LE DERNIER TREMBLEMENT DE TERRE DE MESSINE
Partout la terre tremble, l'instabilité de notre planète ne peut pas être niée à l’époque actuelle, et si comme M. Montessus de Ballore nous faisons le résumé des
secousses terrestres sur un espace de 12 millions de kilomètres, surface de la terre pourvue d'instruments capables d'enregistrer les frissons de l'écorce terrestre, nous trouvons 17.000 secousses en une année, ce qui donnerait pour toute la surface de la terre 440.000 secousses, soit 52 par heure, presque une par minute. Il est évident que ces secousses ont plus ou moins d’importance. Il y a d’abord la valeur de la secousse qui est classée selon une échelle universellement connue; il y a aussi le lieu de la secousse, les dégâts sont beaucoup plus grands dans un lieu habité, qu'au milieu du Turkestan ou des profondeurs de l'Océan.
Les tremblements de terre sont beaucoup plus fréquents dans les terrains de formation récente que dans les terrains anciens et notamment près des dernières modifications de l'écorce terrestre, notamment dans le sillon méditerranéen : Asie Mineure, Italie, Algérie, Espagne, et qui font le tour de la terre en passant par les Antilles tremblement de terre de la Martinique et se continuent par les volcans de l'ile de Sumatra.
Le tremblement de terre de Messine du 28 décembre 1908 a été un véritable désastre et peut compter parmi les plus grandes catastrophes, on parlait de 50.000 morts, mais on a peut-être exagéré et, d'après les statistiques officielles, il n’y aurait que 3.000 morts, quant au nombre des blessés il n’a pu être évalué.
C’est exactement le 28 décembre, à 5 h.20 du matin, qu'eut lieu la principale secousse du tremblement de terre de Messine, qui ébranla toute la région et fit des dégâts incalculables. Messine, Reggio, Bagnara, Palmi, San Giovanni, etc., furent ébranlés et la plupart des monuments détruits. À Messine, l'hôtel Trinacria, situé sur le bord de la mer, fut complètement démoli et causa la mort de 83 voyageurs. Les édifices situés dans la partie basse de la ville eurent plus à souffrir que ceux bâties sur le rocher. Le sol à moitié se plisse et ondule, et l’on a pu voir dans Messine même des dénivellations des quais et des trottoirs atteignant plusieurs centimètres de hauteur sur uue longueur de plusieurs mètres. A la suite du phénornène, la jetée et le pont de Messine disparurent dans les flots.
La secousse principale dura 72 secondes et fut suivie de deux autres secousses moins intenses ; à Regeio, la secousse principale dura 42 secondes, puis les secousses diminuërent de temps à mesure que l’on s’éloignait du centre del’ébranlement : Notto,30 sec.; Palerme, 32 sec.; Catane, 20 sec.
Le tremblement de terre fut également ressenti en mer et deux bâtiments qui passaient en ce moment dans le détroit de Messine crurent à des accidents de machine, tellement la secousse fut violente,
L'inévitable raz de marée suivit de près la secousse. Une vague immense se précipita sur'la côte de Calabre renversant tout sur son passage. Le chemin de fer qui longe la côte fut détruit sur une longueur de 18 kilomètres et un train qui arrivait à San Giovanni au N.de Reggio fut happé par le raz de marée. Cette vague immense revint alors sur la côte de Sicile, mais là ses dégâts furent bien moins violents : à Messine elle n’entra dans la vilie que d’une dizaine de mètres ; cependant, à Ripesto, au sud de Messine, la mer, apres s’êire retirée, pénétra avec fureur à plus de trois cents mêtres dans la ville.
Un immense incendie fut la suite du phénomène sismique, ce qui tient à ce que les Siciliens laissent
LE NATURALISTE JL
brüler toute la nuit, dans leurs maisons, des lampes à pétrole pour se sauver en cas de tremblement de terre.
Parmi les phénomènes secondaires, nous citerons : un bruit sourd suivi d’une violente explosion, comme la détérioration d’une batterie d’artillerie, qui se fit entendre à Reggio au moment du cataclysme.
À Catanzaro, en Calabre, à 130 kilomètres du détroit de Messine, le bruit fut accompagné d’une vive lueur, comme on l’a signalé d'en d’autres circonstances. A Milazzo, localité située sur la côte septentrionale de la Sicile, la mer resta calme, mais pendant cinq heures oscilla lentement avec une amplitude d'environ deux mètres.
Cette secousse fut enregistrée par tous les instruments sismographiques du globe, jusqu'à l'observatoire de Perth (Australie occidentale), qui enregistra nettement deux secousses. À Rome, Naples et dans toute l'Europe méridionale, les instruments rendirent compte des secousses, et la terre trembla pendant plus d’une semaine dans la région O. de la Méditerranée, en Espagne, Portugal, Algérie, France méridionale et jusqu’à l'ile de Ténériffe,
Aujourd’hui, à trois mois de distance, les secousses se font encore sentir dans la région dévastée.
Aux environs de Paris, le sismographe de l’observatoire du Parc-Saint-Maur enregistra la secousse ; elle débuta à # h. 23 m. 9 s. par de grandes oscillations de plus de 14 millimètres d'amplitude qui durèrent 23 secondes, puis les secousses devinrent de moins en moins fortes, imperceptibles à 5 h. 20, cessèrent complètement vers 6 h. 25
Nous donnons, ici, l'inscription du tremblement de terre de Messine prise à l'observatoire de l’Ebre à Tortera (Espagne), qui est situé à environ 1.300 kilomètres de Messine. On voit à 4 h. 23 les secousses préliminaires qui vont en s’accentuant jusqu’à Are 7 minutes après leur plus grande amplitude à 4 h. 30, puis l’amplitude diminue pour augmenter un moment après et devenir presque nulle à 4 h. 40, puis les secousses reprennent et après une série d'oscillations l'instrument
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Graphique du tremblement de terre.
rentre bientôr dans le calme à 5 h.20, une heure après le commencement du phénomène. On remarquera la différence d'heure de l'inscription, ce qui tient à la différence de longitude qui est environ pour l’observatoire de Tortera de 15 degrés à l’ouest, ce qui fait que juste à l'heure ou le phénomène finissait de s’inscrire en Espagne, il commencait en Italie.
La Sicile, la Calabre et principalement le détroit de Messine ont eu à subir depuis des siècles un grand nombre de phénomènes sismiques. Situé au milieu du bassin méditerranéen sur le prolongement d’une chaine de montagnes, les Apennins, des plus jeunes au point de vue géologique, environnée de trois volcans : Vésuve,