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CHAPITRE PREMIER

LE NÉO-MANICHÉISME AU TEMPS DE SAINT LÉON

Au milieu du cinquième siècle, en Occident, les Néo- Manichéens sont un gros souci pour les évêques.

Prosper d’Aquitaine, qui, selon toutes les vraisemblances (i), écrivit à Rome sa Chronique , y raconte que le pape saint Léon découvrit à Rome, en 443, entre le 10 octobre et le 12 décembre (2), un grand nombre de Manichéens ; on dévoila les turpitudes de leur doctrine ; on saisit une quantité considérable de leurs livres. Et Prosper ajoute : c’est évidemment sous l’inspiration de Dieu que Léon agissait, dans l’intérêt de la ville et aussi dans l’intérêt du monde entier ; les Manichéens arrêtés révélèrent les noms de leurs docteurs, de leurs évêques et de leurs prêtres, et découvrirent les provinces et les cités où ils résidaient.

Hoc tempore (Maximo II et Paterio coss) plurimos Manichaeos intra urbem latere diligentiae papae Leonis innotuit, qui eos de

(1) Hôlder Egger, Neues Archiv ., 1876, 82 ; Valentin, S. Prosper d'Aquitaine, 1900. Toulouse, 136.

(2) Tillemont, XV, 424. Le sermon 15 (16) paraît être du 12 décembre. La lettre de saint Léon aux évêques est datée du 30 janvier 444 ; une lettre du même aux mêmes, datée du 10 octobre, ne souffle mot du Manichéisme.

LE NÉO-MANICHÉISME AU TEMPS DE SAINT LÉON

secretis suis erutos etoculis totius ecclesiae publicatos omncs dogmatis sui turpitudines et damnare fecit et prodere, incensis eorum codicibus, quorum magnae moles fuerant interceptæ. Quae cura uiro sancto diuinitus ut apparuit inspirata, non solum romanae urbi sed etiam universo orbi plurimum profuit siquidem confessionibus in urbe captorum qui doctores eorum, qui episcopi quive presbyteri in quibus provinciis nel ciuitatibus degerent patefactum sit, multique Orientalium partium sacerdotes industriam apostolici rectoris imitati sunt (1).

Ce qui a frappé Prosper, c’est que les Manichéens consti-

tuaient une Eglise organisée : on mettait la main sur cette organisation, on savait désormais quels en étaient les représentants dans l’empire, à l’Orient grec aussi bien qu’à l’Occident latin.

Mais je n’oserais pas affirmer que le centre de cette organisation fût fixé à Rome. Sans doute, si les confessiones in Urbe captorum ont indiqué qui doctores eorum , qui episcopi , quive presbyteri in quibus prouinciis nel ciuitatibus degerent , on doit croire que les Manichéens arrêtés occupaient une haute place parmi leurs frères : ce n’est pas le premier fidèle venu qui peut donner des détails aussi précis sur les églises d’Orient et sur les églises d’Occident. On a saisi de hauts dignitaires, le fait est très vraisemblable. Mais Prosper ne dit pas que le, ou les chefs suprêmes de la contre-Église aient été arrêtés : eût-il omis de le noter si le fait eût été tel ?

Plusieurs lettres et sermons de saint Léon éclairent le texte de Prosper.

Voici ce qu’il dit en parlant au peuple au sujet du jeûne. Noter comme il insiste sur l’authenticité des renseignements qu’il donne: l’avait-on attaqué à ce propos?

De sacris (Manichaeorum)..., quod inquisitioni nostrae Dominus manifestare uoluit non tacemus,ne quisquam putet nos de hac re dubiae famae et incertis opinionibus credidisse. Residentibus itaque mecum episcopis ac presbyteris ac in eumdem consessum christianis uiris ac nobilibus congregatis, electos et clectas eorum iussimus praesentari. Qui cum de perversitate dogmatis sui et de testivitatum suarum consuetudine multa reserassent, illud quoque scelus quod eloqui uerecundum est prodiderunt... Aderaut enim omnes personae per quas infandum facinus fuerat perpetratum,

(1) M. G. AA. aa. IX, 1. Chronic. min., tomus I, éd. Mommsen, 1892, p. 479.

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