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De l'influence du temps sur l'activité antiviralente des humeurs des animaux vaccinés et de l’immunité relative des tissus. Note de M. L. Camus, présentée par M. Boucuaror.

L'état bactéricide des humeurs ne s'égalise pas avec le temps; celles qui sont très bactéricides après la vaccination peuvent conserver cette propriété; celles qui sont inactives ou peu actives ne deviennent pas plus actives. L’immunité humorale semble conditionner l’immunité des tissus; ceux-ci sont d'autant plus réceptifs pour le virus que l'humeur qui les baigne est moins bactéricide. Si l’on modifie l'ambiance d’un organe en faisant agir sur lui un sérum très bactéricide, il acquiert une immunité passive à laquelle ne participe pas le reste de l’organisme.

Influence d’un séjour prolongé à une très haute altitude sur la température animale et la viscosité du saug. Note de M. Raouz Bayeux, présentée par M. Bou- CHARD.

* De longues expériences étant impraticables dans l'Observatoire du sommet du Mont Blanc, glacial, humide et envahi par la neige, l’auteur a choisi, pour ses recherches, le solide ét confortable Observatoire des Bosses, que son fondateur, M.J. Vallot, directeur de la Société du Mont Blanc, a mis à sa disposition en même temps que les ressources de cette société. Comme sujets d’expérimentalion, l’auteur a choisi à Chamonix cinq lapins de même âge et de même souche ; quatre d’entre eux ont séjourné aux Bosses, le cinquième a servi de témoin. Tous ont reçu la même nourriture et tous ont été ensuite étudiés comparativement dans le laboratoire de M. Vallot, à Chamonix.

: Ces expériences ont duré, en tout, vingt-deux jours.

Température corporelle à l'ullitude. — La température rectale de tousles lapins transportés aû Mont Blanc s’est abaissée au-dessous de la normale pendant leur séjour à l'Observatoire. Chacun d’eux a ainsi atteint un minimum thermique différent de celui des autres lapins par son amplitude et son époque d’apparition : la dépression manométrique, due à l'altitude, a donc été la cause efficiente de cette hypothermie qui a elle-même coïncidé, pour chaque animal, avec de graves phénomènes morbides.

Par contre, la descéfite à Chamonix a été suivie d'une hyperthermie qui a duré plusieurs jours avant de revenir à la normale.

Viscosité du sang. — Le sang deslapins a été puisé dans le cœur : la viscosité du sangaugmente momentanément à la haute altitude et redescend lentement vers la normale; le retour à l'altitude plus bä$se provoque une nouvelle augmentation, plus forte que la prémière; la récupération de la viscosité normale se fait ensuité progressivement, maïs plus lentement que la température.

- En résumé, la température animale et la viscosité du sang subissent, sous l’influence passagère de la haute altitude, des perturbations qui sont proportionnelles à la durée du séjour.

CRÉATION D'UNE CAISSE POUR L'ACHAT DE MONUMENTS ET GISEMENTS) PRÉHISTORIQUES

La Commission des Monuments préhistoriques du ministère de l’Instruction publique ne pouvant pas réussir à faire classer les nombreux monuments mégalithiques, qui sont chaque jour signalés par les membres de la Société Préhistorique de France, il y a lieu, pour la S. P. D. F., de procéder elle-même, et de suite, à la Conservation des monuments qu'elle reconnaît devoir être protégés.

Or, le meilleur protecteur d’une chose en est, sans contredit, le propriétaire. Si la Société pouvait devenir propriétaire des monuments soit par acquisition directe, soit autrement, il lui serait facile d'en assurer la conservation.

En conséquence, M. Ed. Hue, ayant proposé à la Société Préhistorique de France de soumettre cette question à la délibération de son Conseil, les dispositions

suivantes ont-été votées à l'unanimité par le Conseil! d'administration :

1° La S.P. D. F. décide l'acquisition des monuments mégalithiques et des gisements préhistoriques qui lui parattront dignes d'être acquis afin d'en assurer la conservation.

20 Une Caisse est ouverte à cet effet sous la dénomination de Caisse d’acquisition des monuments et gisements préhistoriques.

3° Un appel est fait à foutes les personnes soucieuses de la conservation de ces monuments, en les invitant à les acquérir de suite, pour la Société Préhistorique de France.

4° Une pierre portant l'inscription :

Propriété de la Société Préhistorique de France

« Monument mis sous la sauvegarde des citoyens », sera placée à côté de chaque monument.

5o Au-dessous de cette mention, sera inscrit, si possible, le nom du monument, celui de l'acheteur, et les indicalions géographiques indispensables.

Les bonnes volontés ne demandent qu’à être dirigées ; et les généreux donateurs ne faisant pas défaut d'autre part, la Société Préhistorique de France, s'étant déjà engagée dans cette voie et étant devenue propriétaire de plusieurs monuments, devait continuer son œuvre sans, hésitation.

Aussi cette proposition a-t-elle été votée à l'unanimité.

Cette initiative de la Société Préhistorique de France sera certainement pour elle son plus beau titre d'Utilité nationale.

REVUE SCIENTIFIQUE

La mémoire d'un ver. — La nutrition d'une mouche piqueuse de sang. — Action du venin des serpents venimeux sur les différentes espèces animales. |

Un ver peu banal c’est celui que les naturalistes ont nommé Convolute. Il est fort commun et tous ceux qui passent leurs vacances à la mer l'ont certainement vu sans s’en douter. Lorsque le flot s’est retiré, 1l est fréquent de voir la surface du sable ou les filets d’eau qui la sillonnent présenter une teinte verte uniforme que l'on croit généralement due à des algues. Il n’en est rien et si, du bout du doigt, on prélève une petite partie de cette matière verte, on voit courir, à la surface de l’épiderme, de tout petits vers plats, ayant une teinte verte uniforme : ce sont les Convolutes, dont les zoologistes se sont beaucoup occupés dans ces derniers temps, notamment MM. Gamble, Keeble, Bohn, Martin.

Les Convolutes présentent en effet le curieux instinct de présenter des oscillations correspondant aux marées, c'est-à-dire aux oscillations de la mer, et cela aussi bien en aquarium, que dans la nature. Elles apparaissent deux heures trente minutes environ après la mer haute, puis disparaissent dans le sable deux heures trente minutes environ avant la mer haute. Il est évident que cette oscillation verticale est très avantageuse pour elles; si elles ne se cachaient pas au moment du flot, elles risqueraient d'être entrainées au loin et de ne plus pouvoir trouver un endroit favorable à leur existence.

Que cela se passe dans la nature, la chose n'est pas autrement surprenante, car il n'est pas bien difficile d'imaginer que les Convolutes sont prévenues de l’état de la marée par différents symptômes, bruit de la mér; infiltrations d'eau dans le sable, etc. Mais ce qu’il y a de

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curieux, c’est que le même phénomène se manifeste en | diatement dès qu'elles sont en contact avec la peau de

aquarium, c'est-à-dire en un endroit où les Convolutes ne sont pas soumises aux influences directes de la marée. Elles descendent et elles montent comme si le flot allait arriver ou se retirer. Chose plus curieuse encore, elles présentent tous les jours dans leur manière de faire un retard d’une heure environ, tout à fait comme la marée elle-même. De sorte que, même transportées, par exemple de Roscoff à Paris, elles continuent à suivre les oscillations du flot de la côte bretonne! Elles ont non seulement la mémoire de la dernière marée, mais elles savent encore l'adapter aux conditions qui se manifestent cependant loin d’elles. Cette mémoire, d’ailleurs, ne dure pas éternellement; en aquarium, les oscillations ne sont synchrones aux marées que durant quelques jours; ensuite, elles deviennent irrégulières, puis finissent par disparaître : à ce moment, le ver a perdu la mémoire et s’est adapté à son nouveau milieu.

D’après ce que nous venons de dire de ce qu'on pourrait appeler les facultés mentales des Convolutes, on pourrait croire que celles-ci présentent une organisation générale assez compliquée : il n’en est rien, car elles sont d’une simplicité extraordinaire. Non seulement leur système nerveux est réduit à des filets fort petits, mais encore leur tube digestif est complètement absent: les Convolutes ne mangent jamais et ne se nourrissent que par osmose au travers de leur peau.

Chose également curieuse, le corps des Convolutes est littéralement bourré de corps arrondis, verts, que l'on a reconnu être des algues; c'est d’ailleurs à elles seules qu’elles doivent leur teinte verte. Loin d’être incommodées par ces organismes, les Convolutes en tirent grand profit : les algues, grâce à leur chlorophylle, assimilent le carbone du gaz carbonique et en passent certainement une partie au ver dont elles sont les hôtes; de sorte, qu’en réalité, Ja Convolute se nourrit aux dépens de ses propres parasites,

Quand je vous disais que c’est un animal singulier!

M. Emile Roubaud vient de publier une importante étude relative à un diptère, la Glossina palpalis, qui vit en Afrique et dont l'intérêt est très grand puisque c’est elle qui transmet la maladie du sommeil. Nous n’en retiendrons ici que ce qui est relatif à la nutrition.

Les Glossines vivent du sang qu'elles aspirent en piquant la peau, mais non de celui qui leur est offert en dehors del’organisme.On peutdire,enprincipe, que tousles vertébrés peuvent leur servir de proie. En captivité, on peut les nourrir avec des Lézards, des Caméléons, des Poissons des genres Periophthalmus et Silure, des Craz pauds, des Grenouilles, de jeunes Crocodiles, de petits Lémuriens nocturnes. Dans la nature, cependant, leurs atteintes se limitent aux êtres de grande taille et d'accès facile, notamment au gros gibier. Aussi, à proximité des sentiers frayés par les Hippopotames, les Buïlles, les Eléphants, les Antilopes, les mouches pullulent. Il en est de même au voisinage des grandes agglomérations humaines.

La Glossina est exclusivement diurne et pique dès.

qu’elle apparait. Elle semble préférer la peau noire à la peau blanche. Il est aussi facile de constater que la couleur des vêtements exerce sur elle une certaine influence. Les personnes vêtues de costumes blancs ou de couleur claire échappent plus facilement à ses atteintes que celles qui portent des vêtements sombres. La mouche se porte plus volontiers aux pieds et sur les jambes nues des indigènes que sur leur torse; elle passe d’une jambe à l’autre par les brusques crochets qui lui sont familiers et que connaissent tous ceux qui ont eu l'occasion de l’observer dans la nature. ;

Lorsqu’elles sont affamées, les Glossines piquentimmé-

leur victime. Elles ne choisissent point la place et font pénétrer d’abord leur trompe, en s’acharnant au même point avant d'en rechercher un autre plus favorable; leur voracité est extrême. :

La durée de la succion varie suivant l'abondance du sang dans l'endroit piqué et aussi suivant l’état physiologique des mouches. Souvent, en moins d’une demi-minute, la mouche est gorgée à éclater et s'envole les ailes alourdies. D’autres fois le repas peut durer plus d'un quart d'heure, Au cours d’un seul repas, la mouche peut ingérer plus de deux fois son poids de sang frais.

Le sang absorbé ne subsiste dans la trompe que pendant quelques minutes. Après un quart d'heure il est exceptionnel d’en rencontrer quelques traces. Dans l'intestin antérieur et la portion stomacale de l'intestin moyen les globules se maintiennent, pendant les premières heures qui suivent la préhension du liquide sanguin, sans altération prononcée. Leur contour reste régulier; toutefois, très rapidement, la masse entière du sang rouge s’épaissit et devient visqueuse. En même temps et souvent moins d’une heure après leur repas, les mouches expulsent par l'anus non plus des matières fécales de couleur grise, comme elles en abandonnent au cours même de la préhension du sang, quand leur tube digéesüf se trouve complètement rempli, mais un liquide absolument limpide et incolore. Il y a donc utilisation immédiate des parties non figurées du sang, sans doute absorption du plasma et rejet de la majeure partie de l’eau. Au bout de vingt-quatre heures, dans les conditions normales du laboratoire, on ne trouve plus qu’une faible quantité de sang dans l'intestin moven. Les globules sont encore très reconnaissables, mais la masse est absolument visqueuse; l'intestin antérieur!est vide. Exceptionnellement cependant, on peut retrouver des traces de globules dans le jabot.

La région postérieure de l'intestin moyen se montre:

déjà, au bout de vingt-quatre heures, remplie par un liquide peu consistant d’une couleur brun verdâtre, qui

paraît noir en certaine épaisseur, On n’y rencontre plus

trace de globules sanguins, ou très peu, mais souvent des globules de graisse. Ce liquide est intéressant à mentionner, car il constituele lieu d'élection où se multiplient les trypanosomes, c'est-à-dire les protozoaires qui produisent la maladie du sommeil.

Après quarante-huit heures, on ne trouve plus trace de sangrouge nide globules nondigérés dansl’intestin moyen. Seule subsiste encore une quantité plus ou moins considérable du liquide noir, dont la totalité ne tardera pas à être absorbée par l’insecte.

Au cours d’une conférence sur les serpents venimeux, M. A. Calmette a donné quelques détails en général peu connus sur leur venin et leur action sur divers animaux.

Tous les mammifères présentent les mêmes symptomes après l’inoculation de doses mortelles de venin. Les oiseaux également; mais, chez eux, la période asphyxique est beaucoup plus longue, probablement à cause des réserves d’air accumulées dans leurs sacs aériens et leurs canaux osseux. Ils bâillent comme des pigeons qu'on étouffe, reposent la pointe de leur bec sur le sol et ont fréquemment des spasmes convulsifs du pharynx accompagnés de battements d’ailes.

Les Grenouilles, grâce à leur respiration cutanée, succombent très lentement. On en voit survivre trente heures à l’inoculation d’une quantité de venin qui tue un Lapin par injection sous-cutanée en dix minutes.

Les Lézards et les Caméléons succombert très rapidement. Les Couleuvres et les Serpents non venimeux en général supportent des doses de venin assez élevées proportionnellement à leur poids, mais ils ne possèdent

aucune immunité véritable.Seuls les Serpents venimeux sont insensibles à des doses énormes de leur propre venin. Mais ils peuvent fort bien être intoxiqués par des Serpents d'espèces très différentes. Des fortes doses de venin de Crotale ou de Bothrops tuent les Cobras où les

Bungares ; et, lorsqu'on réunit plusieurs reptiles veni- |

meux dans les mêmes cages, on les voit assez souvent se donner la mort les uns aux autres à la suite de morsures répétées. Les poissons, particulièrement sensibles au venin des serpents de mer, succombent facilement à l’inoculation d’autres venins, tels que celui du Cobra.

Il est très difficile de préciser, même avec une large approximation, la dose de venin nécessaire pour tuer l'homme. La quantité de poison introduite dans une morsure dépend d’une foule de facteurs, et, fort heureusement, cette quantité n'est pas toujours suffisante pour entrainer la mort, puisque, dans l'Inde, c’est-à-dire dans la région du globe où les reptiles sont le plus nombreux et le plus dangereux, puisqu'ils y font chaque année de 25 à 30.000 victimes, la mortalité moyenne ne semble guère dépasser 35 p.100, autant qu'on en puisse juger d'après les statistiques officielles.

Mais, par l’expérimentation sur les animaux, en partant des doses connues de venin d’abord desséché, puis redissous dans une quantité toujours la même d’eau salée physiologique ou d’eau distillée stérile, on peut déterminer exactement, pour chaque sorte de venin el pour chaque espèce animale, la dose minima mortelle, par kilogramme d'animal. Les données recueillies sur cette question montrent que la sensibilité respective du Chien, du Lapin et du Cobaye, par exemple, à l'égard d'un même venin, n’est nullement proportionnelle au poids de ces animaux. Ces espèces sont, à poids égal, plus ou moins résistantes à l'intoxication, et, si l’on expérimente avec d’autres animaux, tels que le Singe, le Porc, l’Ane et le Cheval, on constate que le Singe est beaucoup plus facilement intoxiqué que le Chien, que l’Ane est extrêmement sensible, tandis que le Cheval l'est très peu, et que le Porc est, de beaucoup, le plus résistant. Un même poids de venin sec de Cobra, 1 gramme, permettra de tuer 4.000 kilogrammes de Lapin, 150 kilogrammes de Chien, 5.000 kilogrammes de Cobaye, 1.500 kilogrammes de Rat et 500 kilogrammes de Souris. Cette notion de l’inégale sensibilité des différentes espèces animales au venin est extrêmement importante.

Un autre fait est à retenir; les venins d'une même espèce de Serpents et le venin d’un même Serpent, recueillis à différentes reprises. présentent des différences souvent considérables de toxicité. M. Calmette a trouvé, par exemple, que chez des Cobras et des Bothrops élevés dans son laboratoire, suivant la durée des périodes de jeûne subies par ces animaux, et suivant l’époque plus ou moins voisine de leur mue, le venin était plus ou moins actif et qu'il laissait par évaporation une quantité d'extrait sec plus ou moins considérable. Dans certains cas, aussitôt après la mue et après un jeûne prolongé, le venin était dix fois plus actif qu'après un repas copieux ou qu'avant la mue, Pour ce qui concerne le venin de Cobra, on peut dire, d’une facon générale, qu’il en faut, en partant du venin sec, en moyenne 0 gr. 00005 pour tuer une Souris, 0 gr. 0001 pour tuer un Rat, 0 gr. 0002 pour le Cobaye, 0 gr. 0005 par kilogramme pour le Lapin et O0 gr. 0008 par kilogramme pour le Chien. Les doses de venin de Vipère d'Europe, mortelles pour chacun de ces animaux, sont à peu près six fois plus fortes.

cr HENRI COUPIN.

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