Gùi Scritti.., p
elle a gardé les temples pittoresques élevés par les Mallas ou sous leur règne ; elle a gardé ses ruelles étroites, obscures, malpropres et grouillantes, où la chaussée n'est guère qu'un sentier entre deux fossés d'immondices stagnantes. La seule rue pavée de pierres traverse en oblique la ville de TEst à TOuest, jusqu'au pont de la Bitsnumati, en longeant le darbar. Les maisons décrépites étalent encore sur leur façade de briques nues leurs balcons et leurs loges de bois ouvragé, où la verve truculente d'une imagination joyeuse a prodigué les paons, les nymphes, les nâgas, les éléphants, les fleurs, les feuillages et les monstruosités erotiques. Au rez-de-chaussée, surélevé, les boutiques, ouvertes à même sur la rue ; le marchand ou l'artisan, accroupi, en attendant la clientèle, cause, travaille, fume sa courte pipe ; au-dessus, deux ou trois étages, que desservent en guise d'escalier des échelles et des trappes ; là, des chambres surbaissées qu'éclaire et qu'aère une étroite fenêtre, avec un volet de bois plein qui la calfeutre dans les temps froids ; pêle-mêle, dans la confusion de ces intérieurs misérables, des familles nombreuses, sordides, en loques, nourries d'ail et de radis fermenté. La ville garde aussi ses monastères d'autrefois, construits en rectangle autour d'une cour intérieure, prudemment reliée à la rue par un corridor étroit et bas. Enfin la voirie a conservé la division traditionnelle en « tols », îlots de maisons groupés sous un seul nom et qui formaient jadis une unité de combat ; chacun des tols était chargé d'une porte de la cité en temps de guerre. Comme jadis, et plus sévèrement encore, les basses castes et les hors-castes sont exclus de la ville ; bouchers, corroyeurs, balayeurs, et tout le groupe des corporations méprisées entourent la ville d'une ceinture nauséabonde.
Le nouveau Katmandou a poussé plus loin, dans les faubourgs et la banlieue. A l'angle Nord-Est, le roi {Dhirâj =
adhiràjd) demeure dans un palais neuf, sluqué, peinturluré, combinaison hybride de la Grèce, de Rome, de l'Angleterre et de rinde. Le maire du palais {maharaja) s'est fait élever, à côté du prince qu'il lient en tutelle, un palais du même goût, éclairé à Télectricité ; de vastes jardins enclos de murs dérobent ces édifices aux regards indiscrets. A Tangle Sud-Est s'étendent les bâtiments compliqués de Thapathali, le palais édifié par le célèbre ministre Jang Balladur au milieu du xix** siècle. Entre ces deux groupes de constructions, un immense terrain découvert : c'est le champ de manœuvres où tous les jours, et la journée entière, les recrues gourkhas font l'exercice, initiés à des commandements soi-disant anglais par des instructeurs qui ne sont pas linguistes ; au Nord de ce Champ-de-Mars hindou, Tétang de Rani-Pokhri, creusé au xvn** siècle et jadis bordé de petits temples ; Jang les a rasés, a emprisonné l'étang dans une maçonnerie profonde ; une étroite chaussée mène du bord Ouest au pavillon central, qui découvre une des plus belles perspectives du monde. Des pagodes, des chapelles, des caityas, anciens ou récents, monumentaux ou rudimentaires, s'égrènent au long de ce quadrilatère énorme. Le nouveau régime a marqué ici en traits éloquents son empreinte bienfaisante ; en face de Uani-Pokhri, vers l'Ouest, le Darbar a fondé une sorte de collège népalais [Darbar School) où sont enseignés côte à côte le sanscrit et l'anglais, la tradition et la vie moderne. En arrière et au iNord l'hôpital. Les casernes, les ateliers militaires, l'arsenal font pendant, vers le Sud, aux institutions d'éducation et de charité ; dans l'intervalle se dresse la blanche colonne de pierre, haute de 75 mètres, que le ministre Bhim Sen fit élever vers 1835 ; on y monte par un long colimaçon; mais la vue qui s'offre brusquement au sommet paie largement l'ennui de la montée. La route qui longe le champ de manœuvres mène, vers
le Nord, à la résidence britannique par le faubourg dt Thamel el par une grande prairie où les jeunes Gourkhas aiment h exercer leurs chevaux. La résidence est située sur un plateau qui s'inchne doucement à TEst vers le ïukhucha, à l'Ouest vers la Bitsnumati. La maison du résident, une sorte de cottage en style indo-gothique, est entourée d'un parc magnifique où domine la verdure sombre de pins gigantesques; sur ce terrain que les Népalais avaient tenu pour insalubre, stérile et hanté, la persévérance britannique a su créer un coin d'Europe : le potager même donne en abondance tous les légumes de l'Occident. Le médecin de la résidence demeure dans un autre cottage, plus petit, à côté du résident. Une compagnie de cipayes au service du gouvernement britannique est installée dans des baraquements ; elle est chargée de protéger la personne et les biens du résident et de défendre laccès du territoire concédé. Les bureaux de la résidence, logés dans une petite annexe, emploient un personnel restreint : deux scribes hindous et un interprète névar, qui traduit en hindoustani les pièces et les documents rédigés dans les langues indigènes du Népal. Le poste eut jadis pour titulaire Amrtânanda, le célèbre pandit bouddhiste qui instruisit Hodgson et l'assista dans ses recherches ; depuis, ses descendants l'ont occupé de père en fils, mais sans hériter du savoir de l'aïeul ; j'ai seulement entrevu en 1898, dans le camp du colonel Wylie qu'il accompagnait, Indrânanda, fils de Gunânanda ; le bonhomme n'a pas même essayé de me donner le change sur ses connaissances. Son fils, son coadjuteur et son successeur désigné, Mitrânanda(Maitreyânanda) est certainement plein de zèle et de bonne volonté ; il a même étudié l'alphabet latin ! Mais pour porter le titre de pandit, il a bien fait de naître au Népal et dans la communauté bouddhiste.
La résidence possède encore trois dépendances : l'hô-
pilai, la posle, le bangalow. L'hrtpila), destiné en principe au personnel de la résidence, s'ouvre cependaut aux malades du dehors ; le médecin brilannique y a pour assistant un docteur bengali, qui concilie dans uu large éclectisme la science occidentale et les méthodes ayourvédiques.
Un hameau népalais : Haltsok.
Le luireau de poste est l'unique iiitcimédiaire l'utrc le Népal tout entier et les pays de l'union postale; il est dirigé par un habou hindou qui se débrouille k merveille dans la confusion presque inextricable des adresses polyglottes et polygraphiques. Des coureurs à grelots {dâA-ninners), disposés de relai en relai, transportent Journellement dans un sac le courrier entre Katmandou et Segauli, le dernier
bureau du lemloiro britannique sur le chemin du Népal. Le Darbar a toujours refusé Tautorisalion d'installer le télégraphe'. Le bangalow, modeste, mais suffisant, loge les hôtes de passage, indianistes en mission ou fonctionnaires envoyés de la plaine pour les besoins accidentels de la résidence : ingénieurs, architectes, etc. Un corps de garde gourkha surveille Tentrée de la résidence, h Tentrée du seul chemin carrossable qui y mène.
In pont de briques jeté sur la Bagmati, au Sud de Katmandou, tout près de Thapatali, relie le faubourg de la capitale au faubourg de Patan. En face de Katmandou, active, rajeunie, grandissante, Patan est la capitale du passé, des splendeurs éteintes et des souvenirs mourants ; c'est la ville des Névars subjugués et du bouddhisme vaincu. Ses origines remontent à des siècles lointains. Le roi Vira deva, qui passe pour Tavoir fondée, fut couronné, dit-on, en lan 3 iOO de Tère Kali Yuga (= 300 J.-C). Mais, dans la liste traditionnelle des rois népalais. Vira deva suit Amçu varman qui régnait vers 630 de J.-C. et précède Narendra deva qui reçut des ambassadeurs chinois vers 646. Les détails du récit en valent la chronologie : Un brave homme, pieux et dévot, qui gagnait sa vie à vendre des herbes, s'en allait chaque jour les cueillir au Joli-Bois [Lalita-vanà)^ puis il s'en retournait à la capitale, où régnait Vîra deva. Sa laideur l'avait rendu populaire ; on le saluait comme une connaissance au passage. Un beau jour, tandis qu'il cueillait ses herbes, il se sent pris d'une soif ardente ; il jette bas la perche où pendaient ses paniers, pour courir chercher de l'eau. Il aperçoit un petit étang frais et limpide ; il s'y abreuve, il s'y baigne, et, ragaillardi, reprend
I. I)erni<»n»ment encore (iy02), faute d*ètre avisé en temps opportun, le Népal a célébré par les salves de canon usuelles le couronnement d'Edouard Vil au jour primitivement ï\xé.. Le Darbar n'a su qu'après coup la remise de la cérémonie, et a tenu la politesse pour faite.
la besogne interrompue. Il tire h lui sa perche. Elle est collée au sol ! Tant pis ; il s'en passera. Il ramasse ses herbes dans les mains et rentre en ville. Vîra deva, qui le voit passer, ne le reconnaît plus. La laideur s'est muée en beauté merveilleuse. Le râja est ébahi: sois désormais le Joli {Lalita)\ s'écrie-t-il, et il Tadopte pour favori. La même nuit, une vision prescrit à Vîra deva de fonder sur remplacement enchanté une ville qui sera nommée la Ville-Jolie [Lalïta-pattana) . Il obéit, remet à Lalila une somme énorme, etTenvoie fonder une ville assez grande pour loger 20000 habitants. Mais la ville surpassa encore ces ambitieuses espérances : sous Varadeva, fils de Narendra deva, Lalita-pattana remplaça Madhyalakhu désertée comme capitale et comme résidence royale. Le vu" siècle était alors un peu plus qu'à demi écoulé. La chronique semble avoir dédoublé les personnages et les événements. Vîra deva, qui fonde Patan, el Vara deva qui y établit sa capitale, ne doivent faire au total qu'un seul roi. La nouvelle ville atteignit le faîle de la gloire: elle perdit son nom ; la ville de Lalita ne fut plus que la ville, la ville par excellence (Pattana, Pâtan). Les Névars, dans leur langue, lui donnent toutefois un autre nom : l'épitaphe en névari d'Horace de Penna, reproduite par Georgi, représente ce nom en caractères dévauagaris par Elâ desa ; la transcription en lettres latines donnée par Georgi porle Helà des ; la traduction latine rétablit la désignation commune : in Civiiate Patanœ. Kirkpatrick écrit: Yulloo daisi\ Wright, Yellon-desi, Les Tibétains ont emprunté cette appellation, qu'ils écrivent Ye-rayV ; les Chinois, à Timilation des Tibétains, emploient la forme Ye-leng . Bhagvanlal mentionne une autre désignation névarie : Tmya-la qu'il interprète
1. JÂschke, Tib. Dict. s. v. Ye-ran: name of acity next to Kho-bom (Katmandu) tlie first in Népal. Et il cite comme référence Milaraspa.
ainsi : a dans la «lier. !
venant do Hhaluanii
Palan ivsh», à lr.i\. ■ leresse d'unr aii^lm xn*" siè(:I<\ AW aN.iil .
sons). La d\na>lit' «l TlulUurîs vrrs |r i!:i! rli», elli' t»ul iNh' «1- KatniandiiU : niiii- ■ vcrné la >it'illr . c ('S|)t*ian('('s. Li - !
rxasprii'M'S au « ■ ([nèli' î^nmkii.t.
s'iMnpara aii-^ilnioinonl-là. T.. :
N/^pal, (M \r luv él(M)dn <lans ïw.
lorinanl à r«'-i!i SOS drpt'ndaiM .
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lamentable de ses temples, de ses monastères, de ses palais. Le temps achève Tœuvre des hommes. Mais les derniers restes d'un passé qui meurt évoquent encore des visions éblouissantes. La place du darbar est une merveille qui défie la description ; sous la vive clarté d'un ciel qui n'éblouit pas, le palais royal étale sa façade ouvragée, sculptée, bariolée à plaisir, où les ors, les bleus, les rouges éclairent le ton sombre des boiseries ; vis-à-vis, comme enfanté par un caprice d'artiste, un monde de pierre rayonnant de blancheur, piliers que couronnent des images de bronze, colonnades ajourées, temples de rêves, légers et frêles, sous la garde d'une armée de chimères et de griffons. Je reviendrai dans la suite aux monuments de Palan qui intéressent surtout Thistoire et l'étude du bouddhisme*.
Bhatgaon, la troisième ville du Népal, est située à quatorze kilomètres Est de Katmandou. Elle est construite sur un plateau onduleux qui s'incline au Nord-Est vers la kansavati, au Sud-Ouest vers la Hanmati, un peu en amont du confluent des deux ruis&eaux. Une grande et large route, Irop irrégulière et trop raboteuse pour être praticable aux voitures, la relie à Katmandou. Elle est la dernière en date des grandes villes népalaises. Elle eut pour fondateur Ananda Malla, frère de Jaya Deva Malla qui régnait sur Patan et Katmandou, et que la tradition associe à l'institution de Tère népalaise, en 880 J.-C. Mais la date (FAnanda Malla soulève de graves difficultés chronologiques. M. Wright, sans indiquer la source de son information, place la fondation de Bhatgaon en 865, quinze ans avant le point de départ de Tère népalaise. En tout état de cause, c'est là une date vraisemblable. Le fondateur
1. Les Bouddhistes de Palan prétendent que la forme originale de la ville représentait le cakra « roue » du Bouddha.
de Bliatgaon passe pour avoir fondé on outre sept autres villes, toutes situées dans la vallée de Banépa, l'annexe orientale du Népal ; la fondation de la nouvelle capitale marque donc l'expansion de la civilisation indo-névare vers TEst de la vallée ; Bliatgaon est la métropole d'une sorte de colonie orientale. Elle a conservé ce rôle à travers toute riiistoire du Népal. Pendant que Tanarchie sévissait à Katmandou et h Patan, Bhatgaon restait le siège de dynasties régulières qui étendaient leur autorité à TEst, en dehors de la vallée. La famille de Nânya deva, qui exerça la suzeraineté sur le Népal du xn" au niv*" siècle, passe pour avoir régné à Bhatgaon ; mais il est probable que le pouvoir réel appartenait aux Mallas comme vassaux tandis que Nànya deva et ses successeurs régnaient à Simraun-garh dans le Téraï. Après la mort de Yaksa Malla (1472) qui avait réuni sous son sceptre le Népal tout entier, Bhatgaon et Banépa devinrent les capitales de deux royaumes ; le royaume de Banépa n'eut qu'une existence éphémère, et s'absorba au bout d'une génération dans le royaume de Bhatgaon. Les rois de Bhatgaon s'aperçurent par la force des circonstances qu'ils devaient renoncer à s'étendre dans la vallée ; ils n'y possédaient qu'une seule bourgade (ïimi), mais ils poussèrent leur domaine en dehors de la vallée jusqu'à la Dudh-Kosi à l'Est, et au Nord jusqu'à la passe de Kuli (que Katmandou leur enleva au commencement du xvn* siècle). Quand le Népal fut conquis par les Gourkhas, Bhatgaon eut moins à souffrir que ses deux rivales : la ville livrée par trahison n'eut pas à soutenir de siège» ; Prilhi Narayan qui avait vécu plusieurs années à la cour du roi Hanajit Malla le traita avec respect et lui proposa même de conserver le trône ; enfin la population aux trois quarts brahmanique avait au moins les sympathies religieuses des Gourkhas. Aussi la ville a gardé un aspect florissant et prospère. Les
)nt propres, bien entretenues, régulièrement pavées lies ; les bazars sont achalandés ; les places décotemples splendides ; le darbar, moins grand qu'à idou, est plus somptueux ; la célèbre « porte d'or » I orne Tentrée est un pur chef-d'œuvre de l'orfèvrerie îso.
igaon porte dans la langue littéraire le nom de
fiura ; on Tappellc aussi Dharma-pattana « la Ville
Loi ». L'un et l'autre nom fait sans doute allusion à
Dxie brahmanique des habitants. Les Névars la
ent Kui'pù (Georgi), Kkôpô[da2se] (Kirkpatrick)*. Le
Bhatgaon reproduit, soit le « damaru », le tam-
n de Mahâ-Deva ; soit le « çankha » la conque de
u. Son fondateur entendait en faire une ville de
12U00 maisons; les Capucins, au xvm* siècle, répètent le
ne chiffre, qui doit s'interpréter comme dans les cas
édents. La population réelle de la ville est estimée à
000 ou 40000 âmes.
Outre ces trois grandes villes, la vallée du Népal con-
^t encore une soixantaine de fortes bourgades, sans par-
des simples villages. Cependant, malgré l'activité des
ions dans la vallée, le nombre des routes y est déri-
•e. De Katmandou, une chaussée carrossable de 1 4 kilo-
blres mène à Thankot, au pied de la passe du Chandra-
ri; une autre, d'une lieue environ, mène à Balaji, au
^ ied du mont Nagarjun, et permet au roi de se rendre en
voiture à la villa et aux tirés qu'il y possède ; une autre
encore va jusqu'au pied de Syambunath ; une chaussée
1, Ce nom rappelle élroilement le nom de Kho-bôm que Jaschke et Sarat Ghandra Das donnent comme Féqui valent tibétain de Katmandu (v. sup. p. 54). On est tenté de croire que les lexicographes ont par erreur substitué Katmandou à Bhatgaon. — Si Ye-leng est Palan, et KoU'k'ou-7nou Katinandu, Pou-yen cité comme le troisième royaume du Népal dans le Wei-tsang t'ou ki doit représenter Bhatgaon.
empierrée conduit au temple de Paçupati ; j'ai déjà signalé la route qui relie Katmandou à Bbatgaon. Le reste des chemins se réduit, en général, à des sentiers, à des foulées dans rherbe, à des levées de terre entre les champs : les meilleurs ne sauraient se comparer à nos plus humbles chemins vicinaux.
La plus occidentale des bourgades du Népal est Thankot, où la route de Tlnde entre dans la vallée. A droite de la route qui joint Thankot à Katmandou se dresse sur une hauteur abrupte la petite ville de Kirtipur qui a trop bien mérité par ses malheurs la célébrité que lui promettait son nom {Kîrti-pura, Ville de Gloire). Fondée au milieu du IX' siècle par le roi Sadâ Çiva deva, elle dépendait du royaume de Patan, mais elle avait sans aucun doute son roitelet local ; le sommet de la colline porte encore les débris d'un darbar ruiné de fond en comble. Prilhi Narayan voulut, pour préluder à la conquête du Népal, s'emparer de Kirtipur ; les habitants, soutenus par dès contingents accourus du reste de la vallée, repoussèren\t tous les assauts ; un des chefs gourkhas fut tué ; le frèn de Prithi Narayan eut un œil crevé ; le roi même ne dut' son salut qu'à la fuite. Renouvelée trois ans de suite, l'attaque échoua toujours ; enfin la trahison livra la ville aux Gourkhas ; mais retranchés dans la citadelle, les gens de Kirtipur tenaient encore : il fallut leur promettre une amnistie générale pour les décider à cesser le combat. Puis le Gourkha, parjure une fois de plus, ordonna de couper le nez et les lèvres à toute la population ; on recueillit, dit-on, près de 80 livres de ces dépouilles sanglantes. Un pillage féroce dévasta la ville (1767). Après un siècle et demi, Kirtipur ne s'est point relevée de sa ruine ; ni la fraîcheur de Tair, ni la pureté des sources n'ont pu ramener la prospérité sur ce champ des martyrs. Kirtipur, qui comptait jadis 6 000 familles sous sa juridiction, n'a
plus que 4 000 habitants à peine. Près de Kirtipur, Chaubahal ou Chobbar (1 000 habitants environ) occupe le sommet d'un plateau qui surplombe la gorge delaBagmatî. En aval, à une lieue, sur la rive gauche, Bugmati, une des localités les plus populaires de la religion népalaise. Plus au Sud, diins le fond de la vallée, Phirpliing, au débouché de Tancienne route de l'Inde.
De Patan partent deux routes : Tune se dirige vers le Sud et mène par Sonagutti et Thecho à Chapagaon ; l'autre, vers le Sud-Est, traverse Harsiddhi, Thyba, Bandegaon et aboutit à Godavari, au pied du mont Phulchôk.
La route qui conduit de Katmandou à Bhatgaon passe par Nadi, Budi etTimi, petite ville qui doit sa richesse à la fabrication des objets en terre cuite. La route de Katmandou à Paçupati dessert Navasagar, Nandigaon, Harigaon, Chabahil et Deo-Patan [Deva-pattana) la plus vieille des villes du Népal, car elle se flatte d'avoir été fondée au temps d'Açoka, par le gendre même du puissant monarque qui gouvernait l'hide entière. La sainteté de Paçupati, consacrée par une tradition immémoriale, a dû, en effet, grouper de bonne heure dans le voisinage immédiat du temple les premiers habitants de la Ville des Dieux.
De Paçupati un chemin de six kilomètres mène vers TEst à la colline et au village de Changu-Narayan, presque aussi vénéré que Paçupati même. Au Nord-Est de Changu- Narayan, et à une petite lieue, la ville de Sanku fondée au début du vni° siècle par Çankara deva ou par son successeur Vardhamâna deva ; la route du Tibet par la passe de Kuti quitte la vallée à Sanku. En retournant de Sanku vers l'Ouest, on trouve à une lieue et demie le village de Gokarna fréquenté par les pèlerins et situé sur la Bagmati, non loin de son entrée au Népal. Entre Gokarna et Paçupati, le village de Budhnath groupe ses maisons autour de son temple tibétain. En continuant à longer le
bas des montagnes, on rencontre d'abord au pied du Sheopuri Barâ-Nilkanth k le Grand Nilkanth » et au pied du Nagarjun Bâla-Nilkanth ou Bâlaji « le Petit Nilkanth », lieux de pèlerinages célèbres. Bâlaji fait pendant à Sanku ; le chemin du Tibet par la voie de Kiroug part de là. Enfin, sur un contrefort du Nagarjun, aune demi-lieue de Katmandou, SyRmhuualh{Svai/ambhû-nâiha)jYhonneuv et la gloire du bouddhisme népalais, appartient par excellence à rhistoire religieuse de la vallée.