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C. Castes mixtes, à la fois Buddha-mârgis et Çiva-mârgis

Les six premiers groupes, qui forment à eux seuls la

1. Les Bandyas doivent à rintervention du roi Siddhi Narasimha de Patan, au xvii«^ siècle, la pratique de cette profession. « Gomme il voyait que la ville n'avait pas assez de charpentiers, il fît prendre ce métier aux bandyas » (Vamç., 234).

moitié de la population névare, portent le nom collectif de Jaffus (Jyâpus) qui appartient en propre à la cinquième classe ; ils ne forment qu'une caste au sens légal.

17) Mu\ ils cultivent exclusivement une seule espèce d'herbe aromatique, qui sert à la coiffure et qu'on présente aussi en offrande aux dieux.

18) Danghu: arpenteurs.

19) Kumhar (KumbhaMra) : potiers .

20) Karbujha : musiciens de funérailles.

21) Jaff'u ou Kissini) . ,,. .. ,

' r." . f paysans qui cultivent le sol.

Les vingt-quatre classes qui suivent ne forment un groupe que par opposition aux précédentes ; mais elles se subdivisent en véritables castes :

23) Chitrakar (Citrakâra) : peintres en tout genre : bâtiments, tableaux, etc.

24) Bhat : teinturiers en rouge pour tout genre d'étoffe, linge excepté.

(25) Chippah (Ksipam) : teinturiers en bleu.

26) Kaua ou Nekarmi: travaillent le fer, fabriquent fers à cheval, couteaux, etc.

27) Nau (Nâpita) : barbiers et chirurgiens.

28) Sarmi (ou Sâlmî): huiliers et tresseurs de guirlandes pour la parure. C'est eux qui ont supplanté lesUdas dans le grand commerce.

29) Tippah: maraîchers.

30) Pulpul: portent les lanternes et les torches aux funérailles.

31) Kaussa: pratiquent les inoculations contre la petite vérole.

32) Konar: fabriquent exclusivement les objets qui servent à tisser.

33) Garhtho (Got) : jardiniers.

34) Katthar: rebouleurs et infirmiers.

35) Tatii: font les linceuls et aussi les bonnets de nuit que portent les enfants en bas âge quand on vient de leur couper en cérémonie les cheveux à Tentour de la cûdâ (toupet au sommet de la tête).

36) Balhaiji: fabriquent les roues du char pour la procession de Matsyendra Nâtha.

37) Yungvar : fabriquent le char lui-même.

38) Ballah.

39) Lamu, porteurs des palanquins royaux. Ils sont donc identiques aux Duân que les Gourkhas désignent sous le nom de Putvdr. C'est à Prithi Narayan que cette caste doit ce nom, ou plutôt ce titre d'honneur: avant de réussira s'emparer de Kirtipur par ruse en 1767, le roi Gourkha subit sous les murs de la ville une défaite désastreuse ; sa vie fut en danger, il ne dut son salut qu'au dévouement d'un Dudn qui, avec l'aide d'un Kasâi (boucher) transporta en une nuit le palanquin du roi jusqu'à iNayakot, hors de la vallée. Prithi Narayan remercia son sauveur en ces termes: « Bien, mon fils! (Syâbâs pûtl) La caste entière s'empressa de recueillir l'appellation honorable échappée à la gratitude du Gourkha, et garda le nom de Putvdr (« les filiaux »). Maître du Népal, en 1770, Prithi Narayan confirma le titre, accorda aux Pw/v^îr^ la faveur d'approcher le roi et de porter les palanquins royaux.

40) Dalli: classe de cipayes.

41) Pihi: vanniers.

42) Gaowah (Gopa) ) les deux classes de

43) Nanda-Gaowah (Nanda-Gopa) j bergers ne forment qu'une caste pour la table et le lit.

44) Ballahmi: Bûcherons et livreurs de bois.

45) Nalli: ils peignent les yeux de la figure de Bhairava sur le char de Matsyendra Nâtha.

Les membres des castes bouddhiques, tout hérétiques

qu'ils sont, n'en sont pas moins « gens de caste » ; un Hindou qui les tient pour des êtres diaboliques et pervers, recevra sans scrupule Teau de leurs mains ; ils prolongent la société hindoue en dehors de Téglise brahmanique, à mi-chemin du bouddhisme étranger.

Huit castes exclues deTeau, et repoussées avec une égale aversion par les Bouddhistes et les Çivaïtes, réunissent les parias des deux confessions.

1 ) Kasâi : bouchers et porteurs de palanquins ordinaires. Prithi Narayan a relevé un peu leur condition sociale; en même temps qu'il concédait un titre et une fonction honorable aux diiâns il a donné aux kasâis^ comme témoignage de sa gratitude, des terres et leur a attribué un service de domesticité au temple de Guhyeçvarî.

2) Joghi: musiciens de fêtes.

3) Dhunt: musiciens de fêtes.

4) Dhauwi : fabriquent le charbon de bois.

5) Kullu : corroyeurs.

6) Puriya (Podhya)\ pêcheurs, exécuteurs, tueurs de chiens.

7) Chamakallak (Carmakâra, Chamâr) : peaussiers et balayeurs.

8) Sanghar (Songat) : blanchisseurs.

Mais ces castes mêmes, ou plutôt ces hors-castes, toutes dégradées qu'elles sont, refuseront de manger et de boire avec des iMusulmans ou des Européens ; et si une femme de ce groupe venait à forniquer avec les uns ou les autres, la loi la frapperait de peines terribles : impures au point de vue de Teau et du contact, ces castes n'en font pas moins partie intégrante de l'hindouisme, et elles y ont à remplir des fonctions sociales d'un ordre déterminé qui les rend solidaires de l'ensemble ; la privation de droits n'emporte pas pour elles la suppression des devoirs.

Crééede toutes pièces à l'imitation de la caste hindoue,

LA POPCLATIOK. — LES NÉVARS 245

la caste bouddhique a pris comme unique noyau de formation la profession. Elle isole de la communauté et réunit entre eux par les liens du lit et de la table tous les individus que le droit de naissance qualifie pour l'exercice exclusif d'uQ métier héréditaire ; c'est une compagnie

constituée pour l'exploitation d'un monopole légal et ouverte seulement aux descendants des fondateurs. Le monopole, il est vrai, n'est pas toujours lucratif: tel le privilège de peindre les yeux à l'image de Bhairava ; les bénéfices en seraient souvent maigres pour faire vivre un nombre toujours croissant d'intéressés. Heureusement la liste des professions héréditaires, si longue qu'elle soil,

n'épuise pas toutes les catégories de gagne-pain ; la coutume et la loi n'ont pas créé de petits marchands (banyans), de tailleurs, de coolies, de portefaix privilégiés; à Texceplion de quelques spécialités, la culture n'est pas un monopole réservé ; autant de débouchés qui restent perpétuellement ouverts au trop-plein des carrières de caste. La profession de médecin, réservée par le code de Jaya Sthiti Malla aux Jaisis, est tombée dans le domaine public; et l'exercice en est fructueux au Népal, autant et plus qu'ailleurs ; les bonnes familles y ont en général un médecin attaché à leur service ; la vieille tradition des oculistes bouddhiques a été perpétuée, dans ce suprême asile du Bouddhisme indien, par des spécialistes distingués*. Ainsi la caste réserve à ses membres une profession spéciale, mais elle ne la leur impose pas, elle les laisse volontiers s'échapper dans le terrain vague des métiers qui n'appartiennent en propre à personne.

La caste, bouddhiste ou çivaïte, est à la fois un organisme professionnel et un organisme religieux ; chacune de ces deux fonctions se trouve placée sous le contrôle d'une autorité spéciale. La corporation, avec tous ses ressortissants, est administrée par un comité analogue au Panch hindou et qui porte au Népal le nom de Gatti. La Gatti répartit et contrôle les charges qui incombent à la caste eu vertu de son monopole; dans cette vallée enchantée où la religion n'a pas encore complètement cessé d'être un enchaînement continu de fêtes publiques.

1. Cf. le récit de Vamç. 178: un médecin de Harisimha deva, sollicité par le roi des Nàgas, Karkotaka, sous le déguisement d'un brahmane, le suit dans son palais souterrain, y guérit par une application de collyre les yeux de la reine des Nàgas, et Karkotaka lui promet en récompense que ses descendanLs seront de bons oculistes. « Les descendants de ce Baid (Vaidya) furent renommés en conséquence comme d'excellents oculistes. » — Kt cf. d'autre part : D"" Cordier, Vdgb?ia(ay dans Journ. Aniat., 1901, 2, p. 170, n.

chacune des castes est tenue de concourir pour sa part aux solennités ; la gatti désigne à tour de rôle les familles qui rempliront à chaque occasion la tâche prescrite et elle en surveille l'exécution. Les fêtes corporatives viennent encore s'ajouter aux fêles religieuses; chacun des membres, effectifs ou virtuels, delà corporation doit successivement, et à des périodes déterminées, offrir une fête à tous les autres, et quels qu'en soient les frais, nul n'est autorisé à s'y dérober. Enfin, si une personne de la caste meurt, toutes les familles de la caste sont rigoureusement obligées de se faire représenter à ses funérailles ; la mort est encore un prétexte à processions. La loi confère à lo. gatti le droit de punir tout manquement ; la peine ordinaire est l'amende proportionnée à la gravité du délit ; mais, dans les cas où la faute d'un seul engage et compromet la communauté entière, la. gatti peut prononcer l'expulsion hors de la caste ; l'individu déchu, rejeté de la société, ne trouve plus d'asile que dans les groupes infâmes dont le contact est une souillure. Mais la graWî ne connaît que des actes corporatifs; les fautes contre la pureté lui échappent, car elles sont du domaine de la loi religieuse, et c'est un juge religieux qui leur convient. Quiconque est prévenu d'avoir mangé ou forniqué en compagnie prohibée, d'avoir accepté de l'eau de mains interdites, d'avoir commis un acte d'inadvertance, de négligence ou de licence qui entraîne la perte de caste, en un mot d'avoir péché contre la loi, est déféré au dharmâdhikâri ou ]\xge suprême du royaume, et le cas est porté devant le Râja-guru, le brahmane qui sert de directeur spirituel au roi. Le Râja-guru examine l'affaire, consulte les castras, la littérature de la casuistique qui s'est développée avec tant d'abondance depuis le xiv* siècle, et prononce le verdict. La peine est à la fois juridique et religieuse : elle varie entre l'amende, la prison, la confiscation des biens et la déchéance de caste; l'amende perçue est

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