CURIEUX RETRAITS DANS UNE ARGILE TONGRIENNE
Déjà à diverses reprises, noslecteurs ontété tenus au courant de traces plus ou moins régulières trouvées dans des roches d’âges très divers et dont il était ordinairement fort difficile de diresielles provenaient de débris organiques plus ou moins partiellement fossilisés ou si, au contraire, elles n'étaient que le contre-coup de phénomènes physiques plus ou moins analogues au soleil, à la pluie, au vent fossile, etc. M. de Saporta, qui a fait de si magnifiques travaux sur la flore fossile de beaucoup de niveaux géologiques, a consacré des publications restées célèbres à ces empreintes problématiques, auxquelles on a d’ailleurs bien fait d'attribuer un nom plus ou moins provisoire et permettant de s'entendre quand on en parle. Parmi ces empreintes'les bilobites ont surtout fixé l'attention et on sait la discussion qu'ils/ont provoquée précisément entre Saporta et plusieurs autres naturalistes comme Nathorst, Edouard Bureau et Delgado.
Ces bilobites tirent leur nom de ce que leurs types les plus nets consistent en deux bourrelets accotés l’un contre l’autre de facon qu’une section perpendiculaire à la longueur présente deux lobes juxtaposés. Il y en a de diverses espèces, grêles ou obèses, longues ou courtes, mais toujours la surface est agrémentée de stries disposées symétriquement en chevrons de part et d'autre du sillon médian.
Les exemples d’abord connus de bilobites viennent du terrain silurien ; le grès armoricain de l’ordovicien inférieur est souvent désigné sous le nom de grès à bilobites et nous en avons en France de riches gisements en divers points delaNormandie comme Bagnoles de l'Orne, et comme Mortain. En d’autres pays on a trouvé des spécimens difficiles à distinguer de ceux de ces localités françaises et c’est tout spécialement le cas pour la large région de Barrancos, en Portugal.
L'apparence de ces bilobites siluriens est si singulière que les paysans les plus primitifs les ont remarqués de tous temps et rien n’est plus singulier, par exemple, que l'interprétation que nous en donnent les autochtones de Bagnoles. Cesbraves gens y voient sans hésitation des témoignages du Déluge universel qui, selon eux, a détruit des fermes en grand nombre danslacampagne normande, tout en laissant subsister des vestiges auxquels on ne peut se tromper. Les gros bilobites courts sont des moulages de « pas de bœufs », pendant que les bilobites minces et allongés sont des empreintes d’« épis de blé » ; d'autres accidentsconfirment cette détermination : par exemple en maints endroits on voit des dépressions en forme d'étoiles à trois branches : ce sont des «.foulées de poules» et même on rencontre des trous cylindriques perpendiculaires aux couches du sol, que les paléontologistes appellent Tigillites et qu'ils considèrent comme desperforations de la vase silurienne par des vers, mais qui pour nos bons paysans sont des témoignages de « bout de la canne du berger ». Rien n’y manque, comme on voit.
Il importe d’ailleurs d'ajouter que ces accidents ne sont pas rattachables d’une manière nécessaire au niveau silurien et il est vraisemblable, au contraire,qu'on en trouvera dans les terrains de tous les âges, pourvu que la structure des roches soit favorable. Pour ma part j'ai décrit naguère avec détail, dans le Naturaliste, un riche