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LE QUATERNAIRE DE BOULOGNE-BILLANCOURT

Parmi les localités des environs immédiats de Paris, aucune n'est mieux placée pour l'étude du terrain quaternaire que celle de Boulogne-Billancourt. Touchant d’un côté à Paris et ayant pour bornes, dans les trois quarts de sa périphérie, la boucle de la Seine, elle est formée entièrement par le terrain spécial appelé diluvium, dérivant du mot déluge et qui montre bien sa formation par des alluvions.

Beaucoup de carrières pour l'exploitation de ce diluvium sont ouvertes à Boulogne; elles sont exploitées pour le sable et aussi pour les cailloux roulés de toutes dimen-

‘ sions qui sont utilisés pour l’empierrement des routes. Si nous pénétrons dans une de ces carrières, nous voyons d’abord à la surface la terre végétale, puis un limon rougeâtre, d'épaisseur assez grande, qui pénètre par poches dans la couche inférieure ; puis des sables et graviers forment des lits entremélés, les matériaux les

plus fins étant situés à la partie supérieure, bien qu'il n’y ait pas, à proprement parler, de stratification, les matériaux les plus gros étant en général à la partie inférieure. Les sables et graviers ont une couleur jaunâtre.

Si nous examinons de plus près les roches formant le diluvium, nous verrons que bien que le fond de la composition soit un élément siliceux, nous trouvons toute une série de roches cristallines et de roches diverses, Les roches cristallines sont: le granit, les porphyres, la syénite, le gneiss, et même Ice basalte ; toutes ces roches en fragments plus ou moins arrondis. On trouve en outre des silex provenant de la craie, du grès provenant des sables de Fontainebleau, de l'argile et de la marne. En effet, nous avons là sous les yeux toute une collection d'échantillons des terrains que la Seine a traversés. Elle a entrainé par son courant des fragments

de terrains formant son lit et les a déposés quand son courant a été plus calme. Les roches cristallines ont effectué un assez long trajet, car elles proviennent toutes du Morvan, les roches sédimentaires proviennent du tertiaire parisien.

Les roches cristallines ont pu effectuer ce trajet sans trop de pertes de volume, car elles sont assez résistantes à l’usure; il n’est pas rare de rencontrer dans les car-

rières du diluvium des blocs de granit ayant plus d’un

mètre cube.

Comment s’est formé le terrain qui nous intéresse actuellement? Bien des théories ont été admises pour la formation de ce terrain, se fondant toutes sur des phénomènes ayant une force considérable, capable de charrier les matériaux du diluvium. Ces théories sont au nombre de trois : théorie fluviaire, théorie glaciaire et théorie marine.

La théorie fluviaire a eu pour apôtre Belgrand, qui voyait dans la vallée de la Seine actuelle un fleuve beaucoup plus large et beaucoup plus violent, capable de transporter les matériaux du diluvium. Il donnait comme moyen d'alimentation de ce fleuve gigantesque un régime climatologique caractérisé par des pluies abondantes et d'une très grande violence, ce qui a fait donner à cette période le nom de période pluviaire.

La découverte dans le diluvium de cailloux portant des stries analogues à celles qui ont marqué leurs empreintes sur les cailloux des glaciers a cru faire reconnaître au terrain qui nous occupe une origine glaciaire. Un immense glacier se serait étendu sur la vallée de la Seine et les cailloux du diluvium seraient le résultat du départ des moraines après la fusion des glaces. Mais la découverte en d’autres lieux de cailloux striés qui n’ont point d’origine glaciaire certaine, par exemple les fragments de roches striés trouvés au milieu des roches granitiques, montrent qu'il n'y a là qu'un phénomène mécanique. Les cailloux striés du diluvium ont la mêine origine, c’est dans le brassage et les frottements successifs que les cailloux du diluvium ont acquis ces. stries qui les font ressembler aux cailloux glaciaires.

La troisième théorie, ou théorie marine, aété émise par Hébert, le savant géologue. Il disait que la mer,soumise à de violents mouvements, avait recouvert tout le nord de la France et serait rentrée après dans son lit primitif en laissant déposer sur le sol le produit de la démolition qu’elle aurait accomplie. Cette théorie a pour principal obstacle, comme nous le verrons plus loin, l’absence de tout fossile marin dans le diluvium et, au contraire, la présence de fossiles d’eau douce, de débris de mammifères et de l’homme préhistorique.

On peut envisager la formation du diluvium d’une facon beaucoup plus simple et compatible avec le régime actuel de la Seine. Il faut d’abord considérer que la Seine, par son courant durant les crues, peut transporter des matériaux beaucoup plus lourds qu’on ne le supposerait àpremière vue, Des ponts, des quais, ont souvent été démolis et les matériaux emportés par le fleuve, le volume des blocs entrainés dépassant souvent un mètre cube. On a remarqué en outre qu'un fleuve, dans ses méandres, use sa rive concave et apporte des matériaux à sa rive convexe, il se déplace donc en creusant son lit, et ces matériaux déplacés, transportés, roulés et déposés constituent le diluvium. En effet, la Seine s’est promenée durant les temps géologiques à travers Boulogne-

Billancourt pour aller butter à l'heure actuelle sur la falaise de craie de Meudon, elle a déposé pendant ce laps de temps le diluvium qui forme le territoire de cette commune. Donc, en examinant le régime de la Seine actuel, nous pouvons parfaitement expliquer la formation du diluvium. Il ne faut pas croire que les phénomènes violents ont beaucoup agi en géologie. Aux grandes révolutions du globe de Cuvier, on oppose à présent l’action lente des phénomènes actuels et le temps ; c’est la théorie de mon honoré maitre, M. le professeur Stanislas Meunier.

Les fossiles que l’on rencontre dans le diluvium de Boulogne-Billancourt sont des coquilles terrestres ou d'eau douce : Helix, Lymnées, Plunerbes, Bythinies ; elles ont été étudiées spécialement par Ch. d'Orbigny et Bourguignat qui ont conclu de leur étude qu’à l’époque où elles vivaient, le climat était froid et humide et le sol recouvert de magnifiques forêts, ce qui est confirmé par l'étude des restes d’autres animaux fossiles.

Je ne crois pas qu'on ait retrouvé des restes de mammifères dans les carrières de Boulogne-Billancourt,mais, avec l’analogie des formations équivalentes, nous pouvons nous figurer la faune qui existait à l’époque de leur dépôt, contemporain des sablières de Montreuil, dont la faune a été déterminée par Belgrand. Il y avait là : descarnassiers, Hyæna Spælea ; des pachydermes, le Mammouth, Elephas primigenius; des Rhinocéros ; un Hippopotame, Hippopotamus major;le Sanglier, Sus scrofa; des Chevaux et des Ruminants tels que le Bison, Bison Europœus et plusieurs espèces de Cerfs. Toute cette faune démontre bien un climat humide et l’existence de grandes forêts et de vastes pâturages, pour nourrir tous ces herbivores ;le Mammouth avec sa peau recouverte de poils et le Bison avec sa laine épaisse témoignent de l’äpreté du climat.

Tous ces animaux étaient contemporains de l’homme qui se nourrissait de leur chair et employait leur peau à faire son vêtement. Les armes de l’homme quaternaire contemporain du diluvium de Boulogne-Billancourt ne sont pas rares dans la vallée de la Seine;le musée préhistorique de Saint-Germain-en-Laye en renferme de nombreux spécimens. Les débris de l’homme contemporain des alluvions sont assez rares ; cependant, à côté des crânes de Clichy et de Grenelle, le Muséum d'Histoire naturelle possède le squelette complet d'un homme préhistorique découvert à Pantin. Si nous voulons connaîtrela race humaine qui habitait notre région à l’époque préhistorique, nous pouvons nous en rapporter aux études faites par le regretté Dr Hamy sur les ossements de Grenelle. Nous avons affaire à une race dolichocéphale c’est-à-dire à crâne de forme allongée et de graude taille ; le fémur de l'homme de Grenelle indique un sujet de 1 m. 70 environ.

Cette étude nous montre que les couches géologiques examinées avec soin renferment toute leur histoire. Le quaternaire de Boulogne-Billancourt, que nous venons d'étudier, nous a livré tout son passé géologique et paléontologique.

E. MAssAT.

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