DANS LA COLORATION DE LA PEAU HUMAINE
La uature des pigments qui colorent la peau varie suivant les animaux. Le pigment urique donne les teintes brillantes de certains poissons et papillons. La chlorophylle des feuilles rend vertes les chenilles qui s’en nourrissent. Les lipochromes, graisses qui colorent le jaune d'œuf, donnent à plusieurs mammifères une peau aux couleurs brillantes, La mélanine enfin brunit la peau des vertébrés, et notamment celle de l’homme. Nous bornerons cette étude à ce dernier.
Fe
Longtemps on admit que la couleur foncée de la peau humaine était due aux rayons solaires. Depuis Strabon jusqu’à Buffon et Blumenbach, cette opinion régna dans la science. En effet les personnes exposées au soleil se hâlent. Dans toutes les races, les femmes qui séjournent dans les habitations closes ont le teint plus clair que les hommes qui travaillent en plein air. Enfin les peuples méridionaux ont le teint plus foncé que ceux du Nord, et les nègres habitent des pays chauds.
Pourtant, l'étude ethnographique permet de relever de nombreuses exceptions.Cette doctrine attaquée par Pallas, au xvire siècle, par d'Orbigny, Jodron, etc., au xiIxe, n’est plus admise par la plupart des anthropologues. Quand Darwin écrivit son livre sur la Descendance de l'homme, il avança (Formation des races humaines. Chapitre VII.) que la coloration des races foncées « provenait peut-être de ce que les individus les plus noirs avaient mieux résisté, pendant une longue série de générations, à l’action délétère. des miasmes pestilentiels des pays qu’ils habitent ». Et il citait notamment l'immunité des nègres contre la fièvre jaune. Actuellement les progrès de la science nous autorisent à rejeter l’hypothèse de Darwin et confirment, en la précisant, l’ancienne théorie.
L'immunité dont le nègre jouit contre la fièvre jaune n’est pas due à ses pigments, mais à la constitution de ses humeurs. Le blanc, qui a eu cette maladie ou a été vacciné contre elle, n’a plus à en craindre les atteintes; pourtant il ne s’est pas pigmenté.
Les rayons calorifiques ne pigmentent point : les ouvriers qui travaillent dans les chambres surchauffées gardent leurteint. Les rayons chimiques au contraire, provoquent la formation du pigment,comme l’a montré Finsen, l'inventeur de la photothérapie. Eux seuls produisent le coup de soleil et, par une action plus lente, brunissent le visage etles membres qui ne sont pas couverts de vêtements.On areconnu qu’en exposant les bactéries chromogènes à la lumière, on favorisait chez elles la production du pigment.
Cette pigmentation est une réaction de défense. Elle détruit les radiations lumineuses, les convertit en énergie qui détermine des mouvements oscillatoires des granules. L'homme à peau!noire ne] craint pas l’érythème solaire. Les alpinistes ont soin de se barbouiller de suie pour éviter le coup de soleil, quand ils traversent les glaciers des montagnes. La peau brunie par un premier
| érythème n’a plus à redouter une nouvelle morsure du
soleil.
Les peuples chasseurs, qui vivent à l'ombre d’épaisses forêts équatoriales, peuvent avdir unteintpeu foncé : «En Amérique, nous dit d'Orbigny, le voyageur qui descend les plateaux des Andes constate que les sauvages qui errent dans les forêts de l'Amazone ont la peau moins brune que les Péruviens et les Boliviens. « De même l’orang-outang n’a point la peau noire et le visage du chimpanzé présente une coloration rose,
Les races humaines et animales qui habitent une contrée très humide et par suite peu lumineuse, ont néanmoins une peau très foncée. En effet, si les vapeurs d’eau retiennent une partie des rayons calorifiques, elles laissent passer les rayons chimiques. Finsen en a fait la démonstration et quiconque est allé sous les Tropiques sait qu'on attrape facilement un coup de soleil par les temps couverts.
A l’opposé, les races qui habitent un pays chaud, mais sec, comme les Touaregs et les Arabes, sont moins pigmentées. En effetelles se protègent desrayons solaires au moyen de vêtements que les habitants de contrées chaudes et humides ne peuvent supporter.|
On comprend aussi que les races des contrées boréales Esquimaux, Lapons, Samoyèdes... présentent une teinte très foncée. Ces peuples, chasseurs et pasteurs, sontexposés aux rayons solaires des longs jours d'été, et l'intensité dela lumière réfléchie par la neige et la glace est insupportable.
Au contraire les gens qui se garantissent des effets du soleil en restant dans leur fmaison, conservent un teint clair. C’est le cas des Irlandais quisont blonds, alors que leur pays est situé à la même latitude que celui des Lapons. Et les descendants d’Européens établis dans les colonies conservent une peau claire; car ils nes’adonnent point aux travaux des champs, font la sieste pendant les heures chaudes de la journée, redoutent le soleil.
I! convient de reverir à l’ancienne théorie. La pigmentation de la peau dépend des rayons solaires. Mais ce n’est point le seul facteur.
Les zootechniciens ont remarqué que les races d’animaux rustiques qui vivent dans des conditions assez dures, étaient plus pigmentées que celles qui sontaffinées, lymphatiques et ne prospèrent que grâce aux soins dont elles sont entourées. Il est possible que certaines races sauvages, comme les Néo-Zélandais, les Tasmaniens, qui vivent dans des contrées tempérées, soient pigmentées du fait de leur rusticité.
D’après le chimiste A. Gautier, l’hyperthyroidie ou exagération des fonctions de la glande thyroïde favorise la production des pigments. Les Européens de teinte brune, quisont plus'actifs et plus nerveux que leurs compatriotes blonds ou roux, pourraient en certains cas être redevables à l'hyperthyroïdie de leur tempérament et de leur pigmentation.
M. Carnot a reconnu que la qualité des granules pigmentaires varie suivant les individus: chez les uns, ces granules sont clairs, chez les autres ils sont foncés, voire noirs. Les Chinois, les Peaux-rouges semblent redevables de la couleur de leur peau à la qualité, à la nature de leur pigment.
Enfin il faut toujours se méfier des assertions des voyageurs. La couleur de la peau des Indiens de Bolivie, est, dit M. Chervin, moins foncée en réalité qu'elle ne parait sous la couche de poussière et de crasse dont
elle est habituellement recouverte. Pareille erreur a dû !
être souvent commise.
Toutes les observations de sujets à peau brune vivant dans des climats tempérés doivent être revisées.
Dr FÉLIX REGNAULT.
LES PLANTES VUES AU HICROSCOPE
TRAVAUX PRATIQUES DE BOTANIQUE
Comment on obtient une préparation.
Le but des manipulations microscopiques consiste à obtenir des fragments d'objets aussi minces et aussi transparents que possible. Par les articles que nous leur avons consacré on a vu comment On arrive à ce but. Supposons le résultat atteint. Pour observer le fragment au microscope, voici comment l’on procède :
1° On prend une lame de verre d'environ 7 centimètres sur 2 centimètres et demi; .
20 On dépose au milieu une goutte d'un liquide dont la nature varie la nature de l’objet à observer (eau, alcool, glycérine, etc.);
3° On place le fragment à observer dans cette goutte de liquide;
40 On place sur la goutte une lamelle de verre excessivement mince d'environ 20 millimètres sur 20 millimètres. Le fragment se trouve ainsi pris entre la lame et la lamelle : elle s'étale, tout en baignant detoutes parts dans le liquide où on l’a placée et qui gagne généralement jusqu'aux bords de la lamelle.
La préparation est achevée et susceptible d’être portée sur la platine du microscope pour être observée. Pour décrire sommairement son obtention, on s'exprime généralement ainsi : On dit que l’on monte dans une goutte de (tel liquide) entre lame et lamelle.
Comment on conserve une préparation.
Certaines préparations seulementpeuvent étre conser-
vées indéfiniment. Ce sont celles que l’on observe dans de la glycérine. Il faut, pour y arriver, posséder les objets suivants :
4° Un bloc de paraffine fondant à environ 50e ;
20 Un fi de fer épais, recourbé à angle droit, à une extrémité, sur une longueur de { centimètre et demi et pénétrant, par son autre extrémité, dans un bouchon ;
30 Une dissolution de cire à cacheter faite (à froid) dans de l’alcool fort (à 80° ou 90° environ), de manière à obtenir un liquide un peu pâteux, mais fluide cependant;
4o Un petit pinceau qui reste à demeure dans cette dissolution : le plus simple, pour cela, est de faire passer le pinceau par le bouchon.
Ceci dit, voici comment l’on procède :
1o Monter le fragment à conserver entre lame et la melle, dans une goutte de glycérine, com me nous l’avons indiqué plus haut. Il faut que la glycérine s'arrête exactement au bord de la lamelle : c’est là le point le plus délicat à obtenir.
Si la glycérine est en excès, c'est-à-dire « bave » sur la lame par tout le pourtour de la lamelle, on enlève le surplus avec du papier buvard.
Si, au contraire, la glycérine est en quantité insuffisante, On peut en rajouter, en placant sur un des bords de la lamelle (mais sur la lame seulement) un peu de glycérine, qui y pénètre par capillarité. Quand le dessous de la lamelle est bien garni de glycérine, on essuie avec le plus grand soin le point où a été fait l’apport supplémentaire de glycérine;
2° Chauffer l’angle droit du fil de fer dans la flamme d’un bec de gaz ou d’une lampe à alcool ;
3° Retirer le fil de fer de la flamme et placer l'angle droit à la surface du bloc de paraffine, laquelle fond immédiatement à son contact;
4° Retirer le fil de fer du bloc de paraffine : ilentraine avec lui une goutte de cette matière ;
5° Sans tarder, porter l’angle droit du fil de fer audessus de la préparation, et s'arranger de manière que la goutte qu'il porte vienne s’étaler à un des angles de la lamelle, en partie sur celle-ci et en partie sur la lame : elle s’v fige instantanément. (Nota: le fil de fer luimême ne doit jamais toucher ni la lame ni la lamelle) ;
6° Reporter le fil de fer dans la flamme, reprendre une goutte de paraffine, puis la déposer à un deuxième angle de la lamelle ;
1° Faire de même avec les deux autres angles ;
8° Faire de même avec tout le pourtour de la lamelle, de manière que celle-ci, finalement, soit lutée enfièrement par un cadre de paraffine ;
9° Chauffer de nouveau un peu l’angle droit du fil de fer et le promener délicatement sur le cadre ainsi formé de manière à le régulariser ;
10° Recouvrir tout le cadre de paraffine avec la dissolution de cire à cacheter déposée sur lui avec le pinceau et de telle sorte que le deuxième cadre de cire ainsi produit dépasse un peu celui de paraffine, aussi bien du côté de la lamelle que du côté de la lame ;
11° Laisser l'alcool de la cire s’évaporer, ce qui demande quelques heures. 1
La préparation est achevée et peut durer indéfiniment. Il faut la compléter par une ou deux étiquettes collées, à droite et à gauche de la lamelle, sur la lame. Marquer sur ces étiquettes la nature de la préparation, la date à laquelle elle a été obtenue, etc.
Finalement, placer toutes les préparations dans une boîte spéciale à rainures, dont il existe de nombreux modèles chez les marchands d'objets de micrographie, afin de pouvoir les revoir quand besoin est.
Comment on fait une coupe végétale.
Matériaux à employer. — Pour les manipulations de botanique, on peut employer des matériaux frais, c'est-à-dire des fragments de plantes fraîchement cueillis, mais, dans bien des cas, on a avantage à utiliser des fragments de plantes conservés dans de l’alcool (à 70° environ), alcool quiles durcit et leur donne une consistance cornée facilitant beaucoup les coupes. Les matériaux ainsi conservés, quelle que soitleurancienneté, sont, d’ailleurs, toujours aussi bons, ce qui est très avantageux pour les employer à un moment quelconque.
Pratique des préparations.— Les préparations se font de deux facons, suivant le but que l’on veut atteindre :
1° On détache un fragment de la plante extrêmement petit et on l’examine, entre lame et lamelle, dans un liquide approprié ;
2° Lorsque l'organe à étudier est de volume trop considérable, on doit y pratiquer des coupes, c'est-à-dire des tranches si minces qu'on ne voit pas l'épaisseur, à l’aide d’un rasoir. Celui-ci doit être de très bonne qualité et avoir, autant que possible, des faces planes (et non un peu creuses comme ceux qu’emploient parfois les coiffeurs). Ce rasoir doit être très fréquemment repassé (presque à chaque manipulation), d’abord sur une pierre spéciale très fine (en le faisant glisser obliquement et le côté tranchant en avant), puis sur un cuir particulier (en le faisant alors glisser le côté tranchant en arrière).
Coupes à main levée. — Souvent les coupes peuvent se faire en tenant simplement le fragment dans la main gauche, entre le pouce et les autres doigts, tandis ‘qu’on y pratique des coupes avec le rasoir tenu dans la main droite. Mais il faut alors que le fragment dans
- lequel on fait les coupes ne dépasse pas l'index de plus de deux à six millimètres environ : on s’habitue même à pratiquer des coupes en appuyant la lame du rasoir sur cet index, qui lui sert de guide. C’est ce que l’on appelle pratiquer des coupes « à main levée ». (Nota : Faire grande attention à ne pas se couper les doigts avec le rasoir, le pouce gauche notamment.)
Coupes dans la moelle de sureau. — Dans beaucoup de cas, on a avantage à pratiquer les coupes en employant des cylindres de moelle de sureau que l’on trouve chez tous les marchands d'objets de micrographie et qui ont pour rôle de « caller » l’objet que l’on coupe, ainsi que nous allons l’expliquer.
Coupes en travers. — Supposons que nous voulions pratiquer des coupes transversales (c’est-à-dire en travers) dans un fragment de tige d’un centimètre de long. Nous couperons d’abord le cylindre de moelle de sureau en deux parties longitudinales par une fente passant par son axe. Puis, avec un canif, nous sculpterons chaque morceau sur les faces ainsi coupées de deux cavités demi-cylindriques telles que lorsqu'on les réappliquera l’une sur l’autre, l’espace ainsi formé soit égal au volume de la tige ou, mieux encore, plus petit. On place alors la tige dans cette cavité et on presse un peu la moelle de sureau de manière à ce que celle-ci et la tige ne forment bien qu'une seule masse : il importe surtout que le fragment de tige ne ballotte pas dans sa cavité, mais y soit bien pincé (1). C’est alors que, tenant le tout dela main gauche, on pratique, à la partie supérieure, des coupes aussi minces que possible et qui, pour la plupart, intéressent à la fois la moelle de sureau etla tige. Au fur et à mesure qu’une coupe bonne — en apparence du moins — est obtenue, on l’enlève du rasoir sur laquelle elle repose, à l’aide d’un tout petit pinceau dont la partie poilue n’a pas plus de 3 à 4 millimètres et on la transporte dans un godet rempli d’eau ; quant aux fragments de moelle de sureau qui se trouvent avec la coupe et le rasoir, on ne s’en occupe pas, ou, mieux, on les enlève avec un petit linge. On répète plusieurs fois l'opération de manière à avoir quelques coupes — une dizaine, par exemple, — flottant dans l’eau. C'est dans cette collection que l’on fait un choix, c'est-à-dire que l’on recherche celles qui sont les plus fines, ce qui se reconnait généralement à leur plus grande
(4) Quand il s’agit d’un organe plat, par exemple un fragment de feuille, il est inutile de sculpter la moelle de sureau : il suffit de la pincer entre les deux morceaux.
transparence, et les plus entières, c’est-à-dire les moins détériorées par le rasoir. On prélève alors l’un de ces corps et, en l’enlevant avec le petit pinceau, on le transporte dans une goutte de liquide placée sur une lame et on recouvre le tout d’une lamelle : la préparation est ainsi « montée » et prête à observer. Parfois, comme nous l’avons vu précédemment, avant de monter la coupe, on lui fait subir diverses manipulations.
Coupes longitudinales. — Si, au lieu de désirer des coupes transversales de la tige, on désire des coupes longitudinales (c’est-à-dire en long), on coupe un petit fragment d'un demi-centimètre de long et on le dispose dans une cavité creusée perpendiculairement au gran& axe de la moelle de sureau. On pratique des coupes comme précédemment, mais naturellement dans la longueur de la tige. Ces coupes longitudinales sont, d’ailleurs, plus difficiles à obtenir que les coupes transversales.
HENRI COUPIN