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MAI

Üne bouteille dévitrifiée

M. Courty, bien connu par ses travaux géologiques et en particulier par la publication de son voyage en Bolivie avec la mission de Créqui-Montfort (1), m'a remis, pour

Fig. 1. — Bouteilledévitriliée par l'incendie de Pontarlier (Doubs) 1/2: G N.

la collection de Géologie expérimentale du Muséum

d'Histoire naturelle, le curieux échantillon que repro-

duit la figure 1 ci-jointe. C’est, comme on le voit, une bouteille ayant à peu près le volume d’un litre et qui a manifestement subi l’action d’un feu très énergique. Elle s’est complètement transformée, si bien qu’elle est devenue tout à fait opaque. Elle a été retrouvée dans les dégâts consécutifs à un violent incendie qui à détruit d'importantes constructions, il y a peu d’années, dans la laborieuse cité de Pontarlier (Doubs).

Cette bouteille] devait être couchée sur le flanc, car le ramollissement qu'elle a subi l’a conduite à s’aplatir de facon à prendre la forme d’une plaque et on dirait presque une image de bouteille

(1) Exploralions géologiques dans l'Amérique du Sud, 1 vol.

gr. in-80 de 208 pages avec figures et planches Eoïs (exte, Paris, Imprimerie nationale, 1907.

Fig, 2% — La bouteille

qu’on se serait amusé à découper dans une planche. C'est une question de savoir comment elle a pu subir une pareille transformation sans: se! briser et comment le liquide dont elle’ était remplie, et qui était de l'absinthe, à pu en sortir avant d’en avoir déterminé l’ explosion. Toujours est-il qu'elle était intacte quant à son unité au moment où on l’a découverte.

Cependant elle s'était félée transversalement et il a suffi de la soumettre à une légère traction dans le sens de sa longueur pour la diviser en deux parties. La ligne de séparation est si curieusement disposée qu'on peut d'ailleurs rapprocher les deux moitiés de la bouteille et les faire engrener l’une avec l’autre, de facon que l’ensemble soit tout à fait solide et qu’on ne voie pas tout de suite qu’il est brisé.

La figure 2 donne une idée de l’ apparence prise par la substance originairement vitreuse. On voit qu’elle a acquis assez bien l’aspect de la porcelaine. C’est qu’en effer elle reproduit tous les caractères de la fameuse porcelaine de Réaumur, obtenue d’abord, par l’illustre savant dont elle porte le nom, par la simple exposition suffisamment prolongée d'une rte de verre à vitre sur la tôle d’un four chauffée bien au-dessous du point de liquéfaction, du verre, mais à un degré où celui-ci commence à se ramollir. Il est clair que dans ces conditionsles molécules de la matière silicatée doivent jouir d’une certaine mobilité et on s'aperçoit qu’elles en profitent pour s’arranger entre elles d’une facon particulière.

Voici comment Réaumur décrit le procédé propre à dévitrifier le verre (1) : « On mettra dans de très grands creusets, tels que les gazettes des faienciers par exemple, les ouvrages en verre qu'on voudra convertir en porcelaine, On remplira les ouvrages et tous les vides qu'ils laissent entre eux, de la poudre faite d’un mélange de sable blanc et fin et de gypse. Il faudra faire en sorte que cette poudre touche et presse les ouvrages de toutes parts, c'est-à-dire que ceux-ci ne se touchent pas immédiatement et quils ne touchent pas non plus les parois du creuset. La poudre ayant été bien empilée, bien pressée, on couvrira le creuset, on le lutera et on le portera dans un endroit du four où l’action du feu soit forte. Quand on retirera et qu’on ouvrira la gazette, on verra les objets

dévitnifiée réduite à l’une de ses moitiés et vue de profil.2/3 G.N

qu'elle renferme transformés en une belle porcelaine blanche. »

On sait que le verre s'obtient par le refroidissement très rapide de la matière fondue préparée dans le creuset

(1) Histoire de l’Académie, année 1727.

des verriers : on retrouve des preuves de la promptitude de sa solidification dans les détails de sa structure. En effet, en l'étudiant par les méthodes optiques si forten usage parmi les minéralogistes, on s'apercoit qu'il est entièrement dépourvu de structure cristalline. La lumière polarisée qui est un si merveilleux outil d'investigation quant à la constitution des corps transparents, se comporte de la même façon dans des directions quelconques, ce qui estessentiellement différent de ce qui a lieu dans les substances cristallines.

Le fait a une si grande importance que depuis bien longtemps les minéralogistes ont divisé les substances solides en deux catégories : les verres et les cristaux. Avant d'aller plus loin, il est d’ailleurs nécessaire de faire remarquer que le langage vulgaire possède aussi ces deux mots, mais qu'il les emploie d’une manière différente. La grance différence que l'on fait, dans la vie courante, entre le verre à bouteille le plus grossier et le cristal de Bohème le plus délicat n’existe pas au point de vue minéralogique. La lumière polarisée nous apprend que le cristal de Bohême est un simple verre tout comme la vulgaire bouteille, c'est-à-dire que ses éléments constituants sont uniformément disposés les uns par rapport aux autres dans tous les sens et que la substance n’y présente aucune architecture interne. A

Fig, 3. — Une lame mince de la bouteille de Pontarlier, vue au microscope ; on ÿ voit une multitude de petites aiguilles de wollastonite (ou pyroxène calcique) résultat de sa dévitrification. (Grossissement de 80 diamèyjres).

côté des verres de l’industrie, il existe un certain nombre de verres naturels et on peut citer comme exemple l’obsidienne, appelée parfois verre des volcans et dont on a parfois fait des lames tranchantes, pour dépecer le gibier ou mème pour se raser la barbe, dont on a construit aussi des miroirs (on peut voir au Muséum un miroir des Incas qui est dans ce cas). On peut citer aussi la pierre ponce qui est essentiellement vitreuse et à côté d'elle les cheveux de Pelé, filaments de verre volcanique étirés par le vent et dont le nom, originaire des iles Hawai, rappelle une vieille superstition sur la déesse des volcans. On peut citer encore les gallinaces, les retinites et quelques autres types, et puis c’est tout. Et tout le monde sera frappé du très petit nombre des roches vitreuses à côté de la série innombrable des roches cristallines.

Or, cette dernière remarque présente elle-même un exceptionnel intérêt: elle nous conduit à cette découverte que l’état cristallin est comme une position d'équilibre pour les roches, tandis que l’état vitreux est au contraire tout à fait instable.

À cette occasion on peut faire appel à un souvenir qui pour beaucoup de personnes se rattache aux incidents de l'enfance : quoiqu'il concerne une matière organique et non minérale, il est cependant d'application tout à fait directe à notre sujet, Quel est l'enfant qui n’a pas senti l'attraction puissante du sucre d’orge? Or, le sucre d'orge, préparé par fusion comme on sait, est une substance complètement vitreuse : on peut y tailler des lames minces comme dans une obsidienne et les observer au microscope. Le résultat c'est l'absence de toute structure cristalline. Mais il arrive par suite de circonstances spéciales, parfois pour remettre à plus tard le plaisir de finir le sucre d’orge commencé, que l’enfant le dépose dans un fond de tiroir et qu'il l'youblie. Au bout de quelques semaines ou de quelques mois il le retrouve, mais combien changé! Lui, si transparent, est devenu complètement opaque; lui, si dur et si croquant, il est mou maintenant, parfois pulvérulent ; d’ailleurs toujours agréable au goût. Or, le bâton sucré s’est comporté comme le verre à bouteille de Pontarlier, seulement il a pu le faire a la température ordinaire : il s’est dévitrifié, ce qui revient à dire qu'il a cristallisé.

Dans la nature, on arrive à retrouver les étapes de la dévitrification : on recueille des obsidiennes qui, par place, ont pris une structure cristalline plus ou moins accentuée, et l'étude des roches volcaniques — même de celles qui sont composées de cristaux — démontre entre leurs éléments bien formés, la présence d’une matière générale vitreuse. C’est comme un résidu de quelque obsidienne initiale dont la plus grande partie a trouvé le moyen de s'établir à l’état stable de cristaux.

En conséquence de tous ces faits, il était tout indiqué d'étudier notre bouteille en lumière polarisée. Une lame mince de 1 ou 2 centièmes de millimètre d'épaisseur y ayant été taillée, on a reconnu, comme le montre la figure 3 ci-jointe, que la masse, partiellement vitreuse encore, est toute remplie de cristaux aciculaires et plus ou moins fusiformes. Ils sont formés d'un bisilicate de chaux désigné sous le nom de wollastonite et qui appartient à la grande famille des pyroxènes.

Sa production, par dévitrification, dans les verres est très fréquente; elle peut même être préjudiciable à l’industrie des verriers. C’est J.-B, Dumas qui en 4830 en a fait la découverte et a établi du même coup la théorie de la dévitrification qui, comme on vient de le voir, est un grand phénomène naturel. Ayant fait l’analyse comparative d’un verre dévitrifié et d’un verre transparent, retirés l'un et l’autre d’un même creuset de verrerie, l’illustre chimiste considèra le premier comme une combinaison définie plus riche en silice et moins chargée d’alcali que le second et par conséquent moins fusible. Partant de cette analyse, dont les résultats n'étaient pas contestables, et qui d’ailleurs cadraient avec les idées émises par Berthollet dans sa Statique chimique, sur les cristaux observés dans le verre par Heir, Dumas interpréta la dévitrifcation comme une cristallisation du verre, due à la formation de composés définis infusibles à la température actuelle au moment de la transformation. Il admit que cette infusibilité relative est le résultat tantôt de la volatilisation alcaline, tantôt d’un simple partage dans les éléments du verre, les alcalis passant alors dans la portion qui conserve l’état vitreux.

Toutefois, bien des chimistes, et Berzélius à leur tête, ont émis une opinion différente partagée d’ailleurs par la plupart des verriers. Elle consiste, comme nous le

disions au début de cet article, à voir dans la porcelaine de Réaumur une masse vitreuse, devenue cristalline sans modification de composition. Le verre, en se dévitrifiant, ne subit, suivant eux, aucune modification n1 dans la nature, ni dans la proportion des matières dont il est formé. Les cristaux agglomérés en forme de boules isolées les unes des autres dans une masse de verre transparent et pouvant mesurer plus de 10 centimètres de diamètre, ne diffèrent pas de celle-ci quant à leur composition.

M. Léon Appert (1) a étudié spécialement les cristallisations qui se développent par ces procédés et il résulte de son travail que les produits de dévitrification peuvent différer suivant la composition du verre. Quand le verre est uniquement sodique et calcique, c’est, comme pour la bouteille de Pontarlier, de la wollastonite qui se produit; quand il est magnésien et ferrugineux, c’est un pyroxène magnésien voisin du diopside. Si le verre contient de l’alumine en même temps que de la potasse, de l’oxyde de fer et de la magnésie, c’est de la mellilite ou humboldtilite. Enfin, dans certains cas plus rares, on voit se développer des cristaux de feldspath et spécialement d’oligoclase et de labrador.

M. Lacroix (2) a d’ailleurs fait voir que le silicate de chaux peut suivant les cas être la vraie wollastonite dont nous venons de parler ou bien un autre minéral dit pseudowollastonite et qui est un produit dimorphe du premier, étant hexagonal on pseudohexagonal et non point monoclinique (clinorhombique) comme les pyroxènes. Cette pseudowollastonite est aplatie suivant la base et présente souvent des groupements cristallitiques à symétrie hexagonale rappelant ceux de la neige. Ce minéral à été reproduit artificiellement par M. Bourgeois (3) et étudié depuis, par MM. Dælter et Vogt.

STANISLAS MEUNIER

BACURSIONS GRNITHOLOGIQUES

Aux îles d'YEU et d'OLÉRON

PIGEONS. — Au printemps, à partir du 20 avril,passent des Tourterelles (Turtur auritus), qui remontent plus au nord pour nicher. On en voit dans l’île jusqu’à la mijuin. Maïs lorsqu'elles repartent, en septembre, le passage est beaucoup abondant. On en trouve quelques-unes en août, car les oiseaux, avant leur départ, ont l'habitude d’errer pendant quelque temps.

Les Pigeons ramiers (Columba palumbus) et les Colombes Colombins (Columba wænas) ne font guère que traverser l’ile.

GALLINACÉS. — Le seul Gallinacé sauvage que l'on puisse rencontrer à l'ile d'Yeu est la Caille{{Coturnixicommunis), à son double passage. Elle ne niche pas, ou du moins ne le fait que rarement. On ne trouve aucune espèce de Perdrix. Il y a donc pour le chasseur une grande pénurie de gibier de plaine, car on ne voit pas non plus de Lièvres. Il y avait autrefois des Lapins, mais on les a détruits. Quelques-uns existent encore

(1) Sociélé des Ingénieurs civils, 5° série, t. I, p. 310 (avec 1 planche); 1890.

(2) Minéralogie de la France el de ses colonies, t.1, p.624; 1893.

(3) Bulletin de la Société minéralogique de France, t. V p. 13; 1882.

4 (4) Voirle Naluraliste, n° 532.

dans les fossés de la citadelle, d’où la petite garnison casernée dans le fort les aura bientôt fait disparaitre.

EÉCHASSIERS. — J'avais surtout en vue, dans mon étude de la faune ornithologique de l'ile d'Yeu, de déterminer, d’une facon aussi exacte que possible, le mouvement de régression vers le sud de certaines espèces d'Échassiers pendant le mois d’août, époque à laquelle commence à s’effectuer leur migration, afin de relier ces observations à celles que jai faites depuis plusieurs années sur différents points des côtes maritimes de la France. Aussi ai-je noté ayec un soin particulier, pour chaque espèce, la date de son apparition. Ces oiseaux s’arrétaient tous ou presque tous sur la grande plage de sable qui s'étend de Ker-Chalon à la pointe des Corbeaux, sur une longueur de quelques kilomètres, il était donc assez facile de constater la présence des émigrants dès leur arrivée.

J'ai observé à l’île d'Yeu, au mois d'août, dix-sept espèces d'Échassiers. Je les classe par ordre de dates d'arrivée.

Sanderling (Calidris arenaria), 30 juillet. Une bande d’une quarantaine d'individus. Très nombreux par la suite,

Gravelot de Kent ou Pluvier à collier interrompu (Charadrius cantianus),31 juillet. Une bande considérable à laquelle étaient mêlés des Sanderlings.

Gravelot hiaticule ou Pluvier à collier (Charadrius hiaticula), 31 juillet également. Plusieurs petites troupes. Beaucoup de jeunes de l’année.

Chevalier gambette ou à pieds rouges (Totanus calidris), 5 août. Un volier peu considérable. Arrivage nombreux le 13. k

Courlis cendré (Numenius arquata), 6 août. Un vol important. Dans cette saison, ces oiseaux venus du continent et de l'ile de Noirmoutier ne séjournent guère, ils font la navette entre l'ile d’Yeu et le littoral. Ils sont extrêmement nombreux en automne et en hiver, et serépandent sur toute l'étendue de l’ile. Dès la première quinzaine de septembre arrivent des émigrants.

Courlis corlieu (Numenius phæopus), 13 août.

troupe d’une douzaine d'individus.

Pluvier varié, vulgairement Vanneau suisse (Pluvialis varius), 15 août. Troupe très nombreuse.

Huitrier pie (Hæmatopus ostralegus), 15 août. Un volier d’une dizaine d’oiseaux.

Héron gris (Ardea cinerea), 16 août. Trois individus ensemble.

Avocette (Recurvirostra avocetla), 18 août. Petite troupe de six oiseaux.

Maubèche canut (Tringa canutus), 18 août. Forte bande.

Bécasseau cincle (Pelidna cinclus), 20 août. Quelquesuns dans une bande de Pluviers à collier. Le 23 une petite troupe de ces oiseaux.

Tournepierre (Strepsilas interpres). Première apparition le 21 août, quelques oiseaux mélés aux bandes de Sanderlings et de Pluviers à collier, ou par deux ou trois. À partir du 23, et surtout du 25, plusieurs bandes importantes.

Chevalier à pieds verts ou Cul-Blanc (Totanus ochropus). Voyage isolément. Jusqu'à la fin de septembre ou le commencement d'octobre, époque de son départ pour l'Afrique, il ne fait qu'errer. Un individu le 23 août, un autre le 25, tous les deux à la côte sauvage, au pied des rochers, dans les goémons. On le trouve rarement

Une

sur les plages de sable.

Spatule blanche (Spatula leucorodia), 24 août. Un seul individu, à la pointe des Corbeaux.

Pluvier doré (Pluvialis apricarius), 24 août. Un grand volier dans un marais situé en arrière des dunes. Nombreux surtout à l'automne. On m'a montré, dans les dunes, certains endroits très fréquentés, en saison, par ces oiseaux.

Guignette vulgaire (Actitis hypoleucos). À mon arrivée, en juillet, j'ai trouvé des Guignettes établies tout autour de l'ile, mais seulement dans les endroits où se dressent des rochers et s'accumulent des éboulis couverts de goémons, tout spécialement par conséquent sur la côte extérieure qui est entièrement rocheuse, sauf de petites conches sablonneuses enserrées par les rochers. Là se plaisent les Guignettes, au milieu du chaos des roches éboulées et dans les petites criques parmi les galets. Elles cherchent leur nourriture dans les goémons et les courseaux des rochers. Quand on les fait partir, elles vont se poser parfois, en criant, sur une roche ou une grosse pierre et y demeurent quelques instants en hochant la queue comme des Bergeronnettes. Elles ne volent jamais bien loin et passent, lorsqu'on les poursuit, d’une crique à une autre, se réfugiant aussi sur les brisants découverts par la marée. Sur la côte intérieure, on en voit naturellement beaucoup moins, puisqu’elle est moins rocheuse et formée surtout de dunes, On ne les trouve sur cette côte qu'au milieu des rochers qui surgissent, comme à la pointe Gauthier, en avant des dunes, jamais sur la grande plage de sable. Cette observation était intéressante à noter, car la Guignette habite de préférence le bord des eaux douces et, si elle fréquente cependant les côtes maritimes, c'est, comme on le voit, dans de certaines conditions. Au mois d'août il y en a de passage qui demeurent peu et sont bientôt remplacées par d’autres pendant tout le mois de septembre.

[ci s’arrête la liste des Échassiers que j'ai observés personnellement, La plupart des espèces ont été identifiées sur des sujets tués par moi. Les Avocettes et la Spatule, les deux seules espèces que je n’aie pu tirer, étaient facilement reconnaissables.

D’après les renscignements que j'ai recueillis, il existerait des Ædicnèmes (Ædicnemus crepitans) dans les dunes, et ils y nicheraient, Je n’ai pu vérifier par moimême l'exactitude de ces dires, mais à considérer l'aspect des lieux et les habitudes de ces oiseaux, il n’y a rien là qui doive surprendre.

Un chasseur du pays, à qui je peux faire confiance, m'a assuré qu'il avait tué, il y a trois ans, au mois d’octobre, une Grande Outarde (Otis turda) dans une troupe de cinq. Cet oiseau fut vendu à un marchand naturaliste de Nantes où on l'avait expédié.

Certaines années, le passage des [Bécasses (Scolopaxrusticola) est assez abondant. Elles ‘apparaissent au mois de novembre, vers la Toussaint, et on en voit jusqu’au mois de janvier, dans les haies, les fossés herbus bordés de ronciers, les bois de pins et les champs d’ajoncs. Elle repassent en mars, mais en moins grande quantité.

À la même époque se montrent aussi la Bécassine ordinaire (Gallinago scolopacinus), la Bécassine Gallinule, « Sourde » des chasseurs (Gallinago gallinula), et les Vanneaux (Vanellus cristatus), ces derniers très communs à la fin de l’automne et en hiver.

Dans les marais, dont une partie a été convertie en prairies, inondées à l’arrière-saison, vivent des Râles

d'eau (Rallus agquaticus), des Gallinules ordinaires ou Poules d'eau (Gallinula chloropus) et des Foulques macroules (Fulicula atra). Les Foulques se réunissent souvent en grandes troupes qui se tiennent à la mer, près des côtes.

J'ai vu dans une collection locale, formée par le pharmacien de Port-Joinville, deux exemplaires de Maubèche maritime ou Bécasseau violet (Pelidna maritima), qui avaient été tués, l'automne précédent, sur la grande plage de la côte intérieure. Ce petit échassier, qui habite les contrées septentrionales et passe sur nos côtes, est plutôt rare. Je ne l’aitué que deux fois en baie de Somme, où on le rencontre de temps à autre.

PALMIPÈDES. — Quand on arrive à l'ile d'Yeu, au mois de juillet, ou est frappé de l'absence presque complète des Mouettes et des Goélands. Ces oiseaux manquent pour l’agrément du paysage marin. On n'en voit aucun sur les côtes ni dans le port, c’est à peine si au large passent de rares Goélands argentés ou à manteau bleu (Larus argentatus), tandis que au départ de Fromentine j'en apercevais déjà un certain nombre avec des représentants d’autres espèces, au bout de ma lorgnette, sur les vases de Noirmoutier. Cette indigence relative de lariens dans la faune ornithologique de l'ile, explicable dans la saison de la reproduction, se prolongera jusqu’à l'automne, et à moins qu'une succession de gros temps n’en poussent quelques-uns à la côte, c’est surtout en hiver qu'ils se rapprochent du littoral. Cependant au mois d'août, époque où les travaux de la nidification et de l'élevage des jeunes sont terminés, j'ai rencontré des Goélands marins (Larus marinus) et des Goélands argentés à la pointe des Corbeaux.

Le 20, je vis, dans les mêmes parages, un rocherentièrement couvert de Sternes hirondelles ou Pierre-Garins (Sterna hirundo). La troupe s’envole à mon coup de feu, tourbillonne un moment dans l’air et s’égrène au-dessus de l’eau. Je devais retrouver ces oiseaux le 25; eux ou de nouveaux arrivants, en face de la Pointe Cauthier, en train de pêcher et inquiétés par deux Labbes qu’à l’aide de ma lorgnette j'ai identifiés au Labbe pomarin (Stercorarius pomarinus). Quelques jours avant on m'avait apporté un individu de cette espèce, tué près du port de la Meule. k

Le 24 j'avais rencontré un petit volier des Mouettes tridactyles (Larus tridactylus) posées sur l’eau. À cette date je n'ai pas encore vu de Mouettes rieuses (Larus ridibundus) qui ne viendront que le mois suivant.

Au commencement de septembre, me rendant sur le continent, je pus observer du bateau deux Pufins des Anglais (Puffinus anglorum) qui croisèrent notre route à faible distance (1).

Le 19 août on apporta au pharmacien de Port-Joinville un Pétrel glacial (Procellaria glacialis), Cèt oïseau avait été recueilli en mer par un bateau de pêche, encore vivant, mais roulé par la lame et agonisant. Il n'avait plus qu’une plume à la queue, très usée, et portait à la patte droite une blessure ancienne qui avait déterminé l’ankylose de la jointure du talon. Le Pétrel glacial ou Fulmar habite les mers polaires et les iles septentrionales de la Grande-Bretagne, et n’arrive sur nos côtes qu’à la

(4) On tue quelquefois dans les parages de l'ile le Puffin cendré (Puffinus cinereus), qui habite la Méditerranée et quelques points de l’océan Atlantique. J'en ai vu dans la petite collection du pharmacien de Port-Joinville.

suite des ouragans. Il y avait eu précisément une forte tempête quelques jours auparavant.

On trouve des Cormorans (Phalacrocorax carbo) à la pointe des Corbeaux et à la pointe de la Tranche. Le 16 août, en arrivant à la pointe des Corbeaux, je vis deux de ces oiseaux perchés sur le balcon de la tourelle de sauvetage, élevée au milieu des flots à quelque distance du rivage. Ils se séchaient au soleil en étendant leurs ailes. ls finirent par s'envoler et se remirent à l’eau. Une demi-heure après, un troisième Cormoran vint se poser au faîte de la tourelle à côté d’un Goéland marin. La tourelle de sauvetage dela pointe des Corbeaux sert de perchoir habituel aux Cormorans ; une couche épaisse de leurs excréments recouvre le sol du balcon. Ils se perchent aussi sur le rocher de la Corbe qui se dresse

en avant dans la mer, un peu plus loin, en suivant la.

côte. À certains endroits le rocher est sali par leur fiente. J'interrogeai un pêcheur qui raccommodait ses filets sur la grève, il me dit qu'il y avait plusieurs Cormorans perchés sur la Corbe, dans la matinée, comme d’ailleurs presque tous les jours ; nous n’en vimes qu'un que mon compagnon de chasse fit déguerpir en lui envoyant une balle de carabine.

Un autre palmipède totipalme vient à certaines époques dans les parages de l’ile, le Fou de Bassan (Swla bassana), dont j'ai vu de beaux exemplaires empaillés, adultes et ieunes, chez le pharmacien de Port-Joinville.

Parmi les palmipèdes lamellirostres, le Canard sauvage (Anas boschas) et la Sarcelle (Querquedula crecca) sont assez communs en hiver. Dans cette saison on voit, principalement à la pointe des Corbeaux, des bandes innombrables de Bernaches cravants (Bernicla brenta), qui se tiennent près de la côte, et, dans l'intérieur de l’île, quelques troupes d’'Oies cendrées (Anser cinereus).

Enfin à l’arrière-saison, la mer se peuple, tout autour de l’ile, de Plongeons catmarins (Colymbus septentrionalis), de Guillemots (Uria troile), de Pingouins (Alca torda) et même de Macareux (Fratercula artica) qui descendent des côtes de Bretagne (1).

(A suivre.) MAGAUD D'AUBUSSON.

MŒURS & MÉTAMORPHOSES

des Coléoptères de la tribu des CHRYSOMÉLIENS (2).

DEUXIÈME GROUPE. — Criocérides, Cassidides.

4. — Larves courtes, brunâtres, la plupart recouvertes de leurs excréments.

Nymphes nues, blanchâtres, se transformant dans le sol ou sur les tiges.

Genres. — Plectonycha, Lema, Criocéris.

9, — Larves ovalaires, larges, déprimées, épineuses, recouvertes de leurs excréments.

Nymphes épineuses, à métamorphose aérienne.

G. — Cassida.

(1) Onsait par M. le D° Louis Bureau qu'il existe sur Îles côtes de Bretagne deux nombreuses colonies du Macareux arctique, l’une sur un récif appelé Le Guest, l’autre sur l'ile Rougie. (Recherches sur la mue du bec des oiseaux de la famille des Mormonidés, 1819, p. 11.)

(2) Voir le Naluraliste nvs 528, 529 et 530.

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