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III. Nitrate sans flbcation préalable

Nous avons mis directement nos pièces dans le nitrate d'argent à 3 ^jo. Après 5 jours d'étuve, elles ont été soumises à Faction du réducteur à l'hydroquinone.

Cette méthode nous a donné de moins bons résultats que les deux précédentes. Les deux figures que nous reproduisons donneront une idée de la faiblesse de l'imprégnation. Dans la

première, FIG. g, nous avons représenté les canaux deHolmgren^ qui apparaissaient sous forme de masses confuses, mal déli-

Fig. g. Fig. lo.

mitées, occupant le pôle opposé au pôle d'émergence du prolongement cellulaire. La fig. io, plus pâle que la précédente, manifeste toutefois un commencement évident d'imprégnation neurofibrillaire. Un séjour plus prolongé dans le nitrate, ou une solution plus concentrée de ce dernier, eussent sans doute révélé beaucoup mieux le réseau endocellulaire.

De ces faits, il nous est permis de conclure qu'on ne peut plus dire avec Cajal, que « par une singularité de la chimie des organes nerveux du Lombric, la méthode au nitrate d'argent réduit... ne colore jamais, ni peu ni beaucoup, les neuroâbrilles de cet animal ».

Mais alors une question se pose tout naturellement id'où vient que les Lombrics traités par Cajal se sont montrés réfractaires à l'argent, tandis que les nôtres, traités par les mêmes méthodes, n'ont fait nulle difficulté de nous manifester leurs neufofibrilles?.. Ne pouvant mettre en doute le talent de manipulation du célèbre histologiste, qui a d'ailleurs, par ses procédés à l'argent, obtenu chez d'autres objets des résultats remarquables, nous inclinons à incriminer, comme lui, une singularité chimique, non pas pourtant du Lombric, en général, mais des Lombrics sur lesquels il a expérimenté.

Lorsque Cajal publia sa méthode, il proposa une explication de l'action de l'argent sur les éléments du tissu nerveux. Après avoir fait remarquer (p, i3o) que « tout tissu contient des sub-

stances albuminoïdes et des chlorures susceptibles de se combiner avec l'argent et de donner naissance à des composés facilement réductibles, soit par l'action de la lumière, soit sous l'influence des réducteurs », il pensa que dans le cas spécial du tissu nerveux on pouvait s'imaginer que le nitrate d'argent pénétrait « lentement dans les neurones, se fixant de préférence sur le spongioplasma ou charpente protoplasmique, pour former avec cette substance une sorte de combinaison argentico-organique lentement réductible sous l'action des réducteurs neutres (i) ».

Cette façon de concevoir les phénomènes d'imprégnation pourrait peut-être nous fournir une explication facile des résultats négatifs de Cajal et de nos propres résultats. Par le fait de circonstances, d'ailleurs tort dififtciles à préciser dans le détail, les molécules si complexes de la matière organique cellulaire, n'ayant pas dans les deux cas une constitution absolument identique, les composés argentico-organiques résultant de l'imprégnation ne seraient pas non plus les mêmes, et se comporteraient, par suite, différemment en présence des réducteurs.

Il y a une autre explication possible de ces faits. « L'argent qui apparaît précipité en poussière de couleur rouge ou café, ne représente pas, sinon pour une petite partie, le produit de la réduction des chlorures et albuminates argentiques. L'imprégnation se fait principalement aux dépens du nitrate d'argent libre qui imbibe les pièces » (p. i3i), Cajal en donne cette preuve, que si on élimine le nitrate libre, par un lavage prolongé dans Teau distillée, les réactions ultérieures sont très faibles et ne donnent que des imprégnations inutilisables pour l'étude. Mais est-on bien sûr de n'avoir fait, par ce lavage prolongé, qu'éliminer le nitrate libre?.. N'a-t-on pas produit dans les « chlorures et albuminates argentiques » des remaniements chimiques qui contrarieront l'action du réducteur?.. Cela nous paraît d'autant plus vraisemblable que si l'imprégnation tient surtout à la présence, dans l'épaisseur des pièces, du nitrate d'argent à l'état libre, nous ne nous expliquons pas comment il se fait que ce nitrate, qui imbibait les pièces de Cajal aussi bien que les nôtres, n'ait pas, sous l'influence du

(i) 5. Ramony Cajal : Unsencillo método de coloraciôn,., Trabajos, II, p. i3o et i3i, i9o3.

réducteur, libéré son argent. Ce nitrate d'ailleurs, même étant admis que l'hypothèse de Cajal est justifiée, ne serait pas uniformément répandu dans les blocs soumis à son action, mais se localiserait avec une prédilection marquée sur le trajet des fibres et fibrilles nerveuses. Il faudrait voir peut-être dans ce fait le résultat d'une affinité spéciale, caractéristique des éléments nerveux. Or on peut concevoir que certaines circonstances seront capables d'influencer cette affinité. Ne seraientce pas les variations résultant de cette influence qui rendraient compte de l'imprégnation plus ou moins intense, ainsi que de la non imprégnation des neurofibrilles de certains Lombrics?.. Nous nous contentons d'insinuer, car nous pensons qu'il est encore vrai de dire ce que disait Cajal en igoS : « El mecanismo de acciôn del nitrato argéntico... dista mucho de estar esclarecido » (i), et nous souhaitons vivement que Cajal lui-même ne tarde pas trop à publier le résultat des recherches qu'il annonçait en 1904 : « Nos proponemos, sin embargo, estudiar àfondo las causas de esta inconstancia y fijar en ulterior trabajo las condiciones indispensables del éxito » (2).

Nous en étions là de nos observations quand J. Kowalski, qui ne connaissait encore que les résultats négatifs de Cajal, a signalé dans une Note préliminaire (i) qu'il n'est pas impossible d'imprégner, par le nitrate d'argent, les neurofibrilles du Lombric, mais qu'il n'a pu jusqu'ici obtenir cette imprégnation que chez des animaux soumis pendant quelque temps à l'influence d'une tempéture anormale. Ses premiers résultats lui ont été fournis par des Lombrics ayant séjourné, avant d'être sacrifiés, dans un milieu à température moyenne de - 2^ ; les autres, par des Lombrics soumis pendant un quart d'heure à un froid de - 50 environ. Kowalski incline à croire que le froid détermine un état physiologique et chimique spécial, favorisant l'imprégnation des neurofibrilles « qui à l'état normal se montrent réfractaires à l'argent». Réserve faite de nos résultats obtenus dans des conditions normales de température, nous n'avons aucune

(i) Un senciUo méiodo, etc, Trabajos, II, p, i3o.

(2) Neurogliay neuroUhriïUs del Lumhricus. Trabajos, III, p. 278.

(I) Kowalski : De TimprégnaHon par la méthode à T argent réduit de Cajal des neurofibrilles du Lumbricus, consécutivement à Vaction du froid. Procès-verbaux des séances de la Société des Sciences physiques et naturelles de Bordeaux (24 octobre 1907).

difficulté à admettre Tinfluence du froid dans l'imprégnation argentique neurofibrillaire, bien que nous n'ayons fait aucune expérience dans ce sens. Tout ce qu'il nous est permis de dire, c'est que, à température normale, le chimisme des Lombrics de KowALSKi est sans doute différent de celui des nôtres. Il faut donc admettre que l'action du froid a son contre-coup sur les phénomènes de nutrition, au point d'amener, brusquement si l'écart de température est considérable, dans la constitution chimique des cellules nerveuses, des changements qui mettent les éléments nerveux des animaux soumis à ces expériences dans un état semblable à celui où se trouvent les nôtres normalement.

Il reste à savoir pourquoi, à température normale, les Lombrics de KowALSKi et les nôtres diffèrent dans leur constitution chimique. M. Kowalski, mis au courant de nos résultats, nous a soumis une explication dont la vraisemblance ne fait aucun doute. Il faudrait, d'après lui, tenir compte de la nature du terrain dans lequel ont vécu nos animaux. Kowalski travaille dans son Laboratoire particulier, à la Guyondais, près Malestroit (Morbihan). Cette région est incontestablement différente, au point de vue géologique, de celle deLouvain où nous avons opéré. Malheureusement, nos Lombrics ont été récoltésdàns le jardin du Laboratoire, sur un emplacement recouvert par du fumier animal et végétal, dans la couche superficielle du sol, ou même dans les couches inférieures du fumier. Cette circonstance ne nous permet pas de définir, d'une façon assez précise, la constitution du milieu extérieur dans lequel ont vécu nos Lombrics, ni, par conséquent, l'influence de ce milieu spécial sur leur milieu intérieur. Des expériences que Kowalski a commencées sur des Lombrics que nous lui avons fait parvenir, nous apporteront sans doute, à bref délai, d'utiles renseignements. La question vaut, nous semble-t il, qu'on s en occupe. Si on arrivait, en effet, à préciser les conditions de nutrition qui favorisentla formation, dans le tissu nerveux, sous l'influence du nitrate d'argent, de composés facilement réductibles, on aurait en mains un instrument de recherches qui permettrait peut-être de pénétrer plus avant dans la connaissance du système nerveux, et en particulier dans la connaissance des rapports que contractent entre eux les éléments de ce système.

A ce propos, M. Kowalski nous a rappelé les expériences de Delage et de Loeb sur la parthénogenèse expérimentale.

M. Loeb ne réussit pas à obtenir des larves d'Oursins avec la solution sucrée dépourvue d'oxygène, de Delage. Il est vrai qu'il néglige d'ajouter à cette solution du tannate d'ammoniaque. Mais il a obtenu pourtant, avec la solution simplement sucrée, jusqu'à des blastules, ce qui M. Delage n'a jamais réalisé. Ce dernier explique la différence des résultats en faisant remarquer que M. Loeb expérimente sur VOursin de Californie (Strongylocentrotus purpuratus), tandis qu'il expérimente lui-même sur celui de Bretagne (Paracentrotus lividus) (ih Cet exemple, ajouté à celui qui fait l'objet de ce travail et à beaucoup d'autres que nous pourrions signaler, nous avertit du danger des généralisations trop hâtives et nous fait craindre que beaucoup de résultats regardés comme définitifs ne le soient que faute d'un nombre suffisant d'expériences. Ce sera une consolation pour ceux qui viendront après nous : s'ils ne trouvent plus de terrain de recherches inexploré, ils pourront du moins se livrer à un fructueux travail de révision.

Ce travail, nous comptons d'ailleurs le faire pour nos propres résultats, si les circonstances nous le permettent. Nous avons été amené à l'entreprendre en constatant, au cours de nos expériences, que, dans un même tronçon, non seulement toutes nos coupes n'étaient pas imprégnées avec la même intensité, mais que certaines ne Tétaient pas du tout. Bien plus, dans une même couPe, à côté de cellules présentant un superbe réseau neurofibrillaire, nous en avons observé d'autres sur lesquelles le nitrate n'avait point agi ; ces dernières avaient été pourtant dans les mêmes conditions matérielles d'expérimentation que les autres. Nous en avions conclu que chez nos Lombrics les cellules qui s'imprégnaient étaient celles qui se trouvaient naturellement dans un état fonctionnel particulier, qui avait déterminé un état chimique semblable, peut-être, à celui que Kowalski réalise artificiellement. Dans cette hypothèse, l'expérience (froid anormal variant de - 2 à - 5) porterait à son maximum et généraliserait un état fonctionnel spécial. Sous l'influence de cet état toutes les cellules nerveuses entreraient

(i) Comptes Rendus des Séances de V Académie des Sciences : séances des aS novembre jço7^ 9 décembre içoy, lo février iço8.

en réaction immédiate, tandis qu'à l'état naturel, chez les anir maux que nous avons traités, quelques-unes seulement réagi* raient pour subvenir à des besoins locaux de l'organisme, besoins déterminés d'ailleurs par des causes diverses : ce seraient ces cellules qui s'imprégneraient. Mais cette explication tient-elle encore devant le fait qu'ayant apporté une légère modification dans nos méthodes, nous avons obtenu des résultats absolument constants, avec imprégnation très nette de tous les éléments nerveux ?... D'autres recherches nous le diront peut-être. En attendant, nous devons signaler brièvement les résultats de nos dernières expériences.

M, KowALSKi nous ayant envoyé des Lombrics de la Guyondais, nous les avons traités par les méthodes de Cajal au nitrate d'argent, quelques-uns immédiatement, et les autres après un séjour d'une semaine dans .de la terre de Louvain. Ni les uns ni les autres ne nous ont donné de résultat satisfaisant. Nous avons bien observé quelques cellules présentant des velléités d'imprégnation ; mais elles étaient relativement rares et très faibles de ton. Il est évident, pour nous, qu'à l'état normal les Lombrics de Kowalski se comportent autrement que les nôtres dans les traitements par les méthodes argentiques de Cajal.

Nous n'avons pas renouvelé nos essais ; mais ayant demandé de nouveaux sujets à M. Kowalski, nous les avons tous soumis à notre nouvelle méthode, et nous avons alors obtenu, comme pour nos Lombrics, des résultats absolument constants.

Nous ferons connaître notre procédé dans un prochain travail.

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