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Ayant séjourné en 1907 à l’ile d'Yeu,du mois de juillet à la fin de septembre, et en 1908 à l'ile d'Oléron, du mois de juillet à la fin de novembre, j'ai pu recueillir quelques faits sur la migration et les habitudes des oiseaux qui fréquentent ces parages à ces époques de l'année. C’est le résultat de ces observations qui fait l’objet de cette note. Je n'ai pas entendu, en la rédigeant, dresser un catalogue complet de toutes les espèces d’oiseaux susceptibles de se montrer dans les régions maritimes que j'ai visitées, il s’agit simplement de ceux que j'y ai vus.
L'ile d'Yeu se dresse dans l'Océan en face de la côte vendéenne, au sud de l'ile de Noirmoutier. Elle appartient comme celle-ci au département de la Vendée, mais cette dernière doit être considérée plutôt comme un prolongement du littoral, dont elle a l'orientation et dont elle n’est séparée que par un étroit canal, guéable à marée basse. L'ile d'Yeu, au contraire, placée àune plus grande distance du continent, fait partie du système des iles bretonnes dont elle a l’aspect, la hauteur et la constitution géologique, témoinsans doute d'un premier rivage, presqu’entièrement disparu. Elle est orientée de l'O.-N.-O. à l’'E.-S.-E. Son grand axe dirigé de la pointe des Chiens-Perrins à celle des Corbeaux mesure environ 9 kilomètres et demi, et sa largeur, de Port-Joinville, chef-lieu de l’île, à l’extrémité de la pointe du Châtelet, d'autre part de la pointe Gauthier à la pointe de la Tranche, compte 3 kilomètres et demi à 4 kilomètres, avec un léger rétrécissement, de la plage de Ker-Chalon au petit port dela Meule. L’ile n’a donc pas une grande étendue. La côte intérieure regardant le continent est formée de dunes dont la hauteur varie de cinq à seize mètres, au pied desquelles s’allonge une vaste plage de sable fin, la grande Conche, qui ne se termine qu’à la pointe des Corbeaux. En arrière de ces dunes s'étendent des marais transformés aujourd’hui en prairies. La côte extérieure, la « côte sauvage », au Sud et à l'Ouest, avec retour au Nord-Ouest, est rocheuse et très découpée. Elle s'exhausse au Sud-Ouest et atteint au cap des Degrés près de trente mètres d’élévation Des écueils, découverts à mer basse, enserrent l'ile, et cette ceinture de brisants en rend les abords dangereux. Le sous-sol est un rocher de granit, souvent à nu, recouvert ailleurs par une couche de terre variant de quelques centimètres à un mètre, suivant les ondulations du terrain. Le centre de l'ile forme une sorte de cuvette peu profonde. où l’on cultive des céréales, de la vigne, des pois, du trèfle incarnat et des pommes de terre. Le reste, nu et aride, ne produit que des ajoncs. Sauf deux bois de pins maritimes, l’un à la pointe Gauthier et l’autre autour de la citadelle, presque pas d'arbres. En de rares endroits, où de petits ruisseaux entretiennent un peu de fraîcheur, poussent des saules, des ormes rabougris, des peupliers dont la tête est brisée par le vent; dans les dunes quelques tamaris. Du reste l’indigène, habitué à voir les rafales d'hiver tout raser sur leur passage, a perdu le goüût des arbres, il ne fait rien pour en avoir ni même pour conserver ceux qui existent. La température est douce jusqu’au cœur de l’automne et les hivers, malgré la violence du vent, ne sont jamais rigoureux.
C’est sur ce bloc de granit, situé en plein Océan, à une vingtaine de kilomètres du littoral, battu par une mer souvent dure, que viennent atterrir différentes espèces d'oiseaux voyageurs à l'époque des migrations. On y voit peu, on le comprendra, d'oiseaux réellement sédentaires, cette petite ile est plutôt une sorte de perchoir.
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Quelques espèces cependant ÿ nichent et y demeurent pendant toute l'année, le nombre des individus grossit seulement au moment des passages. D’autres, et je parle ici surtout des passereaux, arrivent au printemps, s'arrêtent pendant quelque temps, puis partent pour la plupart et vont nicher sur le continent.
Si à l'ile d'Yeu on compare l'ile d'Oléron, celle-ci paraît verte et riante à côté de l’aridité et de la sauvagerie pittoresque de la première. Bien qu'elle soit envahie en grande partie par des dunes de sable et semée de salines, la vingtaine de kilomètres carrés où prospèrent la vigne et les céréales, ses vertes prairies et les grauds bois de pins de Saint-Denis, Domino, Saint-Trojan, des Saumonnards, lui donnent un aspect de: fertilité que ne dément pas la réalité, car Oléron pourrait suffire à sa population et vivre de ses propres ressources pendant assez longtemps, au cas où on la supposerait privée de celles du continent.
Comme Noirmoutier continue les rivages du Poitou, l'ile d'Oléron prolonge, sur une longueur d’une trentaine de kilomètres, les plages de la Tremblade, au Nord des lindes de Gascogne, dont elle n’est séparée que par un bras de mer de peu de largeur, le redoutable pertuis de Maumusson. Autour de l'ile, des roches où « platins », rasés par les flots, continuent en maints endroits les grèves et, entre elle et l'ile de Ré plus éloignée du littoral, les rochers d'Antioche reçoivent les assauts continuels des vagues qui les recouvrent à haute mer. Le grand détroit qui sépare les deux iles, le pertuis d’Antioche, est extrêmement dangereux par les mauvais temps; des débris de naufrage jonchent le plateau rocheux où s'abattent à mer basse les Goélands. Au Nord, les falaises calcaires de Chassiron, qui supportent un phare important, dominent des platins recouverts de goémons aimés, au retrait de la mer, des Echassiers.
Après avoir esquissé brièvement la physionomie des lieux, je passe à l'énumération des diverses espèces d'oiseaux qui les fréquentent, à l'époque où commence leur mouvement rétrograde vers le Sud.