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LAURENT COCHELET

(Moniteur officiel du Commerce). * (4 suivre.)

LES CHENILLES DES HELICHRYSUM

On a peu de difficulté à discerner les espèces du genre Helichrysum d'avec celles du genre Gnaphalium, quand on a sous les yeux leurs fleurs à maturité. On les reconnait à leurs involucres, dont les écailles sont étalées pour les Gnaphalium et non étalées pour les Helichrysum.

Cependant, une confusion aisée à comprendre s’est produite parfois, surtout en ce qui concerne l’Helichrysum arenarium, que plusieurs Lépidoptéristes appellent Gnaphalium.

D'autre part, les Botanistes ne sont pas d'accord au sujet de l’Helichrysum angustifolium. Au dire des uns, lHelichrysum angustifolium existe en France : Languedoc et Provence; d’autres ne l’admettent pas. L’'Helichrysum méridional, pour eux, est le serotinum, tandis que le vrai angustifolium est en Corse.

Aux yeux des Lépidoptéristes, ce désaccord n'a pas grande importance. Helichrysum serotinum et angustifolium sont des plantes si voisines, que nos chenilles, pourtant d'admirables botanistes d’instinct, ne font nulle difficulté de les considérer comme également aptes à les nourrir.

Toutefois, dans l’étude qui va suivre, il sera surtout tenu compte de la dernière opinion, et le nom d’angustifolium sera réservé à l'Helichrysum de Corse et d'Espagne. :

De même que les autres plantes dont la liste des chenilles a été donnée dans le Naturaliste, les Helichrysum sont mangés par des chenilles polyphages, se nourrissant en majeure partie de Composées; mais ils ont aussi des chenilles qui leur sont spéciales: celles-ci en portent le nom pour la plupart.

Toutes ces chenilles s’attaquent aux différentes parties de la plante : tiges ou racines, feuilles, fleurs ou fruits.

Je vais les passer rapidement en revue, me bornant à

énumérer simplement ou avec quelques détails sur leurs À

nilles qui sont bien connues déja, ou décrivant plus longuement celles qui le sont moins, celles surtout qui sont encore inédites.

À. — MACROLÉPIDOPTÈRES.

1. Polia venusta, B. — Cette belle chenille parait affectionner de préférence les Cégumineuses; mais elle doit être considérée comme polyphage, tant les plantes sur lesquelles on la trouve sont de nature différente : Calycotome spinosa, Dorycnium suffruticosum, Genista scorpius, Spartium junceum, Ulex parviflorus; Cistus albidus, salviæfolius, Rosmarinus officinalis, Thymus vulgaris. A cette liste, il faut ajouter l’Helichrysum serotinum, plusieurs chenilles ayant été prises sur cette plante à Villefranche-sur-Mer le 2 avril 1903.

2. Thalpochares ostrina, Hb. — J’ignore à quel renseignement Ernest Hoffmann a ajouté foi quand il fait vivre la Thalpochares ostrina sur l’Helichrysum angustifolium (1). N’aurait-il pas confondu la Thalpochares ostrina avec la Thalpochures candidana ?

Je n'ai jamais rencontré cette Thalpochares ostrina, bien commune dans le Midi et en Mauritanie, que sur les Carlina vulgaris et corymbosa, et les Echinops ritro, sphærocepalus et spinosus. Je crois donc que la chenille de Thalpochares ostrina ne vit pas sur les Helichrysum ; c’est pourquoi elle ne sera pas décrite ici, ce ne serait pas sa place.

3. Thalpochares candidana, F. — Cette Thalpochares, au contraire, paraît bien spéciale aux Helichrysum. Dès ma première excursion dans l'Ardèche, en 1896, j'ai trouvé très facilement cette chenille sur l’Helichrysum stæchas. Plus tard, dans l'Hérault, je l’ai trouvée aussi sur l'Helichrysum serotinum. J'ai même pu faire pondre une ©, sur les fleurs de cet Helichrysum. La ©, captive, peut vivre une quinzaine de jours; sa ponte s'échelonne lentement; quelques œufs par jour. Elle les dépose principalement au sein du tomentum des anthodes non ouvertes.

OŒuf. — C’est un petit sphéroïde plus ou moins régulier, un peu surélevé au sommet, un peu tronqué à la base; surface mate, finement granuleuse ou rugueuse, sans côtes appréciables, mais avec quelques petites dépressions polygonales aux pôles. Couleur vert pâle.

Chenille. — La petite chenille éclôt 10 à 12 jours après la ponte : elle est courte, un peu épaisse, d’égale grosseur partout, grisâtre, verruqueux indistincts, poils médiocrement longs et blonds; tête, écusson et clapet noirs. L’écusson est remarquablement large. Comme les autres Thalpochares, elle n'a que douze pattes. Elle est assez vive et cherche de suite à pénétrer dans les parties florales de l'Helichrysum.

Adulte, elle mesure 15-17 millimètres à peau tendue; corps fusiforme, arrondi et même courbé en arc sur le dos, aplati sous le ventre, épaissi aux segments 6-9, 7 et 8 étantles plus forts ; peau très finement chagrinée; couleur d’un vert clair, blanchâtre même sous le ventre; trois lignes larges d’un vert plus foncé sur le dos, dorsale et sous-dorsales, ces dernières précédées d’une fine ligne blanche très peu marquée. Les autres lignes sont indistinctes. Verruqueux très petits, à peine saillants, noirâtres ou noirset surmontés d'un poil blanc; les poils du dos atteignent ou dépassent 4 millimètres; tête

(1) Die Raup. der Grosschmett. Europ., p. 142.

petite, subglobuleuse, à lobes noirs ou noirâtres au sommet et sur les côtés, brun roussâtre inférieurement; pièce triangulaire gris jaunâtre, ocelles noirs, organes buccaux bruns; écusson large, verdâtre, avec deux stries médianes larges et en forme de larmes, noires où noirâtres; clapet de la couleur du fond; pattes écailleuses verdâtres, membraneuses vert blanchâtre, à crochets roux ; stigmates petits, brun rougeâtre, cerclés de noir.

Elle vit soit dans les pousses, qu’elle ronge à l'intérieur, soit aux dépens des fleurs, dont elle perfore les anthodes à la base, puis les vide. Les premiers segments amincis se prêtent à merveille à cette besogne. Elle a deux générations; pour Ja première, elle est à taille en avril et mai; pour la seconde, en août. Elle se transforme dans un cocon fait d’un tissu léger et semi-transparent de soie blanche, dans la composition duquel entre aussi quelque peu du tomentum de la plante nourricière; ce cocon est tantôt à la surface du sol, tantôt parmi les feuilles ou les fleurs.

Chrysalide. — Courte, brun jaunâtre, foncé en noirâtre sur la partie antérieure du dos et des ptérothèques ; surface finement chagrinée; nervures des ptérothèques indistinctes. Le dos des segments abdominaux présente deux bourrelets saillants, le dernier sillonné. Verruqueux un peu mamelonnés; stigmates saillants, noirs; mucron large, arrondi, obtus, portant quatre petites épines écartées, deux sur le dos et une de chaque côté, leur pointe est un peu courbée en avant.

L'éclosion du papillon a lieu quinze à vingt jours après.

-k. Thalpochares helichrysi, Rb. — Guenée (Noct,, IT, p. 243) a donné une courte mais suffisante description de la chenille de Thalpochares helichrysi, spéciale à la Corse, où elle vit sur l’Helichrysum angustifolium.

Les différences entre les chenilles de Thalpochares candidana et de Thalpochares helichrysi sont faibles. Outre la couleur verte plus foncée de cette dernière, on peut signaler la persistance des sous-dorsales, blanchâtres chez Thalpochares helichrysi, même quand la chenille devient rougeûtre et alors que les bandes brunes ont pour ainsi dire fondu dans la tonalité de la teinte générale; au contraire, ces bandes brunes persistent chez Thalpochares candidana et la sous-dorsale blanchâtre s’évanouit. De plus, les calottes de la tête sont d’un noir plus brillant et plus étendu chez helichrysi que chez candidana.

Quant à la chrysalide, il n’existe entre candidana et helichrysi d'autre différence que dans l'intensité et l’étendue de la couleur sombre de la partie antérieure. Les cocons sont semblables.

5. Eucrostes herbaria, Hb. — Un lépidoptériste allemand, je crois, a signalé la chenille de l’Eucrostes herbaria sur l’Helichrysum angustifolium. Le fait est réel. J'ai trouvé aussi plusieurs chenilles de l'herbaria sur cette plante aux environs d’Ajaccio. Sur le continent, comme dirait un Corse, elle vit plutôt aux dépens des Labiées, des genres Thymus, Lavandula et Teucrium.

6. Tephroclystia oblongata, Thnbg. — Cette vulgaire chenille vit sur quantité de plantes, principalement fleurs d'Ombellifères et de Composées. Rien d'étonnant alors à ce qu’elle mange les fleurs d’Helichrysum stæchas, d’après une note de Constant.

7. Synopsia sociaria. Hb.— La chenille a été prise sur l'Helichrysum angustifolium à Corte, par.le D: Petry. Ses plantes nourricières déjà connues sont

Artemisia campestris, absinthium, centawrea paniculata, Doryenium suffruticosum, Genista purgans et scorpius, Hippophæ rhamnoïdes, Lavandula }vera, Plantago cynops, Prunus spinosa, Quercus, Thymus vulgaris.

Elle a deux générations : avril-mai, juillet.

8. Boarmia bastelicaria, Bel. — La chenille de cette belle et rare Boarmia, spéciale à la Corse, n’était pas connue. Je l’ai trouvée en mars 1906 sur l'Helichrysum angustifolium.

Adulte, elle mesure 25-27 millimètres. Subcylindrique, médiocrement atténuée aux extrémités; incisions segmentaires faiblement prononcées, sauf celles des 3e, 4° et 5° segments; peau rugueuse, plissée, mamelonnée par places, mamelons ou caroncules sur les côtés des segments 3-11 et au dos du 11e; le 4 segment ne porte qu'un faible mamelon situé un peu avant le milieu, sous la stigmatale; le 5° segment a deux caroncules de chaque côté, la 1re est large, bifide et porte au milieu de sa base, en arrière, le stigmate, la 2*est plus grosse et plus proéminente et se trouve immédiatement au-dessous de la première; la stigmatale les sépare, les mamelons latéraux des segments 6-8 et 10-11 sont peu prononcés; ceux du 9° sont aussi doubles, le supérieur seul est en forme de petite caroncule ; enfin, le 11° segment un peu relevé en bosse présente deux petits mamelons dorsaux. En dessous, les 4° et 5e segments portent dans le milieu deux petits mamelons rapprochés sur la ligne ventrale.

La couleur de la chenille est en général d’un gris cendré ou jaunâtre, mélangé de brun plus ou moins foncé, passant au brun rougeâtre. Ligne dorsale brune divisée en son milieu, assez continue sur les premiers et les derniers segments, mais interrompue et maculaire sur les segments médians; elle est bordée finement d’une ligne blanc jaunâtre formant surle dos et à l'extrémité des segments 3-9 des sortes de V plus ou moins ouverts et appuyés de larges stries brunes, obliques; sous-dorsales fines, interrompues, plus ou moins distinctes et d’un blanc de crème; stigmatales également blanc de crème, larges, très interrompues, formant des stries obliques sur les 2e et 3e segments; ventre sillonné longitudinalement de fines lignes claires et de bandes brunes; verruqueux petits, brun noirâtre, avec poils courts et bruns ou noirs ; tête scutiforme, très aplatie en avant, bifide, à calottes larges, peu arrondies au sommet et comme proéminentes en avant, jaspée de brun et de blanc jaunâtre; ocelles noirs, épistome et organes buccaux couleur d'os; écusson marqué en avant de brun noirâtre et de blanc jaunâtre à l’origine des lignes claires et des bandes brunes du dos; pattes écailleuses fortes, tacliées de brun; membraneuses avec une large strie blanc jaunâtre sur le côté extérieur, à crochets brun roux; stigmates gris clair, cerclés de noir et entourés de blanc jaunâtre.

Quelques sujets ont, en outre, les stries obliques des 2e et 3° segments et les caroncules et mamelons des autres fortement ombrés de brun foncé ou même denoir.

Cette chenille se fait un léger cocon à la surface du sol avec des grains de terre er sous les débris de végétaux.

Sa chrysalide est assez allongée, d’un brun rougeâtre; surface fortement chagrinée sur le dos, finement plissée ou striée sur les ptérothèques, dont les nervures sont grossièrement indiquées; stigmates grands, elliptiques, assez saillants; mucron large et rugueux à la base, s'amincissant en pointe aiguë, lisse et bifide, à extrémités divergentes.

C’est des chenilles des Boarmia perversaria, B. et um-

braria,Hb. que la chenille B. bastelicaria se rapproche le plus; mais la forme de ses caroncules du 5e segment l’en sépare bien et suffit pour ja distinguer de toutes les chenilles du genre.

* 9. Prosopolopha (Ligia) Jourdanaria, Vill. — Rambur, dès 1832, l’a signalée sur l’Helichrysum angustifolium en Corse. Elle ressemble, dit-il, tellement à celle d’opacaria qu'il est difficile de les distinguer. Dans mon article sur les chenilles des Santolines, j’ai noté les principales différences que les chenilles de Jourdanaria ‘et opacaria offrent entre elles. (Cf. Le Naturaliste, n° 435, p. 91.) À

10. Nola Chlamydulalis, Hb. — Millière (Catal. rais. des Alpes-Mar., p.130), dit: « La première génération vit sur Helichrysum decumbens et sur plusieurs espèces de scabieuses ». Il y a là sans doute un lapsus : il faut lire Lotus et non Helichrysum.

Cette chenille de Nola n'a été observée sur aucun Helichrysum.

11. Sesia chrysidiformis,'Esp. — C'est de Graslin qui nous a appris (Ann. Soc. ent. Fr., 1863, p. 336) que cette chenille vivait dans les racines de l’Helichrysum (le serotinum, sans doute) et de l’Artemisia campestris. Les autres auteurs indiquent les Rumex.

(A suivre.) P. CHRÉTIEN.

De l’Hypertrichose

De temps à autre un barnum exhibe quelque homme chien, quelque femme à barbe, sujet d’étonnement pour le badaud, sujet d'étude pour le naturaliste.

Nous ne rappellerons point toutes les observations d’hypertrichose généralisée, qui ont été publiées depuis celles de Siebold, de Félix Platter, et d’Aldrovande au

xvie siècle. Contentons-nous de rappeler que souvent on a noté une anomalie de la dentition chez les hommes velus : le nombre des dents, surtout des incisives et des canines, est inférieur à la normale. A ce propos, le colone] Duhousset a relevé, à la Société d'anthropologie de Paris, 1900, p. 121, une erreur de Darwin au sujet de Julia Pastrana ; l'illustre naturaliste prétendaitque cette femme velue avait une rangée double de dents. Or, une affection des gencives, formant des bourrelets volumineux, simulait une seconde rangée de dents. Elle n’en avait point le nombre normal, la canine gauche manquant à la machoire supérieure et deux incisives à l’inférieure.

A côté de l’hypertrichose généralisée, se place l’hypertrichose localisée dont les représentants les plus connus sont les femmes à barbe. Cet appendice peut varier depuis la simple moustache jusqu’à la barbe de sapeur. On a prétendu que celte anomalie coïncidait avec l'aspect physique et le caractère de la virago. Les rares observations qui mentionnent ce point particulier affirment, au contraire, que les femmes à barbe avaient un caractère très doux et étaient des épouses modèles.

L'hypertrichose localisée, d'après les dermatologistes, peut s’observer sur toutes les parties du corps; elle se limite à la face, au nez, à la région sacro-lombaire.…. J'ai rapporté dans la Médecine moderne, en 1895, page 687, deux observations d’hypertrichose localisée au dos et à la région lombaire.

Comme le remarque justement le professeur Le Double, au Congrès des Sciences anatomiques de Lyon, 1901, les personnes qui ont les cheveux ou la barbe démesurément longs doivent être regardés comme présentant de l’hypertrichose localisée. Car, à l’étatnormal, même lorsqu'on néglige de les couper, les cheveux ne dépassent pas une certaine longueur. Chez la femme, une chevelure qui dépasse un mètre est déjà remarquable. L’ouvrier de Montluçon dont la barbe atteignait en 1882 4 m. 60 de longueuret en 1901 2 m.50 est un anormal au même titre que l’homme-chien.

À quelle cause est due l’hypertrichose? A la persistance et à l’exagération d’un état, d'ordinaire transitoire, chez le nouveau-né. A'partir du septième mois, le fœtus ale corps et la face entièrement couverts de poils qui peuvent atteindre la longueur de 14 millimètres. La minime partiede ces poilstombeavant la naissance, onles retrouve dans le liquide amniotique. Une certaine quantité disparaît au moment de la naissance; le nouveau-né a généralement le front etles tempescouve:t; (le poils jusqu'aux sourcils; parfois toute la face en est couverte pendant quelque temps. Mais tous ces poils s’en vont dans les premiers mois pour faire place aux poils follets persistants.

Un naturaliste allemand, Ecker, a montré le premier que l’hypertrichose était due à la persistance et à l'exagération de ces poils fœtaux. À l’appui de cette théorie, M. Le Double rapporte l'observation d’un nouveau-né qui ne perdit qu’à l’âge de quatre mois et demi les poils dont il était couvert à sa naissance.

Le plus souvent les poils caducs des nouveau-nés sont de couleur foncée. On sait que les enfants blonds naissent d'ordinaire avec des cheveux foncés qu'ils perdent vers la seconde semaine pour les remplacer par des cheveux plus clairs, comme jele mentionnais en 4895. Je n’ai point vu la réciproque, c'est-à-dire des enfants naïissants avec des cheveux blonds qu'ils perdent après quelques jours pour les remplacer par des cheveux bruns. Or, dans les observations d’'hommes-chiens et de femmes à barbe où la couleur des poils était mentionnée, on la notait foncée.

La présence de poils caducs chez le fœtus serait due pour les naturalistes à l’ontogénèse. L'homme copie, au début de sa vie, un ancêtre qui était couvert de poils bruns. Par un raisonnement analogue, Darwin, relevant des raies passagères sur la robe des jeunes poulains, les attribua à ur ancêtre zèbre. Et l’oisillon naît couvert de duvet parce que l'ancêtre primitif de l'oiseau d’où dériva l’archéoptéryx n’avait point de plumes.

On en a conclu que l’homme provenait du singe. Mais Ecker a montré que le mode d'implantation des poils n’est pas le mêine dans les deux espèces. De plus, les singes ont la face glabre, alors que cette partie du corps est couverte de poils chez le fœtus humain. Pour conserver l'explication ontogénitique, il faudrait dire que le singe est le cousin de l’homme, tous deux dérivant d'un ancêtre poilu.

Quelques ethnologues ont admis que certaines races sauvages avaient un système pileux très developpé parce qu’elles étaient moins éloignées que le blanc de l'ancêtre simien. Ces assertions ont été infirmées par d’autres observateurs. Ainsi les Todas des Nilgherries ne sont pas velus comme on l’a écrit ; M. Mantegazza qui les a vus, note que si quelques-uns sont velus, la plupart ne le

LC] LS ra

sont pas plus queles Hindous Tamouls à la race desquels !

ils appartiennent. On a également prétendu que les

Aïnos étaient très velus; on s'est, sur ce point, fié aux.

Japonais glabres qui ont comparé à eux-mêmes cette race vaincue et méprisée. Le docteur Michaut, qui a vécu chez les Ainos, nous a affirmé qu’ils n'étaient pas plus velus que beaucoup d'Buropéens. Si les femmes ainos paraissent moustachues, c’est qu’au lieu de supprimer les poils qui estompent leur lèvre supérieure, elles les accentuent en les peignant en bleu.

Si les cas d’hypertrichose s'expliquent par la persistance d’un état fœtal, il faut savoir à quelle cause est due cette persistance. Un travail du professeur Armand Gautier, paru à l’Académie des Sciences, le 6 août 1900, nous l'explique.

Les cheveux, les ongles et les poils poussent plus épais et plus longs après un traitement à l’arsenic et à l’iode. Ces deux substances se trouvent à l’état normal dans la glande thyroïde; elles se trouvent dans la « mélanine » qui constitue lepigmentet s’éliminent par la chute despoilset par la desquamation del’épiderme. On retrouve aussi de l’arsenicet de l’iode dans le sang des menstrues chez la femme, alors qu'il n’en existe pas dans le sang normal. Il y a donc un rapport entre la glande thyroïde, le fonctionnement des glandes génitales et de la peau, etle développement des poils.

L’atrophie de la glande thyroïde produit le crétinisme; chez le crétin, les cheveux sont rares, les sourcils mal développés, la face glabre.'

Chez les animaux, les poils, les plumes, les appendices de la peau croissent au printemps, avant l’époque des amours, et tombent ensuite, lorsque les principes arsenicaux et iodés sont utilisés au développement des fœtus.

La croissance des cheveux, chez la jeune fille, s’arréterait quand les menstrues s’établissent ; elle reprend si on la soumet au traitement arsenical. Après la ménopause, il y a recrudescence dans le développement des poils.

Ces recherches du savant chimiste expliquent certaines particularités de l'hypertrichose. Souvent les sujets atteints d'hypertrichose généralisée présentent une atrophie ou une hypertrophie des organes génitaux. Si cette atrophie coïncide avec une exagération des fonctions de la thyroïde, cette dernière provoquera la persistance et l’hypertrophie des poils fætaux. On peut objecter que la castration amène au contraire la chute de la barbe; mais ici il ne se produit pas d'hyperthyroïdisme. Toute région de la peau excitée constitue un foyer d'appel aux nucléines iodées et arsenicales formatrices du pigment de la peau et des poils. Ainsi s'explique la pilosité des nævi congénitaux. De même, une excitation prolongée de la peau, par des sinapismes et des vésicatoires, amêne souvent une hypertrichose localisée par hypertrophie des poils follets situés en cette région; car poils follets et poils de la barbe ou des cheveux ont la même structure: seul le canal médullaire est d'autant plus petit que le cheveu est plus mince. Les dermatologistes ont aussi noté l’'hypertrichose acquise sur les anciennes plaques de pruvigo d'Hebra, etc. Elle s’observe encore à la suite de névrites.

Les travaux chimiques de M. Armand Gautier nous donnent des éclaircissements que le naturaliste n'aurait

pu à lui seul acquérir. Mais tout n’est pas expliqué, nous ne faisons qu’entrevoir la vérité.

D: FÉLIx REGNAULT.

ACADÉMIE DES SCIENCES

L'extension et la régression de la forêt vierge de l'Afrique tropicale. Note de M. AuG. CHEVALIER, présentée par M. E. Perrier.

En ce moment s’opèrent en Afrique occidentale des transformations sociales profondes. Dans des contrées où sévissait, il y a peu de temps encore, l’anthropophagie, les indigènes étendent beaucoup leurs cultures qu’ils sont obligés de faire sur de grands espaces, leurs procédés agricoles étant rudimentaires. La forêt est donc de plus en plus entamée. Tout terrain cultivé conquis sur la forêt vierge constitue certainement un gain précieux pour la civilisation, mais à la condition toutefois que cette forêt ne disparaisse pas partout.

Le Mesoplodon de la Hougue. Note de M. R. AnTnony ‘présentée par M. PERRIER.

Le 2 novembre 1908, M. Ch. Liot, mécanicien du laboratoire maritime de Saint-Vaast-la-Hougue, trouva échoué, vivant, à marée basse, dans les rochers qui bordent à l'Est et au Sud-Est la presqu'ile de la Hougue, un Cétacé ziphioïde appartenant au genre Mesoplodon et, très probablement, à l'espèce Mesoplodon bidens, Sow., la seule qui ait été rencontrée jusqu’à ce jour sur nos côtes. Une étude anatomique complète de cet animal, qui doit être faite ultérieurement, permettra sa détermination spécifique précise et certaine pour laquelle est nécessaire l'examen du squelette, plus particulièrement du crâne et du rachis.

Ce Mesoplodon était un mâle adulte ; il atteignait une longueur totale de 5 mètres environ. Sa couleur était uniformément noire et il présentait à la surface de son corps, comme l’exemplaire, mâle également, étudié par Grieg, en 1904, comme aussi un autre exemplaire mäle échoué en Danemark, un ensemble de lignes blanches très étroites s’entrecoupant et dues probablement à des érosions sur le sable et les rochers. Il présentait en outre les deux grandes dents triangulaires caractéristiques placées au milieu de la mâchoire.

L'estomac ne contenait aucune matière alimentaire.

Le Mesoplondon bidens, Sow. est un Cétacé de haute mer, localisé, semble-t-il, dans la région Nord-Atlantique. On ne l'a d’ailleurs rencontré que très rarement, le nombre total des spécimens observés dans le monde ne serait que de 26. Le vingtseptième serait un exemplaire femelle échoué à Saint-Andrews en mai 1908 et, le vingt-huitième, l'exemplaire mâle de la Hougue. Ce dernier serait seulement le quatrième observé sur les côtes de France.

Cet animal, qui, avant l'échouage de la Hougue, n’était pas représenté aux collections d'Anatomie comparée du Muséum d'Histoire naturelle, n'est guère connu encore que par ses formes extérieures. L'ensemble des organes de l’exemplaire de la Hougue et son squelette ayant été soigneusement préparés, il va être possible d’en faire une étude anatomique complète.

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