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ACADÉMIE DES SCIENCES
Remarques sur l'Okapi. Note de MM. Maurice ne Roruscaicp et Her NEUVILLE, présentée par M. En. PERRIER.
La découverte de l'Okapi est encore relativement récente; sa splanchnologie reste totalement inconnue, mais ses caractères zoologiques, son habitat et ses mœurs mêmes sont maintenant assez bien fixés. Les magistrales études de M. Ray Lankester et la superbe monographie de M. Julien Fraïpont ont largement renseigné les naturalistes sur cet animal, considéré comme mystérieux il y a peu d'années seulement.
Les. études qui font l'objet de cette note sont exclusivement ostéologiques et ont trait à certaines particularités du crâne, de la colonne vertébrale et des extrémités.
Le crâne de l'Okapi se distingue de celui des Girafes par maints caractères. L'un des plus frappants, pour l’anatomiste, est le développement considérable de ses tympaniques (sensu lato), qui forment des bulles arrondies, très volumineuses, bien différentes de celles des Girafes. Toutefois, chez les jeunes Girafes, les tympaniques forment des bulles très développées qui s’atrophient progressivement et sont tout à fait comparables à celles de l'Okapi adulte. A ce point de vue, l'Okapi adulte présente donc un stade réalisé chez les jeunes Girafes.
En ce qui concerne la colonne vertébrale, les auteurs, suivant l’intéressante découverte “due à M. Ray Lankester, ont pu établir chez l'Okapi l'existence de la double articulation cervico-dorsale, c'est-à-dire que la septième cervicale s'articule avec la première dorsale à la fois suivant le mode d’articulation cervical et suivant le mode dorsal.
Toutefois, ce fait coñstant se trouve atténué par l’immaturité. Etendant leurs recherches, les auteurs ont retrouvé la même articulation double chez les Oryx. Une ébauche de l’articulation médiane, du type dorsal, y apparaît dès l’axis et se développe graduellement; sur la septième cervicale, elle devient identique à celle de l'Okapi; tout au plus doit-on signaler que ses facettes articulaires sont moins plates.
Quant aux extrémités, elles sont assez différentes chez l'Okapi de celles des Girafes. Chez ces dernières, les phalanges sont très larges ettrès puissantes, surtout à l’état pleinementadulte, car, chez les jeunes, elles sont moins massives. Par contre, chez l’Okapi, elles sont très déliées et rappellent, plutôt que celles des Girafes
ou des bœufs, celles des Cerfs. La première phalange y est encore plus grêle que chez ces derniers, un peu moins, cependant, que chez certaines Antilopes de marais ; sa face antérieure, au lieu d'être aplatie comme chez les Girafes, est convexe ; sa face postérieure présente des tubercules moins saillants, dont l’interne, le plus développé chez les Girafes, se réduit chez l'Okapi à une crête linéaire descendant jusque vers la moitié (membre antérieur) ou le premier tiers (membre postérieur) de la longueur. C’est la seconde phalange qui offre les différences les plus frappantes; le caractère bovien qu’elle présente chez les Girafes n'existe pas du tout chez l'Okapi, mais la ressemblance avec la seconde phalange des Cerfs y est grande. La troisième phalange de l'Okapi est proportionnellement plus courte que celle des Girafes ; sa facette articulaire, aussi étendue en arrière que chez celles-ci, est plus longue, par conséquent, que chez les Ruminants, en général; c’est par suite de la brièveté relative de la région située en avant du trou plantaire de la face interne que cette troisième phalange paraît plus haute et plus courte chez V’Okapi. L’éminence pyramidale, émoussée chez les Girafes, est ici plus saïllante ; ses trous vasculaires, différents de ceux des Girafes, le sont aussi de ceux des Bovidés.
Tant au point de vue de l'articulation cervico-dorsale qu'à celui des extrémités, le Nilgaut (Boselaphus tragocamelus Pallas), qu'on a voulu rapprocher des Girafidés, présente, au contraire, des caractères boviens.
Les caractères différenciels qui font l’objet de cette note sont surtout adaptatifs, mais lés quelques données ontogéniques qui peuvent être relevées ici rapprochent l’Okapi adulte des Girafes à l’état jeune et, malgré la convergence signalée entre l’articulation cervico-dorsale de l’Okapi et celle des Oryx, les divergences ne semblent pas plus considérables, dans leur ensemble, du côté des Cervidés que de celui des Bovidés, en général.
Tremblement de terre des 20-21 octobre 1909. Note de M. ALFRED ANGoT.
Un nouveau tremblement de terre d’une grande intensité a été enregistré sur les deux sismographes du parc Saint-Maur dans la nuit du 20 au 21 octobre.
Ce tremblement de terre a dû être très violent. Son épicentre parait être à une distance de 6.700 kilomètres environ dans l'Est-Sud-Bst, c’est-à-dire vers le centre de l'Himalaya ou les régions montagneuses voisines.
Sur la fatigue engendrée par les mouvements rapides. Note de M. A. Imserr, présentée par M. Boucxar».
Un certain nombre de travaux professionnels consistent es$entiellement en mouvements rapides, sans production en quantité appréciable de travail extérieur; c’est, en particulier, le cas des ouvrières plieuses dans les usines où se fabriquent les bougies, le chocolat; dans les manufactures de tabacs, etc.
Il pouvait dès lors être intéressant de rechercher si la simple exécution de mouvements rapides engendre un degré de fatigue pouvant être objectivement constaté, par exemple au moyen de tracés ergographiques.
Les recherches ont porté sur un mouvement très simple, flexion et extension alternatives et aussi rapides que possible du médius et ont permis de constater que les mouvements rapides, sans production, en quantité appréciable, de travail mécanique extérieur, engendrent assez rapidement une fatigue qui peut être mise objectivement en évidence par des tracés ergographiques, et dont le degré peut, chez certains sujets tout au moins, être assez élevé.
LIVRES NOUVEAUX
E. H. SHACKLETON. — Au cœur de l'Antarctique, expédition du « Nemrod » au Pôle Sud. Traduction et adaptation par CH. RABOT, in-8, 473 p., 12 pl. en couleurs, 272 pl. en noir et une carte en cinq couleurs.
Jules Verne est mort à son heure; je ne crois pas en effet que les « voyages extraordinaires » qui ont enchanté notre jeunesse auraient le même succès aujourd’hui. Les aventures des héros imaginaires sont moins émouvantes
que celles des explorateurs modernes. Celles-ci ont en outre l'avantage d’ntre vraies et de donner sur la géographie et l’histoire naturelle des régions parcourues des renseignements précis qui manquaient parfois dans les fictions du vulgarisateur. Ces réflexions me venaient à l'esprit en parcourant le magnifique volume dans lequel Shackleton nous raconte son voyage au Pôle Sud. On sait qu'il s’est rapproché de ce point beaucoup plus qu'aucun autre explorateur, puisqu'il a atteint à 830 23’ latitude Sud et n’a rebroussé chemin qu’à 178 kilomètres du Pôle. Quelle somme d'énergie ila fallu dépenser pour atteindre ce résultat, c'est ce qu'il faut lire dans le récit original. L’Antarctique n’est pas en effet, comme le bassin arctique, une plaine unie où læ progression est relativement aisée. C’est un haut plateau entrecoupé de chaînes de montagnes, où règnent des vents violents, des tempêtes de neige, et des températures descendant jusqu’à — 500.
On conçoit que dans de pareilles conditions l’automobile qu'avait emmenée l'expédition n’a rendu que fort peu de services. Les traîneaux ont été remorqués par des poneys de Mandchourie très résistants au froid, et habitués à parcourir un pays accidenté. À mesure que les vivres diminuaient, on mangeait les pauvres bêtes, ce qu'on n’aurait pu faire d’une automobile.
On peut donc considérer la conquête du Pôle Sud comme accomplie ; en tous cas les expéditions futures ne nous apprendront rien de nouveau sur la constitution de l’intérieur du continent Antarctique. Se rapprocher encore davantage du pôle, planter un pavillon en ce point théorique où passe l’axe du globe, ce n’est là qu’un résultat sportif.
Bien plus intéressent à mon sens sont les conquêtes scientifiques de l'expédition. Au cours de son récit, M. Shackleton nous fournit maints renseignements sur la météorologie, la formation de la glace, les mœurs des animaux, et surtout de ces étranges Pingouins, qui, en ces parages encore à l'abri des dévastations de l’homme, ont constitué de véritables républiques, qui possèdent un langage et même un cérémonial, un protocole! Des appendices, placés à la fin du volume et dus à divers spécialistes, complètent ces données.
Une partie de l'expédition fit l'ascension du mont Erebus et en releva les différents cratères; une autre atteignit le pôle magnétique,par 72025! latitude Sud et 155016" longitude Est. Une grande étendue de côtes nouvelles a été relevée. Enfin l’escouade, composée de quatre hommes, qui se dirigea vers le pôle constata l'existence d'une grande chaîne de montagnes s'étendant du 82e degré au 86e degré de latitude vers le Sud-Est, et de plusieurs autres crêtes très élevées orientées vers le Sud et le Sud-Ouest. Enfin, entre ces reliefs, elle reconnut un des plus grands glaciers du monde, descendant d’un plateau glacé, dont l'altitude dépasse 3.300 mètres sous le 88° degré de latitude. Il est probable que ce plateau s’étend au delà du pôle géographique et couvre la région comprise entre ce point et le cap Adare.
L'ouvrage de M. Shackleton a été traduit par M. Ch. Rabot, dont on connaît la compétence toute particulière en matière d’explorations polaires. Il est très attachant à lire et pourvu de magnifiques illustrations photographiques qui ont un intérêt documentaire de premier ordre.
HENR1 CouPIN. — Atlas des Champignons parasites et pathogènes de l’homme et des animaux. Grand in-8° jésus, 1 vol. relié de 137 pages, avec 58 planches renfermant 1.000 dessins. Les Fils d'Emile Deyrolle, libraires-éditeurs. Prix : 7.francs ; franco : 7 fr. 80.
Voïici.un très beau livre, qui va faire grand plaisir aux
Naturalistes, aux Médecins et aux Vétérinaires, lesquels l’attendaient depuis longtemps. On y trouvera reproduits, avec une netteté et une exactitude parfaites, tous les champignons parasites de l’homme, des mammifères, des oiseaux, des insectes. Ces derniers, comme nous
Pavons déjà dit dans un article antérieur (Voir Le Naturaliste du 1er août 1909), sont très nombreux et très intéressants ; nous en reproduisons ci-contre quelques-uns. Il ya là toute une mine à explorer pour les naturalistes avides de trouver du nouveau.
Quelques Laboulbéniacées (champignons parasites des insectes) vues au microscope,