L'ABLATION GLACIAIRE
On s’est efforcé, dans ces dernières années, de mesurer les variations des divers glaciers du globe et de voir le rapport qui existe entre leur plus ou moins grande extension et les conditions métécrologiques.
Si les variations de longueur des glaciers sont aujourd’hui bien connues et ont pu être facilement mesurées, il n’en est pas de même des variations de leur niveau, et, par suite, des variations de leur volume. En effet, il est beaucoup plus simple de mesurer leur longueur que leur niveau.
Cette diminution de la surface du glacier constitue l’ablation glaciaire; elle est produite, d'après Forel, par les six causes suivantes :
‘1° La fusion superficielle, due au contact d’un air dont la température est au-dessus de zéro;
face des glaciers n’est pas moindre de 3 à 4 centimètres, en moyenne, par jour; elle s’élèverait à 7 centimètres pour le glacier de l’Aar, largement étalé au soleil.
En effet, on voit courir à la surface du glacier, dans les chaudes journées d'été, une infinité de petits ruisselets qui se réunissent et disparaissent dans les crevasses. Cette circulation a lieu jusqu'au coucher du soleil ; alors, la température s’abaissant, la gelée reprend ses droits, et la circulation d’eau à la surface du g'acier est arrêtée jusqu’au lendemain.
Ce ruissellement cause sur le glacier toute une série de rigoles qui assurent l'écoulement des eaux de fusion, qui les précipitent dans les fissures des glaciers, eu arrondissant les angles, et en fait de véritables puits connus sous le nom de moulins de glacier. Ces puits traversent le glacier jusqu’à la roche et se joignent aux eaux qui sont en circulation sur le lit rocheux.
Si des pierres sont disséminées à la surface du glacier, elles donnent lieu, par suite de l’ablation, glaciaire, à des phénomènes particuliers, qui. sont, pour les
rochers de lorte taille, le phénomène, des : tables gla-
Fig. 1. — Muraine droite de la Mer de Glace.
20 La fusion interne, déterminée par la pénétration dans la glace du rayonnement calorique extérieur, pénétration d'ailleurs limitée à une zone très mince;
3° Une fusion superficielle, due à la chaleur latente qui se dégage quand la vapeur d'eau contenue dans l’air vient se condenser sur la surface du glacier;
Lo Une fusion qui s’accomplit à la fois par la surface et dans les interstices de la glace, quand la pluie tombe et s’infiltre dans les fissures capillaires;
5° La fusion de la surface inférieure du glacier appliquée sur un fond rocheux, dont la température, inférieure à zéro, est entretenue par Communication avec le foyer de chaleur interne du globe;
60 Enfin, l’évaporation directe de la glace dans un air dont le point de saturation est inférieur à la température de celle-ci.
L'action de la chaleur varie avec la situation du glacier. Les glaciers qui sont situés à l'ombre des hautes montagnes Ou qui sont recouverts par des matériaux, échappent plus à la fusion que ceux qui s’étalent largement en plein soleil, comme au glacier des Bossons, par exemple. En Suisse, durant la saison d’été, on compte que l'épaisseur de glace enlevée par la fusion à la sur-
Fig.2. — La Mer de Glace.
j ciaires, et, pour les petites pierrailles, des trous dans le glacier.
Si nous supposons un bloc de roche isolé sur un glacer, nous verrons bientôt la glace qui l'entoure fondre par suite de l’ardeur du soleil, tandis que la partie centrale, protégée par le bloc de roche lui-même, forme une colonne qui s’allonge à mesure que le glacier descend.
Le rocher sera bientôt supporté par un piédestal de glace au-dessus du glacier. Mais bientôt le piédestal cède à la chaleur du rayonnement, et le tout s'écroule pour recommencer plus loin le même phénomène, si la roche n’est pas brisée en morceaux.
Quand ce sont des pierrailles qui sont disséminées à la surface du glacier, elles absorbent la chaleur et dissolvent la glace autour d'elles ; elles creusent un trou en y descendant lentement, trou qui est rempli d’eau et un peu plus grand que le diamètre de la petite pierre. Il y a des glaciers qui sont ainsi criblés de trous.
L'ablation glaciaire durant l’été peut faire diminuer la glace de 7 à 8 centimètres par jour; on compte en moyenne que cette ablation glaciaire diminue l'épaisseur des glaciers d’environ 7 à 8 mètres par an
Mais mesurer cette épaisseur n’est pas chose facile on a proposé plusieurs moyens pour voir la variation d'épaisseur d'un glacier. Si l’on veut se rendre compte de visu de cette variation, il faut, par exemple, photographier le glacier du même point chaque année, en donnant à la chambre photographique la même direction et en visant au même point de repère.
Une autre méthode plus scientifique consiste à prendre, en différents pone du glacier, des relevés de nivellement très exacts; c’est ce qu’a fait M. J. Vallot, en faisant le lan de la mer de glace, à Chamonix, de 4891 à 1907.
Le glacier de Chamonix, la Mer de Glace, avait rempli ses moraines en 1826; il avait eu ensuite une période de déclin, puis avait de nouveau rempli ses moraines en 1850; depuis cette époque, le glacier n’a cessé de diminuer,
La figure 1 montre l’ancienne moraine droite de la Mer de Glace avant d'arriver au Mauvais-Pas, toute cette partie de rocailles et de gros blocs de protogine a été déposée là par le glacier au moment où il a abandonné son lit.
La figure 2 représente la Mer de Glace entre le Montanvert et le Chapeau, on aperçoit à gauche les parois polies par le glacier.
M. Vallot a examiné la diminution du glacier en différents endroits durant une période de quinze ans, et, par le calcul et par les rapports des témoins oculaires, il a pu conclure de la diminution de la hauteur glaciaire durant cinquante-sept ans. Voici le tableau dans lequel il résume ses mesures : £
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