Criocérides
Régünme. — Dès les premiers jours de leur apparition qui correspond aux belles journées du printemps et de l'été, ces créatures du monde entomologique sont destinées par leur forme gracieuse, par leurs belles couleurs, par leurs teintes bariolées, à embellir les plantes sur lesquelles elles stationnent.
Aux premiers jours de mai, dans nos jardins, dans nos vallées, le lis commun, emblème de la pureté, affranchit du sol sa tête florale; un peu plus tard dans nos jardins, dans nos champs, l’asperge cultivée, puis plus tard l’asperge sauvage émettent leurs tendres pousses, leurs jeunes tiges, cette dernière abondante sur nos coteaux bien insolés et bien recherchée des amateurs.
Aux premiers chauds rayons de l’astre solaire, nos petits insectes se mettent en mouvement ; débarrassés des langes qui lesenserraient, ils apparaissent au dehors, grimpent le long des tiges des plantes auxquelles ils sont inféodés : ils ont dès lors un rôle primordial à remplir, assurer par un rapprochement sexuel la rénovation de leur propre espèce ; la femelle peu active reste sur place ou s'éloigne peu ; le mâle, plus vif, plus vagabond, vole d’une tige à l’autre jusqu'à ce que l’occasion l'ait mis en contact avec une femelle, ce qui ne demande pas beaucoup de temps, étant donné que toutes les espèces du groupe des Criocérides, chacune dans sa zone, sont assez abondantes, assez nombreuses pour que les recherches ne restent pas longtemps vaines ; — l’objet de ses désirs trouvé, le mâle, après quelques attouchements de la tête et des antennes qu’il abaisse et relève par à-coups, grimpe sur le dos de sa compagne, introduit par des poussées successives son pénis dans le vagin qui le sollicite et, une fois ses organes génitaux bien en contact, il assujettit étroitement son corps sur celui de sa femelle,et la copulation commence, le couple stationnant soit sur les tiges ou sur les feuilles, et pour assurer une sécurité plus absolue, c’est le dessous des feuilles qu'il préfère ; — la copulation dure la journée ainsi que la nuit suivante, puis le mâle, dont les forces sont épuisées par ce long coït, abandonne la position pour aller
- non loin de là achever ses jours ou bien devenir la proie
d'un afamé ; son rôle est achevé, il laisse en germe le produit d’une nouvelle génération ; la femelle, dès lors fécondée, se met en quête d'une branche, tige ou feuille,
‘ sur laquelle elle pourra déposer sa ponte et procède
aussitôt à la mise en place de ses œufs, soit par œuf isolé, soit par groupes de trois ou quatre au plus ; — en raison de la grande diversité et de la facon dont ses œufs sont déposés, nous donnerons pour chaque espèce du groupe qui nous occupe la manière dont s'effectue le dépôt, — nous ajouterons que l’éclosion des œufs est intimement liée à l'espèce à laquelle ils appartiennent; — huit jours suffisent aux uns dix, douze ou quinze jours aux autres; la température est aussi un facteur qui influe sur la durée.
Larves. — Caractères généraux.
Longueur 6-10 millim.; largeur 2-4 millim.
Corps ovalaire, plus ou moins ramassé, mOu, Charnu, finement ponctué, couvert de courts cils roux, fortement convexe et comme mamelonné en dessus, déprimé en dessous, à région antérieure réduite, arrondie, la postérieure subatténuée et bimamelonnée.
Tête petite, arrondie, subglobuleuse, cornée, jaunâtre,
Ars
lisse et luisante, finement ponctuée avec courts cils roux épars et taches sous-cutanées, ligne médiane bifurquée au vertex en deux traits aboutissant à la base antennaire; points ou fovéoles en arrière de la lisière frontale qui est échancrée ; épistome large ; labre échancré, biincisé, faiblement frangé; mandibules courtes, rougeâtres, à bout noirâtre, pluridenté, les deux dents médianes les plus saillantes, les autres plus courtes, quelquefois peu marquées; mâchoires à lobe petit, faiblement frangé, palpes de quatre courts articles coniques brunâtres, annelés de testacé; menton allongé, charnu, lèvre inférieure bilobée avec palpes unies ou biarticulées, languette en forme de masse charnue; antennes de trois courts articles coniques, annelés de brunâtre, le terminal avec cil au bout et article supplémentaire à sa base; ocelles au nombre de six, quatre grands disposés en carré en arrière de la base antennaire, deux au-dessous. ;
Segments thoraciques larges, transverses, convexes, finement ponctués, le premier couvert d’une double plaque noirâtre, luisante, avec demi-bourrelet antérieur, deuxième et troisième à flancs dilatés et demi-bourrelet ponctué.
Segments abdominaux fortement convexes, mamelonnés, finement ponctués, à flancs dilatés, les sept premiers en travers incisés et garnis quelquefois de taches relevées par un cil, huitième sans incision, neuvième petit, quelquefois avec deux taches géminées et deux mamelons pseudopodes.
Dessous déprimé, quatre plaques dans l'intervalle des pattes, segments abdominaux incisés, les huit premiers avec mamelon susceptible de se tuméfier et sur lequel s'appuie la larve durant sa marche, le neuvième bimamelonné avec fente en long : un fort bourrelet latéral onge les flancs. f
Pattes assez longues, noirâtres, à base biponctuée de noir, courtement ciliées ; hanches épaisses, cuisses et jambes comprimées, tarses courts, noirâtres, acérés, à base accolée à un lobe membraneux sur lequel repose le crochet tarsal.
Stigmates petits, orbiculaires, la première paire sur le
bourrelet de séparation des deux premiers segments ”
thoraciques, les suivantes au-dessus de ce bourrelet et près du bord antérieur des huit premiers segments abdominaux.
Aussitôt éclose, la jeune larve ne s’attarde pas, son temps est limité, elle gagne aussitôt la partie de la plante, feuille, fleur ou fruit, qui doit servir à son alimentation et là, en dehors de l’entre-temps des mues, elle ronge sans trève en vue de son accroissement qui en général est très rapide; cet accroissement achevé, elle descend la rige, se dépouille de la couche de déjections qui l’enveloppait, pénètre peu profondément dans le sol où elle se transforme, ou bien reste sur la feuille ou la tige où elle s’entoure d’une coque nymphale.
Toutes les larves de Criocérides vivant à découvert, il leur fallait des moyens de protection propres à les mettre à l’abri des attaques de leurs ennemis; leur système de défense est varié et en rapport avec les dangers qui les menacent; certaines se recouvrent de leurs propres excréments qu’elles refoulent sur leur tête de manière à avoir ainsi leur corps protégé ; d’autres se revêtent d’une couche onctueuse produit de leurs propres sécrétions : ces sécrétions maintenues à l’état
frais chez la plupart des Criocérides sont converties à l'état sec chez les Cassides.
Les larves de ces deux groupes ont des caractères différentiels si bien marqués que si les premières ont un facies qui les unit aux Chrysomélides, les secondes s’en éloignent beaucoup ; les mœurs seules les rapprochent.
Nymphes. — Caractères généraut.
Longueur 4 à 6 millim.; largeur 2 à 3 millim.
Corps subarqué, charnu, jaunâtre, glabre, convexe en dessus, déprimé en dessous, arrondi à la région antérieure, la postérieure atténuée et biépineuse.
Tête lisse, déclive, incisée, vertex caréné; premier segment thoracique fortement convexe, à bord antérieur relevé, deuxième court, bifovéolé, avancé en pointe, troisième canaliculé ; segments abdominaux transverses, s’élargissant jusqu'au quatrième pour s'atténuer vers l'extrémité qui est un peu arquée, le bord des six pre-
miers relevé en légère lame transverse, septième grand
à bords arrondis, huitième et neuvième très réduits et prolongés par deux courtes pointes conniventes, à bout rembruni, flancs relevés en léger bourrelet, antennes noduleuses.
Dans sa loge, la nymphe repose sur la région dorsale; elle peut imprimer à ses segments abdominaux de légers mouvements défensifs : la durée de la phase nymphale va de huit à douze ou quinze jours suivant l’espèce et la saison, puis l'adulte rompt la coque par un de ses pôles et apparait au dehors.
Adultes. — Essentiellement inféodés aux plantes qui les ont nourris à l’état larvaire, ces insectes continuent à stationner de jour sur les végétaux qui les virent naître et croître, rongeant les feuilles aussi bien que les tiges ; de nuit, ils restent au repos sous les feuilles, le long des tiges, quelquefois sous les pierres ; — habitants de la plaine et des coteaux, rares sont ceux qui habitent la moyenne montagne; — leur allure vive, rapide, jointe à leurs gracieuses couleurs, leur à valu l’admiration des jeunes amateurs ; — la plupart, après l’accouplement ou avant les froids, prennent leur quartier d'hiver au pied des plantes qui les ont nourris ; dans les contrées chaudes ou tempérées.ils continuent à stationner sur les ramifications des espèces végétales.
La description des adultes a été donnée par Th. Lacors daire dans sa Monographie des coléoptères Phytophages, 1845, t. I, àlaquelle nous nous reportons.!
(A suivre.) Capitaine XAMBEU.
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Le Cryptorhynchus lapathi
J'ai reçu du Syndicat des Agriculteurs de la Vendée un certain nombre de pieds d’osier perforés de trous et contenant un grand nombre de larves.
Après avoir mis ces larves en élevage, j'ai pu, quelque temps après,les voir donner naissance à un gros charancon, le Cryptorhynchus lapathi.
La femellefde ce coléoptère, après avoir été fécondée pond plusieurs œufs à la partie inférieure des tiges sur lesquelles elle vit. Elle perce à cet effet et à l’aide de son rostre qui est très allongé, l'écorce et le bois de cet arbre etpond un œuf dans la blessure. Après avoir sur le
même arbre, répété cette opération plusieurs fois, elle passe à un autre en agissant de la même facon et continue ainsi jusqu'à ce qu'elle ait complètement achevé sa ponte.
De ces œufs sortent de petites larves qui rongent de place en place la partie sous-corticale de telle sorte que l'écorce peut paraître percée de trous.
Ces larves travaillent toujours de la manière suivante:
elles montent de plus en plus haut et conduisent leurs canaux tantôt dans l’axe médullaire, tantôt entre cet axe et l'écorce et sous l’écorce même, vers la couche la plus extérieure du bois.
Dans ce dernier cas, on remarque que sur leur passage, toute l'écorce se brunit, se fissure, et à travers ces fissures on distingue des fibres qui indiquent la présence desinsectes.
Lorsque ces larves sont adultes, elles restent à l’extrémité de leurs galeries, s’y retournent et attendent en cet endroit leurs transformations en nymphe et en insecte parfait.
L’insecte parfait ne reste pas longtemps dans son berceau ; lorsqu'il se sent assez fort, il se rapproche de l'écorce et prend ensuite son essor.
Le Cryptorhynchus lapathi mesure, lorsqu'il a atteint son entier développement, 7 millimètres et demi de longueur, il est fortement rugueux à sa surface, son corps est recouvert d’une couche serrée d'’écailles noires, brunes et blanches.
I1 possède sur le tiers postérieur des élytres une grande tâche d’un gris farineux. Sa tête est variée de blanc et de noir, son rostre est entièrement noir.
Les antennes sont rousses, son corselet est grossement ponctué, légèrement caréné au milieu de la base, de couleur brune en dessus; les côtés possèdent cinq tubercules élevés et sont au contraire de couleur blanchâtre.
Elytres à stries ponctuées, variées de brun et de blanc. Abdomen tout à fait noir. Cuisses bidentées, annelées de noir et de gris.
Le Cryptorhynchus est reconnu comme un insecte très dangereux ; il s'attaque aux peupliers, aux saules, a osiers, aux aulnes blanc et rouge.
M. Brehm signale dans son volume sur les insectes que, sur les coteaux aux environs de Halle, leslarves du Cryptorhynchus lapathi vivent dans les vieilles souches d'osier, qu’elles transpercent le jeune et le vieux bois et qu'ellesle font périr.
C’est principalement à l’état de larves que le Cryptorhynchus ravage les branches des arbres et celles-ci se trouvent brisées par le vent et tombent à terre.
Le procédé de destruction le plus pratique consiste à faire la chasse à l’aide d’un parapluie. C'est-à-dire que l’opérateur chargé de cette chasse tiendra de la main gauche un parapluie ouvert et renversé qu'il placera contre chaque pied d’osier, pendant que de {la main droite il tiendra une canne dont il se servira pour secouer les branches et faire tomber les insectes dans le parapluie, il suffira donc ensuite d’écraser ces insectes ; cette opération doit se faire du 20 juin au 15 juillet.
Lorsquela récolte d’osiers est terminée, il suffit de couper les parties de l’arbre qui sont attaquées et de badigeonner les parties fraichement coupées avec la composition suivante : faire chauffer, de façon à la rendre très liquide, 400 grammes d’huile de poisson et verser ensuite dedans 1 kilogramme de colophane.
aux
PAUL NOEL