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ÎLE D'OLÉRON

RAPACES. — Des rapaces diurnes le plus commun est, comme partout, la Crécerelle. On la voit chasser au-dessus dés champs et des vignes, s'arrêter longtemps à la même place en battant des ailes, puis s’abattre sur une proie qu’elle guettait de la sorte, ou reprendre son vol pour aller recommencer le même manège un peu plus loin. Elle aime à se percher sur la girouette des moulins à vent si nombreux en ce pays.

Au-dessus des vignes, des marais salants, des prairies et sur le bord de la mer au-dessus des écluses à poissons, à marée basse, passe d’un vol lent et bas le Busard Saint-Martin qu'on reconnaît de loin à son croupion d’un blanc pur chez le mâle et un peu varié de roux chez la femelle. On trouve peu de sujets en parfait plumage d’adulte, d’un cendré bleuâtre sur les parties supérieures du corps. Beaucoup moins commun se montre le Busard Harpaye ou des marais. Je n’ai rencontré au surplus que des jeunes de l’année à la livrée de couleur chocolat, avec le dessus de la têteet la gorge d’une teinte jaunâtre.

J'ai observé une seule fois la Buse vulgaire (Buteo vulgaris). Le 5 septembre, deux de ces oiseaux décrivaient

de grands cercles au-dessus des champs, près de Saint- Denis.

Deux ou trois fois seulement j'ai aperçu l'Épervier, embusqué près d'une ferme, à l'affût des pigeons, des moineaux et des merles, partant brusquement à mon approche de l'arbre où il se dissimulait.

L'année dernière, dans le grand bois de pins qui couronne les dunes ondulées de Domino, on a tué un Circaète Jean le Blanc (Circaetus gallicus) dont j’ai vu la dépouille. Cette espèce qui habite non seulement l’Europe, mais aussi l'Asie et l'Afrique septentrionale, se trouve ordinairement en France dans les montagnes boisées. Il n’est du reste commun nulle part dans notre pays. L'individu tué à Oléron était évidement de passage accidentel.

Je chassais le 18 août au pied des falaises de la pointe de Chassiron, lorsque mon attention fut attirée par les cris désordonnés des Hirondelles rustiques et d’une troupe de Linottes ; je levai la tête et je vis sur la crête de la falaise la cause de tout cetapage. C'étaitun Faucon Émérillon que pourchassaient Hirondelles et Linottes. Le petit rapace paraissait fort ahuri, et je profitai de son trouble pour lui envoyer un coup de feu qu'il emporta du reste gaillardement. Il affectionnait ce coin de l’ile, car je l'y revis encore plusieurs fois, mais sans pouvoir le tirer.

Parmi les Rapaces nocturnes la Hulotte et l'Effrayesont les deux espèces les plus répandues. On entend presque tous les soirs le cri de la première, et on trouvé assez souvent la seconde dans les moulins à vent abandonnés. Il n’est pas rare d'entendre aussi au crépuscule, et même en plein jour,'le cri de la Chrevèche (Noctua minor). Dès la fin de septembre et en octobre passent àäes Hibous brachyotes, ils se tiennent à terre dans les vignes qui sont fort basses et dans les bouquets de tamaris. A cette époque, on les fait partir presque du pied. On rencontre aussi en automne le Hibou vulgaire.

PASSEREAUX.— Il n’y a pas de Pics dans l'ile, du moins je n’en ai pas rencontré, et le garde-forestier des bois de Domino qui habite le pays depuis longtemps m’a affirmé qu'il n’en avait jamais vu. En dehors des boïs de pins, il existe peu de grands arbres, seulement quelques-uns au voisinage des habitations et des villages, ailleurs des boqueteaux en taillis de frênes, d'ormeaux et de chênes et des bouquets de tamaris. Je n’ai pas trouvé ici le Torcol, comme à l'ile d'Yeu, ce qui ne veut pas dire qu'il ne s’y montre pas dans ses voyages, car j'en ai vu

un empaillé qui avait été tué, m'a-t-on dit, dans un verger de Saint-Denis. Les Coucous semblent passer en moins grande quantité qu’à l'ile d'Yeu. Voilà pour les Passereaux zygodactyles.

Quant aux Passereaux syndactyles, ils sont représentés par le Martin-Pêcheur qui fréquente les marais salants, les berges des canaux d’adduction de l’eau de .mer dans les salines et le bord même de la mer. J'en ai tué un involontairement sur la plage au milieu d’une bande de Pluviers à collier avec lesquels il avait pris son vol. Il est tombé, à mon grand étonnement, sur mon coup de fusil, en même temps que deux Pluviers.

Comme Passereaux déodactyles ténuirostres, je n’ai à citer que la Huppe, dont j'ai observé trois individus à la fin de juillet. Bien que la saison ne fût pas avancée et que cette espèce ne nous quitte d'ordinaire qu'au mois de septembre, ces oiseaux, qui nichent fort rarement dans l'ile, devaient venir du continent et avaient déjà

commencé leur mouvement de régression vers le Sud ils erraient en attendant le moment de prendre définitivemexnt leur route vers les côtes africaines. Je n’en ai plus revu depuis. Il faut songer aussi que, quoique répandue à peu près partouten France, la Huppe n'est nulle part abondante. Je ne l’ai jamais trouvée en grande quantité qu’en Égypte,pendant l'hiver. Ni Sitelles (Sitta europæa), ni Grimpereaux (Certhia familiaris), ou très rares, pour les mêmes raisons sans doute qui ont éloigné les Pics.

Parmiles Corvidés, quelques Corneilles noires viennent s’abattre sur les plages, mais en hiver on voit dans les champs de grandes troupes de Freux (Corvus frugilegus). On remarque un assez grand nombre de Pies qui nichent sur les arbres élevés qui se trouvent près des habitations ou mélés dans les bois aux essences de conifères, d’autres arrivent du continent au mois de novembre. Par contre, pendant toute la belle saison on ne voit pas de Geais (Garulus glandarius), mais à la fin de l'automne il en passe par centaines.

On rencontre deux espèces de Pies-Grièches, la Pie- Grièche rousse et la Pie-Grièche écorcheur (Lanius collurio). Ges deux espèces nichent, car j'ai trouvé des jeunes encore abecqués sur les buissons par leurs parents.

A l'automne passent de grandes bandes d'Étourneaux, on n’en voit pas durant le reste de l’année.

Je n’apprendrai rien en disant qu'il y a beaucoup de Moineaux (Passer domesticus), car où ne trouve-t-on pas le Moineau domestique? Son proche parent le Friquet (Passer montanus) est aussi très abondant et forme, en septembre, des bandes considérables, Mais les autres Fringillidés ne sont pas très nombreux, du moins en été, à l'exception des Chardonnerets et des Linottes. En aucun pays je n'ai vu autant de Chardonnerets. Si l'ile d'Yeu est l’île des Linottes et des Motteux, on peut dire qu'Oléron est l'ile des Chardonnerets. Ces gracieux oiseaux égaient toute l'ile de leurs chansons. On en trouve partout, dans les bois de pins, le long des chemins sur les chardons des fossés, dans les vignes, sur les arbres fruitiers et les tamaris. Ils viennent jusque sur le sable des plages et sur les goémons.

Les Linottes sont aussi fort nombreuses dans les vignes, les haies des tamaris et de lauriers, Comme les Chardonnerets, elles descendent sur les plages parmi les goémons. De temps à autre, une Linotte, perchée sur un fil télégraphique, montre sa poitrine cramoisie.

On est étonné de voir, en été, aussi peu de Pinsons. À peine en ai-je entendu chanter quelques-uns dans les grands arbres d’une avenue, à l'entrée de Saint-Pierre, gros bourg situé au centre de l'ile dont ilest le chef-lieu. Mais en automne et au commencement de l'hiver, il en passe des troupes considérables.

Le Bruant jaune (Emberiza citrinella), qui est sédentaire et très commun dans toute la France, est ici assez rare, on le trouve dans quelques haies de l’intérieur de l'ile.

Dans les champs, beaucoup d’Alouettes, dont les notes <

pures tombent du haut des airs de tous les côtés. Des Cochevis (Galerida cristata), en petit nombre, dans les dunes et sur les routes.

Le- 24 juillet, dans un champ récemment découvert de sa récolte, à proximité des dunes, j’ai rencontré un couple d’Agrodromes champêtres(Agrodroma campestris), connus communément sous le nom de Pipis rousselines, bien que ces oiseaux ne soient pas de vrais Pipis. Cette espèce se tient de préférence dans les lieux incultes et pierreux. Ceux que j'ai vus à Oléron (plusieurs couples

dans les dunes) étaient très peu farouches et se laissaient facilèment approcher, ce qui m'a permis de les observer de près. Ces oiseaux sont d’ailleurs aisément reconnaissables à leur plumage et au balancement de leur queue quand ils marchent. Ils vivent presque constamment à terre, et se perchent très rarement sur les arbres. Ils quittent Oléron à la fin d’août. Je n'ai pas trouvé l'espèce à l'ile d'Yeu. Le Pipi des prés, comme je l'ai dit, y estau contraire commun, tandis que à Oléron il est peu répandu en été, mais au mois de novembre on en voit beaucoup dans les dunes, et jusque sur les plages et les platins à mer basse.

Au commencement de septembre apparaissent des Bergeronnettes printanières et des Hochequeues grises.

Les Merles noirs sédentaires sont assez nombreux. Ils fréquentent surtout les boqueteaux disséminés dans l'ile et les jardins, Les propriétaires de ces derniers leur reprochent de dévorer les fraises. En automne,il s'en fait un passage important, ainsi que de Merles à plastron, comme à l'ile d'Yeu. :

A partir des premiers jours d'octobre, et quelquefois dès la fin de septembre, après les vendanges, arrivent un grand nombre de Grives (Turdus musicus). Elles se tiennent dans les vignes et viennent le soir se coucher dans les arbres et les taillis. On leur fait à cette époque une chasse très active. Plus tard passent des Draines, des Litornes, des Mauvis (Turdus iliacus).

Quand je suis arrivé, au mois de juillet, il y avait encore peu de Traquets motteux; on en voyait quelquesuns dans les dunes, le long des plages, et sur les tas de pierres des routes. Jusqu'à la mi-août ce nombre ne m'a pas paru beaucoup s’accroitre, il a augmenté dans la seconde qninzaine, et dès le commencement de septembre l'effectif de cette espèce est allé toujours en croissant. Les dunes, les plages, les lieux incultes, étaient peuplés de Traquets. Ils se perchaient sur les pierres, les mottes, tous les endroits élevés. et quelquefois aussi sur des tiges sèches de tamaris, des rejets dénudés d'ormeaux, et même sur des têtes de chardon, ce que j'ai rarement vu faire ailleurs à ces oiseaux.

Les Tariers arrivèrent aussi en septembre. Je constatai le commencement du passage de cette espèce le 28 août.

Parmi les petits chanteurs, j'ai noté la Fauvette des jardins (Sylvia hortensis), la Babillarde ordinaire (Curruca garula), la Babillarde grisette (Curruca cinerea), l'Hypolais ictérine (Hypolas icterina), le Pouillot fitis (Phyllopneuste trochilus). On trouvait ces oiseaux dans les fourrés de tamaris, les bois de pins, les ronciers.

Des Troglodytes (Troglodytes parvulus) circulaient dans les jardins, et autour des piles de büches et de fagots dans les bois de pins. On voit également en septembre des Mésanges charbonnières (Parus major), des Mésanges noires (Parus ater), des Nonnettes (Pæcile communis), quelques Mésanges bleues (Parus cæruleus), et sur la lisière des bois de pins de rares Mésanges huppées (Parus cristatus). Au mois de novembre, on rencontre un peu partout des Rouges-Gorges, ils sont beaucoup moins nombreux dans la belle saison.

Le 3 septembreje vis commencer un passage de Gobemouches, Gobe-mouche noir (Muscicapa nigra) et Butalis gris (Butalis grisola). Ils se sont répandus dans les jardins et les bois de pins.

L’Hirondelle rustique est commune. Elle aime à circuler le long des plages, à la chasse des insectes

aériens, et fait parfois de grandes randonnées au-dessus de la mer. Le Chélidon de fenêtre se montre beaucoup moins nombreux.

Les quelques Martinets que j'ai observés ont disparu lé 12 août. J'en ai encore yu un volant au-dessus de la plage le 16.

On trouve dans l'ile des Engoulevents. Par les soirs d'été, on les voit voler au-dessus des dunes. Le 24 juillet me promenant, à dix heures du matin, dans un bois de pins qui s'étend le long de la plage de Saint-Denis, je vis arriver entre les arbres un Engoulevent. Il se posa maladroitement sur une branche, dans le sens longitudinal, ce qui est habituel à l'espèce. À mon approche il reprit son vol, passa d’une aile incertaine entre les branches et je le perdis de vue dans le bois. A cette heure de la journée, cet oiseau crépusculaire avait dû être dérangé par quelqu'un dans sa cachette, et s'était jeté au milieu des pins pour y chercher un refuge. à l'abri de la lumière éclatante du jour. .

PIGEONS. — En mai et juin passe une assez grande quantité de Tourterelles ; au retour, qui a lieu en septembre, on en voit beaucoup moins. C’est ce qui se produit aussi à l’ile d'Yeu. Quelques-unes devancent cette époque, ainsi j'ai noté sur mon carnet de chasse une Tourterelle le 3 août. deux le 21, trois le 23, mais je le répète, ces oiseaux ont l'habitude d’errer avant le départ définitif.

On tue des Pigeons ramiers et des Colombins, mais le passage est peu abondant. Cependant, dans mes chasses du mois de novembre, j'ai rencontré un certain nombre de Pigeons ramiers.

(A suivre.) MAGAUD D'AUBUSSON.

UNE SÉLAGINELLE HYGROMÉTRIQUE

M. le Dr Planchon publie dans les Annales de la Société d'horticulture de l'Hérault une note intéressante sur une Sélaginelle hygrométrique du Mexique comparée à la vraie Rose de Jéricho, note que nous reproduisons ci-après.

On vend à Montpellier un végétal desséché, sous le nom de Rose de Jéricho ou de Semper viva, qui avait été remarqué par M. Daveau.

En comparant cette plante avec des échantillons d'herbier, MM. le D: Planchon et Daveau ont pu rapporter ce végétal à une Lycopodiacée, la Selaginella lepidophylla, Spring, du Mexique (1). Il est intéressant de fournir quelques renseignements sur cette espèce, qui constitue une véritable curiosité botanique, et de montrer en quoi elle diffère de la vraie Rose de Jéricho.

Parmi les plantes assez nombreuses qui se présentent

. étalées ou refermées, suivant l'état hygrométrique de

l'air, il en est deux qui portent le nom de Rose de Jéricho ou Jérose :

10 La ROSE DE JÉRICHO VRAIE est une Crucifère, l'Anastatiea Hierochumtica L., habitant les régions désertiques de l'Ancien Monde, surtout l'Egypte et la Palestine. — C’est une petite plante, ligneuse bien qu’annuelle, d’une douzaine de centimètres, très rameuse dès la base et qui, après avoir fructifié, perd ses feuilles et se dessèche en recroquevillant ses rameaux, dont l’ensemble forme une sorte de boule. Arrachées et empor-

(1) Cette plante croitrait également en Californie, au Texas, au Pérou et au Brésil.

tées par le vent, ces boules sont récoltées et vendues, car On leur attribue des propriétés étranges, en particulier celle de favoriser l'accouchement. Dans l'eau où dans l’air humide, les rameaux s’étalent de nouveau pour se refermer dès que l’eau s'évapore.

20 LA FAUSSE ROSE DE JÉRICHO est une Composée, l'Asteriscus pymueus,Coss, qui habite les mêmes régions et qui pourrait bien être la vraie Rose de Jéricho des anciens. Ici, ce sont les bractées du petit capitule qui s’abaissent sur le réceptacle dépouillé de ses fruits en le masquant complètement, et qui se redressent et s’écartent à la moindre humidité. Ce mouvement est beaucoup plus rapide que celui de l’Anastatica.

On voit que la plante vendue à Montpellier, n’ayant aucun rapport avec les précédentes, ne mérite en rien sa dénomination ; mais elle n’en est pas moins intéressante à observer. Comme les deux autres elle se laisse imprégner très facilement par l'humidité atmosphérique, et à plus forte raison par l’eau dans laquelle on la plonge, surtout si, comme le recommandent les prospectus, on emploie l’eau bouillante.

À l’état sec, la Sélaginelle a l'aspect d’un petit peloton irrégulièrement arrondi, de 5 à 7 centimètres de haut, sur 9 à 10 de large et 5 à 6 d'épaisseur, dont la base, un peu conique, est un rhizome avec quelques traces de radicelles ; le reste est formé par une masse de lanières étroites, sèches, aplaties, légèrement ramifiées, se dirigeant de bas en haut, puis se recourbant et s’enroulant les unes en face des autres, creusant, par leur involution, une sorte de fente longitudinale au sommet. Ce sont là des frondes, recouvertes complètement par de petites écailles sèches, régulièrement imbriquées (feuilles), donnant l’aspect général d'une petite branche de Thuya. La couleur de la face externe (inférieure) est brun rougeâtre ; la face interne (supérieure) est plus pâle, un peu verdâtre, mais sans laisser supposer qu’elle deviendra d’un vert intense une fois mouillée. L’odeur, qui est celle de la Cannelle, semble être ajoutée artificiellement.

Sous l'influence de l'eau, la plante sèche reprend son aspect primitif. Le meilleur procédé, pour obtenir ce résultat rapidement, est l'emploi de l’eau bouillante que l’on verse au centre de la petite touffe. On peut voir alors la plante s’entr'ouvrir, les frondes s'écarter rapidement, parfois par saccades, laissant voir au centre d’autres frondes plus petites, encore enroulées en crosse; puis peu à peu, de la périphérie au centre et de la base de chaque fronde vers l'extrémité, le déroulement se complète, et le petit peloton sec s’est bientôt transformé en un large disque vert, une belle fougère aplatie. Tout cela peut être obtenu, mais plus lentement, en plongeant la plante entière, ou même le rhizome seul, dans l'eau froide. Dans ce dernier cas, on peut voir l’eau monter peu à peu, par capillarité, de feuille en feuille, le long des branches et imbiber les tissus de proche en proche, par l'extérieur.

Une fois étalée, la Sélaginelle forme une touffe aplatie sans tige, atteignant 25 centimètres de diamètre, constituée par une rosette de frondes vertes foliacées, rayonnant autour d'un point légèrement excentrique, et de plus en plus grandes à mesure qu’on s'éloigne de ce centre. Les branches les plus externes sont généralement mortes et restent brunes. La face supérieure des frondes est vert foncé ; inférieurement l’axe principal et les rameaux sont, au moins sur la ligne médiane, de couleur brun rouge. Tous les tissus sont gonflés, luisants, la plante a tout à fait l'air d'être vivante et le serait en effet d’après plusieurs observateurs : dans de bonnes conditions, ouverte à l’eau froide, elle pourrait, dit-on, pousser de nouvelles frondes. Il y aurait là un véritable phénomène de réviviscence.

En tout cas, si on conserve la Sélaginelle étalée dans

une atmosphère humide, on peut la garder verte, pour | livres, depuis la fin du consulat d’Aufidius Bassus jus-

ainsi dire indéfiniment; si on l'arrose, un drainage est nécessaire pour éviter la pourriture.

Si, au contraire, on abandonne la plante à elle-même, elle va se dessécher à nouveau, et l’on peut observer toutes les phases de l’étalement, mais en sens inverse. Le sommet des frondes s’enroule d'abord, formant des zones concentriques de crosses ; puis les parties externes se redressent de plus -en plus, se rapprochent, se touchent en masquant les petites frondes. La plante se referme et reprend son aspect de repos.

Ce n’est point ici le lieu de donner avec détails lexplication physiologique de ces phénomènes; il me suffira de dire qu'il ne peut évidemment s’agir que d’une action purement mécanique, sans rapport avec la biologie. D'une facon générale, le principe est le suivant : une région d'un organe se laisse facilement imbiber par l’eau tandis qu'une région opposée résiste, grâce à la forme ou à la nature de ses cellules. Donc, quand la dessiccation se produit, la première région diminue de surface et quand l'humidité revient,elle se gonfle à nouveau, devenant successivement concave ou convexe. C’est le cas, par exemple, de la face supérieure des frondes de la Sélaginelle ; c'est le cas aussi pour un bourrelet qui se trouve à la base des bractées de l’Asteriscus. Il faut admettre en outre une aptitude toute particulière des tissus de ces plantes à absorver et à restituer l'eau.

Pour la Sélaginelle, nous avons vu que l’imbibition se fait par l'extérieur de la fronde beaucoup plus vite que par l'intérieur. Il suffit pour le constater, en effet, d'arrêter l'ascension de l’eau par un petit anneau de paraffine autour de la fronde; celle-ci, plongée dans l’eau par sa base, ne se déroule plus au-dessus de cet anneau.

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