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LA PROFESSION DE FOI DE GERBERT

celle-ci. S'il n’a pas passé celle-là sous silence, et s’il a puisé si souvent aux documents espagnols (1), c’est que le péril manichéen n’était pas conjuré de son temps.

Un siècle environ plus tard, au mois de juin 991, Hugues Capet dépose l’archevêque de Reims Arnoul, trop fidèle au roi légitime, Charles de Lorraine ; il donne son siège à Gerbert d’Aurillac, et voici que celui-ci répète dans sa profession de foi les formules isidoriennes : la malice de Salan n'est pas imputable à sa nature, mais elle est le fruit de sa volonté , libre et mauvaise ; V Ancien Testament a la même autorité cpie le Nouveau, car il a même origine ; l'usage des viandes est licite et le mariage permis ; seul, le Fils s'est incarné.

Professio fidei Gerberti Remorum archiepiscopi.

Ego Gerbertus gratia Dei praeveniente mox futurus archiepiscopus Remorum, ante omnia fîdei documenta verbis simplicibus assero, id est Patrem et Filium et Spiritum Sanctum unum Deiim esse confîrmo... Incarnationem divinam non in Pâtre neque in Spiritu Sancto sed in Filio tantum credo, ut qui erat in divinitate Dei Patris Filius, ipse fieret in homine matris filins, Deus verus ex Pâtre, homo verus ex matre. Carnem ex matris visceribus habentem et animam humanam rationalem simul in eo utriusque naturae, id est hominem et Deum, unam personam, unum filium, unum Christum... confiteor. Passum est ver a carnis passione, mortuum vera corporis sui morte, resurrexisse vera carnis suae resurrectione et vera animae resurrectione in qua veniei judicare viuos et morluos assero. Novi et veteris T éstamenti unum eumdemque credo auctorem et Dominion et Deum. Diabolum non per conditionem sed per arbitrium factum esse malum. Credo hujus quam gestamus et non alterius carnis resurrectionem. Credo judicium futurum et recepturos singulos pro his quae gesseruntvel pœnas vel praemia. Nuplias non prohibeo, secunda matrimonia non damno. Carnium perceptionem non damno. Poenitentibus reconciliatis communicari

(1) Môhler : Fragmente aus und Liber Isidor. [Scliriften und Aufsâtze, I (1839), 314, 286, 342].

Se rappeler encore que les manuscrits où nous avons retrouvé les collections de symboles et de traités anti-priscillianistes appartiennent tous au VIIIe ou au début du IXe siècle. N’est-ce pas aussi une marque que le Priscillianisme n’est pas mort encore ? Qui sait si l’invasion arabe n’a pas déterminé un exode de Priscillianistes dans les pays de Gaule ou d’Italie, et si elle n’a pas ainsi provoqué une extension de son domaine vers le nord? Je songe aux mss. de Milan et de Keichenau. — Se rappeler encore les apocryphes teintés de Manichéisme, qui remontent à l’époque franque, dont il sera question plus bas.

LE NÉO-MANICHÉISME. SON EXTENSION

debere confiteor. In baptismo omnia peccata, id est tam illud originale contractum quam ea quae voluntarie admissa sunt dimitti credo. Et extra Ecclesiam catholicam nullum salvari confiteor (I).

Il est certain que Gerbert vise les Manichéens ; il est certain que le Manichéisme, en certains pays tout au moins, est vivant encore à la fin du dixième siècle.

Je ne poursuivrai pas plus avant: la Révolution grégorienne inaugure une nouvelle époque dans l’histoire religieuse de l’Occident.

Le Néo-Manichéisme s’est survécu obscurément, et sporadiquement, comme le Christianisme lui-même, aux septième, huitième, neuvième et dixième siècles ; c’est même à cette époque, qu’il a, sans doute, progressé vers le nord, à la faveur de la décadence religieuse, et dépassé son aire primitive, strictement méditerranéenne à ce qu’il semble. Parasite de la religion chrétienne, il a été porté par elle à travers les âges, et c’est avec elle qu’il ressuscite, au onzième (2) et au douzième, pour engager contre elle, on sait avec quel éclat, un duel à mort, au treizième siècle. Le Catharisme de l’époque féodale est l’héritier direct du Néo-Manichéisme (3) de l’époque germanique et de l'époque franque.

(1) Epist. 187. P. L. 139, 253, A. B. C. Les évènements du XIe siècle montrent que les particularités de ce texle ne s'expliquent pas simplement par influence littéraire. D’après Schmidt, la lettre de saint Grégoire à Jean de Squillace est partiellement reproduite dans plusieurs diplômes d’évêques italiens au dixième et au onzième siècle : tels les diplômes de Gerbert de Capoue en 978 [Ughelli, VI, 564], d’Athenoulphe de Capoue en 1032 [Ughelli, VI, 676]. Mais la profession de foi de Idincmar, telle qu’elle est reproduite P. L. 125, 1259-1260, ne contient aucun trait anti-manichéen. Et quant à la profession de foi de Gauzlin, Neues Archiv , III, 370, elle dépend évidemment de la profession de foi de Gerbert.

(2) En 1022, treize Cathares sont condamnés par le concile d’Orléans et brûlés devant le roi Robert ; en 1025, l’évêque Gérard de Cambrai découvre des Manichéens à Arras ; le concile de Charroux, vers 1026-1030, s’occupe du Manichéisme [Pfister , Etudes sur le règne de Robert le Pieux , 1885. Paris, p, 331 et 325], comme l’évèque de Chàlons, Roger, vers 1043- 1048; l’archevêque de Milan, Héribert [1027-1046], découvre des Cathares, groupés autour d’un certain Gherardo, à Montforte, près Turin. On en trouve en Germanie dès 1012 [Hauck : K. G. D , III, p. 431, n. 3], en 1052, à Toulouse, 1056, à Béziers, 1062, à Soissons, et en Flandre vers 1114- 1120... Voir C. Schmidt : Histoire et doctrine de la secte des Cathares, 2 vol. Paris-Genève, 1848-1849 ; Lea, trad. Reinaeh : Histoire de l' Inquisition au Moyen-Age, I (1900), 121-125. Sur les Albigeois, cf. Jean Guiraud : L'Albigéisme au X IIIe siècle [Cartulaire de Notre-Dame de Prouille, I, 1907, Paris], Molinier : op. laud. et Luchaire: Histoire de France... (Lavisse). Paris, II, 2 et III, I, passim.

(3) C’est vers 868 que les Pauliciens évangélisent les Bulgares, et vers 970 que Zimiscès transporte les Pauliciens en Thrace. Le Paulicianisme

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