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ET DES

Fibres réticulo-cérébelleuses ventrales

l'AR

M. MOLHANT

LES NOYAUX DES FIBRES NUCLÉO-CÉRÈBELLEUSES ET RÉTICULO-CÉRÊBELLEUSES VENTRALES.

Depuis les recherches de Van Gehuchtex (i) sur le corps restiforrae, nos connaissances sur la constitution anatomique de ce faisceau important en connexion avec le cervelet, se sont singulièrement amplifiées et précisées.

Jusqu'avant les travaux de notre éminent maître, il était admis que le corps restiforme, ou partie externe du pédoncule cérébelleux inférieur, établissait une double connexion entre le cervelet et les masses grises sous-jacentes : connexion avec Tolive bulbaire d'une part par Tintermédiaire des fibres olivocérébelleuses, connexion avec la moelle épinière d'autre part par les fibres du faisceau de Flechsig ou fibres méduliocérébelleuses dorsales.

Les recherches de Van Gehuchten à l'aide de la méthode de Marchi ont établi que les connexions bulbaires du corps restiforme sont beaucoup plus imoortantes qu'on ne l'admettait généralement. Au niveau du bulbe de nombreuses fibres arciformes externes et internes entrent dans la constitution du corps restiforme. Ce faisceau devient ainsi une voie afférente de la plus haute importance, transmettant au cervelet des excita^ tions multiples recueillies tant dans la moelle que dans le bulbe.

Ces fibres bulbaires, ignorées jusqu'alors, ont été désignées par Van Gehuchten sous le nom de fibres micléo-cérébelleuses et fibres rétiado-cérébelleuses ventrales et dorsales.

Notre éminent maître désigna ainsi ces deux espèces de fibres en se basant uniquement sur des recherches faites par la méthode de Marchi, les fibres dégénérées mises en évidence par lui semblaient émaner de la masse grise bulbaire connue sous le nom de noyau latéral et des cellules éparpillées dans la formation réticulaire.

( I ) Van Gehuchten : Le corps restiforme et les connexions buîbo-cêrêbelleuses^ Le Névraxe, Vol. VI, 1904. ^. •y.

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Cette désignation demande toutefois confirmation.

Tant que les noyaux d'origine de ces deux espèces de fibres n'auront pas été mis directement en évidence, leur désignation ne peut être considérée que comme hypothétique bien que hautement probable. Van Gehuchten lui-même, en parlant des fibres réticulo-cérébelleuses, dit : « Nous ne connaissons pas exactement la place occupée dans la formation réticulaire par les cellules d'origine de ces fibres. Nos recherches nous permettent cependant d'affirmer qu'elles sont indépendantes des noyaux des cordons postérieurs (contra Tschermak, Wal- LENBERG et Keller), du noyau terminal du trijumeau, du noyau intercalé de Staderini, du noyau de l'hypoglosse et du noyau dorsal du vague. Elles sont indépendantes également de l'olive bulbaire. Ces fibres constituent une voie bulbo-cérébelleuse directe et croisée, dont on ignorait jusqu'ici l'existence ».

Cette confirmation est d'autant plus nécessaire que, dans ces dernières années, Yagita (i) après destruction unilatérale du corps restiforme a contesté toute connexion de ce faisceau avec la formation réticulaire : « also glaube ich vôllig zur Behauptung berechtigt zu sein, dass keine Nervenfasern sich von den Zellen der Formatio reticularis nach dem Corpus restiforme begeben ».

Le présent travail a pour but de montrer : lo) que les fibres réticulo- et nucléo-cérébelleuses existent.

2®) Que ces fibres ont leurs cellules d'origine dans la formation réticulaire et le noyau latéral du bulbe.

Fibres réticulo-cérébelleuses ventrales et dorsales.

Van Gehuchten (2), en produisant des lésions limitées dans la formation réticulaire du bulbe, a vu des fibres en dégénérescence secondaire quitter d'une façon radiaire la formation réticulaire pour gagner la surface du bulbe, entre le bord externe de l'olive et le bord antérieur de la racine descendante

( I ) Dr K. YAGrrA : Bcrichtung zu fmimr vorigen Mitteilung : 1 Ueber die Veranderung der Medulla Ohîongata nach eivseiiiger Xerstoruftg des Strichkorpcrs nehst einem Beiirag zur Anatoniie des SeUenslraughernesn. Sonderabdnick aus dem Okayama-Igakkwai Zasshi N° 206 den 3i Màrz 1907.

(2) VaiN Gehuchten : Loc, cii.

FÏBRES NUCLÉO- ET RÉTICULO-CÉRÉBELLEUSES

du trijumeau. Là, ces fibres se recourbent en dehors pour devenir fibres arciformes externes, se réunissent les unes avec les autres, contournent la face externe convexe de la racine du trijumeau pour aller occuper la partie ventrale du corps restiforme, avec lequel elles gagnent le lobe médian du cervelet. « Après lésion de la formation réticulaire du bulbe dans le domaine du noyau de Thypoglosse, dit Tauteur, on voit toujours les fibres dégénérées traverser radiairement la formation

réticulaire pour gagner la face ventrale du bulbe et là devenir fibres arciformes externes (fig. i). Ces fibres sont quelquefois assez nombreuses au devant de l'extrémité antérieure de la racine bulbo-spinale du trijumeau pour y former un petit faisceau compact contournant et délimitant nettement cette racine en avant (fig. 2) ».

« Quand la lésion intéresse la formation réticulaire de la partie supérieure du pont de Varole (fig. 2), on voit, à côté de ces fibres réticulo-cérébelleuses ventrales passant au-devant de la racine du trijumeau, d'autres fibres dégénérées, réunies en petits faisceaux, se diriger transversalement en dehors ; les unes traversent la racine bulbo-spinale et viennent ainsi se réunir aux fibres arciformes externes dans le voisinage plus ou moins immédiat de l'extrémité ventrale du corps restiforme ; les

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autres contournent le bord postérieur de la racine bulbo-spinale avant de se réunir avec les fibres ventrales ».

Toutes ces fibres, en majeure partie directes, quelques-unes croisées entrent dans la constitution de la partie ventrale du corps restiforme et vont se rendre, avec les fibres du faisceau cérébelleux, jusque dans Técorce grise du lobe médian du cervelet : ce sont les fibres réticulo-cérébelleuses ventrales de Van Gehuchten.

D*autre part, après destruction d'une partie de la formation réticulaire dans le voisinage du plancher du quatrième ventricule, Van Gehuchten a vu des fibres nerveuses en dégénérescence, surtout du coté correspondant à la lésion, se diriger en haut et en dehors, traverser les noyaux de Taile grise, les divisant en un segment interne correspondant au noyau dorsal sympathique du vague, et un segment externe correspondant au noyau terminal du faisceau solitaire, pour gagner la partie interne du pédoncule cérébelleux inférieur. Ces fibres arciformes internes forment par leur réunion un petit faisceau situé en arrière de l'extrémité dorsale recourbée de la racine bulbospinale du trijumeau (fig. i). En remontant dans le tronc cérébral, elles s'inclinent lentement en dehors pour gagner le corps restiforme dont elles forment la zone la plus dorsale : ce sont les /rbres réticulo-cérébelleuses dorsales de Van Gehuchten.

Fibres nucléo-cérébelleuses.

Notre éminent maître, à la suite d'une destruction chez le lapin intéressant le tubercule acoustique latéral, la partie inférieure du noyau de Deiters, presque tout le segment interne du pédoncule cérébelleux inférieur et la partie tout à fait dorsale du corps restiforme, a pu constater la dégénérescence des fibres dorsales du corps restiforme au dessus comme en dessous du point lésé. En poursuivant ces fibres dégénérées en dessous du point lésé, dégénérescence qu'il prouve être de la dégénérescence Wallérienne indirecte, Van Gehuchten a vu naître ces fibres du noyau latéral du bulbe, principalement du côté correspondant à la lésion, quelques-unes cependant traversant le raphé, en passant au-devant de l'olive bulbaire, pour gagner le noyau latéral du bulbe du côté opposé.

FIBRES NtrCLÉO- ET KÉTICULO-CÉRÉBELI.EUSÊS SoQ

Ces fibres naissant du noyau latéral du bulbe gagnent la périphérie de la coupe, contournent comme fibres arciformes externes la face externe convexe de la racine bulbo-spinale du nerf V, occupant à ce niveau la zone profonde de la couche des

iy j>^-

FiG. 3. FiG. 4.

fibres nerveuses séparSnt la face externe de la racine descendante du trijumeau de la surface du bulbe (fig. 3).

En remontant dans le bulbe ces fibres s'inclinent en dedans pour occuper la bordure interne du corps restiforme et constituer finalement la zone dorsale de ce faisceau (fig. 4). Elles gagnent ainsi le lobe médian du cervelet. Ce sont les ûhres nucléo'Cérébelleuses de Van Gehuchten.

Nous avons tenu à rappeler ainsi d'une façon détaillée le trajet des fibres réticule- et nucléo-cérébelleuses, pour mieux faire ressortir la valeur démonstrative de notre expérience.

Celle-ci consiste dans une lésion accidentelle du bulbe : petits foyers hémorrhagiques survenus consécutivement à l'avulsion endocranienne du faisceau radiculaire supérieur a, intéressant les fibres nucléo- et réticulo-cérébelleuses et dans la recherche des cellules bulbaires en réaction chromol3rtique. Ce filet radiculaire a forme à lui seul le groupe supérieur des filets nerveux quittant le sillon collatéral postérieur du bulbe pour se rendre au trou déchiré postérieur (fig. 5). Il entre tout entier dans la constitution du nerf glosso-pharyngien.

Nous avons pratiqué cette opération d'après la technique suivante :

Le lapin couché sur le ventre, la tête fixée et tendue, on pratique une incision médiane à la nuque en prenant comme point

3lo

M. MOLHANT

de repaire la tubérosité occipitale. Les muscles écartés, on tombe sur la membrane occipito-atloïdienne. Celle-ci étant incisée, de même que la dure-mère et Tarachnoïde, le liquide encéphalo-rachidien s*écoule. On voit alors le triangle inférieur du plancher du quatrième ventricule limité de part et d'autre par les pédoncules cérébelleux inférieurs. Pour élargir le champ opératoire, il est bien souvent nécessaire de faire sauter au rachitome une partie de Técaille de Tos occipital. Ecartant quelque peu avec le côté mousse du bistouri la paroi latérale

du bulbe des parois osseuses, on ne tarde pas à voir, surtout en contrôlant le fait à la loupe tenue de la main gauche, un grand nombre de minces filets radiculaires sortant du sillon collatéral postérieuf et convergeant vers le trou déchiré postérieur. Quelques tampons d*ouate, prudemment introduits entre le bulbe et les parois osseuses, absorbent le peu d'écoulement sanguin qui accompagne en général ces diverses manipulations. Le champ opératoire étant prêt il s'agit de s'orienter : les filets radiculaires bulbaires sortant du sillon collatéral postérieur se divisent en trois groupes (fig. 5) : le faisceau a représentant le groupe radiculaire supérieur est formé, dans la majeure partie des cas, d'un seul filet nerveux assez épais ; quelquefois à ce filet nerveux s'ajoute un second filet très mince ; les deux réunis constituent le groupe radiculaire supérieur a qui entre à lui seul dans la constitution du nerf IX.

Le groupe radiculaire moyen b comprend deux portions séparées par un espace nettement visible : le groupe radiculaire moyen et supérieur b^ large, rubanné, à direction transversale, formé de 5 à 6 filets grêles, et le groupe radiculaire moyen et inférieur 6^, formé de 3 ou 4 filets à direction oblique en haut et en dehors ; enfin un groupe inférieur c constitué par 3 ou 4 filets s'unissant à la racine médullaire du nerf de

WiLLIS.

FiG. 5.

FIBRES NUCLÉO- ET RÉTICULO-CÉRÉBELLEUSES 3lt

Ayant reconnu à la loupe le groupe radiculaire supérieur, on introduit, toujours avec le contrôle de la loupe, un mince crochet, la pointe dirigée vers le bas, au-dessas de ce groupe radiculaire. On relève ensuite, sans violence aucune, le crochet en faisant passer sa jointe, dans l'espace séparant le groupe radiculaire supérieur a du groupe radiculaire moyen b ; de cette façon on rompt les filets du groupe radiculaire supérieur. Quelques points de suture profonds et superficiels achèvent l'opération.

Nous avons pratiqué cette opération un grand nombre de fois au cours de nos recherches sur le noyau moteur d'origine du nerf glosso-pharyngien ; dans la majorité des cas la rupture des filets se produit tout contre le bulbe. Il nous est arrivé cependant plus d une fois de constater l'existence de petites hémorrhagîes le long du trajet intra-bulbaire des filets radiculaires, dont nous aurions sans aucun doute négligé l'importance, si le cas que nous analysons dans le présent travail n'eût attiré tout spécialement notre attention sur ce pcrtnt.

Il est admis actuellement, à la suite des travaux deSxRAUSSLER et de Van Gehuchten (i), que lors de l'arrachement d'un nerf la rupture se fait très souvent dans la substance blanche de Taxe cérébro-spinal. C'est ainsi, dit Van Gehuchten, que l'arrachement du nerf sciatique peut entraîner une lésion de la corne grise postérieure, ainsi que Hayem l'a déjà signalé depuis longtemps, de même qu'une lésion de la substance blanche de la moelle dans le voisinage immédiat de l'origine apparente des filets radiculaires antérieurs et postérieurs (Van Gehuchten, Lubouchine, Straussler). De même, lors de l'arrachement du facial la rupture se fait très souvent dans la substance même du bulbe entraînant une lésion concomitante non seulement des fibres du corps trapézoïde (Breg - MANN, Van Gehuchten), mais encore de celles du faisceau de Gowers et du faisceau rubro-spinal (Van Gehuchten).

Il résulte de nos recherches expérimentales que la simple avulsion endo-cranienne des filets radiculaires bulbaires, d'après le procédé décrit plus haut, traumatisme moins brutal cependant que l'arrachement violent du nerf entre les mors d'une

(i) Van Geiiuchîen : La dégénérescence dite rétrograde ou dégénérescence wcHîérienne indirecf:^ Le Névraxe, Vol. V, pp. 52, 1903.

M. MOLHANT

pince de Péan, peut être suivi également de la rupture intrabulbaire des filets radiculaires : le cas présent en est la preuve manifeste.

L'animal, tué 6 jours après Tavulsion endocranienne du groupe radiculaire supérieur a, montrait à Texamen du bulbe coloré par la méthode de NiSSL et débité en coupes micromé-

FiG. 6.

FiG. 7.

triques de 20 ft, les lésions suivantes : au niveau du plein épanouissement des trois colonnes nucléaires du nerf facial, on voit apparaître un foyer, A , étendu dans le sens transversal, isolant de la substance grise bulbo-protubérantielle d'abord le

1/3 moyen (fig. 6-7), ensuite le 1/5 médian (fig. 8) de la face interne du corps restiforme.

Il se retrouve sur letendue d'une cinquantaine de coupes de 20 [JL jusque vers l'extrémité inférieure du noyau du facial.

Il représente donc un foyer oblong à grand diamètre transversal d'une largeur d'environ I millimètre. Outre ce foyer intra-bulbaire nous avons observé trois foyers hémorrhagiques périphériques. C'est ainsi qu'environ 20 coupes plus bas que l'origine du foyer précédent, on voit apparaître à la périphérie du corps restiforme

FIBRES NUCLÉO- ET RÉTICULO-CÉRÉBELLEUSES

deux nouveaux foyers hémorrhagiques. Le premier foyer, B, n'entame que très superficiellement la lace externe du corps restiforme un peu plus bas que son milieu (fig. 7-8). Le second foyer, C, apparaît d'abord sous forme d'une traînée peu dense, correspondant au trajet des filets radiculaires (fig. 7) pour gagner bientôt la périphérie où il forme un petit foyer triangulaire sur l'étendue de 3o à 40 coupes (fig. 8). Ce foyer répond ainsi à l'extrémité ventrale de la partie proximale du- corps restiforme et s'étend jusque peu en dessous de l'extrémité supérieure de l'olive bulbairç. A partir de ce niveau toute trace d'hémorrhagie disparaît. En poursuivant la série des coupes vers le bas, on ne décèle aucune trace de lésion sur l'étendue d'environ 5o coupes. Au niveau de la fermeture du quatrième ventricule par le ganglion commissural de Cajal apparaît toutefois un quatrième foyer hémorrhagique, D. Ce foyer /), sous pie-mérien, a envahi et détruit superficiellement la zone voisine du corps restiforme.

Il s'étend sur une longueur correspondant à environ 3o coupes n'entamant toujours que légèrement la zone marginale externe du pédoncule cérébelleux inférieur (fig. 9).

Quant au mécanisme qui a présidé à la formation de ces différents foyers hémorrhagiques nous croyons le comprendre de la façon suivante : la rupture des filets radiculaires supérieurs, a, s'étant produite à l'intérieur même du bulbe]* a entraîné la rupture simultanée des petites artères radiculaires qui accompagnent ces filets nerveux ; de là les foyers A^BetC qui siègent sur le trajet intra-bulbaire de ces filets radiculaires.

Cette genèse ne peut toutefois s'appliquer au foyer D, celui-ci n'étant plus situé sur le trajet des filets ruptures. Nous croyons que ce foyer sous pie-mérien s'est formé comme suit : l'avulsion du faisceau radiculaire supérieur, a, a tiraillé la pie-mère sur une certaine étendue. Ce tiraillement a rompu certaines artère^

3l4 M. MOLHANT

radiculaires à l'endroit où, quittant la pie-mère, elles s'incurvent pour pénétrer à l'intérieur même de la substance bulbaire ; de là formation d'un foyer hémorrhagique sous pie-mérien comprimant et envahisant la substance blanche voisine.

Ces foyers hémorrhagiques isolent donc en grande partie le

^corps restiforme de la partie supérieure bulbo-protubérantielle

du bulbe; à ce niveau il n'y est plus relié que par la substance

grise de la zone vestibulaire et par la substance blanche de

la zone intermédiaire entre les deux foyers A et C.

Cette lésion doit donc intercepter un grand nombre de fibres qui proviennent des noyaux bulbaires du corps restiforme et qui entrent dans la constitution de ce dernier.

Si nous considérons les fig. i et 2, qui représentent en dégénérescence les fibres réticulo-cérébelleuses ventrales et dorsales au niveau de la partie supérieure du myélencéphale et de la partie inférieure du pont de Varole, endroits qui correspondent exactement à l'emplacement de nos foyers /l , B et C, il saute aux yeux qu'un grand nombre de fibres arciformes externes doivent avoir été lésées de même que les fibres réticulocérébelleuses ventrales, que Van Gehuchten décrit comme contournant l'extrémité antérieure ou postérieure de la racine descendante du trijumeau ou qui se dirigent transversalement en dehors pour joindre les fibres arciformes externes dans le voisinage de l'extrémité ventrale du corps restiforme. Quant aux fibres réticulo-cérébelleuses dorsales, nous ne cro^^ons pas qu'elles puissent avoir été interrompues par le foyer A, le trajet de ces fibres étant plus dorsal.

Si nous mettons en regard les figures 8 et 9, représentant les différents foyers hémorrhagiques au niveau de la partie supérieure du bulbe et au niveau de la iermeture distale du quatrième ventricule, avec les figures 4 et 3 donnant à ces niveaux le trajet des fibres nucléo-cérébelleuses, ilapparaithorsde doute que le foyer C doit avoir lésé un certain nombre de fibres nucléo-cérébelleuses, à l'endroit où ces fibres s'inclinent en dedans pour gagner, par la bordure interne du corps restiforme, la zone dorsale de ce cordon nerveux; il n'est pas moins douteux non plus que le foyer D doit avoir lésé un certain nombre de fibres arciformes externes au moment où celles-ci contournent la face externe convexe de la racine bulbo-spinale du trijumeau.

FIBRES NUCLÉO- ET RÉTICULO-CÉRÉBELLEUSES 3l5

Cette concordance ne doit d'ailleurs pas surprendre, il résulte, en eft'et, d'une communication orale de notre maître que la lésion superficielle du bulbe qui lui a montré en dégénérescence, sur une série de coupes sagittales, les fibres nucléocérébelleuses, avait été produite accidentellement par Tavulsion endocranienne des filets radiculaires des nerfs IX et X.

Quant au foyer J9, il ne peut avoir entamé que très superficiellement les fibres du faisceau cérébelleux de Fleschig et les fibres réticulo-cérébelleuses ventrales, fibres qui occupent respectivement la zone médiane et la zone ventrale du corps restiforme.

Ce parallélisme entre ces diff'érentes coupes, montrant d'une part le trajet des fibres nucléo et réticulo-cérébelleuses, d'autre part les difi*érentes localisations de notre lésion accidentelle, fait ressortir avec éclat l'importance démonstrative de cette lésion au point de vue qui nous occupe; mieux, en effet que toute expérience dûment préméditée, cette destruction nous permet d'affirmer que les fibres nucléo- et réticulo-cérébelleuses, si elles existent, doivent avoir été interrompues au moins en partie dans notre expérience. Si la description que Van Gehuchten a donnée de ces fibres est exacte, l'interception de ces fibres dans notre cas doit se traduire par la présence de cellules chromolytiques dans le noyau latéral du bulbe et dans la formation réticulaire bulbo-protubérantielle.

L'étude des coupes sériées du bulbe colorées par la méthode de NissL a pleinement confirmé cette manière de voir.

En parcourant soigneusement nos coupes, nous avons trouvé des cellules en chromolyse dans la portion céphalique du noyau ambigu ainsi que dans la petite colonne cellulaire longeant le bord interne de la partie proximale de ce noyau. Cette réaction cellulaire est due à l'interruption du faisceau radiculaire supérieur qui renferme les fibres motricesdunerfglosso-pharyngien. Le noyau moteur du nerf IX n'occupe, en effet, pas seulement la petite colonne cellulaire bordant la face interne de la portion initiale du noyau ambigu (Van Gehuchten), mais comprend en outre ainsi que nous le démontrerons dans un autre travail, quelques cellules de la formation dense du noyau ambigu luimême. Il convient de remarquer toutefois que le nombre de cellules en chromolyse dans la formation dense du noyau am-

3l6 M. MOLHANt

bigu dépasse de loin le nombre des cellules appartenant au nerf IX, la réaction chromolytique de bon nombre de cellules étant due à rinterruption,par les foyers A et C,des fibres radiculaires émanant du noyau ventral du vague. Ces fibres se dirigent en effet d'abord en haut et en dedans jusqu'en dessous du no5'au dorsal du nerf X, pour s'incurver ensuite en dehors et sortir du bulbe avec les filets radiculaires du noyau dorsal par le sillon collatéral postérieur:

Le noyau dorsal du vague présentait également et à différents niveaux des cellules altérées éparpillées au milieu des cellules normales. L'interruption des filets radiculaires dorsaux du nerf X par les foyers A^ C et D explique aisément ces réactions cellulaires.

Outre ces diverses réactions cellulaires dont l'interprétation n'offre guère de difficultés, nous avons pu déceler de nombreuses cellules en chromolyse dans la formation réticulaire bulbo-protubérantielle et dans la masse grise connue sous le nom de nayau latéral du bulbe.

Pour faciliter la localisation des cellules trouvées en chromolyse, nous diviserons la substance grise réticulaire en trois segments : un segment interne, I, dont la limite externe répondrait au trajet -des filets radiculaires du* nerf XII ; un segment moyen, M, compris entre cette limite et le trajet antéro-postérieure des fibres radiculaires émanant du noyau ambigu ou le trajet d'une ligne unissant l'extrémité proximale du noyau dorsal à la colonne externe du facial; et un segment externe, E, répondant à la substance grise située en dehors de cette limite.

Les FIG. 10 et II représentent des coupes du bulbe au niveau de la partie inférieure du pont de Varole, vers l'extrémité caudale du noyau du nerf facial. A ce niveau Van Gehuchten décrit de nombreuses fibres réticulo-cérébelleuses ventrales contournant les unes l'extrémité postérieure, les autres l'extrémité antérieure de la racine descendante du trijumeau ; d'autres enfin traversent directement cette racine du nerf V pour entrer dans la constitution de la zone ventrale du corps restiforme (fig. 2). Ces fibres, d'après les figures du travail de notre maître, semblent naître du tiers externe E de la formation réticulaire. Dans notre série de coupes colorées par la méthode de NissL nous avons retrouvé de nombreuses cellules en réac-

FÏBRES NUCLÉO- ET RÉTICULO-CÉRÉBELLEUSES

tion axonale dans cette zone de la formation réticulaire. Ces cellules du type petit, équivalant à celui des cellules du noyau dorsal du nerf vague, se présentent tantôt éparpillées sans

là

FiG. lO.

FiG. II.

ordre apparent dans le tiers externe de la formation réticulaire, FIG. lo, tantôt réunies en petits amas distincts occupant la même zone réticulaire (fig. il).

La fk;. 12 représente une coupe du bulbe au niveau du noyau de rhypoglosse et de Tolive bulbaire. On y trouve, dans le tiers moyen M de la formation réticulaire, des amas de petites cellules pour la majeure partie en réaction axonale franche. Ces petites agglomérations cellulaires occupent différents niveaux de la zone réticulaire moyenne, tantôt et surtout la partie ventrale, tantôt la partie moyenne, d'autres fois mais plus rarement la partie dorsale du segment M . L'examen attentif de nos coupes nous a permis également de constater, dans la zone moyenne réticulaire du côté opposé, quelques rares cellules en chromolyse. La FIG. 12 présente également quelques cellules altérées, éparpillées dans la zone externe de

M. MOLHÀNt

la formation réticulaire. Ces amas cellulaires chromolytiques de la zone réticulaire peuvent se poursuivre jusqu'au niveau de la fermeture du quatrième ventricule par le ganglion commissural de Cajal.

Cette localisation des cellules réticulaires en chromolyse répond adéquatement à l'emplacement de Torigine des fibres réticulo-cérébelleuses ventrales que Van Gehuchten décrit comme traversant d'une façon radiaire la formation réticulaire pour devenir fibres arciformes externes (fig. i).

Il résulte des recherches de notre maître, ainsi que nous l'avons montré plus haut, que non seulement les fibres réticulocérébelleuses ventrales, mais aussi nombre de fibres provenant selon toute probabilité du noyau latéral du bulbe, entrent dans la constitution des fibres arciformes externes du bulbe. Nous avons établi également, en analysant les différents

foyers hémorrhagiques, que les foyers C et D doivent avoir lésé bon nombre de fibres arciformes externes en connexion avec le noyau latéral du bulbe si tant est que ces fibres existent.

L'étude de nos coupes sériées est venue confirmer entièrement les vues de notre maître.

La figure i3, prise au niveau de la partie proximale du noyau latéral du bulbe, montre de nombreuses cellules en chromolyse dans la masse grise bulbaire longeant le côté externe du noyau ambigu.

Les foyers hémorrhagiques périphériques C et D sont séparés, avons nous vu, par une zone intermédiaire assez étendue où aucune lésion du bulbe n'est apparente ; à cette zone correspond également toute une série de coupes où aucune cellule ne semble altérée dans le noyau latéral du bulbe.

Ce n'est que vers l'endroit de fermeture du quatrième ventricule par le ganglion commissural de Cajal que de nouvelles et nombreuses cellules altérées apparaissent dans le noyau latéral

FIBRES NUCLÉO- ET RÉTICULO-CÉRÉBELLEUSES

du bulbe, FIG. 14. Quelques rares cellules en chromolyse sont nettement visibles également du côté opposé à la lésion.

Il suffit d'ailleurs de mettre en regard les fig. 14 et 3 pour se convaincre que l'emplacement de nos cellules chromolytiques répond adéquatement à l'origine des fibres nucléo-cérébelleuses de Van Gehuchten.

L'examen attentif des olives bulbaires des deux côtés du bulbe ne nous a pas permis de mettre en évidence dans cette masse grise une seule cellule en chromolyse tant du côté lésé que du côté sain.

Loin de nous l'idée d'en déduire la non existence de la voie olivo-cérébelleuse ; toutefois, si nous admettons avec Klimoff,

Keller et Van Gehuchten que

fi

les fibres de cette voie sont centripètes, ou olivo-cérébelleuses (contra Edinger et Orestano, pour qui la connexion serait centrifuge ou cérébello-olivaire et Probst pour qui elle serait double en majeure partie olivo-cérébelleuse et pour une faible part cérébello-olivaire), nous devons admettre que ces fibres doivent suivre pour arriver au corps restiforme un trajet correspondant aux zones respectées par notre lésion.

Il est donc incontestable quelles fibres nucléo- et réticulecérébelleuses ventrales de Van Gehuchten existent, puisque l'interruption de ces fibres amène une réaction chromolytique franche dans les cellules du noyau latéral du bulbe et dans des cellules éparpillées dans les deux tiers externes de la formation réticulaire.

Nous croyons avoir établi ainsi Torigine réelle des fibres réticulo-cérébelleuses ventrales ainsi que remplacement dans le bulbe de leurs cellules d'origine.

Les petits amas cellulaires de la formation réticulaire que nous nous croyons autorisé, de par ce travail, à rattacher aux fibres réticulo - cérébelleuses ventrales , ont déjà été

Fig. 14.

320 M. MOLHANT

signalés par Yagita (i). L'auteur, après avoir affirmé que la destruction du corps restiforme chez le chien n'avait donné aucune réaction cellulaire dans la formation réticulaire, revint ultérieurement sur sa décision première ; il reconnaît avoir constaté, entre l'extrémité proximale de Tolive et la racine spinale du trijumeau, de nombreuses petites cellules en réaction chromolytique. Ces cellules, tantôt isolées, tantôt groupées, occupaient surtout la zone ventrale de la moelle allongée : « Aber dièse Erscheinung ist von keinen besonderen Bedeutung » ajoute l'auteur et cela parce que, dit-il, ces mêmes cellules se retrouvent altérées dans le bulbe d'animaux sains.

Il est certain que les cellules que Yagita a vu en chromolyse dans la formation réticulaire, après destruction du corps restiforme chez le chien, correspondent aux cellules que nous avons décrites dans la formation réticulaire du lapin. Contrairement à l'auteur japonais, nous croyons pouvoir affirmer que cette altération cellulaire est due uniquement à l'interruption des fibres réticulo-cérébelleuses ventrales ; il nous est impossible, en effet, d'admettre que chez un animal adulte une réaction chromol5rtique typique (turgescence du corps cellulaire, dissolution de la substance chromophile, excentricité du noyau), — réaction que présentent les cellules que nous avons décrites dans la formation réticulaire, — puisse être attribuée à un processus physiologique. Jamais, en effet, dans le nombre considérable de bulbes que nous avons débités en coupes micrométriques, dans notre étude sur le nerf vague, nous n'avons trouvé une seule cellule en réaction chromolytique dans la formation réticulaire, sans que nous puissions en indiquer la cause.

La destruction du corps restiforme (Yagita), de même que notre lésion hémorrhagique, interrompant les fibres réticulocérébelleuses ventrales mises en évidence par notre éminent maître, amènent des altérations cellulaires dans les mêmes cellules de la formation réticulaire; il nous semble en conséquence beaucoup plus rationnel de rattacher l'état chromolytique de ces cellules à l'interruption des fibres réticulo-cérébelleuses ventrales.

Le fait est donc incontestable, les fibres réticulo- et nuclco-

(i) Yagita : loc, cit.

FIBRES NUCLÉO- ET RÉTICULO-CÉRÉBELLEUSES 321

cérébelleuses existent, leurs cellules d'origine occupent la formation réticulaire et le noyau latéral du bulbe.

Cette constatation a pour nous une double importance :

Elle nous permet d'abord de rappeler un point sur lequel nous insisterons tout particulièrement dans notre travail sur le noyau ambigu. Divers auteurs, Marinesco, Parhon, Blu- MENAU, ont signalé l'existence de colonnes cellulaires externes au niveau de la formation dense et lâche du noyau ambigu. Les cellules de ces colonnes entrant en chromolyse à la suite de Tarrachement du nerf vague, ces auteurs se sont crus autorisés à les rattacher au noyau d'origine du nerf X. Nous ne partageons pas cette manière do voir. L'emplacement de ces colonnes externes au noyau ambigu répond à celui du noyau latéral du bulbe, masse grise dont les cellules entrent en réaction axonale par l'interruption des fibres arciformes externes, ainsi qu'il ressort du présent travail.

D'ailleurs en pratiquant Tavulsion endocranienne de tous les filets radiculaires des nerfs IX, X et XI, nous n avons jamais pu déceler la moindre altération dans les cellules du noyau latéral du bulbe, nous croyons en conséquence pouvoir attribuer la réaction chromolytique des cellules formant les colonnes externes de la formation dense et de la formation lâche du noyau ambigu, signalée par différents auteurs après arrachement extracranien du nerf pneumogastrique, à une lésion concomitante de quelques fibres arciformes externes.

Elle nous permet en second lieu de confirmer et de préciser les résultats des recherches de notre maître sur l'origine de certaines fibres bulbaires du corps restiforme.

Nous confirmons l'existence des fibres nucléo-cérébelleuses et réticulo-cérébelleuses ventrales, puisque Tinterruption de ces fibres amène des altérations cellulaires danâ le noyau latéral du bulbe et dans la formation réticulaire.

Nous amplifions les recherches de Van Gehuchten en établissant le noyau d origine réel des fibres réticulo-cérébelleuses ventrales. Ce noyau est formé de petits amas de cellules de calibre réduit, éparpillés dans les deux tiers externes de la formation réticulaire bulbo-protubérantielle.

Table des matières

Fascicule i : 20 décembre X910.

I. A. \ AN Gehuchten. Lésion de la zone lenticulaire gauche sans trouble de la parole, contribution à Tétude des aphasies 5

II. F. Oauwe & F. D'HoLLANDER. Etude anatomo-clinique sur une forme spéciale du tabès, tabès amyotrophique avec paralysie labio-glosso- laryngée progressive 45

III. A. Van Gehuchten & M. Molhant. Les lois de la dégénérescence wallérienne directe 73

Fascicules 2 et 3 : zo mai xoxx.

IV. M. Molhant. Le nerf vague. Etude anatomique et expérimentale i3i

V. A. Van Gehuchten. La radicotomie postérieure dans les affections nerveuses spasmbdiques. (Modification de Topération de F'oerster) 245

VI. P. Lerat. Deux cas d'opération de Foerster-Van Gehuchten pour affections médullaires spasmodiques .... 293

VIL M. Molhant. Les noyaux des fibres nucléo-cérébelleuses et des fibres réticulo-cérébelleuses ventrales .... 3o3

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Volume IX

Fascicule i

(3o juin 1907)

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