LA LARVE
Mulsant, qui en a donné, après Müller, une bonne et jongue description que nous reproduisons plus loin, signale cette larve comme se trouvant au pied des plantes et pour ainsi dire en famille.
Je ne doute pas que le savant et consciencieux entomo. jogiste lyonnais n'ait fidèlement rapporté ce qu'il à été à même de constater, mais, en Ce qui me concerne, dans les environs de Paris où j'ai beaucoup chassé, et où le le mâle du Phosphænus hemipterus est loin d’être une rareté, je n'ai réussi à trouver que deux exemplaires de la larve de cet insecte; encore ne les ai-je rencontrés qu'à de longues années d'intervalle et uniquement la nuit, grâce à leur phosphorescence.
La lumière, en effet, que dégage cette petite larve du Phosphène est très vive et, tout compte fait, proportionnellement plus intense que celle de la larve du Lampyris noctiluca, Lin., malgré que les proportions de son corps soient beaucoup plus réduites.
Il est très probable que la larve que Müller a eue entre les mains appartient, elle aussi, au même type, car il dit à son sujet:
« La larve, vraisemblablement celle du mâle, est environ longue de quatre lignes et à peine large d’une ligne ; elle est, en même temps, étroitement linéaire, cependant légèrement élargie en avant et en arrière; elle est constituée de douze arceaux.... Les mandibules sont dirigées en avant, coriacées, couleur de poix ou roussâtres, fortement incurvées vers leur extrémité, et terminées en pointe très aiguë. Les antennes semblent composées de trois articles : elles sont courtes, épaisses, d’un jaune NE SR AO EE RER
(4) Ceci n’est pas exact; les antennes de la femelle ont leurs articles bien plus grèles que ne le sont ceux du mâle.
blanchâtre, les extrémités des articles sont noirâtres. Les pattes, ainsi que chez les larves analogues, sont courtes, et composées de trois articles, avec un ongle unique à leur extrémité. »
Il m'a paru indispensable de donner ici le dessin de ces deux exemplaires car, ainsi qu'il est aisé d’en faire la remarque, ils sont très sensiblement différents l’un de l’autre.
La larve de la figure 4 a été prise par moi au mois de juin de cette année, par une soirée un peu humide, dans une prailie de Montretout (Seine-et-Oise). Elle se trouvait à terre, immobile, couchée de côté, en pleine phosphorescence et les téguments très distendus, ainsi que je l’ai figurée ici.
Son attitude était celle qu'affectent souvent les larves de coléoptères à téguments chitineux lorsqu'elles ont fait un copieux repas et surtout lorsqu'elles sont sur le PFis-1.- Larve point de subir une mue larvaire ou d’opé- su rer leur métamorphose en nymphe. Pterus.
Un exemplaire, analogue comme taille et comme silhouetfte générale, mais malheureusement épinglé et tout recourbé par suite d’une préparation défectueuse, existe dans la collection Fairmaire au Muséum d'Histoire naturelle de Paris.
La larve de la figure 2 provient de Croissy (Seineet-Oise) où je l'ai capturée en descendant du train, le 5 octobre 1901, à minuit, le long d’une propriété. Il est superflu de rappeler ici que c’est la phosphorescence de cet insecte qui attira mon attention.
Un simple coup d'œil jeté sur ces deux figures permet de se rendre compte de la très grande différence qui existe entre les exemplaires qu’elles représentent (1).
Aussi ne serais-je pas éloigné de croire qu'elles appartiennent à deux sexes différents, celle’ de la figure 2, avec son ampleur beaucoup plus grande et sa tête non visible en dessus, étant probablement une
Fig. > Tu larve de femelle. ve de = Me ke. Au demeurant, la tégumentation de ces miplerus. deux larves et leur couleur d’un noir de
À cirage présentent la plus grande analogie; faisons remarquer à ce sujet que cette tégumentation présente un aspect plus franchement coriacé et chitineux que chez les larves de Lampyris qu'il m'a été donné d'observer. |
J'avais songé à élever la dernière de ces deux larves de Phosphænus hemipterus, mais, n’ayant pu savoir ce que mange l'adulte, je ne voulus pas tenter une expérience d'issue très douteuse, avec un insecte aussi malaisé à découvrir que cette larve.
La rareté, d'ailleurs, m'engage, malgré les deux figures que j'en donne, à rappeler ici, êr extenso, la description de Mulsant.
« Larve. — Corps allongé; planiuscule; garni de poils indistincts; régulièrement pointillé; noir, avec .les côtés du huitième arceau du dos de l’abdomen, d'un
(1) Cette deuxième larve est d’ailleurs de même taille que la première. Il y à eu inexactitude dans le trait de dimension indiqué à côté de cette deuxième larve.
testacé nébuleux ou brunâtre. Téte arrondie en devant, subparallèle dans sa seconde moitié; légèrement en arc dirigé en arrière à la base; ordinairement à peine aussi large à celle-ci qu’elle est longue sur son milieu ; brune. Parties de la bouche d’un flave testacé. Mandibules ordinairement saillantes au delà de la partie antérieure du prothorax, Prothorax arrondi en devant, subparallèle dans sa seconde moitié; légèrement en arc dirigé en arrière, à la base, rayé d’une ligne longitudinale médiane très légère, parfois peu distincte; presque sans rebords; chargé, de chaque côté de celle-ci, d’une ligne élevée ou caréniforme, naissant de chaque tiers externe de la base, longitudinalement avancée presque jusqu’au quart antérieur, et souvent prolongée ensuite en s’affaiblissant graduellement jusqu’au bord antérieur. Méso et métanotum graduellement moins longs; chargés chacun de deux lignes semblables, rayés aussi d’une ligne médiane; émoussés à leur angle postérieur; en ligne droite à leur bord postérieur (1). Dos de l'abdomen de neuf arceaux : les sept premiers subarrondis à leur angle postérieur, en ligne droite au bord postérieur (2), variablement rayés ou légèrement carénés sur la ligne médiane : le huitième un peu élargi, en ligne presque droite de la base jusqu'aux deux tiers, puis rétréci en ligne courbe, tronqué ou plutôt légèrement échancré à l’extrémité: le neuvième arceau court, transverse, tronqué à l'extrémité. Dessous du corps noir ou d’un noir brun avec le huitième arceau ventral d’un blanc sale : celui-ci suivi d'une gaine. Repli du prothorax creusé d’un sillon; sans lame verticale. Antepectus plus long depuis son bord antérieur jusqu’à la base des cuisses de devant, que depuis cette base jusqu’à celle des cuisses intermédiaires. Pieds bruns ou d’un brun noir; composés d’une hanche, d'un trochanter, d’un tibia et d’un ongle aigu, représentant le tarse (3): les hanches intermédiaires contiguës. »
- Ilest très vraisemblable que la larve du Phosphænus Remipterus est carnassière, au même titre que celle du Lampyris noctiluca, mais j'ignore absolument de quoi elle se nourrit, n'en ayant pas été témoin par moi-même et les différents auteurs qui se sont occupés de cet insecte n’y ayant fait aucune allusion.
Quant aux mâles du Phosphène, les seuls, en raison de leur vulgarité sur lesquels j'aie fait quelque expérience, ils se sont obstinément refusés à toucher aux colimacons de petite taille que je leur ai présentés. Or l'on sait qu’en pareil cas, ainsi d’ailleurs que je l’ai rappelé dans mon article sur le Lampyre, les larves du Ver-Luisant commun ont tôt fait d'attaquer et de dévorer.les hélix qui leur sont octroyées.
(A suivre.) LOUIS PLANET.