III. Indigènes
L'étude des matériaux disponibles doit naturellement précéder Tétude historique du Népal ; il est indispensable avant de mettre les documents en œuvre, d'en fixer la nature, la portée et la valeur. La solidité éprouvée des matériaux garantit la stabilité de l'édifice. L'examen des matériaux offre encore un autre avantage : il laisse entrevoir d'avance les traits saillants de l'histoire à étudier, et dénonce les grandes époques ou les grandes crises qui donnent naissance aux documents. Les documents sont de deux catégories: les uns, indigènes; les autres, étrangers. Si claire que semble cette division, elle ne laisse pas de créer un léger embarras. Les matériaux fournis par l'Inde peuvent être considérés soit comme des documents étrangers puisque le Népal est politiquement séparé du reste de l'Inde, soit comme des documents indigènes puisque le Népal fait régulièrement partie du inonde hindou. En fait le débat serait oiseux, tant l'apport de l'Inde est insignifiant ; il se borne à de rares et brèves indications, éparses au cours des siècles.
La logique semble appeler en première ligne les documents indigènes, qui par leur nombre, leur étendue et leur
importance forment le corps et la contexture de l'histoire népalaise. J'ai préféré cependant passer d'abord en revue les documents d'origine étrangère, issus des peuples qui sont entrés en rapport avec le Népal. Les Tibétains et les Chinois sont les premiers en date : leurs premières relations avec le Népal datent du début du va* siècle. Les Européens n'ont connu le Népal que très tard, après le milieu du xvn* siècle. Je les ai néanmoins classés au premier rang, pour des raisons fort diverses. Une raison de clarté, d'abord : avant d'exposer les menus détails d'une histoire locale où rien n'est familier à l'esprit occidental, j'ai cru opportun de tracer un historique des découvertes et des recherches qui relient la période la plus récente de l'histoire népalaise à des noms et des faits connus de l'Europe. Une raison de méthode et de conscience à la fois: les matériaux dont j'ai fait usage sont, en dehors de mon apport personnel, empruntés à mes devanciers ; j'étais tenu de déclarer ce que je leur dois et de marquer nettementla part qui revient à chacun d'eux dans ce travail que j'ai conçu et tâché de réaliser comme une véritable collaboration. Le tableau de l'œuvre poursuivie au Népal depuis deux siècles et demi par les Européens sert en outre à définir l'état actuel des connaissances ; il explique, il excuse peut-être les incertitudes, les lacunes, les erreurs mêmes qui pourront être constatées dans ce livre. Le Népal n'est pas encore un domaine banal, ouvert à toutes les curiosités, librement exploré par une armée de chercheurs. Depuis le xvii' siècle, il n'a vu passer qu'un nombre minime d'Européens, presque toujours traités en suspects, tenus à l'écart, et paralysés dans leurs recherches. Ces rares visiteurs, amenés les uns par le zèle religieux, d'autres par la politique, d'autres par le goût de l'érudition, n'ont guère songé à se contrôler entre eux. On est ainsi réduit à se fonder souvent sur un témoignage isolé. Le danger serait grave, jusqu'à