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TUNISIE

Les monuments mégalithiques tunisiens peuvent être répartis géographiquement en deux grands groupes, le premier comprend la vallée de la Medjerda et la portion comprise entre la vallée de la Siliana et la frontière algérienne, faisant suite à ceux de ia province de Constantine dont les plus célèbres sont ceux de Roknia; le second groupe, isolé mais fort important, est celui de Dar-bel-Ouar près de la station du même nom, sur la ligne de Sousse à Tunis, mais plus connu sous le nom de Dolmens de l’Enfida (fig. 1).

Une disposition géologique locale a pu déterminer les populations qui ont élevé ces Dolmens à choisir cette plaine pour en faire une vaste nécropole. Le sous-sol argileux, quaternaire, est recouvert d’une croûte travertineuse comme une grande partie des plainestunisiennes, et qui joue un rôle aussi malheureux qu'important dans le régime des eaux et la culture du pays. Dans le nord du pays, en effet, cette carapace imperméable aux eaux s'oppose à l'alimentation des nappes des couches infé-

: rieures et d'autre part elle rend très difficile le défrichement du sol. Elle date, suivant l'hypothèse très probable de M. Pomel, de l’époque d’extrême sécheresse, qui dure

encore, pendant laquelle toute la surface des dépôts allu- |

vionnaires formée pendant une période d'humidité datant de la fin du Pliocène, se recouvrit d'une croûte travertineuse résultant d'une sorte d'incrustation superficielle par suite de l’évaporation des eaux d'infiltration qui remontent par capillarité. Cette croûte de travertin . forme une véritable carapace épuisant toutes les formes du terrain sous-jacent, d’une pâte assez fine, dure, luisante à la surface, blanchâtre et molle dans la profondeur, atteignant parfois plusieurs mètres, mais ne dépas-

ee ChaorrëcA .

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À " Û 5 D LU en 0 ne si | Halaxes-Senarn ; A) « Mactlar Ma: , on \ 1 L } Fig. 1.

sant pas trente centimètres dans la région de l’Enfida.…, Cette croûte fissurée par point par les racines des jujubiers ou des faux-thuyas (Callitris quadrivalvis) a fourni aux constructeurs de Dolmens de larges dalles minces, merveilleux matériaux de construction pour ce genre de monuments.

En général les Dolmens de Dar-bel-Ouar sont bien construits, orientés vers l’est, ne dépassant guère 1 mètre de hauteur. :

Donnons comme exemple les dimensions du seul que j'ai pu fouiller (fig. 2 et fig. 3) :

— N° 5331 15 AVRIL 1909 Hauteur au-dessus du sol...... 1 mètre.

Longueur extrème....... OR ee 2 — Darceur externe eV 1 1m 20 Longueur intérieure....,...... 0 m. 80 TMarseuran terne rte" Mens 0 m. 60 Surface de la dalle...:........ ne 25

Epaisseur moyenne des dalles... Om. 25

Les pilliers sud, ouest et nord mesuraient respectivement 1 m. 70, 1 m.20, 1 mètre, et la dalle obturant l’entrée, 0 m. 60 en tous sens. Cette derrière n'était pour ainsi dire pas enfoncée dans le sol.

Fig. 2.

Il était entouré à sa base d’un cromlech, comme beaucoup d’autres ; quelques-uns (mais ce n’est pas la généralité), sont entourés d’une sorte de dallage.

L'ouverture était tournée vers l’E.-S.-E.; en général l'ouverture est tournée vers l’est ou à peu près.

Fig. 3.

Le cadavre, étant donné les dimensions du Dolmen, parait avoir été inhumé dans la position accroupie; cette opinion est d’ailleurs celle des auteurs qui se sont occupé de la question.

Au-dessous d’une épaisseur de 0 m. 80 environ de terres meubles, mélées de pierrailles, de coquilles blanches d'Helix et de Bulimus decollatus, j'ai rencontré dans la moitié nord du Dolmen une mince couche d'argile, teintée de brun, très probablement par des matières organiques. Au niveau de cette couche et en dehors, dans l'angle sud-ouest se trouvait un vase de poterie grossière, hémisphérique, muni d'une anse et dont voici les dimensions.

Dame (te PETER EUE 9 cm Hatteur PP RE EE Le CAN 8 — Epaisseur des parois........... (D)Mrantor er Diamètre moyen de l’anse...... APCE Sarlhende lanse HP STEP AE EE 3 cm.

Cette anse ne dépassait quede quelques millimètres le niveau du bord supérieur de la coupe auquel elle se

rattachait,et sa partie inférieure s’unissait au troisième quart de la hauteur à l’endroit où se dessine le courbe de la calotte.

La terre en est jaune rougeâtre, mal cuite dans ses parties intérieures. Elle ressemble beaucoup à celle des vases grossiers que confectionnent encore sur place les femmes de la région, appartenant à des tribus d’Arabes très mélangées ou de Berbères. Ces vases ne sont pas fait pour un usage domestique, elle les placent en manière d’ex-voto dans de petits sanctuaires rustiques, nommés « Khallouia », trous du sol, dolmen ancien ou galerie couverte en forme de dolmen dont j'ai rencontré un spécimen récent au milieu des ruines romaines d’Ain-Battria, construite avec des matériaux pris dans les ruines d’alentour, à deux étapes au nord-est de l'Enfida. x

Les seules données que j'ai pu me procurer sur Île mobilier funéraire des dolmens de Dar-hel-Ouar se réduisent à peu de chose :

1° Une petite lampe trouvée par M. Rouire;

2° Deux vases d'apparence assez semblable à celui qui vient d'être décrit;le premier d'une forme hémisphérique, mais ou l'anse n’est figurée que par une simple

saillie à mi-hauteur; le second affecte la forme d’un.

verre à boire conique, muni d’un pied ou plutôt d’un verre à expérience très grossier.

Jusqu'ici le groupe des dolmens de Dar-bel-Ouar parait donc très uniforme en face de la variété presque infinie des Doimens du second groupe prolongé en Algérie, variété due d’une part aux différences de formes, table sans pilier, table sur cale, table sur fissure, table sur un des trois piliers, table sur murs de pierres sèches, Dolmens accouplés par deux (bazina), par quatre, etc.

Je n’ai plus rencontré à l’Enfida les chambres surmontées d’un cône surbaissé recouvert de pierres plates que le Dr Hamy a décrites et, d’autre part, la variété du mobilier funéraire, vases, biberons, bracelets de bronze et de cuivre, objet de fer, haches polies, perles sphériques de pâte blanche avec ou sans points bleus, épingles en os travaillé, etc.

L'étude des Dolmens tunisiens comporte encore, à l'heure actuelle, autant si non plus de questions que celle des Dolmens d'Europe à cause des affinités qu'ils présentent avec les monuments funéraires égyptiens, puniques, lybiens, étrusques, grecs, arabes. On trouve en effet, entre les Dolmens tunisiens et les monuments tous les degrés de passage. Tout comme une espèce animale, une espèce de monuments, tels queles Dolmens, a évolué en donnant des formes nouvelles et de plus en plus éloignées, etil est plus que probable que les ressemblances trouvéesentre deux genres de monuments, œuvres des civilisations différentes, sont dues à l’évolution du même monument au cours des âges.

Dr ETIENNE DEYROLLE.

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