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CHEZ LES ABEILLES

La vie collective des abeilles les oblige à des travaux très variés, inconnus des espèces qui ne vivent pas en société. Ce genre de vie très spécial retentit sur toute eur physiologie ; c’est ainsi que les abeilles ne subissent pas l’engourdissement hivernal com mun à la plupart des insectes. Elles se protègent contre le froid en se réunissant dans leurs maisons de cire, et en y amassant de grandes réserves de miel, source de chaleur destinée à remplacer le soleil d'été. Il y a, par suite, un certain intérêt à étudier leurs échanges nutritifs au cours des diverses saisons. C’est ce qu'a fait Mme Marie Parhon (Thèse de la Faculté des sciences de Paris, 1909).

Voici la méthode qu’elle a employée. Elle recueille un poids déterminé d’abeilles, soit 30 grammes, qui représentent environ 600 insectes. La récolte se fait, soit en placant un piège à l'entrée de la ruche, soit en hiver, en faisant tomber une partie de la grappe d’abeilles de la ruche dans une cage en toile métallique.

Cette cage renfermant les abeilles peut être placée dans une cloche hermétiquement close dont la capacité est de 5 litres et qui est elle-même plongée dans un bain d’eau à température constante. L'air de la cloche est soumis à une circulation continue au moyen d'une petite pompe aspirante et foulante. Des tubes à potasse permettent de doser l'acide carbonique exhalé, tandis que l'oxygène qui pénètre dans la cloche est mesuré par déplacement de liquide dans une burette. La durée de chaque expérience a été de deux heures. A chaque saison, on a fait des expériences aux températures sui< vantes : 10°,200, 330et35°. De plus, en été, quand lactivité fonctionnelle des abeilles est à son maximum, On est descendu jusqu'à 0° et monté jusqu’à 45°, température à laquelle les abeilles meurent. Enfin, une autre série d'expériences a été consacrée à rechercher l’influence de la température ambiante sur l'élimination d’eau par le corps des abeilles. Dans ce but, on envoyait dans la cage de l'air desséché par son passage sur de l'acide sulfurique, et on recueillait la vapeur d’eau éli-

| minée par les abeilles, en faisant passer l’air venant de la

cage à travers une seconde série de tubes à pierre ponce, imbibés d'acide sulfurique.

Voici les principaux résultats obtenus par l’auteur. Tout d’abord, on constate que les échanges respiratoires des abeilles sont très actifs, par rapport à ceux des autres animaux. On peut s’en convaincre par l'examen du tableau suivant :

2) Bar o tie lite ENleRe plaise less ESPÈCES ANNEE E LE Ne NE Re) ES “à n Ole Laure So) SIENNE SEA EE ÉMIS 2 MAS ETANEN UE cc. CCS Abeilles ..:::207 20 0 17.336 17.575 1,01 Moineau.......... 19 6.709 5.991 0,79 Mouche} rer 20 4.980 5.139 4,14 SOUTIS MNT 20 4.700 4.100 0,80 CoObaye HEAR 19 1.612 1.896 0,86 (ONE ess ader 21 911 674 0,74 ROUIC EPP rer PAR e 19 740 675 0,90 Lapins rem 19 690 632 0,92 Hommes rs 20 233 166 0,78 Chevalier eee 20 215 196 0,91 Iézanti erreur 20 134 100 0,75 Grenouille ........ 20 70 57 0,80 CYPrIN MT AMRERTESS 8 55 310 0,66 EOulpe Rte rene 16 44 38 0,86 Ecrevisse......... 12 38 33 0,86 ASLÉTIE REC 12 32 25 0,78

On voit que les abeilles se trouvent en tête de la série par leur activité respiratoire. Cette activité s'explique, à la fois, par les travaux qu'elles exécutent tant au dehors qu'à l’intérieur de la ruche pendant la belle saison, et par la nécessité d'entretenir leur chaleur en hiver. On sait que la température de la ruche est de 32°à 33° en toute saison.

Les abeilles luttent contre le froid en augmentant leur production de chaleur, grâce à une respiration plus intense, et en diminuant la déperdition de cette chaleur. Parmi les causes qui enlévent de la chaleur à l'organisme vivant, l’évaporation de l’eau est une des plus importantes. Or, l’auteur a constaté que l'élimination de l’eau par le corps des abeilles est bien plus faible en hiver qu'en été. Il y a accumulation d’eau dans le corps de ces insectes pendant la saison froide.

Contre la chaleur, les abeïlles luttent d’une part, en ralentissant les échanges respiratoires et, d'autre part, en augmentant l'élimination d’eau, d’où déperdition de chaleur.

La défense de l'organisme des abeilles contre les changements de la température ambiante se manifeste surtout pendant les saisons intermédiaires, c’est-à-dire pendant l’automne et le printemps. Ainsi, on constate que, pour une même température, 20° par exemple, les abeilles consomment en été 17 litres d'oxygène par kilogramme et par heure, et en automne 24 litres.

De même, à la température de 32°, elles consomment 41 litres en étéet 17 litres en automne. Au printemps, l’activité des échanges pour la température de 20° est plus grande que dans toutes les autres saisons. Elles consomment à cette époque 34 litres d'oxygène par kilogramme et par heure contre 22 en hiver et 24 en automne. Cette augmentation brusque de la consommation d'oxygène n’est pas due seulement à la lutte contre le froid, mais surtout au retour à l’activité de la belle saison. En effet, au printemps il ya déjà du couvain dans la rucheet il s’agit de produire assez de chaleur pour

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pouvoir l’élever. Puis, à mesure que la saison s’avance, les abeilles s'adaptent à ce genre de vie plus actif, et, n'ayant plus à lutter contre le froid, leur consommation d'oxygène diminue, et la plus grande partie de l'énergie résultant des combustions intra-organiques est employée à l’accomplissement du travail mécanique.

La teneur en eau des tissus des abeïlles est de 71,4 % en été et de 74,8 en hiver; nous savons que ce fait est en relation avec la lutte contre le froid pendant la mauvaise saison, avec la lutte contre la chaleur pendant la belle saison.

Le quotient respiratoire varie peu avec la saison et la température. Il est toujours voisin de l'unité, ce qui indique que le combustible que brülent les abeilles est du glucose ; le miel constitue, en effet, leur aliment essentiel à l’état adulte. Le peu d'albumine qui leur est nécessaire leur est fourni par le pollen qu'on trouve également dans leur tube digestif. Comme les abeilles se nourrissent de la même facon pendant toute l’année, la teneur de leurs tissus en azote eten glycogène ne varie pas avec la saison.

Je ne discuterai pas les résultats généraux obtenus par Mne Parhon. Il me semble cependant que Ja méthode employée est critiquable.En plaçant des abeilles dans une cage de dimensions forcément restreintes (et non indiquées dans le mémoire original), on les met dans des conditions absolument artificielles. Voici des abeilles qui partaient pour butiner etque vous avez prises au piège, d'autres que vous réveillez de leur engourdissement hivernal pour les mettre en cage. Elles vont s’obstiner à chercher une issue, à grimper le long des parois pour s’échapper,et cela jusqu’à leur mort. Mme Parhon nous dit qu’elle les nourrit avec du miel ; mais dans ces conditions une abeille ne s’alimente pas. Je pense donc que lorsque ces insectes sont inquiets et se livrent à une activité désordonnée, l'intensité de leurs échanges doit être augmentée. En tous cas, elle doit être différente de ce qu'elle est à l’étatnormal. Les abeilles qui ont pénétré par inadvertance dans une chambre et qui n'en retrouvent pas l'issue passent leur temps à se heurter contre les vitres et finissent par mourir d’épuisement nerveux. Il doit en être de même dans les cages de Me Parhon, sans que cependant elle nous le dise.

Pour avoir une vue réellement exacte des échanges respiratoires des abeilles, il faudrait faire pénétrer dans une ruche, strictement close d’ailleurs, si l'expérience se fait en hiver, de l'air privé d’eau et d'acide carbonique. On en extrairait, à la sortie, la quantité de ces deux substances qui aurait été exhalée par les abeilles. Bien entendu, la quantité d'air serait mesurée à l'entrée, ce qui donnerait la proportion d'oxygène absorbée.

Si l'expérience se fait en été, on pourrait diriger convenablement le courant d'air de facon à empêcher toute pénétration d’air par le trou de vol, quiresterait ouvert; de la sorte, on ne gênerait pas le travail des abeilles. Enfin la ruche serait posée sur une bascule automatique qui inscrirait ses variations de poids. On saurait ainsi ce que sont les échanges nutritifs et respiratoires dans une ruche en fonctionnement normal, ce quiest plus intéressant que les résultats toujours un peu artificiels des recherches de laboratoire.

Dr L. LALOY.

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