‹ Le neveu d'un lord (volume 2)Chapitre 17 sur 18 · II M · texte numérisé non relu

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que tu me pardonnes !... car autrement, vois-tu, je mourrais au désespoir!...

En même temps, il la baignait de larmes, il la serrait contre sa poitrine en répétant d'une voix brisée :

— Pardon ! oh , pardon î...

— Edouard, non, tu vivras... disait-elle avec un torrent de pleurs , et nous serons heureux encore!... Nous avons un fils!...

— Oui, qu'il vienne!... que je h voie, que je le touche avec ces mains défaillantes , queje lui demande aussi pardon!...

Un grand bruit se fît entendre derrière la porte, des pas furieux et pressés, des cris, des menaces, des blasphèmes : c'était sir Frédéric.

Ayant appris que son oncle n'avait plus sans doute que peu d'heures à vivre, il était revenu au château et parlait en maître. Il avait ordonné à Frank d'emporter l'enfant qu'on venait d'amener et de l'enfermer quelque part , en attendant que le comte eût rendu le dernier soupir.

Lord Felion reconnut la voix de son neveu. La porte venait de s'ouvrir avec fracas , et les domestiques, malgré la résistance et les impré-

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cations de Clelaud, parvinrent à le pousser dans la chambre.

En l'apercevant, le comte laissa échapper un cri d indignation douloureuse; ses joues pales et livides se ranimèrent un instant; son œil éteint lança des flammes; sa voix dtjà faible et râlante redevint forte et sonore.

— Lâche , infâme , je te maudis !...

Clelaud frissonna , mais il ne fit aucune réponse.

— Bourreau ! continua lord Felton , à genoux devant ta victime!...

Cléland demeura sombre, immobile, le»

dents serrées et grinçantes.

— Je te maudis ! . . mais ce n'est point assez ! . . Homme avare et cupide, je te déshérite!...

Frédéric, les yeux pleins de rage, fît un pas en avant.

— Fourbe et calomniateur ! poursuivit le comte; non, tu nés pas du sang des Felton... Le bâtard... c'est toi... Entends-tu? je te déshérite...

— Vous ne le pouvez pas! répondit sourdement Frédéric.

— Regarde ce papier... reprit lord Felton avec amertume ; je reconnais mon fils !...

Aussitôt Frédéric s'élança furieux vers son oncle , et lui arracha des mains le papier qu'il mit en pièces.

— Monstre!...

Et lord Felton lui saisit le bras d'une main convulsive : mais Frédéric, l'écume à la bouche , le repoussa violemment et s'enfuit vers la porte.

Un tumulte inaccoutumé se fit dans la cour , un bruit de chevaux et d'armes.

— Gardez les issues ! criaient plusieurs voix avec force.

En même temps, des pas nombreux et précipités résonnaient dans le vestibule ; on montait l'escalier , on marchait dans les corridors ; et par intervalles, on entendait la crosse d'un fusil retentir sur les marches de pierre.

C'étaient les constables de Carlisle qui venaient arrêter sir Frédéric Cléland , prévenu d'assassinat.

Frédéric ne savait pas encore la cause de tout c<» bruit ; niais , glacé d'une épouvante involon-

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taire, averti par un instinct secret, il voulut fuir. La porte s'ou\rit.

Un constable , suivi de plusieurs bon) mes armés, entra dans la chambre : un domestique lui désigna Cléland.

— Vu nom de la loi, sir Frédéric, je vous

arrête! dit le constable en le touchant de sa l> jjuelte blanche. J'ai l'ordre de vous conduire aux prisons de Carliste.

— Moi, monsieur? répliqua Frédéric avec un sourire plein de frayeur. Vous êtes fou !... je n'ai rien de commun avec les constables... je suis gentilhomme I... Sir Frédéric Cléland n\t point affaire à- vous!...

— Mais nous avons affaire à lui , répondit sévèrement le constable. Sir Frédéric , vous êtes accusé d'avoir assassiné le colonel William Humbers!..

— Et qui m'accuse?... balbutia Cléland qui devint pâle comme la mort.

— C'est un nommé Job Griffith, dit le constable.

— .lob Griffith ! murmura Cléland frappé de la foudre. Vous mentez... il esl mort!

— Oui , mais une lettre qu'il a eu soin d'écrire renferme certains détails qui prouvent la vérité de ce qu'il avance. Sir Frédéric, 'vous êtes le meurtrier du colonel William llumhcrs !

— Non 1 s'écria Cléland avec rage. Je n'ai pas l'ait cela I

— Tu Tas fait! dit solennellement le comte en étendant vers lui sa main pâle et frémissante. Monsieur le constable , recevez la déposition d'un homme qui n'a menti jamais, d'un homme qui va mourir... Moi lord Fel'on , comte de Trévor, je déclare et jure devant Dieu que sir Frédéric est l'assassin de William Humbers! Que Dieu me punisse éternellement si je ne dis pas la vérité 1

— Vous entendez la déposition de milord! dit le constable en se tournant vers les personnes qui l'entouraient; vous la répéterez devant la justice.

Puis , faisant un signe aux gardes armés qui se tenaient à la porte, il ajouta :

— Emmenez sir Frédéric !

Celui-ci voulut résister : on l'entraîna hors de la chambre.

— Meurs , infâme î cria lord Felton d'une

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voix affaiblie. Meurs dans la honte, sur un gibet !...

Et, brisé par tant d'émotions violentes, tombant de lassitude et d'épuisement , il demeura tout à coup sans parole, sans rejard, presque sans baleine.

Lady Felton se précipita tout en larmes sur le comte; elle crut qu'il venait d'expirer.

— C est l'agonie qui commence! murmura tristement le docteur Wiîson.

Apres quelques minutes danéantissemeit, lord Felton ouvrit les yeux et demanda son fils.

Mais ledocleur, se penchant à l'oreille de la comtese, lui dit qu'une pareille vue, qu'une pareille émotion serait maintenant fatale, qu'il fallait encore attendre.

Le comte ne prononçait plus que des paroles rares et confuses ; il paraissait à chaque moment s'affaisser davantage.

Cependant sir Frédéric venait d'être emmené dans la cour : une voiture l'attendait. Plein de rage et d'épouvante, il grinçait des dents en promenant des regards eifarés autour de lui. Tout à coup il voit Frank à quelque distance , Frank tenant par la bride un cheval

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tout sellé ; il échange avec son domestique un coup d'œil rapide, expressif, un geste mystérieux et presque imperceptible: puis soudain, frappant d'un couteau dédiasse un des gardes qui le tient par le bras , il s'échappe à travers la foule , court à Frank , et saute d'un bond sur le cheval qu'il lance au grand galop.

Mille cris s'élèvent 9 les gardes remontent précipitamment sur leurs chevaux ; les domestiques s'arment de fourches et de bâtons; on se rue en désordre sur les traces du fuyard. Mais, désespéré, fou de terreur, il a rapidement franchi la grille qu'on venait d'entrouvrir ; il déchire les flancs de son oheval à coups d'éperon ; il traverse les haies, les broussailles toutes pleines d'épines qui lui ensanglantent le visage : rien ne l'arrête , ni fossés , ni barrières ; aucun obstacle , même le plus terrible, ne peut ralentir sa fuite; il s'enfonce, bride abattue, au milieu des étangs , des fondrières.

Enfin , après une heure de course haletante et vagabonde, il arriva dans une solitude horrible et morne, couverte de mousses et de joncs : pas un arbre , pas une chaumière ; mais , aussi loin que l'œil peut s'étendre, une immensité

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plate et verdâtrè comme l'Océan. Sir Frédéric

est sur les bords du Solway-moss , vasle plaine marécageuse où l'on ne peut s aventurer ({n'en sondant le terrain à chaque pas.

Il tourne vivement la tète , et ne voyant plus les cavaliers qui le poursuivent, il se croit sauvé : tout à coup le galop des chevaux se l'ait entendre avec plus de force, et la troupe, un instant cachée aux regards de Frédéric dans le creux d'un ravin profond, reparaît brusquement. Une grande distance les sépare encore du fugitif; mais il s'épouvante, il perd la tête, et lance au hasard devant lui son cheval qui, franchissant un large fossé plein d'une eau croupissante , l'emporte en quelques bonds au milieu du marais. Cléland s'aperçoit, mais trop tard, qu'il est dans les fondrières du Solway-moss. La croûte molle et verdâtrè qui recouvre cet abîme fangeux fléchit et se crève sous les pieds du cheval. Frédéric éperdu crie , appelle , il tire frénétiquement la bride pour aider sa monture à sortir de la vase; mais, plus l'animal effaré s'agite et bondit pour se dégager de la bourbe et remonter à la surface , plus il enfonce et plonge dans ce terrain fluide . qui s'ouvre bientôt comme un goul-

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fre et se referme sur le cheval et le cavalier Çléland meurt dans la b>ue !

Job Griffilh , qui savait mieux que personne qu'un coup de poignard ne coulait pas à Frédéric , avait eu soin , avant de partir pour Buénos- Ayres, de laisser entre les mains d'un juif une lettre , que celui-ci devait envoyer aux magistrats de Carliste, dans le cas où lui, JobGiilfiih, viendrait à mourir subitement. Par malheur, une apoplexie foudroyante enleva le soupçonneux vieillard , et la lettre fut remise.

Tandis que sir Frédéric descendait vivant daus cette horrible tombe, une autre scène bien douloureuse se passait au château.

Lord Felton allait rendre le dernier soupir; il demandait son fils d'une voix mourante. Le médecin , n'ayant plus aucune lueur d'espoir , avait dit qu'on amenât l'enfant.

— Vite!... oh! qu'il vienne!... murmurait le comte.

La porte s'ouvre : une petite voix douce et joyeuse se fait entendre; un enfant rose et blond paraît...

— Ah , mon fils !.. . crie lord Felton en étendant les bras.

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L'enfant courait vers lui... mais les bras du comte venaient de retomber lout à coup.

— Ali! s'écrie Henriette. Mort!... avant d'embrasser son enfant!...

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