeons. Le kyste est fixé par un élargissement du côté duquel est tourné le rostre de la larve. C’est pendant l’hiver que la larve primitive
Fig. 2. — Développement du Phytoptus (d’après Donnadieu); 1, kyste où est enfermée la larve; 2, kyste s’ouvrant pour l’éclosion; 3, larve tétrapode; 4, larve hexapode; 3, çf ou 5 mâle adulte octopode (vu par le dos) ; 6, Ç) femelle adulte octopode (vue par le dos).
se transforme, et que deux membres postérieurs apparaissent, tandis que les organes génitaux tendent à s’ébaucher. Au printemps le kyste s’ouvre suivant une ligne circulaire, il en sort à reculons une larve hexapode (fig. 2, 4), comme celle des Tétranyques ordinaires. Elle se développe et donne naissance par une mue à un adulte sexué octopode (fig. 2, il, 6), qu’on a pris pour un animal différent du genre Phytoptus et qu’on a appelé Typhlodromus pyri Sclieuten.
Ces Phytoptes adultes ont environ 0mm4 ; leur forme est ovale, aplatie, atténuée postérieurement ; le mâle est un peu plus petit que la femelle. Ils sont jaune pâle, verdâtres parfois à cause de la chlorophylle qu’ils ont absorbée.
Les Phytoptes sexués possèdent une organisation plus complète et identique à celle des autres Tétranycidés. Donnadieu y a reconnu l’existence de trachées débouchant à l’extérieur par trois stigmates, dont un médian qui est le plus grand, et deux latéraux.
Ces animaux ne vivent que peu de temps. Immédiatement après l’accouplement les femelles poussées par l’instinct de la maternité piquent la feuille pour y amener un afflux des sucs végétatifs et une hypertrophie des tissus, où elles déposeront leurs œufs; elles ont ainsi préparé un abri à leur progéniture (fig. 3).
Les adultes disparaissent alors pour laisser la place aux larves tétrapodes dont les piqûres répétées vont amener soit de nouvelles formations pathologiques, soit l’accentuation des anciennes.
Il résulte des nombreuses études faites dans ces derniers temps, sur le genre Phytoptus, qu’on peut affirmer que la plupart des phanérogames sont visitées par cet animal. Par suite des difficultés de l’observation, il n’est pas prouvé que chaque plante possède son acarién particulier. Mais il est infiniment plus probable que, malgré
les différences des Galles entre elles, et malgré le grand nombre des plantes nourricières, on a affaire à un petit nombre d’espèces. Et même ce fait que sur la même espèce de plante on peut trouver des productions galliformes très variées et très différentes, ne force pas à admettre que plusieurs espèces interviennent, car il est facile de comprendre que les Acares, qui préfèrent les organes jeunes, recherchent de divers côtés les endroits les plus favorables à leurs attaques et piquent ainsi les différents organes ou les différentes régions d'un même organe et alors la réaction de la plante se traduit par des Galles variables de forme.
Sur un organe jeune, la succion des Acares produit une irritation qui se manifeste par des tubérosités ; ils lui empruntent leur nourriture en sorte que les boureons ne peuvent plus se développer normalement. Si
au contraire les Acares ne s'attaquent que plus tard à la même plante, quand ses organes sont déjà plus durs et moins riches en protoplasma, l’excitation produite par la piqûre et le liquide corrosif versé dans la plaie se traduit seulement par l’irritation de l’épiderme et la production de poils, par allongement des cellules épidermiques, qui forment le feutrage si connu dans les plantes ligneuses. Ainsi dans le tilleul la piqûre de ces animaux produit sur les feuilles jeunes des galles claviformes dans lesquelles le parenchyme et l’épiderme supérieur interviennent, tandis que sur les feuilles âgées l’irritation se traduit par des poils feutrés. Dans les deux cas, ces productions fournissent un abri à l’animal et à sa progéniture.
La répartition sur un hôte est différente de celle des autres gallicoles. Jamais les Galles ne s’étendent sur tout l'abri ; il n’y a que quelques branches isolées qui soient réellement attaquées. Cette particularité s’explique par la propagation graduelle des Acariens, tandis
que les Diptères gallicoles ailés visitent toutes les feuilles des endroits les plus divers du même arbre. En outre, il faut remarquer que les pousses de l’année nées à l’aisselle des feuilles attaquées l’année précédente, sont aussi toujours riches en parasites. Ceci provient de ce que les Phytoptes hivernent de préférence derrière les écailles extérieures des bourgeons et entre les bourgeons. Les écailles les plus intérieures n’abritent presque jamais aucun Acarien, excepté dans les Acrocécidies des bouleaux et des noisetiers où la migration dans les quartiers d’hiver commence déjà en juin.
En outre on remarque assez souvent une certaine régularité dans la répartition des Galles sur les feuilles ; ainsi l’enroulement marginal des feuilles des Sambucus nigra et racemosa, du Tilia paniflora s’accentue quand on s’approche de l’extrémité du bourgeon. Toutes les feuilles de la pousse jusqu’aux plus jeunes sont enroulées dans le Populu s tremula et portent des galles sacciformes dans le Prunus padrn ; ici la feuille la plus âgée seule est épargnée. Souvent la croissance est trop rapide pour les Acariens qui progressent si lentement; les feuilles supérieures ne sont pas contaminées, ainsi que les feuilles les plus inférieures, en sorte que la partie moyenne seule est attaquée (erineum de l’Alnus glutinosa, les galles situées aux angles des nervures dans l’Alnus, le Carpinus, le Betulus, le Tilia grandiflora, les deux galles du prunier). Pourtant dans le Bouleau, les feuilles inférieures sont les plus riches en galles.
La répartition des animaux dépend probablement de l’état de développement de l’arbre au moment de la première migration printanière.
On comprend combien les observations de ce genre sont difficiles; la séquestration des larves entre des lames de verre ne produit pas de bons résultats; la mise en observations des feuilles attaquées et chargées de larves amène la dessiccation des feuilles et la mort des larves. Il faut surtout avoir recours à l’observation directe in situ. Elle est plus longue et plus difficile, mais elle doit être plus fructueuse.
On a recours à divers procédés pour isoler ces animaux afin de pouvoir les soumettre à l’observation microscopique. En coupant les poils de quelques galles et en les étalant sur du papier blanc, on réussit en s’aidant d’une bonne loupe à en apercevoir quelques-uns. Mais il est plus simple de couper avec des ciseaux un assez grand nombre de galles, et de placer les morceaux dans un récipient à bord évasé, comme un verre de montre par exemple. A mesure que les galles se dessèchent, les Phytoptus quittent leur abri et on les trouve en grand nombre sur les bords du verre de montre.
L’acide acétique étale ces Acariens sans les contracter. Il est facile ensuite de les fixer dans le baume de Canada ou la glycérine gélatinée. On peut rendre leurs téguments transparents en les faisant bouillir dans la potasse caustique.
Pour les conserver en collection, il est bon de les mettre dans un liquide formé de poids égaux de glycérine et d’acide acétique auquel on ajoute le quart du poids d’eau. En chauffant doucement jusqu’à l'ébullition, ces animaux se conservent sans s’altérer.
A. M lixÉGArx .
SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE PARIS
Communications d'histoire naturelle contenues dans le 5e fascicule , t. II, 8“ série.
Paléontologie. — Dans les trois notes suivantes, M. H. Filhol ajoute un supplément intéressant à ses longues et belles recherches sur les fossiles des phosphorites du Qucrcy.
1° Description d’un nouveau genre d'insectivore. Sous le nom de Necrosorex Quercyi, M. Filhol décrit un petit Mammifère, qui se rapproche surtout des Musaraignes (Sorex). Il en diffère surtout par sa dernière molaire, qui est très allongée, pourvue de deux racines, et divisée en deux lobes très caractéristiques, dont le postérieur est muni d’un talon. Aucun animal vivant ou fossile ne possède une dernière molaire semblable.
2° Description d’un nouveau genre d’ insectivore provenant des dépôts de phosphate de chaux dxi QUercy. L’insectivore fossile dont il est question dans cette note est désigné par l’auteur sous le nom de Myxomygale antigua; il se différenciait des Taupes par sa première prémolaire uni-radiculée, par la diminution progressive de grandeur de ses molaires, par la forme de la branche montante de sa mâchoire inférieure, qui était sensiblement développée comme celle du Desman. Il se distinguait des Myogale (Desman), avec lesquels il avait sur-r tout des affinités^ par les lobes plus épais de ses molaires-, par la forme de son angle mandibulaire, ainsi que par son apophyse coronoïde.
3° Note sur la dentition supérieure du Xiphodontherium primœvum. Dans cette note, M. Filhol complète scs recherches sur la dentition des Xiphodontherium, petits Mammifères voisins des Xiphodons ou gazelles primitives de l’époque éocènc.
Zoologie. — M. E.-L. Bouvier consacre deux études à ses recherchés sur l’organisation des Crustacés décapodes. Dans la première, il étudie les variations progressives de l'appareil circulatoire artériel chez les crustacés. anomoures, et il montre : 1» que l’artère abdominale inférieure s’atrophie déjà chez les Crustacés fouisseurs du genre Gébie, où elle s’arrête dans le quatrième segment abdominal, qu’elle se retrouve encore, mais localisée dans le premier segment, chez les Paguristes, et qu’elle disparaît complètement dans les Pagures proprement dits et dans le Bernard l’Ermite; 2° que l’artère abdominale supérieure des Galathées présente déjà les mêmes caractères que celle des Porcellanes, en ce sens qu’elle se bifurque peu après sa sortie du cœur.
Dans la seconde, il décrit la respiration et quelques dispositions organiques des Paguriens terrestres du genre Cénobite, et il montre, notamment, que ces curieux animaux possèdent une sorte de poumon abdominal, dans lequel une partie du sang s’hématose avant de revenir directement au cœur sans passer par les branchies. Il est chassé par deux organes contractiles situés en avant sur les côtés, à la base de l'abdomen.
M. Filhol décrit les phénomènes que présentent les Lucanus cervus après l’ablation de leur tête. De ses expériences, il résulte que la durée des phénomènes de réaction chez les Lucanes décapités est d’autant plus longue qu’on les prend à un moment qui semble être plus rapproche de la période où ils ont apparu, et qu’elle est d’autant plus courte qu’on se rapproche de l’instant où ils vont disparaître. Ainsi, un Lucane pris le 1er juin et décapité contracte ses membres lorsqu’on le touche, jusqu’au 20 juin, c’est-à-dire pendant dix-neuf jours, alors qu’un Lucane pris le 5 juillet, et mis dans le même état, ne se contracte plus que vingt-quatre heures après.
Botanique. — M. A. Franche t signale l’observation intéressante d’une Ombellifere à pétales laciniés. Si l’on a pu dire jusqu’ici qu’il n’existait pas d’Ombsllifère dont les pétales fussent vraiment divisés, on ne pourrait aujourd’hui maintenir cette assertion. M. Delavay a rencontré, on effet, au sommet du Tsang-chan, haute montagne qui domino le lac Tali, dans le Yun-nan, une Ombellifèro dont les pétales sont profondément divisés en 3-5 lobes oblongs, un peu divergents et simulant à peu près ainsi une main dont les doigts seraient écartés. Cette plante, à laqucllo il donne le nom de Carum schizopetalum, végète dans les lieux ombragés, sur les rochers, parmi les mousses.
COUPE D’US SOSDAGE A CURGIES (MD)
Les lecteurs du Naturaliste connaissent déjà CurgieS que j’ai eu l’occasion de citer dans une note sur la géologie des environs de Bavai. Le village est situé vers l'est d’un plateau compris entre les vallées de la Rhonelle et de l’Aunelle. Ces deux rivières, dont les sources multiples sont voisines et ont une origine géologique commune, viennent de la forêt de Mormal ; la première se dirige d’abord vers l’ouest et coule ensuite au nord pour se jeter dans l’Escaut à Valenciennes; l’Aunclle a un cours moyen sensiblement sud-nord et se réunit à l’Hongneau pour rejoindre enfin l’Escaut près de Condé.
La région ainsi limitée présente quelques particularités intéressantes au point de vue des eaux souterraines. J’ai pensé qu'il ne serait pas inutile de donner la coupe d’un sondage exécuté à Curgies pour l’alimentation d’une usine importante, et de dresser la coupe géologique ci-jointe, de Famars près de Valenciennes à la frontière belge, en passant par Curgies. et Sebourg.
Les couches crétacées et tertiaires de ce pays viennent s’appuyer en stratification discordante sur les terrains primaires de l’Ardenne, dont les premiers affleurements sqnt visibles à l’est dans la vallée de l’Hongneau près d’Angreau. C’est là que nous avons vu précédemment : le poudingue de Burnot, les schistes à calceoles et le calcaire de Givet, du dévonien inférieur et moyen. Les couches primaires plongent rapidement vers l’ouest et sont à Curgies à plus de 75 mètres du sol, soit à l’altitude de 18 mètres environ. La pente moyenne est de 3 mètres par kilo- . mètre.
Les premiers dépôts crétacés nivellent les ondulations de la surface des terrains primaires auxquels ils ont emprunté la plupart de leurs éléments; tel est le cas du tourtia qui existe dans presque toute la région à la base de la craie marneuse, mais son épaisseur irrégulière est souvent très faible; il n’est pus distingué sur la coupe.
La craie marneuse, peu épaisse à Angreau, prend de l’importance vers le centre du plateau ; elle est formée de lits alternativement marneux et argileux, surmontés par les marnes bleuâtres à Terebratulina gracilis. Cette zone, une des plus constantes de l’étage, affleure dans le fond des vallées, mais elle est généralement recouverte par le limon superficiel ; j’ai cependant eu l’occasion de l’examiner dans une fouille entreprise pour les fondations d’une maison à l’entrée du village de Sebourg; le fossile caractéristique s’y trouvait en abondance.^
La craie blanche à silex est peu épaisse et ne s’étend pas à l’est aussi loin que la craie marneuse, elle n’est visible que dans les vallées de l’Escaut et de la Rhonelle, elle dépasse à peine Curgies du côté des Ardennes. C’est une craie fendillée avec lits de silex; ses caractères sont peu nets et les fossiles sont très rares; on la regarde cependant comme faisant partie de la zone à Micraster breviporus. La surface de cet étage est irrégulière et montre partout des traces évidentes d’altération superficielle due à l’action dissolvante des eaux météoriques chargées d’acide carbonique.
Les plus anciennnes couches tertiaires recouvrent également la craie blanche et la craie marneuse. Elles sont constituées par l’argile et le conglomérat à- silex ,- il existe généralement entre cet étage et la craie blanche, surtout dans le fond des poches, un petit lit d’argile ferrugineuse, résidu du lavage de la craie et de l’oxydation des pyrites.
Au-dessus, vient le tuffeau de Valenciennes; les couches inférieures de cette formation sont franchement argileuses et les supérieures argilo-sableuses.
Les sables quartzeux glauconieux et l’argile plastique ne sont nettement visibles qu'à l’ouest, entre la Rhonelle et l’Escaut sur le plateau de Famars ; ailleurs, ils ont probablement existe mais ont été remaniés et se confondent avec les premières couches quaternaires. Celles-ci, sauvent très épaisses recouvrent les affleurements de toutes les formations que nous venons d’examiner.
Le limon est de composition assez complexe et présente souvent des stratifications entrecroisées; il parait être un mélange des sables tertiaires remaniés sur place et des éléments argilocalcaires amenés par les cours d’eau et provenant de la désagrégation des schistes et calcaires anciens de l’Ardenne. On trouve fréquemment à la base un petit lit d’argile tourbeuse
Enfin le limon superficiel dérive directement du précédent par décalcification lente.
Si nous examinons maintenant les eaux qui circulent dans cet ensemble de formations alternativement perméables ou imperméables, nous trouvons qu’elles appartiennent à trois nappes principales distinctes.