‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 26 sur 185 · LES STATUTA ECCLESIAE ANTIQUA · texte numérisé non relu

LES STATUTA ECCLESIAE ANTIQUA

qui sont intitulés le plus souvent, soit Statutci Ecclesiae antiqua , soit Staluta Orientalium. On sait, depuis longtemps, que la donnée de VHispana est fautive (1), et que les canons représentent la discipline gallicane du cinquième siècle (2) ; la démonstration a été confirmée et précisée naguère : l’auteur du texte, selon toutes les vraisemblances, n’est autre que saint Césaire d’Arles (3).

Mais je note que Césaire n’a pas publié son œuvre sous son nom : jamais les manuscrits 11e le nomment ; on sait qu’il aime à s’abriter sous l’autorité d’Augustin, ou des Pères en général ; il n’est pas interdit de croire que l’un des deux titres qui se rencontrent le plus souvent — le premier sans doute — remonte à lui-même. — En rédigeant son texte, Césaire a puisé aux textes antérieurs qui gardaient la tradition arlésienne : le canon soixantetreize qui lance l’excommunication sur quiconque reste en communion avec un excommunié semble faire écho au quarante-neuvième canon du concile d’Arles suivant lequel l’excommunié doit être évité par les laïques aussi bien que par les clercs (4). De très bonne heure, le texte de Césaire semble avoir exercé une influence positive. Le Concile d’Orléans de 5n se conforme aux antiqaorimi canonum staluta lorsqu’il confie à l’évêque toutes les terres et vignes, tous les esclaves et bestiaux qu’ont pu donner les fidèles aux églises rurales (canon i5) (5). Montanus de Tolède, environ à la même époque, ne vénère et n’utilise pas moins ces « anciens » canons (6). — J’ajoute, en songeant aux étroits rapports de Césaire avec la papauté (7) et à la date de la crise manichéenne romaine, que Césaire a peutêtre agi de concert avec le pape. De toutes manières on voit que l’importance des canons déborde la personnalité de l’évêque

(1) Ballerini [P. L. 56, 879],

2) Maassen, Geschichte der Quellen, I (1870), 382 ; — Duchesne, Origines du culte, 1902, 350.

(3) Malnory, la Collection canonique des Statuta Ecclesiae antiqua (pseudoconcile de Carthage ) rapportée à son véritable auteur saint Césaire , évêque d'Arles [Congrès Sc. des Cath., 1889, II, 428] ; Saint Césaire , évêque d'Arles, Paris, 1894, p. 50. — D’après Peters [Congrès Sc. des Cath., 1895, 225], le texte vient d’Espagne et non d’Arles.

(4) Hefele-Lecîercq, II, 1, 474. — Contra , voir Maassen, I, 391.

(5) Cf. Mansi, VIII (1762), 354 et III, 953, canon 31 ; Hefele-Leclercq, II, 1, 105, note. De his quae parochiis in terris, vineis, mancipiis atque peculiis quicumque fîdeles obtulerint, antiquorum canonum statuta serventur, ut omnia in episcopi potestate consistant. De his tamen quae in altario accesserint, tertia fideliter episcopis deferatur. — Ut episcopus rebus ecclesiae tamquam commendatis non tanquam propriis utatur.

(6) Voir supra , p. 33, n.

(7) Voir supra , p. 44. Sans doute datent-ils des débuts de l’épiscopat de C.

d’Arles : ils paraissent être, dans une certaine mesure, représentatifs d'une situation commune à l’Occident méditerranéen.

Or, voici ce que j v trouve.

Ils se composent, tout comme les canons de Pastor, de deux parties : la première est un symbole dogmatique, la seconde une ordonnance disciplinaire. — La première porte :

Qui episcopus ordinandus est, antea examinetur... si in dogmatibus ecclesiasticis exercitatus (sit) ; et ante omnia si fidei documenta verbis simplicibus afferat, id est Patrem et Filium et Spiritum Sanctum unum Deum esse confirmans...

L Si singularem quamque in Trinitate personam plénum Deum:

2. Si incarnationem divinam non in Pâtre neque in Spiritu Sancto factam, sed in Filio tantum credat,ut qui erat in divinitate Dei Patris Filius

3. ipse fîeret in homine hominis inatris fdius,... homo verus ex matre, carnem ex matris visceribus habens... : qui passus sit vera carnis passione, mortuus vera corporis sui morte : resurrexit vera carnis suae resurrectione... in qua veniet judicare vivoset mortuos.

4. Quaerendum etiam ab eo, si Novi et Veteris Testamenti, id est legis et prophetarum et apostolorum unum eumdemque credat auctorem et Deum : si diabolus non per conditionem sed per arbitrium factus sit malus.

5. Quaerendum etiam ab eo, si credat hujus quam gestamus et non alterius carnis resurrectionem... ;

6. Si nuptias non improbet,... si carnium perceptionem non culpet.

Les six idées que j’ai distinguées ont, très nettement, une portée anti-manichéenne ou anti-priscillianiste. La première affirme la distinction et la pleine divinité de chacune des trois Personnes, tandis que la seconde spécifie que l’incarnation est le propre du Fils : toutes propositions qui contredisent le panchristisme de Priscillien. Les passages que j’ai groupés en troisième et en cinquième lieu combattent explicitement le docétisme immanent au Manichéisme comme à l’Eutychianisme. La quatrième formule vise aussi clairement la doctrine manichéenne du Diable, Dieu mauvais par nature et inspirateur de l’Ancien Testament. Enfin, le caractère manichéen de la théorie combattue par la double proposition 6 ne paraît pas contestable (i).

(1) Comparer les textes cités p. 6. n. 3, 17 (4, 7, 8), 25 (17, 18), 38 n. 2, 46 (11, 14, 16). Je n’ai choisi, dans le symbole de Césaire, que les propositions dont l’intention antimanichéenne ou antipriscillianiste paraît formelle. D’autres combattent indirectement les mêmes erreurs, mais

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