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LA PLANEIGLEÉ DES RAS HUMAN

Nous savons (Voir Naturaliste 1907, p. 117) que, parmi les caractères des races humaines, les uns sont fixes et indépendants du milieu, les autres fluctuants et soumis à cette action. Parmi les premiers, il convient de citer la couleur des cheveux et des yeux, l'indice céphalique ou rapport entre la longueur et la largeur dela tête, etc. Les Nègres transportés aux Etats-Unis y ont conservé tous leurs caractères de race ; de même les Européens qui vivent depuis longtemps sous les tropiques n’ont aucune tendance à s’y transformer en Nègres ou en Indiens; la race reste identique à elle-même, sauf s'ily à des croisements avec les indigènes.

Cependant les caractères ethniques ont dû se fixer à un moment donné. D’après certains auteurs, ils ne sont même pas aussi stables qu’on veut bien le dire. C’est ainsi que d’après Walcher la forme de la tête tient tout simplement au plus ou moins de consistance de la couche sur laquelle repose le nouveau-né. Placez un enfant sur un Coussin mou, en plumes, il se tiendra sur le dos et la tête reposera sur l’occiput, de façon que le nez et la bouche aient accès à l'air libre. Par suite la tête aura tendance à s’aplatir d'avant en arrière, elle deviendra brachycéphale. Au contraire, chez les peuples qui ont l'habitude de déposer leurs enfants sur une couche dure, ceux-ci se tournent sur le côté, et le crâne tend à s’aplatir latéralement, à devenir dolichocéphale.

Cette théorie, trop simpliste, ne tient pas compte de ce fait que l'indice céphalique est un caractère héréditaire, qui se transmet avec une grande ténacité. On peut faire la même objection à la théorie de Nystrôm, quoique celle-ci nous apporte quelques faits nouveaux et nous permette, dans une certaine mesure, de comprendre comment a pu s'établir ce caractère si important de la morphologie cranienne. j

M. Nystrüm établit d’abord ce qu'il appelle la loi statique de la brachycéphalie. Lorsqu'on mesure le crâne d’un enfant au repos et quand il crie, on constate que, dans le second cas, c’est-à-dire quand la pression interne augmente, le diamètre transverse devient plus grand, et l’antéro-postérieur diminue ou reste stationnaire. Ce phénomène est dù au principe de Pascal, d’après lequel la pression d’un liquide se répartit également dans tous les sens. Il a dû se passer chez l’homme primitif lorsque le volume de son cerveau a augmenté : le crâne a eu une tendance à se raccourcir. On observe, en effet, fréquemment que dans un pays où dominent actuellement les brachycéphales, les crânes préhistoriques sont dolichocéphales.

D'autre part, les muscles occipitaux servent à maintenirle crâne en équilibre, mais en agissant sur l'os occipital, ils tendent à augmenter l'allongement du crâne. C’est ce que l’auteur appelle la loi dynamique de la dolichocéphalie. Or, les peuples primitits ont des occupations, comme la taille du silex, le bêchage de la terre, qui les forcent à tenir la tête penchée en avant. Elle est maintenue par la contraction des muscles occipitaux et prend une forme allongée. Au contraire, à mesure que la civilisation progresse, l’homme est suppléé dans les travaux les plus pénibles par des animaux ou des machines. Il se redresse, et la tête esten équilibre parfait sans que les muscles occipitaux aient à intervenir.

Les Mongols qui passent une partie de leur vie à cheval sont brachycéphales ; il en est de même des Lapons, qui vont en traineau et n’ont jamais fait d'agriculture. Il est à remarquer cependant que les Eskimos, qui mènent un geure de vie identique, sont dolichocéphales. En somme, le fait affirmé par l’auteur ne peut être établi en loi générale, car il subit de nombreuses exceptions. Il n’en est pas moins vrai que l’augmentation du volume du cerveau peut avoir pour effet un raccourcissement du crâne et que le genre de vie n’est pas absolument sans influence sur la forme de cetorgane.

On a essayé de démontrer que la taille est sous l'influence directe du milieu; elle serait plus élevée dans les régions calcaires, plus basse dans la montagne. M. Pittard a étudié comparativement ces divers facteurs dans le Valais. Il a reconnu que ni le sous-sol géologique, ni l’altitude, ni l'exposition plus ou moins ensoleillée n’exercent d'action sensible sur la taille des populations.

Faut-il faire rentrer dans le domaine de la plasticité ou dans celui du mimétisme le phénomène suivant sur lequel a insisté Hertz? Les hommes éminents exercent une influence modificatrice sur leurs contemporains, qui adoptent leur physionomie, leur coupe de cheveux et de barbe, leurs gestes. Les survivants du second empire ressemblent souvent à Napoléon II]; on rencontre en Allemagne beaucoup de personnages qui ont la moustache retroussée à la façon de Guillaume Il, et les Allemands du Sud singent les manières tranchantes et le langage rude des Prussiens. Les ordres religieux, les professions donnent à leurs membres un type physionomique spécial.

Mais dans tous ces cas il ne s’agit que d’une ressemblance toute superficielle due au costume, aulangage, au système pileux, à la façon de se comporter. Ce serait une plaisanterie de vouloir voir dans ce phénomène une véritable modification du type physique.

D'après M. Sofer celui-ci ne change que sous l’influence des croisements. Les métis n'occupent pas le milieu entre les deux races qui leur ont donné naissance : chacun des caractères de celles-ci se transmet indépendamment des autres en obéissant aux lois de Mendel. Les Juifs proviennent du croisement d’une race dolichocéphale avec une race brachycéphale : le caractère dominant est la brachycéphalie, et c’est elle qu'on rencontre le plus souvent. L'isolement causé par le milieu géographique (populations des iles ou des vallée isolées) ou par l’'endogamie tend également à fixer les caractères des races.

Certains facteurs peuvent favoriser un élément d’une race au détriment des autres. Lorsque des Européens vont s'établir sous les tropiques, les blonds s’y acclimatent plus difficilement que les bruns. Ceux-ci augmentent de nombre, se perpétuent, tandis que les blonds sont peu à peu éliminés par les maladies. Aussi, indépendamment de tout croisement avec les indigènes, la population devient de plus en plus foncée. On sait que Darwin attribuait la couleur des Nègres à une sélection de ce genre. Cette hypothèse est insoutenable, car alors il faudrait que tous les indigènes vivant sous un climat chaud soient noirs, et il est loin d’en être ainsi. D’ailleurs, tout en brunissant sous l'influence du soleil tropical, les colons européens restent cependant dans les limites des variations permises à leur race.

L'alimentation et le genre de vie ont une influence

indéniable sur les caractères physiques. Les agriculteurs qui vivent au grand air sont mieux bâtis que les ouvriers d'industrie. la taille des Japonais tend à augmenter depuis qu’ils se servent de chaises et de bancs au lieu de passer une partie de leur vie accroupis à terre.

Enfin, lorsqu'une race se compose de plusieurs éléments, la fécondité plus grande de l’un d'eux tend à modifier les caractères physiques du mélange. C’est toujours l’élément le plus pauvre, et le moins évolué, dont la fécondité est la plus grande. C’est ce qu'on observe en Allemagne, où, malgré toutes les lois d'exception, les Polonais gagnent de plus en plus de terrain dans certaines provinces.

On voit, par ce résumé, que si l'influence du milieu, des occupations, du genre de vie est indéniable, les véritables caractères ethniques échappent encore à l’ana lyse et on ne saurait dire sous l'influence de quels facteurs se sont fixées les grandes races humaines, telles que les Blancs, les Nègres et les Mongols, dont les caractères nous frappent par leur ténacité.

Dr L. LaLoy.

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