Le néo-réalisme américain
L'idée première de cet ouvrage a été inspirée par certaines caractéristiques du moîcvémement philosophique des derniers temps. Le renouveau qui suivit l'ère de disette philosophique marquée par le matérialisme et le scientisme, semblait d'abord conduire, avec le « retour à Kant », à des formes diverses d'idéalisme. Puis vinrent des essais plus originaiix, quoiqu'ils ne fussent pas sans attaches avec le mouvement antérieur, et aussi plus bruyants : en France, la philosophie de l'intuition de M. Bergson, la doctrine de l'action de M. Blondel ; en Amérique et en Angleterre, les théories pragmatistes de William James, de M. Deicey, de M. Schiller.
Mais peu après., la réaction contre le psychologisme de Wundt et de Franz Brentano amenait en Allemagne et en Autriche un Husserl, un Stumpf, un Meinong, à concevoir une logique objective, indépendante de tout mécanisme psychologique ; M. Kiilpe et ses collaborateurs retrouvaient au laboratoire de psychologie les actes intellectuels, si longtemps méconnus, et s'acheminaient vers un réalisme très franc. En Grande-Bretagne, non seulement M. Shadworth Hodgson achevait d'élaborer un réalisme expérimental, mais M. Bertrand Russell était amené par ses études mathématiqices à un réalisme beaucoup plus radical, et ralliait un certain nomh^e d'adhérents. En Amérique surtout, aussi bien dans l'école pragmatiste que chez des penseurs indépendants, le réalisme se répandait et se consolidait. Le nom de réaliste, longtemps honni, pouvait de nouveau se porter honorablement.
N'était-il pas intéressant d'examiner de plus près loi mouvement
qui rapprochait, à leur insu^ nombre de philosophes contemporains d'une philosophie très ancienne et bien vivante quoique longtemps méconnue? Il ne s'agissait pas de collectionner, en faveur des thèses de la }ihilosophie traditiotmelle, des attestations ou des autorités empruntées aux mouvements récents. Ce travail de marqueterie aurait été /^r» fructueux; d'ailleurs, malgré les points de contact, trop de divergences séparent les deux tendances. Mais il était utile de rechercher les dir'cctions essentielles d'un mouvement dont la diffusion même prouve qu'il répond à une tendance foncière de l'esprit contemporain.
Nous avons tâché de suivre et de grouper d'une manière aussi objective que possible les doctrines néo-réalistes d'Amérique. C'est dans ce pags que les nouvelles idées sont représentées avec le plus de vigueur et d'originalité ; elles s'y répandent au point, nous disait-on dernièrement, d'envahir l'enseigneme^it de la plupart des universités, au détriment même de ce pragmatisme qui hier encore apparaissait à tous les yeux comme la philosophie propre de la nation américaine.
Le nombre et la variété des doctrines rendaient notre tâche difficile ; peut-être nous trouvera-t-on parfois trop porté à atténuer les divergences entre les auteurs que nous étudions ; nous avouons que la philosophie ne nous apparaît pas comme le fouillis de contradictions qu'on croit quelquefois ; ou fond des formules opposées, il faut savoir retrouver la direction commune des idées.
Cette nouvelle phase de la pensée américaine était trop peu connue, croyons-nous, de ce côté de l'Atlantique. Notre tâche était d'autant plus ardue, car il s'agissait de rendre, pour la première fois peutêtre, des termes peu usités en Europe et de décrire des attitudes intellectuelles qui nous sont peu familières.
Nos critiques, plutôt brèves, consistait surtout à exayniner la cohérence des opinions que fious ej^osons. Nous avons signalé les points de contact avec nos idées tout eu tâchant de préciser ici les réserves qui nous paraissent s'imposer. Cela fait, il suffisait d'indiquer, sans longs dévchqyponents, les directions générales auxquelles nous nous rattachons : les doctrines thomistes ne sont plus inconnues