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2e SÉRIE — N°
SZI 15 SEPTEMBRE 1909 -
Étude sur les
Nymphéacées Fossiles (Suite) (1).
Genre Anæctomeria, Sap.
Anæctomeria, Sap., Etud. sur la végét. tert., P.II, p. 121 et 305; — Ann. des sc. nat. Bot., (5e), t. III, p. 125 et IV, p. 161.
C’est en se basant sur les considérations tirées de la structure des graines, du nombre et de la disposition des pièces calycinales, de la déhiscence régulière des parois du fruit, enfin de l'ordonnance des canaux aériens dans le pétiole, que de Saporta a été amené à distinguer, des Nymphæa proprement dits, les restes de ce genre fossile qui ne se rattache directement à aucun de ceux qui existent aujourd'hui dans la famille des Nymphéacées.
Le genre Anæctomeria apparait pour la première fois dans les calcaires marneux littoraux du bassin de Marseille qui peuvent être considérés comme datant de l’époque sannoisienne (oligocène inférieur); ilatteint son apogée à la fin du stampien et au début de l’époque aquitanienne, lors du dépôt des marnes calcaires en dalles d’Armissan près de Narbonne (Aude). Il est très répandu dans les meulières de Beauce, où les empreintes de rhizomes sont fréquemment reconnues au Sud de Paris, à Longjumeau et à Massy, par exemple.
Il semble décliner déjà, dans le gisement de Manosque (Basses-Alpes) où il devient très rare,
Il parait exister aussi à Hæring (Tyrol); en effet de Saporta compare les organes trouvés dans ce gisement et décrits par Unger et Ettingshausen sous le nom de
| ment d'empreintes de disques pétiolaires et de cicatrices radiculaires (fig. 1), qu'Ettingshausen a figuré sous le nom d'Eucalyptus hæringiana, en les considérant comme fruits de cette plante.
Fig. 1. — Empreintes de cicatrices pétiolaires et radiculaires de Nymphéacées, provenant du gisement de Hæring (Tyrol) et décrites par d'Ettingshausen, comme fruits d’Eucalyplus hæringiana. Grandeur naturelle, d’après les figures d'Ettingshausen (1).
Mais alors que le disque stigmatique se rapporte au genre Anæctomeria, les empreintes des cicatrices pétiolaires présentent, comme le montrent nos figures, les caractères propres à celles du genre Nymphæa, c’est-à-dire que les canaux aérifères principaux s'y présentent au nombre de six et sont tous presque égaux.
Fig. 2. — Anæclomeria media, Sap.
Fragment de rhizome portant deux coussinets pétiolaires : a, cicatrices de la stipule; b, groupe complet des cicatrices radiculaires; c, lacunes aérifères principales; ‘d, lacunes aénrifères secondaires. De grandeur naturelle d’après un échantillon d’Armissan (Aude).
Palæolobium hæringianum (fig. 4), à la partie discoïde avec trace de stigmates rayonnants qui surmontent le fruit des Anæctomeria.
Cette manière de voir du célèbre paléontologiste d'Aix paraît être confirmée par la présence dans le même gise-
Fig. 3, — Victoria regia.
Section de la base commune des nervures primaires, à leur point de jonction avec le pétiole : &, &, canaux aérifères principaux supérieurs; b, canaux aérifères principaux inférieurs; €, c, et d, d, canaux aérifères secondaires (d’après une figure de G. Planchon).
Par leur taille et par la disposition de leurs lacunes ces empreintes nous paraissent extrêmement voisines de celles laissées par les rhizomes des Nymphæa calophylla et polyrhiza de Manosque et âe Saint-Zacharie.
. (1) Ernnésnausex. — Fossile Flora v. Hæring, Abhandlungen der K, K. geologischen Reichsanstalt, zu Wien, t..Il, pl. 28, d fig. 14-18 et 21-24, 1855.
(1) Voir le Naturalisle, n° 524,
L'une d'elles rappelle, par sa forme subpentagonale,une cicatrice figurée par nous (1) et appartenant au N. Marini, du sparnacien des environs de Paris.
Le bon état de conservation habituel des restes se rapportant au genre Anæctomeria a permis de faire l'étude précise des caractères fournis par les principaux organes de la plante, c'est-à-dire par le rhizome par les feuilles, les fleurs, les fruits et les graines. Nous allons énumérer succinctement les caractères fournis par chacun de ces organes.
Les rhizomes (fig. 2), qui atteignent parfois une taille considérable, sont ornés de cicatrices laissées parles pédoncules floraux.le pétiole des feuilles et par Jes radicules.
La cicatrice pétiolaire est orbiculaire ou légèrement elliptique dans le sens transversal. Dans l'état normal, elle présente l'empreinte fort nette de quatre grandes lacunes de forme irrégulièrement arrondie, les deux inférieures (c) étant beaucoup plus grandes que les deux
qu’au centre, relativeinent à la partie antérieure. Cette différence est de plus d’un tiers.
Du point d'attache du pétiole, s'étendent, en sens inverse, d’un côté une fente étroite sinueuse qui pénètre en se rétrécissant, jusqu’au pétiole produisant deux lobes obtus, peu divergents, et, dans le sens opposé une nervure médiane, peu saillante, qui donne naissance, de chaque côté, à 5-6 nervures secondaires, obliques, ramifiées dichotomiquement, à rameaux anastomosés. Outre cette nervure médiane, 10-12 nervures partent de chaque côté du sommet du pétiole pour rayonner de toutes parts vers la périphérie de la feuille.
La nervation de ces feuilles rappelle celle de quelques espèces africaines de la section Cyanea, telles que N. scutifolia, D. C, et rufescens, Guill et Perrot, et spécialement ce dernier.
Les fleurs par leur aspect devaient se rapprocher de celles des Nymphæa en général.
Fig. 4. — Disque stigmatique d'Anæctomeria, de Hæring, décrit par Ettingshausen comme fruit de légumineuse.
autres; entre les deux grandes, ainsi que dans l’espace qui sépare les 4 principales, 2 lacunes étroites allongées en forme de trait; sur le pourtour une rangée circulaire de 18-20 petites lacunes ovales ou elliptiques (d), qui d’ailleurs sont souvent effacées. Les plus grandes lacunes semblent procéder naturellement de la réunion de deux lacunes confondues en une seule. Nous donnons comparativement (fig. 3) la section du pétiole dans le Victoria regia actuel. Cicatrices radiculaires (b) au nombre de 19-24,peut-être même 30,dans les plus grands spécimens.
Immédiatement au-dessous du pétiole on en observe un premier groupe de 10-12 petites, groupées en trois séries contiguëês ; puis au-dessous une double rangée de cicatrices plus grandes, de grandeur croissante et alternes, au nombre de 7-9, la plus basse et la plus considérable se trouvant isolée.
Feuilles. — Forme générale orbiculaire ellipsoïdale, intermédiaire entre celles de N. alba et celles de Nuphar lutea, mais beaucoup plus grandes.
Le caractère le plus saillant résulte du faible développement de la partie inférieure auriculée fendue jus-
(1) P. H. Frires. — Sur trois nymphéacées nouvelles du Sparnacien des environs de Paris. Bull. Soc. géol. de France (4°), t. VIII, p. 410, 1908. :
Fig. 5.
Moitié inférieure d’une feuille. Réd.1/2 (d'après de Saporta).
— Anæclomeria media, Sap.
Les pétales sont larges, étalés, on a constaté, sur une empreinte que nous reproduisons (fig. 6 A), la présence de fragments épars d’étamines et des rudiments de stigmates rayonnants. Les étamines paraissent être étroitement linéaires et très allongées.
Le fruit d'Anæctomeria avait une taille comparable à celle des fruits des espèces actuelles de la section Lotus.
Sa forme globuleuse obconique différait peu de celle du fruit de Nymphæa alba, mais avec disque stigmatique plus large et plus plat. Ce dernier organe, arrondi sur les bords et légèrement cupuliforme,était pourvu d'au moins 30 stigmates rayonnant du centre à la circonférence ; attachés au centre ils étaient libres dans tout le reste de leur étendue.
Les parois du fruit étaient composées d'écussons ou segments juxtaposés et ayant la forme d’un rhomboïde étroit, irrégulier, quelquefois ressembla nt à un croissant étendu dans le sens transversal et prolongé en une pointe insensiblement atténuée vers les deux extrémités.
Les graines de cette Nymphéacée, par leur forme comme par leur dimension, beaucou p plus grande que celle d'aucune graine de Nymphæa, rappellent celles des Nuphar, surtout du Nuphar advena, Ait. ; elles sont cependant un peu plus grandes et plus ovoides, mais le raphé
Fig. 6. — Anæctomeria Brongniarti (Casp), Sap.
À. Fleur ou parties florales disposées avec une sorte de régularité. ï : B. Disque stigmatique avec parois (p) supérieures du fruit, couronné par les stigmates (s) rayonnant du centre (c), appliqués
mais non adhérents.
C. Face inférieure externe d’un fruit après déhiscence : (a) cicatrice pédonculaire, (b) réceptacle servant de base au fruit, (c) pièces calycinales en partie adhérentes, (d) compartiments calycinaux, séparés et Gisposés sans ordre.
Aquitanien inférieur d'Armissan (Aude).
présente une saillie à peu près égale dans les deux espèces.
En résumé le genre Anæctomeria est intermédiaire entre Nuphar et Nymphæa par la structure de ses graines.
Analogue aux Castalia par les organes de la végétation.
Analogue aux Lotus par l’inadhérence des stismates.
Analogue aux Cyanea par certaines particularités de la nervation.
Il se rapproche enfin des Nymphæa en général, par la symétrie et la structure des diverses parties de la fleur.
I1 se distingue néanmoins de tous les genres actuels de Nymphéacées parl’ordonnance spéciale des canaux aériens dans le pétiole, par son calice triphylle et surtout par la déhiscence régulière des parois du fruit, à la maturité.
(A suivre.) P.-H. FRITEL.
MŒURS & MÉTAMORPHOSES des Coléoptères
de la tribu des CHRYSOMÉLIENS (1)