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EXCURSIONS ORAITHOLOGIQUES
Aux îles d'YEU et d'OLÉRON
Le phénomène des migrations est peut-être la partie de l’histoire des oiseaux où règne encore le plus d’obscurité. Quelle est l’origine de ces déplacements périodiques, quelles en sont les causes déterminantes, quelles routes suivent exactement les diverses espèces dans les longs voyages qu’elles entreprennent, sous quelles influences météorologiques, température, direction des vents, état hygrométrique de l'atmosphère, se montrent-elles dans les stations échelonnées sur leur vaste itinéraire : c’est ce qu’il a été impossible jusqu’à ce jour d’élucider d’une façon entièrement satisfaisante. Si tant est cependant que l’on arrive jamais à percer complètement le mystère de ces mouvements de la faune ornithologique à des époques déterminées de l’année, si précises parfois que, dans certaines localités, les chasseurs peuvent compter pour ainsi dire à jour fixe sur l’arrivée de tels ou tels oiseaux, les observations suivies avec soin en différents pays contribueront pour la plus large part à en établir les lois. Toutes les recherches qui sont de nature à jeter quelque lumière sur cette question méritent donc d’attirer d'une manière spéciale l’attencion des naturalistes.
On sait que ces migrations s'effectuent pour l'ordinaire dans le sens du méridien, c’est-à-dire du nord au sud et réciproquement. Les espèces des régions septentrionales de l’Europe qui, à l'automne ou au commencement de l’hiver avaient fui l’excès du froid, retournent vers le nord dès les premiers beaux jours pour y faire leur ponte. Celles qui se reproduisent dans notre pays, et qui par conséquent doivent seules être considérées comme indigènes, reparaissent parmi nous au printemps, font un séjour plus ou moins prolongé et nous quittent en automne pour aller prendre leurs quartiers d'hiver dans des pays plus méridionaux. Les premières, dans leurs migrations annuelles, ne font que traverser nos contrées, ce sont les vrais oiseaux de passage. Ces navigateurs-de l’air toutefois ont sur leur route des stations préférées qui leur servent en quelque sorte de ports de relâche.
Dès la fin de juillet, quelques espèces, ou du moins des pointes d'avant-garde, commencent à se mettre en route, lentement, d’escale en escale ; mais ce n’est qu’au mois d'août, principalement dans la seconde quinzaine, que ce mouvement de départ s'établit d’une facon régulière. Il $e continue jusque vers la fin de l'automne et mêmeen hiver, si l’on considère certaines espèces qui, après avoir niché dans des contrées plus septentrionales, y demeurent tant que la température n’y devient pas trop rigoureuse et, chassées par les frimas, se contentent d'aller prendre leurs quartiers dans nos départements du sud-ouest et du midi ou, poussant plus loin leur voyage, s'arrêtent dans les pays du sud de l’Europe et ne franchissent pas la mer.
L’ornithologie des iles d'Yeu et d'Oléron n'offrirait pas un grand intérêt si ces iles n’étaient des points d’atterrissage pour les oiseaux migrateurs qui longent les côtes de l'Océan dans leur mouvement de régression vers le sud, et remontent au printemps en suivant le même itinéraire. C’est ce double passage d'aller et de retour, de descente et de remontée, qui les rend utiles à étudier.