‹ Le neveu d'un lord (volume 2)Chapitre 16 sur 18 · J>T;N LORD · texte numérisé non relu

J>T;N LORD

Les domestiques accourent : ils ont bien entendu Tordre du comte, niais ils ne peuvent croire un moment que cet ordre plein de violence regarde sir Frédéric. Us laissent donc passer le fuyard , qui descend avec précipitation l'escalier, traverse le jardin et s'enfonce dans le parc.

— Qu'on l'arrête! dit vivement lord Fol ton.

Les domestiques l'entourent, lui demandent le nom de celui qu il faut arrêter.

— Cet infâme! répond-il avec une sorte d'égarement. Oui , sir Frédéric !

— Sir Frédéric Cléland?... demande Kalph, immobile de surprise.

Mais le comte était déjà loin ; il ne songe plus à Frédéric , une pensée trop poignante l'assiège et le dévore : il vole tout frémissant à la chambre de Sara h.

LadyFelton le suit, pale, échevelée.

Sarah, voyant apparaître cet homme effaré qui s'élance vers elle , pousse un cri d'épouvante , comme à l'aspect d'un fantôme ; elle se , rejette violemment en arrière et se couvre les yeux avec ses deux mains.

— Sarah , où esl-il?... dit le comte avec un accent de prière douloureuse.

— Ah! ne me tuez pas! murmure-telle d'une voix éteinte, je vous rendrai l'argent ! Monsieur... je vais partir , retourner là-bas !... à Montréal, où vous voudrez !...

— Sarah , je t'en supplie , interrompt le comte, qu'as-tu fait de l'enfant?...

— Ah , monsieur!... répond-elle au milieu des sanglots.

— Parle!... dit lord Felton.

— Mon enfant ! je veux mon enfant!... disait Henriette , le visage baigné de larmes.

— Femme, reprend le comle avec une douleur menaçante, qu'en as-tu fait?...

— Mort! dit faiblement Sarah.

— Ah ! malheureuse ! s'écrie lord Felton, tu Tas laissé mourir!...

— C est Dieu qui Ta voulu ! murmure Sarah tout en pleurs , le pauvre ange est au fond de la mer ! . . .

— Quoi ! mon fils ! reprend lord Felton d'une voix frémissante ; il a péri devant mes yeux tout à l'heure?... dans cette chaloupe?...

— Hélas!... oui, monsieur!...

Un cri déchirant se fit entendre : Henriette venait de tomber presque morte dans les bras de son mari.

Au même instant la porte s'ouvre : un domestique arrive tout essoufflé , couvert de pluie et de sable.

— Milord, dit-il, cette chaloupe qu'on a crue engloutie vient de reparaître à deux cents toises de la côte!... Elle est échouée sur un bine de sable , et les lames vont la briser d'un moment à l'autre. 11 ne fait pas encore assez jour pour qu'on puisse distinguer le nombre des personnes qui montent cette chaloupe, mais elle paraît chargée de monde.

Lady Felton et Sarah poussèrent un cri plein d'espoir et d'angoisse. Le comte, épuisé par l'émotion, tomba sans force dans un fauteuil.

— Sauvez-les! dit Sarah, les mains jointes et suppliantes. 11 est dans cette chaloupe!...

Lord Felton voulut parler, mais il ne balbutiait que des mots confus et presque inintelligibles ; il était pâle et près de s'évanouir.

— Milord, reprit vivement le domestique , si l'on tarde à secourir ces malheureux , ils sont perdus. Les vagues sont affreuses , et pas un

pêcheur n'ose mettre sa barque à la mer. Au nom du Ciel! milord , paraissez, venez sur la côte, votre présence donnera du courage à tous ces pécheurs...

— Oui... j'y cours!... dit vivement le comte en faisant un effort pour se lever; mais ses genoux ployèrent, il retomba dans le fauteuil.

— Aidez-moi!... reprit-il d'une voix suppliante, oui, qu'on m'emporte... Je me sens faible!... je ne puis marcher... Ton bras, Henriette !...

Il voulut encore se lever , niais ses forces l'abandonnèrent tout à fait ; il perdit connais* sance.

Son évanouissement ne fut pas de longue durée. Le comte rouvrit les yeux; et , malgré son état de faiblesse et d'épuisement, malgré les tendres supplications d'Henriette qui voulait le retenir, il se fît transporter sur le rivage, et put voir bientôt , à la clarté du jour naissant , un spectacle effroyable et douloureux. La chaloupe enfoncée dans le sable, au milieu des vagues furieuses oui bondissaient autour délie, était couverte d'hommes et de femmes qui semblaient

pousser des cris , et tendaient leurs bras vers la côle en agitant des lambeaux de voiles et des mouchoirs. Au moyen dune lonjue-vue , le comte pouvait apercevoir, parmi toutes ces figures pales et farouches, le joli visage d'un enfant tout en pleurs, dont les cheveux blonds et bouclés volaient à chaque coup de vent.

— Dieu! c'est lui peut-être !... pensait lord Felton.

Et son cœur bondissait de joie et d'épouvante.

— Qu'on les sauve! cria-t-il d'une voix forte à tous les pêcheurs rassemblés sur la côte. Vingt mille guinées pour cet enfant î...

— Vingt mille guinées? répète un homme grand et robuste, aux traits hardis, aux bras musculeux. Bon ! je me charge de l'enfant !...

— Sauvez-les tous ! dit lord Felton , et cent mille guinées pour l'enfant !...

Une grande barque se trouvait amarrée à la côle dans une petite anse où les vagues arrivai nt moins furieuses : lhomme qui venail.de parler s'élance dans cette barque, et saisit un aviron de chaque main.

— Allons 1 qui veut me suivre?... s'écria-t-il,

trois hommes encore, et je réponds de toutl...

— Cent mille guinéed à qui sauvera cet i nfant ! rejetait le comte avec une vivacité convulsive.

— Pardieu î la somme est belle ! dit un autre pêcheur en courant vers la barque.

Deux autres le suivirent; et, quelques moments après, la frêle embarcation se dirigeait à force de rames vers le bâtiment échoué. Elle Datait plus qu'à cent toises de la chaloupe, quand celle-ci disparut tout à coup sous deux lames énormes , qui emportèrent presque tout 1 équipatfe.

Uu cri terrible s'éleva sur la côte, et couvrit tous les autres : le comte venait de tomber sur le sable, comme un homme foudroyé par 1 apopîcxie.

On le transporta sans mouvement au château. Plus d'une heure s'émula sans qu'il reprii connaissance; on le croyait mort, et la comtesse, agenouillée près de lui, pleurait et sanglotait en rappelant dune voix déchirante.

Le docteur Wilson, appelé quelques heures auparavant pour donner des secours aux nau-

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f rages, arrivait au château quand lord Felton rouvrit les yeux.

La première parole du comte, fut :

;— Mou fils!...

Puis, tournant la tête vers Henriette , qui pleurait à genoux, il lui prit une main qu'il porta douloureusement à ses lèvres, en murmurant :

— Je vais mourir!... ange, pardonne-moi!... Le docteur entra pour visiter le comte : il

le trouva faible et mourant ; le pouls battait à peine, des teintes livides apparaissaient déjà sur • le visage, les joues devenaient violacées.

Le docteur secoua la tête d'un air morne, et dit tout bas à Ralph que son maître n'existerait plus dans une heure.

Vingt minutes environ s'écoulèrent. Le comte avait voulu rester seul avec Henriette.

— Mon fils! mon lils!... disait-il dune voix éteinte. Ah! si j'avais pu l'embrasser, au moins, le serrer contre mon cœur!... Il est mort! il est mort!...

— Il est sauvé ! crie une voix haletante qui vient de la porte.

C'est Ralph qui accourt. Il annonce à lord

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Felton que ces braves pécheurs ont pu recueillir une partie de l'équipage

— Etlui?... s'écrie le comte, cet enfant?...

— Il est en sûreté, dit Ralph. Il va venir... mais sir Frédéric...

— Eh bien?... l'infâme, qu'ose-t-il l'air»;?...

— Milord , il retient cel enfant , il ne veul pas qu'on vous l'amène...

— Ah, le malheureux! poursuit le comte avec une exclamation pleine de souffrance et de fureur. Qu'on s'empare de lui, désir Frédéric !... qu'on le traîne devant moi !.. . je veux le punir!... Une plume, de l'encre!...

Et d'une main tremblante il écrivit quelques mots.

— Oui , qu'on l'amène! reprit-il d'une voix qui s'affaiblissait. Mais lui, mon enfant , je veux le voir ! Oh! qu'il vienne tout de suite ! qu'il se hâte!... car je n'aurais pas le temps de l'embrasser !. ..

Déjà Ralph était sorti.

— Henriette, oh! viens sur mon cœur!... murmura le comte en l'attirant vers lui. Viens, pauvre femme, que j'ai si cruellement calomniée!... doua* cl tendre victime. Oh! dis-moi

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