‹ Le Népal: étude historique d'un royaume hindouChapitre 51 sur 85 · LES GOURKHAS · texte numérisé non relu

LES GOURKHAS

Les Gourkhas, qui se sont établis en maîtres au Népal depuis 1768, continuent à porter avec orgueil le nom du pays qui fut le berceau de leur puissance : avant la conquête de Prithi Narayan, ils habitaient la principauté de Gourkha, un des petits états qui constituaient le territoire des Vingt-Quatre Rois (Chaubisi Râj), dans le bassin des Sept Gandakis, àTOuest du Népal. Naturellement, la principauté variait sans cesse d'étendue, dans le chaos d'une féodalité ambitieuse et remuante. En général elle atteignait à TEst la Tirsuli Gandak, la plus orientale des Sept Gandakis, qui baigne la seigneurie de Nayakol, et que les mamelons du Deochok séparent seuls des eaux népalaises. Au temps des trois royaumes (xvu^-xviir siècles), le royaume de Katmandou s'étendait vers l'Ouest jusqu'à la rive droite de la Tirsuli Gandak. Le Gourkha avait pour limite régulière à l'Ouest la Marsyandi qui séparait la principauté des états minuscules de Lamjung, Tanahung et Pokhra. La capitale, Gourkha, unique ville de la région, est construite sur une haute colline, le Hanuman-ban-jang, qui tombe du côté de l'Ouest dans la Darandi. Elle est située à 100 kilomètres environ de Katmandou. Elle passe pour

contenir 2000 maisons, soit de 15 000 à 20 000 habitants, avec ses dépendances. L'ancien darbar, le berceau de la dynastie actuelle du Népal, tombe en ruines. La ville et la principauté ont pris le nom de leur divinité tutélaire, Goraksa Nâtha, en langue vulgaire Gorakh, Gorkha, patron des Yogis qui fréquentent THimalaya ; nous le retrouverons associé, dans la littérature et dans les traditions du Népal, h Matsyendra Nâtha, patron de la grande vallée.

Les premiers habitants du pays de Gourkha étaient apparentés aux Névars, et comme eux d'origine tibétaine ; ils portaient et gardent encore en partie le nom de Magars. Leurs rois étaient de la même race, mais avec un mélange de sang hindou ; ils se flattaient d'êlre des ksatriyas de montagne, des Khas ; ils appartenaient au clan des Khadkas ou Kharkas. Mais en 1559 (mercredi, Sbhâdon badi çâka 1481, naksatraRohinî*),lefîlsdu ràja de Lamjung, Dravya Sâh, s'empara par surprise de la ville, avec la complicité des clans hindouisés, tua de sa main le roi, et monta sur le trône. 11 estTancêtre de la dynastie Gourkha.

Dravya Sâh se piquait d'une origine illustre. La tradition, pieusement et fièrement maintenue par ses descendants, le rattachait aux plus authentiques et aux plus purs desclans rajpoutes. L'empereur Alâu-d-Dîn (que la légende désigne par confusion sous le nom d'Akbar) furieux contre les Rajpoutes de Chitor qui lui avaient refusé la main d'une femme de leur caste, marcha contre la forteresse qui passait pour imprenable, et s'en empara (1303). Treize cents Rânîs (femmes de caste Ksatriya) s'immolèrent volontairement sur le bûcher ; la princesse convoitée par le musulman se jeta dans une cuve d'huile bouillante, martyre de la pureté brahmanique. Une partie des survivants se retira à Ujjayinî (Ogein) sous la conduite de Manmath,

1. La date, telle qu'elle est donnée, est certainement inexacte, auss bien pour 1481 çaka présent qu'écoulé.

dernier fils du râja de Chilor, tandis que l'aîné allait fonder Udaypur; la maison d'Udaypur est regardée depuis lors comme le parangon des Rajpoutes. Le plus jeune fils de Manmath, Bhùpâl, quitta Ujjayinî et sur les indications de sa divinité personnelle [ista-devatâ)^ alla s'établir au Nord, dans les collines, à Ridi ou Riri, petite bourgade située à 260 kilomètres de Katmandou, à 160 kilomètres de Gourkha. Il y arriva en 1495, près de 200 ans après la chute de Chitor dont son père aurait été témoin! De Ridi il passa à Sarghâ, puis, continuant vers TEst, à Bhirkot. Il s'y fixa, défricha le sol, eut deux fils, Khânchâ et Michâ, dont on se garde bien de désigner la mère ; il les fit initier comme ksatriyas, leur procura des femmes rajpoutes de la plaine. Le second fils Michâ conquit Nayakot, petite ville au Nord-Ouest de Gourkha, distincte de la ville du même nom sur les confins du Népal. Un de ses descendants, Kulmandan, devint roi de la principauté de Kaski, près de Nayakot, et reçut de l'empereur de Delhi le titre de Sâh. Les gens de Lamjung, un village voisin blotti dans les montagnes, vinrent lui demander un de ses fils comme roi ; quand ils l'eurent, ils le prirent pour cible, sous prétexle de viser du gibier, et l'accablèrent de flèches empoisonnées. Mais incapables de se gouverner sans roi, ils allèrent demander au roi un autre de ses fils ; ils finirent par triompher de ses résistances légitimes par les engagements le plus solennels ; autorisés à choisir entre les cinq fils qui restaient, ils attendirent la nuit, observèrent les princes endormis, virent la tête du plus jeune se relever sur le coussin, et convaincus des hautes destinées qui l'attendaient, le prirent pour chef. C'est ce prince qui eut à son tour comme second fils Dravya Sâh, conquérant de Gourkha*.

Page 1