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COSTUME ET DES ORNEMENTS

« Il est dans la nature de l’homme de s’admirer luimême, et d’attacher une idée de beauté aux traits qui

(4) Non; il suffit de se reporter aux figures pour se rendre compte qu'il n'y a là qu'une exactitude schématique.

:(2) Rectifier avec les figures. <

(3) Le tibia et l'ongle sont roussâtres.et garnis de poils.

caractérisent sa race; dès lors il cherche à exagérer arti” ficiellement ces traits distinctifs », a dit Gratiolet, il y à près de cinquante ans (1). Cet esprit d’exagération existe dans toutes les races. Il guide la coquetterie des peuples les plus sauvages. ;

Les nègres d'Afrique ont les lèvres lippues, la mâchoire proéminente, le nez écrasé, les cheveux en toison. Leurs femmes ont les seins allongés, flasques, semblables à des gourdes. Ces caractères, laideurs pour nous, sont des beautés pour eux; ils se sont ingéniés à les exagérer. Pour augmenter la grosseur de leurs lèvres, les Kassonkès et les Sérères y introduisent des épines qui provoquent uneirritation et à la longue hypertrophie les tissus. Mieux encore, les femmes voloves du. Sénégal sont parvenues à augmenter la proéminence ou pro= gnatisme du maxillaire. « Dès que les premières dents incisives de la jeune fille sont sorties de leurs alvéoles, rapporte Faidherbe, on les enlève avec une pince de forgeron, puis, quandles secondes commencent à pousser, on lescontraint, par une action continuelle des incisives inférieures et de la langue, à prendre une direction en avant. » Afin d'augmenter le volume des seins, les négresses du bord du lac Tanganika les font piquer par des Fourmis. Pour allonger leur mamelon, les Assiniennes de la Guinée sont, d'après Mondière, plus ingénieuses : « Elles prennent des nymphes du myrmyle fornicarius et se font saisir le bout du sein entre les pinces de cet insecte, ce qui amène une augmentation de volume assez rapide. »

Certains nègres ne trouvant pas leur nez assez plat, se l’écrasent davantage. Les Malais, les Kirghizes, les Hottentots, les Namaquas, les Bushmen, les Indiens du Brésil, les Polynésiens de Taïiti suivent la même pratique. Dans son désir d’être belle, la Vénus Hottentote, dont le muséum possède le squelette, en était arrivée à se fracturer les os du nez. À l'inverse, les races à nez mince ne le trouvent pas assez aquilin ; les Persans le développent dans ce sens au moyen de pressions latérales ; pareille coutume existait en France au xrie siècle (2).

Certaines races, naturellement maigres, s’attachent à augmenter cette maigreur : les Javanaises s’amincissent outre mesure en mangeant de la terre argileuse. A l’opposé, en Orient, les femmes, enfermées dans leur harem, ont une tendance naturelle à l’'embonpoint et par suite estiment les beautés très grasses. Dans l'Ouganda et l’'Ounyoro, les femmes mariées atteignent un embonpoint colossal. Chez les Touaregs, elles ingèrent, d’après Duveyrier, de petites quantités d'une plante vénéneuse qui a la propriété d’engraisser les bestiaux.

On rapprochera des déformations précédentes celles dues au désir de montrer qu’on n’est pas astreint au travail manuel. En Annam et en Chine, les mandarins et les lettrés laissent pousser leurs ongles qu'ils enferment dans des étuis. Même coutume existe en Polynésie, à Sumatra, et dans certaines parties de l'Afrique.

Les Chinois, rapporte Ploss (das Weib,p.62),quiavaient le pied naturellement petit parmi les races mongoles, ont voulu le rendre encore plus petit chez leurs femmes. Pour plaire à leurs maris, celles-ci l'ont déformé. « La Chinoise ne se croit belle, dit Malte-Brun (Géographie

(1) Bulletins de la Société d'anthropologie, 1860,. pages 555-556. ; (2) Josse, Déformations craniennes, page 47.

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universelle, t. IIT, p. 300), qu'autant qu’elle a les yeux bridés, les lèvres un peu gonflées, les cheveux lisses et d’un noir d'ébène, et les pieds d’une petitesse extrême. »

Dans les pays où l'on mâche le bétel, celui-ci noircit les dents. Aussi est-ce devenu une distinction d’avoir des dents noires. Dans toute la Malaisie, on se laque les dents. Une Javanaise regarde avec mépris les dents blanches des Européennes qui, dit-elle, ressemblent à des « dents de chien ».

L'esprit d’exagération qui pousse l’homme à se déformer et à se mutiler le porte aussi à augmenter le volume et le poids de ses ornements. Chez les femmes bougos du Haut-Nil, les bracelets arrivent à peser 25 kilos; chez les femmes battaks de Sumatra, les boucles d'oreilles pèsent jusqu’à unelivre et demie, parfois deux livres et ont une longueur de douze centimètres. Les femmes indoues en portent de si pesantes qu’elles doivent les retenir par des chaînes longeant le front et les tempes. Le poids des boucles a amené l’agrandissement et l’hypertrophie du lobule de l'oreille, La mode aidant, cette mutilation est devenue une coquetterie; les Orientaux l'ont créée intentionnellement et sont arrivés à obtenir un lobule qui tombe sur l'épaule. Les statues de Bouddha sont ainsi représentées.

Certains peuples ont introduit un ornement dans l'épaisseur des lèvres. Cet ornement ou botoque est devenu si volumineux qu'il a agrandi la lèvre supérieure au point de la rendre horizontale. La femme magandja d'Afrique, quand elle rit, voit cet anneau s'élever au point d'atteindre les yeux. Chez les Aléoutiens, cet ornement devient si large qu'il arrive à cacher la face. Les Botocudos agrandissent le trou où passe le disque à tel point, que, celui-ci enlevé, ils peuvent passer la langue par cette seconde bouche. Les négresses Mittuhs ont une botoque sur chaque lèvre; aussi leurs discussions provoquent-elles un claquement pareil à celui d'un bec de Cigogne et elles doivent, pour boire, relever la lèvre supérieure avec les doigts.

La coiffure peut s’exagérer en un édifice hors de proportion avec le format du possesseur. Aux iles Viti, elle atteint 1 m. 50 de circonférence, donnant au sauvage l'aspect d'un énorme champignon. D’autres fois elle s’arrondit en casque ou se hausse en tour. En France, sous Louis XVI, la coiffure des femmes s'élevait assez pour y rendre possible l'introduction de volumineux ornements, voire de petites frégates en miniature. Comme les civilisées, les négresses de l’Oubanghi savent augmenter le volume de leur chevelure : elles y entremêlent dés paquets de ficelles.

Nous serons tentés de nous moquer des sauvages. En réalité notre mentalité est la même, et, dans notre costume, nous obéissons aux mêmes tendances exagératives. Ainsi, au moyen âge, les souliers allongèrent lentement leur pointe; ils recurent, vers le milieu du xine siècle, le nom de poulaines. A la fin du xive siècle, ils atteignent une telle longueur qu’on les attache aux genoux pour ne pas être incommodé dans la marche. Vers 1420, ils se raccourcissent brusquement, et, à la fin du xve siècle, ils se terminent carrément en forme de pelle.

Pendant tout le xve siècle, la chemise dépassait le vêtement en formant une légère collerette. Cette collerette augmente par la suite, elle forme une fraise d’abord minime. Elle devient énorme après la mort de Fran-

çois Ier et ressemble à un plateau sur lequel on aurait

posé la tête. C’est seulement à la fin du règne de Henri IV que la fraise fut remplacée par des cols rabattus. En France, vers 1840 et jusqu’en 1852, les grandes toilettes exigeaient des robes bouffantes au moyen de jupes fortement empesées et on mettait un pouf. Puis la crinoline apparut en 1853. D’abord modeste, elle n’atteignit toute son ampleur qu’en 1857. Elle persista jusqu’en 1867. De 1867 à 1870 elle disparut rapidement, ne laissant plus qu'un pouf qui eut des alternatives multiples et disparut après 1880.

L'exagération règne toujours en maitresse dans la mode féminine. Actuellement les femmes s'emprisonnent le cou dans des cols hauts et, après avoir serré leur corset à la taille, elles le serrent au bas-ventre.

On peut comparer l’évolution du costume à celle d’un organe à travers la série animale. Comme lui, il a une période d'augmentation et atteint un maximum, puis arrive la décadence. Mieux encore, un vêtement peut persister à l’état vestigiaire. Tel un organe devenu inutile s'atrophie, mais persiste encore dans l’économie : l'appendice iléo-cæcal 'subsiste parce qu'autrefois il a été utile. De même la bande de fourrures, portée encore de nos jours par les professeurs dans les cérémonies, est,nous dit Viollet-le-Duc,le vestige de l’aumusse, sorte de capuchon usité vers le xrve siècle.

On peut aller plus loin encore dans ces comparaisons biologiques. Suivez l'évolution dans la série animale des ornements sexuels; d'abord petits, ils augmentent par sélection, car ils proviennent du désir de plaire. Les animaux les mieux doués sous ce rapport triomphent ; aussi, ces ornements en arrivent-ils à être génants, voire dangereux, comme la superbe queue de l'oiseau lyre, du paon, les andouillers du cerf.

De même l’homme se pare au point de se déformer. La seule différence, mais elle est capitale, est que l'ornement, en tant qu'exagération biologique, fait partie intrinsèque de l’animal, tandis que, dans l'exagération sociale, il n’est que surajouté à l’homme.

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