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LE MALE

A l'opposé de la femelle, qui est toujours fort rare, le mâle du Phosphène commun se rencontre fréquemment dès les premiers beaux jours et devient même assez abondant en mai, juin et juillet. On le trouve habituellement errant, se trainant sur le sol, ou bien grimpant le long des murs ou des talus, de préférence dans les localités sablonneuses et ensoleillées. Ce n'est cependant pas à la visite du soleil qu'il se trouve mais bien aux endroits que le soleil a réchauffés par sa présence.

Je dis «se trainant », car sa démarche a quelque chose d'un peu rampant, assez analogue à ce qui s’observe chez les Staphylinides ou les Forficulides. De plus, ce mäle du Phosphène balance continuellement en marchant ses longues antennes, comme s’il lui était indispensable de se livrer à un très grand effort d'ouie et d’odorat pour découvrir sa femelle. Ces différentes particularités sont de telle nature qu’elles frappent immanquablement l'observateur, et je vois que Müller et Mul-

(4) Voirle Naluraliste, n° 539.

sant n’ont pas omis de les signaler: « Quand il se met « en quête, dit Mulsant, il parcourt avec une certaine « vivacité l’espace de quelques pouces de terrain, puis il « grimpe sur les petites mottes de terre ou autres par- « ties saillantes qui se rencontrent sur sa route, relève « sa tête et fait mouvoir ses antennes comme pour de- « mander à son odorat de le guider dans sa marche « aventureuse, puis se met de nouveau en mouvement, « avec sa vivacité première. »

Il ne me paraît pas nécessaire d'entreprendre ici une description détaillée de ce mâle du Phosphænus hemipterus, la figure très grandie que j'en donne d'après nature devant suffire (fig. 1).

Je me contenterai d'appeler l’attention sur les élytres, qui sont courtes, ovalaires et déhiscentes, et sur la longueur des antennes, lesquelles sont en outre assez épaisses, surtout en leur milieu. La coloration générale du corps est d’un brun de poix presque noir ; seuls les deux derniers arceaux sont plus ou moins partiellement d’un jaune brunâtre.

La conformation du dernier, qui est très caractéristique, a été fort bien dépeinte par Mulsant.

« Le Pygidiwm,dit-il,est Fig. 1. — Phosphænus hemipéchancré en forme d’acco- terus (mâle).

gade, avec les angles postérieurs plus prolongés en arrière que le reste. »

La coloration du dessous du corps correspond à celle de la partie supérieure; quant à la phosphorescence, elle prend naissance en deux points lumineux situés sur le pénultième segment abdominal et elle s’étend à toute la portion de ces segments qui est jaunâtre.

Les différentes parties du corps du Phosphène, et spécialement les arceaux de l'abdomen, conservent presque toujours après elles des granules de sable ou des corpuscules étrangers, ce qui tient à la nature de leur tégumentation. Vus à l’œil nu, en effet, ces arceaux apparaissent déjà comme feutrés et semés de longs poils couchés, mais lorsque l’on procède à leur examen avec un assez fort grossissement, on s’aperçoit qu'ils présentent de nombreuses et fortes saillies irrégulièrement crénelées entre lesquelles se voient des impressions ou fovéoles. au fond de chacune desquelles prend naissance un long crin couché, d’un blanc jaunâtre. Les pattes, surtout à leur côté externe, Sont munies de poils formant brosse ; les tarses sont densément armés de poils et de très longs crins; les griffes de l'Onychium sont courtes, fortement arquées et très élargies à leur point d'attache avec l’article duquel elles prennent naissarce ; leur coloration est d’un blanc jaunûâtre.

Tel que nous venons de le voir, ce petit coléoptère est à la merci du moindre événement. /

Aussi, indépendamment de ses proportions minimes et de l’insignifiance de son aspect extérieur, la Providence, devant qui nul ni rien n’est en oubli, a-t-elle réservé à ce chétif insecte la ressource suprême des déshérités, celle qui consiste à mettre le sceau à son \ propre effacement en faisant le mort :

«Aussitôt, dit Müller, que l'on s'approche de cet insecte et que l’on veut le saisir avec les doigts, il se laisse tomber tout à coup, incline son corselet en avant, rentre sa tête en arrière, en dessous de cette partie thoracique, et se raïdit, les élytres et les pattes accolées le long du corps. Il reste dans cette position, ainsi que les espèces du genre Lycus ont coutume de le faire, durant une demi-minute ou même plus longtemps, sans faire aucune espèce de mouvement et comme mort. »

Müller aurait pu ajouter qu’en pareil cas le Phosphène contracte également les arceaux de son abdomen en les reployant en dessous.

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