CASSIDES
Ce sous-groupe nombreux en espèces dans les diverses contrées des deux continents, dans l'Amérique du Sud en particulier, est peu abondant en Europe où il ne compte que peu d'espèces, 78 sur 500.
Ce sont des insectes à corps déprimé aussi remarquables par la variété de leurs formes que par l'éclat de leurs couleurs; — nos espèces indigènes rivalisent à cet égard avec le vif reflet souvent doré ou métallique des exotiques, dont le facies est quelquefois si bizarre ; une chose les en distingue, c’est que, une fois mortes, nos espèces perdent les couleurs d'un brillant si beau qu’elles avaient à l'état de vie, tandis que les autres conservent après leur mort leurs belles parures dont s'est emparée la mode; — quelquefois isolées, souvent vivant en groupes plus ou moins nombreux, leur do- RE es ee EAP EURE Re V3 NM URL ae
(1) Voir les numéros 528 et suivants du Nafuraliste.
maine particulier est la fleur de la plante ou la feuille des végétaux et des petits arbustes; — leurs premiers états ont été étudiés par divers auteurs que nous citerons dans le cours de notre travail à l'exclusion des espèces exotiques dont le nombre connu nous obligerait à allonger considérablemeut notre étude biologique restreinte aux espèces de France ; — pour la seule ile de Madagascar, nous avons décrit sept espèces dans notre quatorzième mémoire (1905); nous nous contenterons donc de donner la liste des Cassides exotiques dont les larves ont été décrites en les classant d’après leur plus grande affinité au point de vue des métamorphoses; il sera ainsi possible à chacun de recourir aux travaux cités.
Comme celles de certains Criocerides, les larves des Cassides se recouvrent de leurs excréments, mais elles les disposent d'une façon différente : la fourche qui prolonge leur segment anal se replie sur la région dorsale de manière à longer le corps en avant, la fente anale relevée et ouverte vers le haut et non vers le bas comme c’est le cas habituel chez les Coléoptères; — quand la larve évacue ses déjections, la fourche les reçoit; poussées successivement le long de la tige et retenues par leur assemblement sur la fourche dont le tiers antérieur de la tige est barbelé, elles s'accumulent, se serrent les unes contre les autres, formant ainsi une couverture entrainant avec elles les dépouilles des mues sous lesquelles la larve disparaît alors presque en entier.
La forme des appendices caudaux, la disposition des déjections offrent des variétés nombreuses particulières à certaines espèces.
L'anus, avons-nous dit, s’ouvre de facon que les excréments viennent prendre place sur la fourche ; quand la larve est au repos ou à l’état de tranquillité, elle laisse tomber la fourche chargée; — en marche, ou dérangée, ou incommodée par le soleil ou par un excès de température, elle relève la fourche avec son fardeau qui lui sert alors de parasol et d’abri; ainsi à couvert,elle va en toute sécurité, marche sur les végétaux, en dévore le feuillage, évitant toute sorte de danger ; quand sa singulière couverture la gène ou l’embarrasse, elle la fait tomber par un mouvement brusque.
Régime. — Nos larves indigènes vivent toutes sur les
feuilles de diverses plantes, artichauts, chardons, menthes, etc., qu'elles criblent de trous après ablation du parenchyme ; ce n’est qu'après avoir changé plusieurs fois de peau qu'elles se transforment sur la feuille en une nymphe qui conserve sa fourche, laquelle, moins longue, est inerme et c’est par cette fourche qu'elle reste engagée dans la dépouille fixée sur la feuille.
Ponte. — L'’accouplement des deux sexes a lieu au commencement de la belle saison pour la majorité des espèces ; mâle et femelle stimulés par le besoin de la reproduction se recherchent sur leurs plantes de prédilection ; le mâle, plus agile, a bientôt fait de se trouver une compagne qui puisse l’aider dans cette œuvre de la rénovation de l’espèce; aussitôt trouvée, quelques attouchements des antennes autour de la tête et du corps, et la monte se fait sans précipitation ; la copulation commence par superposition, le mâle dessus ; elle dure toute la journée ; le lendemain a lieu la disjonction des organes sexuels ; le régénérateur disparaît de la scène ;la femelle, dès lors fécondée, procède au dépôt de sa ponte, sur la feuille nourricière.
Sur les feuilles dont se nourrissent les larves, on trouve des corps semblables à une plaque irrégulièrement orbiculaire de 3 à # millimètres de diamètre, convexes,de consistance résistante, roussâtres, à centre noirâtre ; ces corps enlevés de leur appui mettent à jour des petits granules placés l'un à côté de l’autre, parfois sur deux ou trois couches superposées, faciles alors à prendre pour des petites coques de larves parasites, donnant naissance quelque temps après à des petites larves de Cassides noirâtres armées de piquants et d'épines.
Pour effectuer leur ponte, les femelles prennent position sur l’une des deux faces de la feuille, elles déposent leurs œufs en les plaçant par plaques; cette opération ne dure que de dix à douze minutes; aussitôt terminée, la mère émet par l’anus, en imprimant à son abdomen des mouvements d’oscillation verticale, un mucilage incolore à aspect de gomme dissoute, en recouvre l’amas d'œufs pondus en le dissimulant à l’aide de quelques déjections de couleur noirâtre ; ce mucilage se dessèche rapidement; au bout d’une demi-heure, il se convertit en une enveloppe résistante, roussâtre, recouvrant la poute en entier.
Ainsi à l’abri de tout danger, ces œufs éclosent douze à quinze Jours après et la jeune larve qui en est issue, grêle et fluette, trouve de suite un aliment substantiel en rongeant la feuille sur laquelle vient de naître, vient de poindre l’aurore de sa vie.
Les plantes de prédilection offrant asile à la majorité des espèces du sous-groupe des Cassides, paraissent appartenir à la famille des Composées ; cependant il en est des Cassides comme de beauconp d’autres groupes entomologiques, rien n’est absolu à l'égard des plantes que leurs espèces fréquentent ; la règle botanique, au point de vue de l’affinité, n’est nulle part impérative, les plantes uourricières peuvent bien appartenir à la même famille, mais à des espèces ou à des genres bien différents ; — lorsque ces larves sont en grand nombre sur le même végétal, elles peuvent produire des dommages appréciables auxquels il est bien difficile de remédier ; ilen est qui attaquent nos cultures maraichères, artichauts, navets, betteraves, qu'elles criblent de morsures, affaiblissant ainsi la plante contaminée; les dégâts commis par le plus grand nombre sont négligeables.
Nos jeunes larves rongent, progressent sans autre
repos que les quelques heures qui précèdent et suivent les mues, qui sont de trois à quatre et dont la dépouille vient s’acculer à la fourche caudale, les unes à la suite des autres, ou former bourrelet à la suite des déjections, constituant ainsi des couches alternatives de peaux et de déjections ; elles rongent les feuilles tantôt par leurs bords, le plus souvent par le limbe qu’elles perforent de petits trous ; elles sont peu agiles, quittent rarement la feuille ; pour passer d'une face à l’autre d'une même feuille, ou pour se transporter à une autre feuille, elles cheminent en s’aidant de leurs pattes et deleurs mamelons abdominaux : elles rongent de jour comme de nuit jusqu'au moment où, arrivées à leur complet développement, elles songent au sort qui les attend, à leur transformation; mais avant de leur faire exécuter cette opération dangereuse, donnons-en le caractère descriptif.
Larves. — Longueur 6 à 7 millimètres, largeur 3 à 4 millimètres.
Corps ovalaire, mou, charnu, verdâtre, peu convexe en dessus, encore moins en dessous, atténué vers les deux bouts, le postérieur prolongé en dessus par deux longs styles formant fourche.
Tête assez petite, orbiculaire, roussâtre ou noirâtre, rétractile, avec taches sous-cutanées plus foncées, éparses, susceptible de se cacher en entier sous le premier segment thoracique, transversalement ridée, ligne médiane entière, bifurquée au vertex en deux traits obsolètes aboutissant à la base antennaire; épistome étroit, transverse, labre semi-elliptique plus large, frangé, mandibules courtes, convexes, à bord antérieur large, arrondi, quadridenté, les deux dents médianes les plus longues, rainurellées ; mâchoires libres, cylindriques, lobe court, charnu, brunâtre, cilié, avec courts palpes biarticulés; menton massif, transverse, lèvre inférieure bilobée, avec courts palpes biarticulés, languette peu apparente; antennes courtes, coniques, de trois articles, le premier gros, court, le deuxième moins large, un peu plus long, le‘ troisième très court, à bout délié; ocelles noirs, cornés, saillants, au nombre de cinq, quatre diagonalement disposés en première rangée un peu arquée en arrière de la base antennaire, un cinquième en arrière des deux premiers et dans l'intervalle qui les sépare. ;
Segments thoraciques au nombre de trois, jaunâtres ou verdâtres, légèrement chagrinés, le premier très grand, à bord antérieur arrondi, rugueux, débordant la tête, armé de chaque côté de trois à quatre épines barbelées avec spinules plus ou moins longues et nombreuses, les deux premières épines jointives, le deuxième segment moins long, un peu plus large, avec trois épines semblables aux précédentes, le troisième même forme, avec deux épines latérales seulement.
Segments abdominaux au nombre de huit, étroits et transverses, légèrement chagrinés, diminuant de largeur vers l'extrémité, verdâtres ou jaunâtres, avec ligne médiane pâle, laissant voir par transparence la couleur des aliments, armés chacun d’une épine latérale barbelée, à base verdâtre, à pointe rougeûtre ; le huitième est prolongé par deux styles plus ou moins longs, formant fourche, destinés à retenir les peaux des mues et les excréments que la larve accumule sur elle à l'effet de se préserver et de la rigueur de la température et de ses ennemis; anus tubuleux érigé vers le haut du corps, à cloaque saillant, à fente en long.
Lors de l’émission des déjections, l'anus se redresse ; les fèces qui se dégagent se casent au-dessous de celles déjà placées, augmentant ainsi par poussées la masse stercoraire.
Dessous déprimé, brunâtre, segments abdominaux transversalement incisés avec rangées transverses de petits mamelons.
Pattes courtes, massives, charnues, ciliées, hanches réduites, trochanters très courts, cuisses un peu plus longues, jambes courtes, arquées en dedans, tarses en forme d’onglet simple crochu.
Stigmates au nombre de huit paires, saillants, flaves à péritrème blanchâtre, la première paire entre les deux premiers segments thoraciques, près de la base de la première épine thoracique, les sept suivantes sur le flanc des sept premiers segments abdominaux en regard des épines barbelées.
Comme celles des Criocérides, les larves des Cassides se recouvrent en tout ou en partie de leurs propres déjections tout enles disposant d’une facon bien différente ; la fourche dont est armé leur segment anal peut a leur volonté se replier vers la tête ; lorsque la larve évacue ses excréments la fourche les retient : accumulés les uns à la suite des autres, ils sont poussés en avant, se pressent les uns contre les autres, formant ainsi un bloc homogène, sorte de couverture qui abrite la larve; aux déjections s'ajoutent les dépouilles provenant des mues, mais peaux et excréments sont disposés suivant l'espèce, les uns un peu plus avancés que les autres ; il est des larves qui ne s’en servent pas.
La couleur jaunâtre ou verdâtre du corps de la larve change avec l'âge, en particulier à la veille de la transformation; quand ce moment est arrivé, ce qui a lieu en mai ou en juin, à l'endroit où la larve se trouve, soit en dessus, soit en dessous de la feuille, elle fixe contre la feuille ses derniers segments abdominaux au moyen de quelques fils soyeux, puis le corps se contracte, la peau se fend; chiffonnée, elle est repoussée et acculée contre l'extrémité postérieure dont elle cache les trois derniers anneaux; le protée se présente dès lors sous les traits suivants :
Nymphe. — Longueur 6 à 1 millim.; largeur 3 à &4 millim,
Corps verdâtre, brunâtre ou brun, suivant l'espèce et suivant l'âge, rugueux, subconvexe en dessus, déprimé en dessous, à pourtour armé d’une aréole de cils et d’épines, longitudinalement parcouru par une légère carène médiane; premier segment thoracique à bords larges, transparents, frangé de nombreux cils, deuxième étroit, à bords postérieurs avancés, débordant le troisième qu'ils englobent; ces deux anneaux m'ont ni cils ni épines à leurs bords latéraux. le troisième est marqué de deux points noirs médians; segments abdominaux étroits, atténués mais peu vers l’extrémité qui est arrondie, les cinq premiers à bords latéraux armés d'une épine blanche, charnue, portant cinq ramifications et un point noir de chaque côté de la carène ; les trois segments suivants ne sont pas armés d’épines, ils sont recouverts par la peau chiffonnée de la larve qui les enveloppe, le sixième conserve la trace des points noirs, le segment anal arrondi se termine par deux longs styles caudaux brunâtres à bout noir, un peu plus grêles que la fourche caudale de la larve à laquelle ils ressemblent ; stigmates saillants, à fond blanchâtre; tête voilée par le rebord du premier segment thoracique, surface dor-
sale marquée de points noirs avoisinant les stigmates; extrémité anale en rebord transverse.
La nymphe peut imprimer à son corps de légers mouvements défensifs ; couchée sur le limbe de la feuille, le corps se trouve retenu en place et par la peau qui adhère à son extrémité et par la fourche caudale; la phase nymphale a une durée de quinze à vingt jours, puis apparaît l'insecte à l’état parfait.
Adulte. — Toutes les espèces de Cassides sont plus ou moins nombreuses en sujets, il en est qui, rassemblées en masse sur certains végétaux, produisent un affaiblissement relatif de la plante; on peut cependant affirmer qu'elles ne sont pas nuisibles dans l’acception même du mot; durant la belle saison, inféodées à leur plante de prédilection qu’elles ne quittent jamais, elles passent l'hiver sous les pierres, sous les feuilles, attendant dans l’état d'expectative apparente que les premières chaleurs du printemps leur rendent la vigueur que les frimas avaient sensiblement atténuée, puis leur dernière préoccupation sera d'assurer par un rappro+ chement le sort de leur propre espèce.
Suffrian, Bohemann et d’autres auteurs ont fait paraître des travaux sur les Cassides au point de vue descriptif ; un plus récent a vu le jour en 1891, c’est celui de M. Desbrochers des Loges, auquel nous renverrons dans le cours des descriptions qui vont suivre.
Capitaine XAMBEU.