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Canard siffleur. (Peinture de Beni-Hassan

Les Égyptiens, considérant ce volatile comme un emblême du dieu Seb, croyaient que cette divinité se cachait sous la forme d’un gigantesque peine, dont la femelle avait pondu l'œuf du soleil, et c’est pour annoncer au monde entier, cette bonne nouvelle, qu'il pousse des cris perçants; aussi l’avait-0n nommé le Grand- Glousseur. :

Dans le Livre des Morts, le défunt s'assimile à l'œuf du Grand-Glousseur et parle en smen dont les dieux écoutent la voix (4).

« J'ai été le chef, s'écrie-t-il plus loin, j'ai gloussé en smen, je me suis envolé au ciel, vers la région de la grande fête (5). »

La place tenue par cet oiseau dans la religion pharaonique semble avoir été assez importante, puisqu'il

(1) TrisTran.

Wigeon.

(2) Suezcey. Birds of Egypt, p. 288.

(3) L'image que nous possédons de l'oiseau smen est une sculpture de Sakkarah (Champollion, 4° vel. pl. CCCCVI) qui, malheureusement, n’est pas coloriée. Dans ce bas-relief, la queue étant carrée au lieu d’être pointue comme dans l'oiseau vivant et les deux peintures de Beni-Hassan, nous ne pouvons, en l'absence de couleurs, établir une identification certaine.

(4) Livre des Morts,ch. rv, ig. 4. — Ch. czxix, lig. 49.

(5) Papyrus de Neb-Qed, pl. V, col. 3. Trad. Pierret.

The Fauna and Flora of Palestine, p. 16,

était assimilé au dieu Ammon et, de ce fait, avait pour sanctuaire le grand temple de Karmak,

Dans les mythes de l'Inde, le rôle du Canard offre parfois de curieux rapprochements avec celui qu'il a tenu, jadis, dans la religion pharaonique.

Considérés comme rayons solaires, les chevaux des Acvins sont dans les hymnes védiques, appelés des hansas(1) aux ailes d'or, innocents nourris d’ambroisie, qui s'éveillent avec l’aurore ; et dans le Ramoyana le soleil lui-même est comparé à un Canard d’or resplendissant.

On voyait aussi le dieu Agni (2) sous la forme d’un hansa.

Un épisode du Mahâbhârata nous montre des Canards servant de messagers d'amour entre le prince Nala et la princesse Damayanti.

Enfin, aujourd’hui encore, on trouve un écho lointain de l'oiseau smen dans les contes slaves. Ils nous apprennent que le Canard pond chaque jour, le soleil et la lune sous la forme de deux œufs, le second d'argent et l’autre d'or.

RTE

PHippolyte-Boussac del:

Fig. 3. — Le Souchet. (Peinture de Beni-Hassan, d’après Champollion.)

LE SOUCHET OU LE ROUGE. Rhynchaspis clypeata, Linné. — Ce joli palmipède, aux couleurs si harmonieuses et si variées, se distingue par un grand et large bec dilaté vers le bout en manière de spatule. Changeant de livrée suivant les saisons, l’hiver nous le montre paré de ses plus brillants atours. La tête, la gorge et le cou sont, à:ce moment, d’un vert doré à reflets violets, la poitrine est d’un blanc de neige, le ventre marron, le “bas du dos d’un noir verdâtre; sur l’aile s’enlève un ° miroir émeraude; l'iris est jaune foncé, le bec noir, les ’ jambes et les pieds sont orangés, les ongles gris (3). Chez les individus én plumage de transition, un ton faune clair, sur lequel se détachent des ondes brunes, couvre le cou et le dos (4); c'est le sujet durant cette période qu'a, sinon reproduit, du moins voulu reproduire l’auteur de la peinture de Beni-Hassan (fig. 3). Nous ferons observer que dans l'oiseau vivant la queue est

(4) Le mot, sanscrit hansa signifie Canard.

(2) Agni, le feu.

(3) Gouco. The Birds of Europe, vol. V, PI. 360. — Cf. Dresser. À History of the Birds, vol. VI, PI. 425.

(4) Brisson. Ornithologie, t. VI, p. 332, pl. XXXII, fig. 1. (1760). Sur cette gravure, les ondes brunes sont indiquées de la mème manière que dans la! peinture égyptienne,

pointue et non carrée comme sur notre image (1).

Le Souchet mesure 52 centimètres de longueur ef 82 d'envergure. Son aire de dispersion s'étend sur l'Europe, l’Asie, le nord de l'Afrique et de l'Amérique. Pendant l’hiver il réside en Égypte et en Nubie, vivant de préférence au bord des petites mares et sur les bancs de sable. Il constitue l’une des plus abondantes espèces de Canards fréquentant ces régions. On le rencontre également en Palestine à la même époque (2). L'Arabie, la Perse, l'Inde, Ceylan, Formose, le sud de la Chine et du Japon, la Colombie sont pareillement visités par le Souchet durant la saison froide. Il passe régulièrement dans nos contrées vers les mois de février-mars et en octobre.

Ces oïseaux ne se réunissent jamais en grandes bandes, ils vont généralement par petites familles, cependant on voit quelquefois plusieurs groupes rassemblés en un même lieu. Moins timides, plus confiants que les autres espèces, ils se laissent facilement surprendre, aussi, quoique leur chair soit de qualité inférieure, sontils plus fréquemment tirés. Leurs mœurs sont celles des autres Canards, mais ils supportent mal la captivité et dépérissent en peu de temps.

P.-H. Boussac.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Sur les relations tectoniques des Préalpes internes avec les nappes helvétiques de Morcles et des Diablerets. Note de M. LuGrow, transmise par M. Michel Lévy.

Entre les plis du massif de Morcles et la nappe des Diablerets s’interpose une bande caractérisée par la présence de Néocomien à céphalopodes. C’est une écaille plus ou moins complexe qui joue le rôle d’une unité tectonique strictement indépendante.

En 1901, dans son essai de synthèse tectonique sur les Alpes du Chablais et de la Suisse. L'auteur avait émis l'hypothèse que cette écaille appartenait aux Préalpes internes et que c'était ultérieurement à son développement horizontal qu’elle aurait été refoulée et recouverte par la nappe helvétique des Diablerets.

Les nombreuses écailles des Préalpes internes, ou zone des cols, se seraient déclanchées les premières, auraient occupé alors le front alpin naïssant, auraient été recouvertes par les nappes supérieures, puis, tardivement, les masses qui leur servaient de substratum se seraient avancées vers le Nord en nappes profondes, repliant devant elles, en immenses ‘ boucles anticlinales, tout comme des terrains leur appartenant en propres, ces écailles préalpines qu’elles supportaient.

Cette explication qui faisait intervenir des déplacements inouis fut suspectée quoique montrant que les racines de ces nappes des Préaipes internes étaient connues sur le versant droit de la vallée du Rhône en Valais.

Une série de fails nouveaux vient appuyer l'hypothèse en apportant des arguments péremptoires. En outre, explication s'applique à des masses considérées jusqu'à ce jour comme appartenant aux Hautes-Alpes calcaires.

L’écaille de Néocomien à céphalopodes disparait, après s'être considérablement amincie, sous les grands écroulements des Diablerets, dans le cirque de Derborence, ainsi que l’a justemen dessiné Renevier. Mais sur ce Néocomien, séparé de lui par quelques mètres d'éboulis, repose une épaisse bande de Flysch enveloppant complètement, en contact direct, un vaste noyau de careneule et de gypse du Trias.

(1) Dans cette image, le bec et la queue n'étant point, comme forme, d'une rigoureuse exactitude, ce sont les couleurs qui, surtout, ont le plus contribué à l'identification de cet oiseau.

(2) Sueczey. Birds of Egypt, p. 285. — Trisrrau. The Faune and Flora of Palestine, p. 116, Shoveller.

Le Flysch du toit et du Trias contient des caillous exotiques. On avait confondu ce terrain avec le Dogger.

On suit cette bande de Trias et de Flysch jusqu'aux environs de Besson, sur la rive gauche de la Lizerne, où elle repose directement sur les schistes nummulitiques des plis du massif de Morcles. C'est sur le Flysch qui repose sur le Trias que chevauche directement le Dogger de la base de la nappe des Diablerets.

Le Flysch à blocs exotiques de Derborence accompagné de Trias forme donc une écaille au même titre que la bande de Néocomien à céphalopodes. Or,comme le Flysch à roches exotiques appartient incontestablement aux Préalpes internes, car sous ce facies il est inconnu dans les nappes helvétiques de la Suisse occidentale, son origine entraine celle de l'écaille de Néocomien à céphalopodes, dont l’origine préalpine n'est plus douteuse

Ainsi donc la nappe des Diablerets, plus jeune que celles des Préalpes internes, plus profonde dans l'ordre de superposition normale des nappes, a réussi à chevaucher sur les Préalpes internes. L'amplitude du mouvement est exactement de 10 kilo-

‘ mètres.

Il est évident que ce mouvement profond a dü produire des perturbations considérables comparées jadis à l'effet produit par le soc d'une gigantesque charrue. En labourant les nappes des Préalpes internes, la masse de la nappe des Diablerets a sonmis ces premières à une forte traction, à un étirement puissant. Ces nappes se sont étirées, se sont résolues en écailles, en lentilles, et il n'est pas étonnant que l'écaille de Néocomien à céphalopodes soit en partie ou en totalité absente en avant du front de la nappe des Diablerets. Toutefois le Crétacique a été dernièrement signalé au Col de la Croix par MM. Sarasin et Collet, et se retrouve pincé en synclinal près de la Layaz. directement sur le Tertiaire de la nappe des Diablerets. En outre il existe en grande masse sur la nappe du Wildhorn.

Ainsi donc une nappe continue, crétacique, existait au-dessus des nappes helvétiques. Bousculée par ces dernières, elle a été pincée avec une autre série de Trias et de Flysch en un vaste synclinal couché mis à jour par le profond cirque de Derborence.

Observations biologiques sur l'arbre à caoutchouc du Tonkin (Bleekrodea tonkinensis). Note de MM. EnerHARDT et M. Dusann.

Le Bleekrodea- lonkinensis est une espèce caoutchoutifère arborescente appartenant à la famille des Moracées, vulgairement appelé Teo-nong. Le latex de cet arbre est remarquablement riche en caoutchouc, sa teneur s'élève facilement à 70 p. 100 etle produit préparé avec soin n'est guère moins estimé que le Para.

Le Teo-nong croit en abondance dans toute la région calcaire et schisto-calcaire du Tonkin et du Nord-Laos ; dans les terrains schisteux, les arbres sont de meilleure’venue et se développent avec beaucoup plus d'intensité, car on trouve à la surface du sol une couche épaisse d'humus et de schistes décomposés, riches en éléments fertilisants. Les terrains calcaires sont beaucoup plus pauvres en terre végétale et les racines de l'arbre y sont réduites à s’insinuer dans les fissures de la roche, où elles ne trouvent qu'une maigre nourriture. Dans tous les cas, le Bleelkrodea est adapté àdes sols peu aptes à retenir l’humidité.

Teo-nong, sans être une plante désertique, doit cependant pouvoir profiter rapidement de l’eau que met à sa disposition une série de pluies et résister à des périodes de sécheresse assez prolongées ; il présente, en effet, des dispositions très particulières permettant soit l’accumulation d’eau dans certains tissus, soit la limitation de la transpiration.

La constitution de réserves aqueuses est assurée grâce à la production de nodosités radicales, dont la taille varie depuis celle. d’une noisette jusqu'aux dimensions d'un œuf de cane, plus nombreuses et plus grosses chez les individus végétant sur les calcaires ; à la surface des schistes, la terre végétale retient, en effet, passablement l'humidité et le besoin de réservoirs d'eau est moins impérieux pour la plante.

Une seconde particularité de l'appareil végétal du Teo-nong résulte de l'abondance très frappante des cystolithes ; les deux faces du limbe foliaire ‘en sont véritablement constellées et le nombre de ces éléments est encore considérable à la surface du péliole ; ces cystolithes sont pédonculés et entièrement recouverts de concrétions calcaires tellement abondantes qu’elles transsudent même à travers l’épiderme ; les sols si riches en sels de chaux que recherche cet arbre expliquent l'abondance du carbonate de chaux dans ses tissus,

Etant données l'abondance des cystolithes et l'adjonction de ces concrétions externes, il en résulte un véritable empâtement de la surface foliaire, qui diminue notablement la perte d'eau par transpiration.

LIVRES NOUVEAUX

Flore de France,de G. Rouyx, tome XI (1).

Le tome XI de la Flore de France, par G. Rouy, vient de paraître. Ce volume n’est pas moins remarquable que le précédent, tant par le soin apporté à la diagnose et à la dénomination des espèces et de leurs variétés que par les remarques judicieuses qui en accompagnent la description. Ce volume comprend la description des familles ci-après : Scrofulariacées, Orobanchacées, Gesnériacées, Utriculariées, Selaginacées, Verbénacées, Lahiées.

Outre une bibliographie très complète, on y trouve des renseignements importants sur la comenclature et sur les raisons qui ont conduit l’auteur à rejeter, dans certains cas, les noms adoptés sans motifs suffisants dans certains ouvrages francais.

À chaque page, pour ainsi dire, ce volume témoigne de la haute compétence Je M. Rouy dans les questions les plus délicates de la botanique systématique.

Les végétaux : leur rôle dans la vie quotidienne (10 conférences), par D. Bois, assistant au Muséum, professeur à l’Ecole coloniale, et G. GADE- CEAU, correspondant du Muséum,un volume in-8° écu de 360 pages. Prix, broché : 4 francs, franco 4 fr. 50. (En vente chez les Fils d'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris.)

Ce nouveau volume de M. Bois, auteur de tant d'ouvrages classiques de botanique appliquée, rédigé avec la collaboration de M. Gadeceau, écrivain lui-même connu pour ses publications de botanique descriptive, pourrait avoir pour sous-titres : Histoire de Putilisation des végétaux par l’homme et Rôle des végétaux dans la vie humaine. Ce sont, en effet, les deux points de vue auxquels les auteurs décrivent dans un style attrayant, mais pourtant rigoureusement scientifique, les plantes des diverses parties du globe. Après avoir montré le rôle des plantes dans la nature et l'influence de l’homme sur la végétation, les auteurs passent tour à tour en revue les plantes alimentaires, légumes et céréales, les plantes cultivées pour la production des boissons, les plantes oléifères, saccharifères, féculentes, fourragères, les bois, les plantes textiles, tinctoriales, les plantes à caoutchouc, les plantes résineuses, gommifères. Nous signalons particulièrement les pages consacrées aux plantes à parfum, ainsi qu'aux plantes médicinales et vénéneuses. Une dernière conférence traite de la fleur et de son rôle dans l’embellissement de la nature et de la vie humaine.

Cet ouvrage constitue donc une réelle encyclopédie de botanique appliquée, présentée, nous le répétons, sous une forme attachante. C’est un livre que tout le monde voudra posséder.

(1) Flore de France de G. Rouy, tome XI, prix broché : 8 francs, franco 8 fr. 60. Les Fils d'Emile Deyrole, éditeurs, 46, rue du Bac, Paris.

Nous rappelons ci-après les autres tomes de l'ouvrage :

Flore de| France :

T. I. Renonculacées aux cruciferes, 6 fr., franco 6 fr. 40. II. Crucifères aux violariées, 6 fr., franco 6 fr. 40. III. Violariées aux droséracées, 6 fr., franco 6 fr. 40. IV. Droséracées aux légumineuses, 6 fr., franco 6 fr. 40. V. Léqumineuses (suite et fin), 6 fr., franco 6 fr. 40. VI. Rosacées, 8 fr,, franco 8 fr. 60.

VII. Rosacées aux ombellacées, 8 fr., franco 8 fr. 60. VIII. Ombellacées aux composées, 8 fr., franco 8 fr. 60. IX. Composées (suite), 8 fr., franco 8 fr. 60. X. Composées aux solanacées, 8 fr., franco 8 fr. 60.

En vente chez les Fils d'Emile Deyrolle, libraires-éditeurs, 46, rue du Bac, Paris.

Le Gérant : PAUL GROULT.

Paris. — Imp. Levé, rue Cassette, 11.

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