ROCHES STRIÉES PARISIENNES
À plusieurs reprises déjà j'ai eu l'occasion d'entretenir les lecteurs du Naturaliste de diverses séries de faits qui ont été parfois interprétés en admettant que des glaciers ont existé aux environs de Paris durant l’époque quaternaire : la conclusion à laquelle nous sommes invariablement parvenus, c’est qu'une semblable opinion est absolument erronée et qu'aucun vestige réel de l’intervention glaciaire n’a encore été rencontré dans la région dont il s’agit. C’est à propos de cette question si intéressante que je publie aujourd’hui deux figures dont la signification consiste surtout dans le souvenir qu’elles nous procurent de témoignages mal compris d’abord et qui ont fait une très grande impression vers l’année
Fig. 1. — Grès de la Padole (Seine-et-Marne) couvert destries rectilignes attribuées à l’action des glaciers quaternaires 1/3 G. N.
1870. Ces figures sont des réductions de deux grandes photographies que je dois à l’obligeance de M. Roujou, géologue décédé il y a quelques années auprès de Clermont-Ferran@ et qui, à l’époque dont il s’agit, fut un collaborateur apprécié de Belgrand. Elles représentent des roches de grès découvertes à la Padole en Seine-et- Marne et dont les caractères parurent d’une haute portée à plusieurs naturalistes parmi lesquels on doit citer outre Belgrand, Edouard Collomb et Tardy. Ce qui rend ces roches remarquables, c'est la présence à leur surface de stries plus ou moins fines et le plus ‘souvent rectilignes comme on le voit dans la fig. 1.
Le village de la Padole est situé sur un plateau sensiblement horizontal dont le sol est formé de grès quartzeux blanchâtres, plus ou moins ocracés suivant les points. L'âge de ces roches remonte à l'aurore des temps oligocènes, au niveau qualifié aujourd’hui de Stampien et auquel se rattachent les sables et les grès
32s 1° MARS 1909
dits d'Etampes et de Fontainebleau. Comme on le sait, les grès ne sont qu'un détail dans l'épaisseur des sables représentant des niveaux où la matière arenacée a été agglutinée par l’interposition d’un ciment apporté par les eaux souterraines et qui, suivant les cas, est du calcaire ou de la silice plus ou moins mélangés d’hydrate de fer et de manganèse.
Sur le plateau de la Padole, la table de grès seulement recouverte d’un peu de sable ou même simplement de terre végétale, mise par place largement en vue à cause de l'exploitation active de la roche qui donne d’excellents pavés, se montre sillonnée de stries sensiblement parallèles entre elles et affectant une allure souvent rectiligne. Le nombre de ces stries varie d’un point à l’autre pour un même espace et il arrive, comme dans l'exemple dessiné, qu'elles soient très rapprochées. Aïlleurs elles
Fig. 2. — Grès de la Padole (Seine-et-Marne) couvert de stries en spirales, attribuées à l’action des glaciers quaternaires 1/3 G. N.
peuvent être plus distantes et d’une ordonnance moins régulière. Il est important de remarquer que la surface ainsistriée n’est pas, à proprement parler, polie : d’ailleurs le grès est assez grossier et se prêterait mal au polissage; de plus l'intervalle entre deux stries voisines n'est pas plan, mais plus volontiers un peu convexe, de sorte qu'une coupe de la roche perpendiculairement aux sillons aurait un profil ondulé. Les photographies de M. Roujou ne laissent aucun doute à cet égard, et c’est même ce qui les rend très précieuses, car les contemporains de la découverte ne semblent pas s'y être arrêtés.
La longueur des stries varie de 50 à 60 centimètres et sur certains points elles se croisent sous des angles très aigus. ?
Près du village de Champceuil, à 3 kilomètres au nord de la Padole, on rencontre une seconde colline faisant exactement la suite de la première et présentant comme elle à son sommet une table de grès de Fontainebleau,
© res
On y voit des stries tout à fait comparables aux précédentes et dues évidemment à la même cause.
Quant à celle-ci, les géologues que nous avons cités furent unanimes pour l’attribuer à l'existence des glaciers (1). Ils constatent que d’une manière générale ces stries sont tracées uniformément du sud-ouest au nordest et ils remarquent que cette direction est presque perpendiculaire à celle des « grandes dénudations qua ternaires » du bassin de la Seine, « dénudations et érosions », ajoutent-ils, qui se sont prolongées jusqu’au littoral de la Manche en passant par le pays de Bray ». On reconnait que ces «coups de burin » ne sont pas aussi bien dessinés que ceux qui existent sur les rochés à pâte fine et dure, comme les calcaires alpins ou les schistes argileux des Vosges. «Les grès de Fontainebleau n’ont pas un grain très fin, les stries ÿ sont un peu grossières ; elles sonten rapport avec la nature de la pâte de la roche. » « Surun point, dit Collomb, du côté sud du plateau de Champceuil, les tables de grès s'infléchissent brusquement, on y remarque un couloir rétréci par le bas, une espèce de Karrenfelder à forte pente : les stries y sont fortement accentuées ; elles remontent le long des parois, comme on le voit au pied du pavillon Dollfus au glacier de l’Aar. » Et ce géologue, si expert en la matière, déclare en terminant qu'il nya que les glaciers qui puissent produire ce résultat. D'ailleurs il ajoute triomphalement que là où le grès est recouvert par le calcaire de la Beauce il n'y a plus aucun vestise de stries.
Ce qui est curieux, bien que s’expliquant par l’aveuglement consécutif à l'esprit de système, c’est que ces hommes si distingués photographient le fragment représenté fig. 2 et constatent tout simplement que les stries, yénéraiement rectilignes, peuvent cependant se présenter sous la forme spirale. Ils ne s’arrêtent pas un moment à l’objection que les glaciers n’ont jamais été considérés comme pouvant donner lieu à ce second genre de stries et qu'on ne voit pas en effet comment ils pourraient agir pour les produire. S'ils avaient cherché un peu plus, Collomb et ses collaborateurs auraient en outre rencontré des grès qui présentent des striations dessinant des polygones; de sorte que leur surface donne parfois l’impression d’une carapace d’animal fantastique recouvert d’écailles.
Ce sont pourtant là des particularités que j'avais moimême décrites dès 14867 (2) dans un travail relatif au mode de formation des nodules de grès de la forêt de Fontainebleau, et dont la conclusion fournissait déjà la solution cherchée. Il résulte en effet de très nombreuses observations que les stries présentées par la surface des grès ne sont qu'un reflet de la structure intime de ces roches, mise en évidence par une véritable dissection que leur inflige l’ensemble des actions érosives qui constituent l'intempérisme, « L’altératiou des blocs de grès sous l'influence des agents atmosphériques, disais-je,
(1) Bezérann. Note sur la présence de stries à la surface d’une table de grès de Fontainebleau dans la localité dite La Padole. Bull. Soc. Géol. de Fr. (2) XXVII, 649, 1870. — Tarpy, sur les grès striés de la Ferté-Aleps; même volume, p. 646. — Cor.Lomr. Note sur les stries observées sur les grès de Fontainebleau à la Padoleet à Champceuil (Seine-et-Marne) ; même volume, p. 551.
(2) La Presse scientifique des Deux-Mondes, de J.-A. Barral, t. II de l’année 1867, p. 303. ?
représente une sorte d'anatomie de ces blocs qui permet d’en observer la structure. Sous l’action des causes de destruction dont il s’agit, la surface primitivement lisse du grès se creuse de sillons étroits indiquant les lignes de moindre cohésion ou de plus facile dissolution. On voit ainsi se dessiner des feuillets nombreux sur des blocs qui paraissaient dénués de toute structure stratiforme ; et il arrive que des masses d'apparence homogène décèlent, avec le temps, leur organisation sphéroiïdale. D'autres par suite de leur destruction superficielle se recouvrent d’un très grand nombre de petits mamelous ellipsoïidaux et de grosseur sensiblement uniforme. Dans quelques cas, ces mameloüs étant très serrés, leur contact se faitsuivant des polyèdres réguliers, et le bloc de grès semble recouvert d’un réseau polygonal fort remarquable, »
Ces faits s'appliquent directement à l'histoire des roches de la Padole et l’on voit tout de suite comment il n'y à aucune raison pour que les «stries» s’orientent comme les accidents topographiques du pays; on voit de même comment le recouvrement par le calcaire de Beauce a préservé le grès sous-jacent de l’érosion qui eût fait apparaître les stries, et toutes les autres particularités signalées s'expliquent tout aussi simplement.
De sorte que cette singulière apparence des grès de La Padole et de Champceuil sur laquelle s’appuyait l'opinion que ces glaciers ont existé jadis dans la région parisienne recoit une explication rationnelle tout à fait indépendante d’un régime spécial pour le pays. Et si les stries de ces grès cessent d’avoir la signification glaciaire, elles ne font que répéter le témoignage apporté antérieurement par bien d’autres accidents d'apparence tout aussi caractéristique et dont les lecteurs du Naturaliste ont eu le détail en son temps.
La conclusion, c'est que, par suite de circonstances variées, on s’est laissé aller à maintes reprises à exagérer le rôle des glaciers dans l’évolution de la surface terrestre. Il va sans dire qu'ils ont eu une action incontestable et. dont l’étude est un très vif sujet d'intérêt ; mais de plus en plus il faut proclamer qu'à aucun moment de l’histoire de la terre n’ont surgi des conditions générales tranchant avec la marche des phénomènes et verant in-
terrompre le cours des transformations très lentes et très
progressives dans l’économie du milieu.
STANISLAS MEUNIER
NOTES BIOLOGIQUES SUR LES LÉPIDOPTÈRE
DE BISKRA ET DESCRIPTION D'ESPÈCES NOUVELLES
Fidonia pratana, F. (Cleta Reaumuraria, Mill.). — Dans la première édition des Papillons d'Europe de Hofmann, on lit : « Raupe, nach Müilliere, 51.1, lang, gestreckt, hinten dicker als vorn, mit einigen stumpfen Hückerchen, an Sarothamnus. » Si l’on se reporte à la planche 51 de l'Zconographie de Millière, on voit que la figure 1 représente bien la reaumuraria, Mais en papillon, tandis que la chenille dont parle Hofmann est celle de la figure 3 représentant l’Hemerophila abruptaria, accrochée à une branche de genêt. ;
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J'ignore si, dans la seconde édition, la même erreur a été reproduite. Je crois que Hofmann a dü lui-même s'en apercevoir, puisque, dans son volume des Chenilles, il ne dit rien de la Cleta (Acidalia) reaumuraria, chenille que, du reste, Millière n’a décrite ni figurée nulle part.
L'espèce est très abondante à Biskra, j’ai donc pu facilement en faire l'éducation ab ovo; j'ai même trouvé la chenille en liberté.
L’œuf est un eilipsoïide irrégulier, subcylindrique au sommet, comprimé à la base dans un sens, très peu élargi dans l’autre ; surface couverte de dépressions polygonales arrondies et disposées en lignes longitudinales formant des cannelures avec côtes saillantes; couleur vert jaunâtre. Œufs pondus par petits groupes etinclinés, se touchant sur un côté.
La petite chenille, au sortir de l'œuf, est allongée, de grosseur égale; brun foncé sur le dos, plus clair sur le ventre, avec une dorsale fine et une bande stigmatale jaune crème ; tête fauve, avec ocelles noirs.
Parmi toutes les plantes basses qui lui ont été offertes, elle a choisi la Suæda vermiculata Forsk, plante très abondante à Biskra même et aux environs.
Adulte, elle mesure 23-25 millimètres à peau tendue. Corps allongé, étroit, subeylindrique, fortement épaissi aux trois derniers segments, un peu rétréci au premier segment ; incisions segmentaires à peine indiquées; couleur verte, avec bandelettes dorsale et stigmatale jaunes ; ganglions nerveux bien distincts en une petite tache elliptique au milieu des segments sur le ventre; une seule tache brun foncé, sous forme de gros point plus ou moins arrondi, se voit de chaque côté du neuvième segment, au-dessus du stigmate. Quelques rares sujets possèdent sur tous les segments médians, c’est-àdire 4-9, une semblable tache brun noirâtre entourant les stigmates et des macules noirâtres également, à la naissance des pattes écailleuses. Verruqueux indistincts, se confondant avec la couleur du fond, ainsi que le clapet; pattes écailleuses verdâtres et teintées de roussâtre à l'extrémité; membraneuses fortes, lavées de rosâtre à la colonne, avec crochets brun ferrugineux plus ou moins foncé ; stigmates petits, très peu distincts, bien visibles seulement chez les sujets présentant une tache noirâtre qui les entoure.
Elle se transforme, sous la plante nourricière, parmi les détritus et, à la surface du sol, dans un cocon léger, fait de soie et de grains de sable.
Chrysalide brun jaunâtre ; courte, fortement atténuée à la partie postérieure ; surface comme granuleuse sur le dos, assez lisse sur les ptérothèques, avec les nervures faiblement indiquées; stigmates petits, peu distincts, bruns; proéminence conique, obtuse, rugueuse, dirigée en arrière, brun noirâtre, située sur le dos de l’antépénultième segment ; mucron large à la base, un peu en bourrelet, terminé par un bec court, conique, tronqué, portant deux soies redressées, leur extrémité formant un petit crochet.
Voici les dates de l'éducation ab ovo :
Œuf pondu, 10 mai ; éclosion de la chenille, 20 mai ; première mue le 26, deuxième mue le 31, troisième le 6 juin; cocon le 13 juin; chrysalide morte.
Le papillon se prend de mars à juin et peut-être plus tard.
Eubolia (Fidonia) disputaria Gn. (Martina-
ria Oberth). — Ce papillon n’est pas rare à Biskra; j'ai | derniers segments,
pu en obtenir une ponte et j'ai trouvé d'assez nombreuses chenilles sur les gommiers, fin mai et juin.
L'œuf est un ellipsoide irrégulier un peu allongé, subcylindrique au sommet, élargi à la base, comprimé et atténué sur les côtés; surface présentant de moyennes dépressions polygonales très nettes, à fond concave, à bords épais ; couleur blanche.
Adulte, la chenille mesure 25-27 millimètres à peau tendue; subcylindrique, atténuée aux trois premiers et aux trois derniers segments; divisions des segments assez profondes; moniliforme aux segments médians ; onzièrne segment un peu relevé en bosse; varie, comme couleur, du vert au brun rougeûtre, avec des lignes et taches brun rougeâtre foncé, plus ou moins indiquées, quelquefois nulles sur les svjets verts. En général, surun fond verdâtre, on distingue une dorsale géminée, continue, maculaire aux incisions ; des sous-dorsales géminées, nettes surtout sur les quatre ou cinq premiers segments et les trois derniers, et des stries épaisses sur le milieu des segments au-dessous des stigmates; en outre, chez beaucoup de sujets, le cinquième segment présente une large tache brun rougeâtre très foncé située sur les côtés et émettant sur le dos deux lignes touchant à la dorsale et formant une sorte de losange ; semblables taches, plus petites et strigiformes, se voient aussi sur les côtés, derrière les stigmates des neuvième et dixième segments. Verruqueux très petits, très peu distincts, noirâtres, poils blonds; tête très aplatie en avant, à lobes arrondis, non saillants, jaunâtres, avec des stries transverses en avant et des mouchetures brun rougeâtre sur les côtés des lobes; ocelles noirs, organes buccaux noirâtres ; écusson étroit, avec des mouchetures brunes et le commencement des lignes du dos; clapet de la couleur du corps; pattes écailleuses vertes ou noirà tres: membraneuses concolores, à crochets noirâtres ; stigmates grands, elliptiques ; ceux des segments médians plus petits, plus arrondis, tous cerclés de noir.
Elle vit principalement en mai et juin sur les gommiers, dont elle mange les feuilles et les fleurs; mais peut-être a-t-elle plusieurs générations successives, tant que durent les fleurs ou que les feuilles sont suffisamment tendres : la croissance de la chenille et son évolution sont rapides au printemps.
Elle descend à terre pour se transformer dans un léger cocon à la surface du sol, ou enfoncé à 1-2 centimètres.
Chrysalide brun rougeâtre foncé ; courte, brusquement atténuée en arrière; incisions segmentaires très marquées entre les septième et huitième segments; surface fortement chagrinée, sauf les ptérothèques, lisses, à nervures à peine indiquées; stigmates gros, peu saillants ; petite verrue arrondie sur les côtés du onzième segment; mucron brun rougeâtre très foncé, un peu en bourrelet à la base, atténué et terminé en une forte pointe bifide ou simplement mutique, sans poils à crochets à la base.
Le papillon se prend en mai et juin et il éclôt aussi en juin et juillet.
Eubolia biskraria, Oberth.-- Vers le milieu de mai, jai trouvé une seule chenille de cette rare espèce ; elle s'est transformée presque aussitôt. Je n’en ai gardé qu'une description sommaire : Chenille longue, légèrement atténuée en avant; brun violâtre, avec dorsale plus foncée, visible surtout sur les premiers et derniers segments; sous-dorsales larges, sinuées, surtout sur les où elles forment des lunules; ven-
trale large, claire; verruqueux petits, brun foncé; tête ,
aplatie en avant, élargie à la base, de la couleur du fond, avec mouchetures noires sur les côtés.
Elle vit sur le Zizyphus lotus L., dont elle mange les feuilles ; descend à terre et se transforme à la surface du sol, dans un léger cocon, fait de soie et de sable.
Chrysalide brun rougeûtre, atténuée postérieurement; surface chagrinée, même sur les ptérothèques, nervures à peine saillantes ; stigmates très distincts, non saillants; verrue du onzième segment à peine indiquée; mucron brun rougeâtre très foncé, en fin bourrelet à la base, brusquement rétréci et terminé en bec conique, strié longitudinalement et armé de deux petites épines, divergentes et courbes à leur extrémité, sans soies à crochets.
Le papillon est éclos huit jours après la chrysalidation, à la fin de mai.
Zuleika nobilaria, B.-Hs. — J'ai pu obtenir quelques œufs d’une © de cette superbe et très rare Fidonide. Malheureusement, il m'a été impossible de découvrir sa plante nourricière : car les petites chenilles ont refusé toutes les plantes qui leur ont été offertes.
L'œuf a la forme d’un ellipsoïde ovalaire, renflé, subcylindrique au sommet, atténué à la base, comprimé latéralement, avec une grande dépression centrale elliptique sur un côté; surface paraissant très finement chagrinée. On ne saurait dire si ce sont des dépressions, parfois disposées en figures polygonales, ou des saillies d'angle, tellement c’est petit et cela brille sous l’objectif, quoique la coquille soit plutôt mate. Couleur blanc jaunâtre. L’œuf est de grande taille,
Pondu le 26 avril, il est éclos le 11 mai.
La petite chenille, au sortir de l’œuf, est allongée, de grosseur égale, renforcée, aux segments thoraciques, d’un gris jaunâtre, avec une bande latéro-dorsale brun noirâtre ; région stigmatale gris clair; ventre avec bande latérale géminée, c’est-à-dire formée de deux fines lignes brun noirâtre ; verruqueux indistincts; tête jaune pâle, un peu fauve ; écusson, clapet et pattes de la couleur du fond. Caractère particulier : forme étrange des pattes membraneuses : les anales plus du double des ventrales.
A la fin du mois de mai, j’eus cependant l’occasion de retrouver deux toutes Jeunes chenilles de Z. nobilaria, si reconnaissables à la forme des pattes membraneuses. Elles étaient tombées dans mon parapluie après que j'eusse battu un certain nombre de plantes basses.
Il m'a été encore impossible de trouver leur plante,
nourricière et ces deux chenilles aussi sont mortes de faim, n'ayant voulu manger aucune des plantes qui leur furent servies.
Amicta (Psyche) quadrangularis, Chr.— Dans les environs de Biskra, on trouve fréquemment le fourreau de cette Psyche, accroché à un bon nombre de plantes basses ou arbrisseaux des Salsolacées principalement, des genres Arfhrocnemon, Suæda, Traganum, etc.; mais la plante que cette espèce semble affectionner le plus m'a paru être la Thymalæa microphylla Cors., très répandue dans les endroits désertiques et les oueds desséchés.
Il m'a donc été relativement facile de compléter son histoire naturelle, qui présentait quelques lacunes.
Le papillon éclôt en septembre, octobre et novembre.
Le à ne vit pas longtemps; mais les © © semblent avoir une vie beaucoup plus longue, puisqu'on en trouve encore de vivantes au commencement de mars.
Elles ne sortent ni de leur fourreau, ni même de leur chrysalide, dont seulement la partie antérieure est fendue ; elles pondent dans l'intérieur de l'enveloppe de la chrysalide.
L'œuf a la forme d’un ellipsoide allongé, subcylindrique, atténué et arrondi aux extrémités, de consistance molle; surface lisse, luisante ; couleur blanc jaunâtre pâle.
Une bourre soyeuse les retient dans la dépouille de la chrysalide.
Ces œufs n’éclosent que vers la fin d’avril et au commencement de mai.
La petite chenille est médiocrement allongée, très épaisse antérieurement, très atténuée postérieurement; mais quand elle marche sur ses pattes écailleuses, elle tient le reste du corps relevé verticalement; la partie postérieure semble alors très courte, ramassée et presque aussi épaisse que la partie antérieure. Le corps est brun rougeâtre ; la tête, les écussons et les pattes écailleuses noir luisant.
Les petites chenilles ne mangent pas la dépouille de la chrysalide ; elles sortent les unes après les autres par l'orifice du fourreau maternel descendent à terre à l’aide d’un fil de soie et se dispersent aussitôt. Elles découpent sur un végétal quelconque de toutes petites parcelles d'écorce et, avec de la soie, elles s’en font un petit capuchon conique, large de la base, peu élevé, dans lequel elles se cachent en entier, le dressant perpendiculairement sur les objets auxquels elle se fixe, comme le ferait une Tabulella.
Le plus souvent, le fourreau est ensuite garni, au commencement, avec des morceaux ténus de fines graminées sèches, plus faciles à tailler par la jeune cheuille. Les fétus augmentent ensuite progressivement de longueur et de grosseur, à mesure que la chenille grandit et prend de la force. Alors elle emploie des matériaux plus résistants et s'attaque au bois même.
C'est un vrai travail pour cette chenille de couper des ramuscules assez gros et parfois très durs. L’observation en est difficile: car, pour accomplir cette besogne, la chenille se tient bien cachée; mais à ses mouvements on devine qu'elle peine. Je l’ai vue donner comme des coups de bélier et frapper de sa tête, toutes mandibules ouvertes, le rameau qu’elle voulait couper. Cela produisait un bruit comparable à celui que fait une Vrillette. ‘
Les chenilles que j'ai rapportées en France, au milieu de juin, étaient loin d’être à taille; j'ai dû en continuer l'éducation dans des conditions très défavorables. Dans les Basses-Pyrénées, je les ai nourries d’ajonc et de bruyère; à la Garenne-Colombes, elles ont mangé de l’armoise; mais, par suite du manque de soleil et de chaleur, au lieu de se fixer en juillet et août, comme cela doit avoir lieu en Afrique, mes fourreaux ne se sont fixés qu'en septembre et le premier papillon & n’est éclos que le 20 octobre.
Parfois un ou plusieurs jours avant d’éclore, la chrysalide sort à moitié du fourreau, auquel elle n’est retenue que par quelques soies, qui s’accrochent aux aspérités dorsales des segments de l'abdomen.
J'ai pu également obtenir et observer la © vivante. Elle était dans sa chrysalide, dont l'extrémité antérieure était fendue, et elle se tenait artachée par ses pattes, réduites à de petits crochets, aux soies de l’orifice du fourreau. La partie antérieure de son corps est couverte
de plaques chitineuses luisantes et elle est anguleuse, en forme de brise-vent. Cette disposition est sans aucun doute établie dans le but de favoriser l'introduction de l’abdomen du & dans la chrysalide, entre les parois de la dépouille et le corps de la © ,pour l’accouplement : car sila © , comme le &, se retourne dans le fourreau pour se chrysalider, elle ne se retourne pas dans sa chrysalide pour l’accouplement : elle présente toujours la tête à l’orifice du fourreau.
En déchirant les fourreaux, je me suis assuré aussi que la chenille de Quadrangularis ne change pas de peau immédiatement avant la nymphose : la dépouille placée au fond du fourreau, c’est-à-dire à la bouche fixée au végétal, est celle de la chenille vivante et adulte.
L'intérieur du fourreau est lisse dans la partie que doit occuper la chrysalide, et où elle se meut aisément d'avant en arrière ou vice versa; son extrémité est garnie de soie lâche non feutrée, mais suffisamment abondante pour boucher l’orifice et assez souple, « cédante », pour permettre le passage à la sortie du papillon.
La chenille de Quadrangularis est la proie de plusieurs parasites, tant hyménoptères que diptères.